Mon œil !

Ici, vous trouverez soit des trucs sur lesquels tombe l'oeil de Pascal Riché, soit des trucs qui lui font dire "Mon oeil".

Dans Libé, le Nobel Yunus rejoue « Vive la crise » trente ans après

Pascal Riché
Redchef
Publié le 04/02/2010 à 12h28


Les deux couv « Vive la crise » (DR)

Deux couvertures de Libération, à vingt-six ans d'intervalle :

  • février 1984, Libé lance un supplément provocateur (en accompagnement d'une émission de télévision) baptisé « Vive la crise », sous la conduite du jeune journaliste Laurent Joffrin.
  • février 2010, Libération récidive avec une interview de Muhammad Yunus, Prix Nobel de la paix 2006, qui parie sur une économie plus solidaire. Titre : « Cette crise est une chance. »

Je n'ai jamais trop prisé la réthorique « Vive la crise ». Lors de celle de 2008, une partie de la gauche alter ou radicale a repris l'idée : c'est de cette crise, disaient-ils, que viendront les idées neuves et radicales.

Yunus veut « redessiner le système » grâce à la crise

Pourtant, les crises du capitalisme, historiquement, ont souvent profité à ceux qui sont du côté du manche. Et souvent débouché sur des drames. C'est être très optimiste que de penser que celle-ci fera exception.

L'interview de Mohamad Yunus est très intéressante. Il se livre à une défense du marché. Pour lui, « la crise est une chance pour redessiner le système, repenser les institutions financières, repenser les agences de notation, repenser les banques ».

Elle « n'est pas un échec du marché, mais des institutions et des hommes qui, de super-avides, se sont voulus encore plus super-cupides ». Yunus critique les effets pervers de « l'aide sociale » et propose de sortir d'un « système d'assistés ».

Pour Zizek, l'idéologie dominante sort toujours renforcée du chaos

Dans un autre genre, on pourra lire le nouvel ouvrage du philosophe radical Slavoj Zizek, « Après la tragédie, la farce ». Selon lui, la panique créée par la crise ramène toujours au « b.a.-ba » capitaliste :

« Les postulats élémentaires de l'idéologie dominante, loin d'être révoqués en doute, sont reposés avec une violence redoublée. Le danger est donc que la débâcle en cours soit utilisée d'une manière similaire à ce que Naomi Klein a appelé “stratégie de choc”. »

La crise n'est donc pas une « chance », selon Zizek qui prédit, comme « effets immédiats », davantage de racisme, de conflits, de divisions toujours plus creusées entre riches et pauvres...

  • 16020 visites
  • 61 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Nicolas2010 -bloque-
    • Posté à 12h42 le 04/02/2010

    « Cette crise est une chance. »

    Evidement, et un risque aussi.

    Par contre, pour la France, je pense que c'est plutôt le coup de grâce et que le déclassement est désormais irrésistible. L'exode des diplômé va s'accélérer -ils sont déjà plus de 2 millions.
    On va se retrouver 13éme mondiale ou quelque chose.
    Avec les services publics qui vont avec, ce qui est réconfortant.
    Les riches ayant du fuir leur patrie viendront de temps à autres faire du tourisme, pour voir dans une réserve naturel comment on vivait chez les ploucs. Le diplôme de femme de ménages, c'est l'avenir pour vos enfants !

    PS : Merci la gauche.

  • Le Putsch
    • Posté à 12h44 le 04/02/2010

    Ce que dit Zizek est assez intéressant. Je partage à la réflexion ses opinions : la violence bénéficie toujours au final au pouvoir dominant, qui est toujours celui capable d'être fondamentalement le plus violent. Que la violence ait été effectivement monopolisée par celui-ci (idéal-type du Léviathan) ou pas, il est structurellement en position d'être la puissance dominante dans une société, et donc de mettre au pas les déviances à son monopole de la violence.

    On pourra se reporter au cycle de la violence évoqué par Girard dans « Achever Clausewitz » : le cycle de la violence toujours renouvelé et accéléré nous porte droit vers la catastrophe si la responsabilité collective n'est pas restaurée au sein de la société. Mais face à des contestations, à des réactions plus ou moins violentes de la société, c'est toujours la violence des structures au pouvoir qui triomphera.
    Si en plus la violence de ces institutions porte en elle un modèle de société (la violence porte essentiellement un modèle de société en elle, en fait), on peut malheureusement s'attendre à ce que le processus admirablement décrit par N. Klein se renouvelle, quand bien même le modèle libéral d'organisation de la société a déjà triomphé, à savoir que les gouvernements et grandes entreprises continuent à profiter du chaos (de périodes qui nous ramènent à « avant le contrat hobbesien », en termes philosophiques) pour imposer de nouveaux « contrats » toujours plus aliénants pour la population et plus avantageux pour les bourses des dominants. Ils peuvent toujours nous vendre une déresponsabilisation générale (une perte de conscience par chacun de la violence contenue dans nos actes, dissimulée dans les « passions nécessaires », qu'on pose en socle de notre économie moderne) pour nous faire adhérer au modèle « néo“libéral ; comme toujours, ça nous retombera dessus, et dans leurs poches.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 12h47 le 04/02/2010
    • Internaute
      yetiblog.org

    UNE « CHANCE » QUI RISQUE D'ÊTRE FORT DOULOUREUSE

    La seule « chance » qu'offre cette crise, c'est qu'elle mine gravement les fondations d'une détestable organisation mafieuse du monde.

    Avec Obama dans le rôle d'Al Capone et Foutriquet dans celui de Lien - pardon, « Mémé » ! [rires]

    La « malchance » : les inévitables « dégats collatéraux », sociaux, vitaux (la paupérisation accélérée du monde), climatiques (le problème de l'eau), géostratégiques (guerres)...

    Mais de là à abonder dans la théorie de Zizek exposée par Pascal Riché, il y a un pas que je ne franchirai pas. Zizek (comme beaucoup de ses condisciples qui s'ignorent mais abondent) verse plus dans le « fatalisme confortable » (de toute façon, tout ira mal) que dans le pessimisme inquiet. Il produit les mêmes excès en noir que Yunus en rose bonbon.

    Une chose est cependant sûre : nous sommes à la veille d'une période de bouleversements sans beaucoup de précédents. Et sans doute fort douloureuse.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.