Mon œil !

Ici, vous trouverez soit des trucs sur lesquels tombe l'oeil de Pascal Riché, soit des trucs qui lui font dire "Mon oeil".

25 000 milliards de dollars sont-ils vraiment « partis en fumée » ? Non

Pascal Riché
Redchef
Publié le 25/10/2008 à 18h50

Ce samedi soir, Le Monde, un journal sérieux, barre sa une d’un titre moins sérieux : « 25 000 milliards de dollars évanouis ». L’article du Monde fait le bilan de la baisse des indices boursiers :

« Depuis le début de l’année, les grandes places boursières internationales ont perdu presque la moitié de leur capitalisation. Cela signifie qu’environ 25 000 milliards de dollars sont partis en fumée, soit près de deux fois le Produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis. »

Cette expression, « dollars partis en fumée », n’est pas juste. Elle laisse entendre que de l’argent a été détruit, que la planète a vraiment perdu « deux fois le PIB des Etats-Unis ». Personne n’a pourtant brûlé 25 000 milliards de dollars ! Simplement, l’estimation de la valeur des actifs boursiers a baissé.

Si un peintre passe de mode, la valeur de ses tableaux, dans le monde entier, baisse certes, mais rien ne « part en fumée » : les tableaux sont toujours accrochés aux murs. De même, les usines, les bâtiments, les personnels des entreprises représentées par l’ensemble des actions cotées sont toujours là. Les actifs correspondant aux actions ne se sont pas « évanouis ».

Quel est l’impact, sur la vie réelle, d’une baisse de la valeur estimée d’un tableau ou d’une action boursière ? Il existe, mais il ne faut pas le surestimer. Si mon tableau vaut deux fois moins sur le marché de l’art, je me sens moins riche, et je prendrai peut-être moins de risques. Par ailleurs, si j’utilise le tableau comme gage pour emprunter une somme, celle-ci sera plus réduite... Idem pour des actions : si la valeur d’un portefeuille est amputée de 25%, les projets de son détenteur peuvent en être affectés.

Il ne faut pas accorder pour autant à la bourse plus d’importance qu’elle n’en a. Ces 25 000 milliards de dollars prétendument « partis en fumée », c’est un symptôme de la crise, ce n’en est pas le coeur. Le coeur de la crise, aujourd’hui, c’est le dysfonctionnement des banques, et la chute des prêts aux entreprises et aux particuliers.

Pourquoi, alors, les médias se focalisent-ils tant sur la baisse des actions ? L’économiste Alexandre Delaigue, qui anime le blog econoclaste, a rédigé récemment une note intéressante sur le sujet. « Dans la crise actuelle, les fluctuations des indices boursiers n’ont aucune conséquence, et ne traduisent que très médiocrement le degré de crise », constate-t-il. Une de ses hypothèses, c’est que les médias restent hantés par le souvenir de la crise de 29, qui a commencé par un krach boursier. « C’est oublier qu’il y a eu depuis 29 de nombreuses journées de baisse très forte des indices boursiers (en 87 par exemple) sans la moindre conséquence concrète », commente-t-il.

Enfin, lorsque les actions baissent, les vendeurs en souffrent, mais les acheteurs en profitent. Il y a des gagnants et des perdants.

On peut faire un parallèle avec le marché immobilier. Si les prix du mètre carré baissent, beaucoup de gens en profitent pour mieux se loger. C’est en réalité une bonne nouvelle pour la société dans son ensemble, même si les propriétaires « se sentent moins riches ». Et dans une telle situation, il ne viendrait à l’idée de personne de s’alarmer du fait que « des milliards sont partis en fumée ».

  • 22779 visites
  • 114 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • smurf
    smurf
    Toulousain
    • Posté à 22h03 le 25/10/2008
    • Internaute 51105
      Toulousain

    Très juste cet article.
    C’est quelque chose qui m’a toujours choqué cette lecture des chiffres de la bourse.

    Les évolutions de la bourse ont par nature une évolution irrationnelle. Bien sur, ces évolutions ont un lien avec l’économie réelle mais ce lien est assez ténu. Et puis le marché surréagit. Ah oui parce que « le marché » dans les commentaires boursiers, c’est un peu comme une personne, il est doué de sentiments, il surréagit, il déprime, il espère... Curieux comme une somme de décisions individuelles crèe un mastodonte nommé le marché que personne ne contrôle plus.

    Enfin, pour revenir à l’article, Renault par exemple n’a pas perdu 70 % de sa valeur depuis le début de l’année (et heureusement !).
    Renault a perdu 70 % de sa valeur boursière,ce n’est pas la même chose. Les usines sont effectivement toujours là et les employés aussi (un peu moins bientôt malheureusement).

    Le fait que beaucoup d’entreprises soient gérées l’oeil sur le cours de la bourse ne présage rien de bon souvent. D’ailleurs, quelqu’un peut-il m’expliquer quel peut être l’intérêt pour une entreprise d’avoir un cours élevé en bourse ? Qu’est-ce que cela apporte à l’entreprise.

    A ses actionnaires, je comprends (enfin pour ceux qui revendent leurs actions au bon moment). Mais pour l’entreprise ? (à part d’être plus difficilement achetable par un concurrent).

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 02h30 le 26/10/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Pas d’accord avec l’article de Pascal Riché. En effet, il ne prend pas en compte ce qui fait , à son stade actuel, la principale production du système capitaliste : la finance elle-même. Il croit pouvoir se raccrocher à une « économie réelle » qui, elle, serait toujours debout, puisque les biens et les forces de production sont là. Faux. Ces biens, ces forces de production sont inutiles - toujours dans le cadre de la société actuelle - car les marchés sont saturés. L’économie est donc basée sur une circulation de fonds dont la valeur est hypothètique. 25 000 milliards de dollars ? Qu’importe aurait-on envie de dire puisque la dette publique des Etats-Unis a déjà dépassé les 10000 milliards de dollars...
    Revenir à l’entreprise et au travail, valeurs chères à notre Président,brider les marchés, reviendrait, du point de vue du système économique dominant, à un retour en arrière, à une sorte de capitalisme d’état. C’est au final remettre en question le capitalisme lui-même. L’administration américaine freine des quatre fers...

  • CAUSTICUM
    CAUSTICUM
    désabusé de plus en plus ...
    • Posté à 03h08 le 26/10/2008
    • Internaute 29966
      désabusé de plus en plus ...

    Si la sphère financière représentait avant la crise 50 fois la sphère réelle (mesurée par le P.I.B. mondial), j’en déduis qu’elle ne représenterait plus maintenant que 25 fois le P.I.B. mondial.
    C’est encore énorme !
    En tout cas, on a devant nos yeux la démonstration que les marchés boursiers ne sont que du vent ; les encours boursiers n’ont PAS DE CONTREPARTIE équivalente à leur montant ; les cours de bourse n’augmentent en effet qu’au travers des achats de titres.
    Si les achats s’équilibrent avec les ventes, les cours stagnent ; si tout le monde liquide son portefeuille en même temps, les encours s’effondrent dans le même temps et à proportion des volumes vendus.

    C’est bien la preuve que LES ENCOURS BOURSIERS NE SONT PAS DE LA MONNAIE. Sans contrepartie équivalente, LEUR REALISATION GLOBALE (tentative de tranformation en monnaie liquide et donc réelle) ENTRAINE ipso facto LEUR DESTRUCTION GLOBALE.

    On comprend mieux pourquoi les commerciaux des réseaux bancaires sont depuis des années pressurés à l’extrême (contingents par agence, si ce n’est nominatifs, à placer coûte que coûte, sous peine, en cas d’échec, d’être hors circuit) pour refourguer à tout prix, et en quasi permanence, des actions à leurs clients, via les émissions récurrentes de Fonds Communs de Placement.
    La performance de ces produits est en partie dépendante de la poursuite ininterrompue de leur commercialisation auprès d’un vaste public.

    A ce petit jeu, la « prise de bénéfices boursiers » ne peut qu’être individuelle. Certains gagnent alors que d’autres perdent ; mais ALORS QUE TOUS PEUVENT PERDRE, TOUS NE SAURAIENT, NI NE PEUVENT GAGNER.

    Décidément, le Moloch avale et donc détourne des masses considérables de vraie monnaie. Cette vraie monnaie serait bien plus utile si elle était prêtée à des PME non côtées en bourse.

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 10h53 le 26/10/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Pascal,

    Techniquement, je ne vois rien à reprocher à votre diagnostic : les biens effectivement créés restent, seules les capitalisations boursières « s’évaporent » en grande partie. Le titre du Monde est donc fautif sur ce plan. (Le Monde essaye d’enrayer la chute de ses ventes par des six-colonnes-à-la-une accrocheurs, ce qui nous renvoie indirectement à la crise de la presse !)

    Par contre, je ne peux me satisfaire d’un explication qui imputerait la responsabilité de la crise au seul « dysfonctionnement des banques ». A mon sens, celui-ci résulte de la victoire (temporaire) de l’idéologie ultra-libérale de Hayek, Friedman, etc. (Rappelons-nous au passage la courbe de Laffer et tout le foin qu’on a pu faire en son temps autour de la théorie de l’offre !). Certains attribuent même la cause première de la crise à la décision de Nixon (1971) de déconnecter le dollar du système d’étalonnage de Bretton Woods, et donc d’aménager un régime général de flottement des monnaies permettant les pires excès, non seulement de la part des banques mais des états eux-mêmes. Le dysfonctionnement des banques procède donc d’une volonté délibérée de les voir échapper à tout contrôle.

    C’est donc toute une théorie de l’économie capitaliste qui s’est effondrée. Il aurait fallu que votre article insiste sur ce point. Car, tant que cette critique de l’ultra-libéralisme n’aura pas été explicitée devant le public, et que les pratiques qui en ont résulté n’auront pas été répudiées définitivement, aucun système de re-régulation ne pourra endiguer les tentatives des banquiers (et de toute la classe capitaliste en général) de passer outre les contraintes qui pourront éventuellement leur être imposées. Ce n’est pas d’un rafistolage dont nous avons besoin, mais d’une refonte totale du système du crédit.

    En ce sens, il est permis de percevoir la volatilisation des 25.000 milliards de dollars citée par le Monde comme l’expression de la nécessité de revenir 35 ans et plus en arrière, soit à l’époque où les crédits mis à la disposition des entreprises et du public étaient liés aux performances de l’économie « réelle » (l’expansion économique et celle des titres de créances mis en circulation étant sujettes à un unique système de mesure de la croissance effective des biens et services).

    Tout crédit accordé en dehors du cadre d’un tel système de mesure se traduit nécessairement par la cannibalisation des biens et services effectifs, et donc par la réduction progressive du pouvoir d’achat des particuliers et des entreprises « productives ».

    Il reste à savoir si un tel retour en arrière va être possible au regard de l’idéologie de ceux qui nous gouvernent depuis plus de 30 ans. C’est tout l’enjeu politique du moment.

  • theodore-perier
    theodore-perier
    fonctionnaire
    • Posté à 11h04 le 26/10/2008
    • Internaute 52874
      fonctionnaire

    On a beau essayer de me faire comprendre que l’argent parti en fumée en temps de crise est secondaire, que ça ne reflète pas l’économie réelle et autres pensées fumeuses de ce style, je ne comprends pas pourquoi ce phénomène a été possible. Est-ce que cette masse d’argent créé artificiellement n’a profité à personne ? Si non, pourquoi ces bulles financières existent ?

    J’ai déjà dit ici que le plan de financement des gouvernements n’était rien d’autre que de remplacer l’argent qui a disparu par de l’argent qui n’existe pas. Je rajouterai... jusqu’à ce qu’il existe. Car une fois la crise passée, si on ne change pas la nature même de l’argent, les spéculations repartiront de plus belles et ces spéculations serviront à enrichir les mêmes.

    J’ai découvert récemment la théorie économique de SCHUMPETER sur la destruction créatrice et l’innovation à laquelle j’adhère, car c’est une économie innovante, créatrice, et… libérale.

    « SCHUMPETER rejette avec force le concept de valeur de la monnaie. Ce concept veut dire valeur d’échange de la monnaie et il n’y a que les biens qui ont une valeur d’échange, or la monnaie n’est pas un bien Cela vient à justifier le fait que la loi de l’offre et de la demande n’est pas cohérente pour déterminer le prix de la monnaie ou bien pour caractériser le marché monétaire. » (Source VIII Université d’été en Histoire de la Pensée et Méthodologie Economiques Le Centre d’Études de la Pensée et des Systèmes Économiques Université Pierre Mendes France, Grenoble, du 3 au 7 septembre 2005 ; Alexander Tobon EconomiX, Université de Paris X Nanterre).

    Je ne suis pas un spécialiste économique, mais si je comprends bien, SCHUMPETER avait compris que la valeur de la monnaie-produit n’était pas réaliste. La monnaie ne devrait avoir qu’une valeur d’échange, ce dont je suis persuadé depuis longtemps.

    Alors on pourra me dire ce que l’on veut, on pourra me présenter quelque réforme que ce soit, si on oublie de transformer la monnaie-produit en monnaie échange, je ne croirai personne.

    Un anarcho-libéral.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.