Mon œil !

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Nicolas Sarkozy, nouveau maître du monde ?

Pascal Riché
Redchef
Publié le 20/10/2008 à 19h05

Pierre Haski, cofondateur de Rue89, déjeunait aujourd’hui avec un ambassadeur étranger (c’est son truc) que la Une du Figaro de lundi a fait éclater de rire :



Eh oui, Sarkozy « impose » à Bush. Sarkozy en impose aux Américains. Ce n’est pas une info propre au Figaro (même si celui ci est le plus gravement atteint de pravdaïte aiguë). Depuis le discours de Toulon, une grande partie des médias français joue cette partition : le président de la République (et provisoirement de l’Union européenne), avec sang froid, aurait pris le leadership du monde.

Flanqué de son fidèle Barroso, notre Président est parti pourfendre le capitalisme dans sa propre antre. Il revient avec un trophée, la promesse d’un sommet du G8, « arraché » à son hôte américain, pour reprendre l’expression utilisée dans les Echos.

Mais maintenant, regardons comment les grands journaux américains ont titré l’affaire ; cela ne vaut pas mieux.

Le Washington Post annonce sobrement : « Des sommets mondiaux seront organisés pour affronter la crise économique ». Quand au rôle prêté à Sarkozy, il se résume à une approbation : « Sarkozy s’est félicité de l’annonce d’un sommet par Bush ». Vers la fin de l’article, le Post précise que « jusqu’ici, Sarkozy a été plus explicite que Bush ou les autres Européens quant aux objectifs que devraient se donner ces sommets ».

De son côté, le New York Times titre « Les leaders vont organiser des sommets sur la crise économique ». La proposition de Bush d’organiser le sommet aux Etats-Unis, explique le journal, apparaît comme un effort visant à « arracher le contrôle du processus à M.Sarkozy ».

Décidément l’arrachage fait rage.

Un officiel de la Maison Blanche donne au New York Times sa version du rôle joué par les uns et les autres :

« Les Européens ont insisté pour une réunion du groupe des huit nations industrialisées, mais M.Bush a mis la barre plus haut, appelant à organiser une conférence globale plus ambitieuse qui inclurait ’les nations développées et en développement’, parmi lesquelles la Chine et l’Inde. »

Façon de rappeler qu’on n’arrache rien au président américain, et que ce dernier reste le vrai maître du monde. Comme disait le Général, « on ne saurait accepter qu’une dyarchie existât au sommet ».

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  • Grégory
    • Posté à 02h20 le 21/10/2008
    • Internaute 12569

    J’ai vu la conf de presse de Sarkozy et de Barroso avant ce voyage de presse. En ressortent les choses suivantes :

    - les gouvernements européens dans leur ensemble sont satisfaits du rôle de la présidence française dans la crise. Barroso dit explicitment que vivement un président du conseil pour une durée de 2 ans et demi (6 mois actuellement), elu par le conseil, et que Sarkozy serait un très bon candidat.

    Autrement dit, Sarkozy est réellement dans une phase réussie de leadership européen. Je dis celà de façon neutre, je ne sais pas si c’est une bonne chose, si elle est significative, si elle va durer (enfin pas en 2009 déjà !). Mais elle est.

    - dans cette conférence, Sarkozy dit explicitement que le but sera d’avoir plus que le G8. La maison blanche pipaute donc de façon verifiable (comme souvent) sur ce sujet.

    Il est au moins clair que l’initiative en europe est sarkozyenne, et l’observations des dernières semaines montre que Bush était loin d’avoir ce leadership dans son propre pays. Donc même s’il est vrai que sur Sarkozy, Le Figaro est une vraie pravda, il n’est probablement pas trop loin de la verité. Sarkozy semble savoir ce qu’il veut, ce qui le distingue aisément sur la scène internationale.

    J’espère que simplement parcequ’il semble soutenir (alors que je veux juste rendre justice à) NS, ce commentaire ne sera pas villipendé. Je ne suis pas sarkoziens et me moque un peu de passer pour tel, mais ce serait bien que la rue reste un lieu de débat plutot que de militantisme : P

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 12h02 le 21/10/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Il y a une chose qu’on ne peut nier : dans le style « gestionnaire de la crise financière », Sarko s’en tire bien. Juncker et Barroso le soutiennent, ce n’est pas un hasard. Tous deux (et bien d’autres, y compris Angela Markel, qui ne porte pas Sarko dans son coeur) pensent que le successeur de Sarko à la présidence de l’UE (la République Tchèque, qui ne manque jamais une occasion de manifester son euro-scepticisme, voire son euro-hostilité) fait peser le risque d’un vrai désastre pour les tenants d’une re-régulation du marché financier (Vaclav Klaus, le président tchèque, était opposé à l’accord européen que Sarko a mis en place, étant contre toute intervention étatique à l’appui des banques).

    D’où la sortie de Barroso au sujet d’une présidence européenne conforme aux préconisations du traité de Lisbonne (2 ans et demi), clairement favorable au président français.

    Je trouve surprenant que les riverains (dans leur majorité) et peut-être Pascal Riché par la même occasion, ne reconnaissent pas à Sarkozy, dont je suis loin d’être un partisan, le talent caméléonesque de savoir s’adapter aux circonstances. Et je ne trouve pas moins surprenant qu’on aille chercher dans la presse américaine des témoignages d’une meilleure appréciation des choses. Bush toujours maître du monde ? Ce n’est qu’un canard boîteux définitivement discrédité par la crise.

    Le problème des journalistes américains est de ne pas pouvoir reconnaître – en tout cas pas mieux qu’un Figaro franchouillard en ce qui concerne le rôle prétendument déterminant de Sarkozy – que les USA sont loins d’être maitres du jeu et que l’hégémonie financière et politique des Etats-Unis est sur le point d’être définitivement enterrée. En ce sens, par son activisme moins brouillon que ne le laissent croire les apparences, Sarkozy est l’un des meilleurs alliés des USA, quoi qu’on puisse penser de sa perpétuelle agitation et de sa défense d’une sorte de nouveau Bretton Woods naguère aux antipodes des souhaits américains.

    On assiste, des deux côtés de l’Atlantique, à une débauche d’exhibitionnisme vaniteux. Chaque côté défend son bout de gras diplomatique et médiatique, mais chacun dans une position de grande faiblesse. De ce point de vue, le Washington Post et le New York Times ne sont pas plus proches d’une juste appréciation des enjeux que ne l’est le Figaro. La presse américaine croit pouvoir promouvoir encore la prééminence d’une bannière étoilée en lambeaux, et quoi qu’elle en dise, Sarkozy s’empresse de l’y aider en apportant la caution d’un drapeau européen non moins déchiré.

    Des deux côtés de l’Atlantique, personne n’a intérêt à ce que la fiction d’un dominion américain sur le monde soit perçue comme telle. C’est la fin d’une époque, mais ni Bush ni Sarkozy (en tant que porte-parole de l’UE) ne sont prêts à l’admettre. En tout cas, vu la panique générale, les hyper-libéraux atlantistes ne peuvent rien reprocher au ’zident français.

    Qu’aurait fait Chirac à sa place ? Pas mieux, à mon avis. Devant la profondeur de la crise, les discours post-gaullistes à la Villepin n’auraient fait qu’ajouter à la confusion générale et envenimer les choses. Sarkozy, au moins, aura sauvé les apparences d’un capitalisme convalescent et susceptible de se rétablir « comme avant », fût-ce au prix de quelques réajustements douloureux.

    C’est bien ce que la droite mondiale espérait de lui (sans trop y croire), car elle ne savait plus à quel autre saint se vouer. Sarko a donc marqué des points dans son camp, c’est incontestable.

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