Mon œil !

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Selon Estrosi, Besson aurait évité la Seconde Guerre mondiale

Pascal Riché
Redchef
Publié le 07/12/2009 à 08h03

Vous connaissez le « point Godwin », bien sûr (ou alors, vous n'allez jamais vous promener dans les catacombes de ce site, dans le labyrinthe des commentaires « non sélectionnés »). Bon, pour le néophyte, le point Godwin est une sorte de décoration (péjorative) qu'on accroche à l'internaute qui, dans une discussion, en est réduit à évoquer le nazisme.

Le point Godwin a été découvert à la même époque que l'invention du Web. Il tient son nom de l'avocat Mike Godwin, qui l'a énoncé ainsi :

« Plus une discussion sur Usenet dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s'approche de 1. »

Tant que le point Godwin reste confiné au folklore d'Internet, tout va bien. Le problème c'est lorsque la loi de Godwin gagne le débat politique.

Certes, lorsque l'évocation du nazisme est rare, elle peut avoir une certaine efficacité. Ainsi, en 1993, Philippe Seguin avait porté une sacrée banderille dans les flancs du gouvernement Balladur en l'accusant de céder à un « Munich Social ». Chirac avait ensuite surfé sur ce thème pour écraser son rival à la présidentielle de 1995.

Il y a quelques jours, c'est le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, qui s'est essayé à inviter les nazis dans un discours. (Voir la vidéo, dénichée par Libération)

Que dit-il ?

« Si, à la veille du second conflit mondial, dans un temps où la crise économique envahissait tout, le peuple allemand avait entrepris de s'interroger sur ce qui fonde réellement l'identité allemande, héritière des Lumières, patrie de Goethe et du romantisme, alors peut-être aurions nous évité l'atroce et douloureux naufrage de la civilisation européenne. »

Comment imagine-t-il les choses « à la veille du second conflit mondial » ? Le ministre suggère-t-il que le Führer allemand, Adolf Hitler alors au pouvoir, aurait dû organiser un large débat, au sein du NSDAP, le parti National-Socialiste, par exemple (seule véritable structure politique) sur l'identité allemande et l'apport des lumières ? Un grand colloque aurait-il dû être organisé lors d'une des rencontres annuelles dans le Reichsparteitagsgelände de Nuremberg ?

Autre question : Estrosi sous-entend-il qu'Eric Besson aurait pu être un rempart efficace contre les horreurs nazies ? Et que ceux qui s'insurgent aujourd'hui contre le débat sur l'identité nationale et ses arrières pensées font le lit d'un nouveau naufrage « atroce et douloureux » de la « civilisation européenne » ? Tout cela n'est pas très clair.

Pendant ce temps, Luc Chatel supprime l'histoire du programme de Terminale S. Est-ce vraiment bien sage ?

PS. Christian Estrosi n'en est pas à son coup d'essai sur ce terrain, relève le blog « Les mots ont un sens ». En février dernier, il se lâchait en plein Conseil municipal de Nice contre son opposant Patrick Allemand ( ! ) :

« Vous êtes quelqu'un de très dangereux, vous mentez à l'aide de méthodes de falsification utilisées, durant l'Histoire, par ceux qui ont conduit aux plus grands drames de la planète. Je pense notamment à certains hommes qui officiaient en 39. »

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  • Jean-Jacques Louis
    • Posté à 20h43 le 07/12/2009
    • Internaute

    « Estrosi sous-entend-il qu'Eric Besson aurait pu être un rempart efficace contre les horreurs nazies ? “

    Ben quoi ? Sarko était bien au mur de Berlin en 89. Et aussi sur la Lune en 69, paraît-il.

  • Charles Mouloud
    Charles Mouloud
    Bras gauche de la Vénus de (...)
    • Posté à 20h49 le 07/12/2009
    • Internaute
      Bras gauche de la Vénus de (...)

    Estrosi le « niçois » confond la guerre et la promenade des anglais.

  • Crainquebille
    • Posté à 20h53 le 07/12/2009

    L'auto-caricature que pratiquent de plus en plus certaines personnalités politiques finira un jour par mettre au chômage les humoristes.

  • BrunoC
    • Posté à 21h16 le 07/12/2009

    Si je peux me permettre « point » dans « point godwin » s'entend comme dans l'expression « point de rupture » et non « tu marques un point », ce n'est donc pas une récompense en chocolat, mais un état de la discussion.

    Je trouve très regrettable qu'un journaliste change le sens d'un mot, ça rappelle de sombres heures de notre Histoire.

  • xavier-xavier
    xavier-xavier
    muntagnolu
    • Posté à 21h22 le 07/12/2009
    • Internaute
      muntagnolu

    Peut-être devrait-on créer le « point Estrosi », pour celui qui, dans une discussion, assène d'un air profond et satisfait une stupidité absolue ?

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    Le marché autant que possible, (...)
    • Posté à 22h34 le 07/12/2009
    • Internaute
      Le marché autant que possible, (...)

    « Si, à la veille du second conflit mondial, dans un temps où la crise économique envahissait tout, le peuple allemand avait entrepris de s'interroger sur ce qui fonde réellement l'identité allemande, héritière des Lumières, patrie de Goethe et du romantisme, alors peut-être aurions nous évité l'atroce et douloureux naufrage de la civilisation européenne. »

    ► Personnellement, je trouve ce rapprochement particulièrement pertinent.
    Le référendum Suisse en a d'ailleurs souligné toute la vérité :
    avec un problème ainsi occulté par une intelligentsia prétendant que l'immigration ne pose pas de problème dans un pays laïc, qui se devrait accueillir et intégrer sans limite toute population, toute communauté, sans contrôle aucun sur la hauteur du flux entrant,
    et sans souci pour la perturbation de l'équilibre sociologique du pays.

    S'interroger sur le sens donné à notre identité permet au contraire à toute opinion de s'exprimer
    et d'éviter qu'un mal profond et caché ne se développe sournoisement,
    pour exploser d'un coup, de manière excessive et malsaine.

    Précisons que les points Godwin ne sont attribués qu'à ceux faisant le rapprochement entre attitude de gauche et nazisme,

    mais jamais à ceux qui font un rapprochement entre libéraux et nazisme.

    Il est bon de permettre à la gauche de se voir telle qu'elle est.
    Le rapprochement de certaines de ses attitudes avec des procédés fascistes est souvent pertinent, fut-t-il Godwinisé.

  • alaixih
    • Posté à 22h46 le 07/12/2009
    • Internaute

    J'entends partout le terme de civilisation Européenne.
    Partout le terme de fin de civilisation.
    Je croyais que c'était un terme utilisé au temps des colonies et je découvre qu'aujourd'hui il est d'activité.
    Identité nationale... Pareil. Il n'y avait que LePen pour utiliser ces termes.
    Dans ce pays il suffit qu'un imbécile qui n'écrit même pas ses discours lui même dise un mot ou utilises des termes pour qu'il jaillissent de partout.
    Quelle bande de lèches culs tous ces journalistes et ces politiques tout de même.
    Moi je trouve que cela sent de plus en plus le populisme et mauvais.
    D'ailleurs le populisme ne sent jamais bon.
    Mais bon cela a le mérite d'être simple et compréhensible par les masses.
    J'ai honte d'être Français.

  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 10h21 le 08/12/2009
    • Internaute
      oiseau

    Estrosi fait du commentaire de comptoir. Il étale plus son ignorance qu'une quelconque valeur à ses mots. Pourquoi ?

    1) il fait fi du biais de retrospection Lien
    Il juge un passé avec ce qu'il sait du présent. C'est largement biaisé.

    2) Il oublie qu'une identité nationale n'est pas figée. Elle est changeante et multiple. Si Goethe fait partie du patrimoine allemand, les profondes cicatrices de la première guerre mondiale l'étaient tout autant. Pie ! C'étaient les nantis qui se permettaient de lire Goethe, les autres faisaient la queue à la soupe populaire. D'ailleurs, c'est la misère qui a jeté ces miséreux dans les bras des extrémistes et de leurs solutions simplistes et radicales, voire finales.

    3) Ceux qui créent la misère (en laissant le pouvoir d'achat baisser, le chômage monter, etc.) et qui palabrent sur des bouc-émissaires (qu'ils soient juifs ou anacho d'ultra-gauche) sont ceux qui, au contraire, conduisent à « l'atroce et douloureux naufrage de la civilisation européenne ».

    Besson n'aurait donc probablement pas empêché le naufrage, peut-être même qu'il l'aurait précipité.

  • Praxis
    Praxis
    Fonctionnaire
    • Posté à 15h06 le 08/12/2009
    • Internaute
      Fonctionnaire

    Pour comprendre à quel point la droite actuelle se fourvoit dans des chemins de travers, puants, qui indignent même son électorat, je vous renvoie sur la note - vraiment pertinente - écrite par Koztoujours : Lien

    Extraits :

    « A la veille de voir la civilisation européenne engloutie dans la barbarie, Hitler n'a-t-il pas mis en avant la singularité du peuple allemand, ne s'est-il pas efforcé de le réunir, en anschlussant les autrichiens, en annexant les Sudètes ? Christian Estrosi tient-il tant à ce que l'on fasse des parallèles ? Peut-être est-ce tellement politiquement stupide et foncièrement navrant d'entraîner le débat sur un tel parallèle que cela en devient cocasse. »

    « Mais, dans un remix idiot des débats participatifs et autres Grenelle, on laisse la parole aller, comme s'il ne pouvait être que bon que la parole s'épanche. Et quand elle ne s'épanche pas seule, quand on la guide, la parole, ce n'est pas nécessairement vers les meilleurs sentiments. Un certain nombre de personnes dont je ne partage habituellement pas les opinions ont publié il y a quelques temps une tribune dans Le Monde, pour dénoncer une question figurant dans la circulaire adressée aux préfets, chargés d'organiser les débats sur l'identité nationale. Elle disait ceci :

    “ Comment éviter l'arrivée sur notre territoire d'étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance) (…) ? ” »

    « Pourquoi invoquer nécessairement l'immigration dans le cadre d'un débat sur l'identité nationale ? Pourquoi traiter nécessairement la question sous l'angle de l'identité menacée ? Et nécessairement réfléchir aux moyens de lutter contre l'immigration ? Peut-on parler de dérapages, quand la voie est si bien tracée ? Et puis, le caractère régulier ou irrégulier de l'immigration a-t-il une incidence sur notre identité nationale ? Avec carte, ça va, sans carte, notre identité est menacée ? »

    Etc., etc.

    Si un supporteur convaincu, à l'époque, des discours de NS en vient aujourd'hui à le critiquer aussi vertement, c'est bien qu'il y a un souci évident. Partisans de gauche, outrés depuis le début de ce quinquennat, ouvert sous l'ère du bling bling, continuée sur l'air du nauséabond, nous avons des raisons d'espérer : les électeurs ne ressemblent pas toujours à des billes.

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