Mon œil !

Ici, vous trouverez soit des trucs sur lesquels tombe l'oeil de Pascal Riché, soit des trucs qui lui font dire "Mon oeil".

« L'Amérique qu'on aime », une expression cocon comme la lune

Pascal Riché
Redchef
Publié le 19/07/2009 à 09h47


Photo Rue89 

Et allez ! Encore cette expression, « l’Amérique qu’on aime », là, devant mon marchand de journaux. Avec, pour l’illustrer, mièvre à souhait, la galerie de photos de cette Amérique-là : Charlot, Bob Dylan, Marilyn, Obama... un petit club exclusif.

Il y aurait donc l’Amérique « qu’on aime », et l’Amérique « qu’on n’aime pas ». Comme s’il était impossible à « on » (on est un con, disaient nos grand-mères) d’aimer en bloc ce pays. C’est le seul pays dans ce cas, d’ailleurs. Quel hebdomadaire titrerait : « L’Italie qu’on aime » ou « l’Allemagne qu’on aime » ?

Amour-haine entre dominant-dominé


couverture de l’Obs, janvier 2004 

Ce n’est pas la première fois que l’Obs nous pond un tel dossier. Le précédent, c’était en janvier 2004 : le titre était identique. Michael Moore trônait à la place de Barack Obama sur la couverture.

Mais l’hebdo de gauche n’est pas le seul à verser dans « l’américonaimisme », comme on peu en juger ici. Même Sarkozy, lorsqu’il passait des vacances à Wolfboro, devait se justifier en prononçant la formule magique :

« C’est l’Amérique qu’on aime, l’Amérique populaire. »

L’expression « l’Amérique qu’on aime » (qui avait une variante, sous Bush : « l’autre Amérique ») montre à quel point notre rapport aux Etats-Unis est affectif, noué, complexé : un rapport d’amour-haine, de dominant-dominé. Comme s’il était impossible, ou de très mauvais goût, d’aimer les Etats-Unis d’un bloc, avec ses bons et mauvais côtés.

Ce ne sont pas forcément les américanophiles qui recourent à cette formule. Les plus virulents des anti-Américains l’apprécient aussi énormément et poussent à séparer le bon grain de l’ivraie. Alain de Benoist, intellectuel d’extrême droite qui déteste être étiqueté d’extrême droite, a ainsi dressé deux listes : d’un côté Wall Street, les télévangélistes, Bush, les « red necks », les majorettes etc ; de l’autre Hemingway, Steinbeck, Ray Charles...

Tout cela a un côté vaguement puéril. Mais parler de « l’Amérique qu’on aime » est si rassurant ! On reste dans des valeurs connues et sûres, dans un monde déjà balisé, répertorié. Le fameux « on » ne cherche pas à comprendre. On préfère rester dans un joli cocon (comme la lune).


couverture de choc

Aux Etats-Unis, où j’ai travaillé six ans comme correspondant, j’ai en tout cas aquis une certitude : pour comprendre ce pays, il est nécessaire de se sortir la tête du cercle des choix affectifs « évidents », entre Woody Allen, Hemingway et Martin Luther King.

PS : j’avoue, j’aime le Texas !

Si je n’avais pas fait ce choix, je n’aurais jamais découvert les Texans, par exemple, qui font partie de la liste « l’Amérique qu’on n’aime pas » homologuée. J’ai appris apprécier les Texans, leur humour, leurs rapports directs et leur fierté d’ancien Etat indépendant. Je n’ai pas oublié qu’après l’ouragan Katrina qui a ravagé la Nouvelle-Orléans, ce sont eux qui ont spontanément accueilli le plus de rescapés, sans hésiter. A vrai dire, je n’ai jamais été aussi bien accueilli que dans cet Etat, même pendant la pire période des tensions franco-américaines.

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  • Éric  Perrin
    Éric Perrin
    Ginkonaute
    • Posté à 10h55 le 19/07/2009
    • Internaute 51185
      Ginkonaute

    L’Amérique qu’on aime ?

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 12h51 le 19/07/2009
    • Internaute 82025
      non connue

    Parler du Nouvel Obs comme de « l’hebdo de gauche », ça devient risqué...
    Ou alors, c’est « la gauche qu’on n’aime pas ». ; -)
    (Edit : Cyp m’a grillé)

    Dans chaque état se trouvent des antagonismes, et si on veut se faire une opinion à peu près objective, on doit faire le tour de ce qui existe, d’un côté comme de l’autre.
    Ainsi, certains états comme la Californie sont très en avance sur les mesures fiscales liées aux économies d’énergie (plus qu’en Europe). Ou encore, la gauche américaine est ouverte et efficace. Certaines productions cinématographiques sont particulièrement engagées. Etc.
    Et il faut pousser la recherche jusqu’à trouver, chez les individus eux-mêmes, la part qui nous plait, ou au moins qui nous sort de nos préjugés. C’est probablement ce que vous avez vécu au Texas.

  • Hélène Crié-Wiesner
    • Posté à 14h48 le 19/07/2009
    • Internaute 57
      Binationale

    Ah, merci Pascal, ça fait du bien de lire un papier comme le tien ! Perso, j’étouffe de plus en plus dans cette vision française de l’Amérique, où je vis, travaille, aime, déteste, mange, grossis, maigris, m’amuse, m’ennuie, etc... Au point d’avoir souvent envie de fuir mes potes français quand je reviens à la maison, tant leur manichéisme m’insupporte. Bref, ça me fait plaisir de voir ça sur Rue89. Si seulement c’était le papier de tête...

  • brothe
    brothe
    chercheur Postdoc
    • Posté à 07h10 le 20/07/2009
    • Expert 53510
      chercheur Postdoc

    Peut etre plus que beaucoup d’autre pays, l’Amerique (pardon, les USA) est un pays fortement divers, fragmenté, polarisé, communautarisé. Cette expression, « l’amerique qu’on aime » est effectivement puérile, mais apres 6 mois de vie a NY je me rend vraiment compte qu’il y a une infinité d’ameriques.

    Il y a aussi une certaine diversite en France, mais cela reste plutot une diversite dans l’unite. Ici (j’écris de NY ... hé hé hé :)) la diversite existe presque jusqu’a la caricature. Les langues les langages, les arts, les loisirs, les lieux, les gens rien ne se ressemble, ni dans le temps, ni dans l’espace.

    Puis, au-delà de cette multitude de styles et de communautés, il reste une polarité accentuée par le fait qu’elle correspond au clivage politique et géographiques. L’amerique des villes, des diplômés des jeunes, des libéraux, des ports et des démocrates s’oppose effectivement a celle des campagnes, des suburbs, des familles, des conservateurs, des grands espaces représentée par les républicains.

    Ce que je retiens pour le moment du pays (de NY en fait), c’est sa jeunesse, son dynamisme, son humour et surtout son culte de la différence et de la nouveauté. C’est aussi un pays ou « liberté d’expression » et « esprit critique » ont un véritable sens.

  • fdrebin
    fdrebin
    Dilettante doué
    • Posté à 09h53 le 20/07/2009
    • Internaute 78377
      Dilettante doué

    L’Amérique, tu l’aimes ou tu la quittes...

  • Grégory
    Grégory répond à Pascal Riché
    • Posté à 18h37 le 20/07/2009
    • Internaute 12569

    Quand je lis :

    « Comme s’il était impossible à “ on ” (on est un con, disaient nos grand-mères) d’aimer en bloc ce pays. »

    ... je pense qu’on a dépassé les questions de compréhensions. C’est votre introduction, et vous reprochez à ceux qui ont un point de vue nuancé sur les Etats Unis de ne pas envisager d’en avoir un « en bloc ». Au demeurant, c’est aller un peu vite en besogne, puisqu’avoir un tel titre ne prétend aucunement qu’on ne pourrait être américanophile en bloc.

    Ensuite vous nous expliquez que recourrir à cette expression essentiellement nuancée serait une marque d’un rapport émotionnel contrarié aux USA. Pas ennemi du point godwin, vous n’oubliez pas de nous mettre un petit coup d’extrème droite là dedans, comme ça pour la route.

    J’ai bien compris que vous dites vouloir dénoncer un tic un peu ridicule des médias, et je vous crois volontiers. Mais moi je dis que dans la façon, cet article en dit également long sur votre sensibilité et votre état d’esprit sur le sujet. Car enfin les raisons ne manquent pas d’avoir « une amérique que l’on déteste », les miennes reposant sous terres par millions. Hors c’est bien cette notion en creux qui vous agresse dans l’expression « amérique que l’on aime ».

    Je lis pour ma part votre nature d’américanophile (assumé, et d’ailleurs ce n’est pas péjoratif dans ma bouche), mais quand vous voyez : « un rapport d’amour-haine, de dominant-dominé », je pense que ça en dit plus long sur votre rapport avec votre attachement aux USA qu’avez des titres d’articles qui prennent juste en compte une opinion générale pas très favorable aux USA.

    Après 8 ans de Bush, un Obama qui semble aussi puissant à résoudre les problèmes qu’un palmier face à un tsunami, et des sales pratiques qui continuent sous son mandat, avec un pays étandart d’un consumérisme sur lequel nous culpabilisons déjà ici même, il me semble qu’il vous faut un certain état d’esprit pour faire un fromage de titres sommes toutes bien naturels (et pas spécialement français, je pense).

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