Couvrez ce sein de la Liberté !
Qu'est-ce qui arrête mon œil dans cette affiche ? Le fait que la Liberté guidant le peuple soit noire ? Bof, non... Cela fait vingt ans que l'imagerie politique a intégré la mixité de la société, même le Front national a dû s'y mettre. Ce qui arrête mon œil, c'est que La Liberté, malgré sa guitare électrique, n'a pas l'air aussi libre que d'habitude. Une question de seins disparus.
« La Liberté guidant le peuple » est un tableau étonnant tant il a frappé les esprits, à la fois en France et à l'étranger. C'est de ce tableau qu'est né Gavroche, le gosse des « Misérables » d'Hugo ; c'est aussi lui qui a inspiré la Statue de la liberté, de Bartholdi. Il a été détourné de mille façons, et a même orné pendant des années nos billets de banques (100 francs).
Sa force tient à divers éléments, mais l'un d'entre eux, central, est cette poitrine conquérante. Pour Delacroix, qui a vécu la révolution de juillet 1830, ces seins ne sont pas qu'un hommage à la statuaire antique. La Liberté est une fille des rues dont la pudeur n'est pas le premier souci. Cette beauté delacrucienne (on dit comme ça ? ) se bat et se fout pas mal d'être à moitié dénudée.
Dans notre imaginaire, la poitrine est donc devenue consubstantielle à l'allégorie de la Liberté. Lorsque la manifestante (photo ci-dessus), en guerre contre le Contrat de première embauche (mars 2006) se déguise en « Liberté », le clou du déguisement, celui qui est calculé pour frapper par son audace libertaire, ce n'est pas le bonnet phrygien.

L'Huma, de son côté, a pris le chemin inverse. Avec son triste tee-shirt, l'affiche du quotidien est plus pudibonde encore que la couverture d'un magazine américain reprenant le tableau d'Eugène (à droite, The New Republic, mars 2006).
L'Humanité n'est pourtant pas le premier à couvrir les nichons subversifs de la Liberté. Ceux-ci ont été cachés dans le Golfe (lors d'une escale du tableau), interdits dans un manuel scolaire turc, recouverts sur les billets de 100 francs circulant en Iran, jugés « indignes » dans le Maine...
Il est vrai que d'autres communistes, au début des années 1970, années pourtant tolérantes en matière de nudité, avaient eu les même pudeurs : ce timbre soviétique célébre, en Français, la Commune de Paris.
- Sur wikipedia.orgLa fiche Wikipédia de la Liberté guidant le peuple
- Sur lesquotidiennes.comMon Dieu tous ces seins qu'on censure! (Les Quotidiennes)
- Sur liberation.frUne affiche effrayante (l'ex- Mon Oeil dans Libé)
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&tudiant
&tudiant
Pour leur défense, disons quand même que même chez les libertaires, on voit plus grand monde - à part la fille de la photo - se balader les seins à l'air dans les manifs de nos jours.




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