Mon œil !

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La gauche au local, la droite au national : nouvelle cohabitation ?

Pascal Riché
Redchef
Publié le 15/03/2010 à 01h25

La plupart des analystes, non sans raisons, attribuent la victoire de la gauche au premier tour des élections régionales au rejet de la politique de Nicolas Sarkozy.

Pourtant, depuis huit ans, la gauche gagne toutes les élections municipales et régionales (tableau de gauche), alors que la droite gagne toutes les élections législatives et présidentielles (tableau de droite).

Elections nationales –––––––– Elections locales


cohabitation

Il n'en faut pas plus à certains fatalistes pour en tirer une loi générale : tout se passe, disent-ils, comme si les électeurs français avaient dessiné une « nouvelle cohabitation » : à la gauche, le pouvoir local ; à la droite, le pouvoir national.

Ainsi, les électeurs n'oseraient pas confier à la gauche des responsabilités nationales. En revanche, ils ne laisseraient pas la droite s'approcher de la gestion de leurs problèmes locaux.

Les Français ne croiraient pas aux grandes politiques sociales menées au niveau national (leur préférant des réformes de structure), mais ils souhaiteraient que soient mis en place des filets de sécurité au niveau local, un échelon plus facile à contrôler.

La vérité, c'est que la gauche est depuis très longtemps assez nulle pour conquérir le pouvoir national. Elle a réussi sous la Ve république à le faire à seulement trois reprises : 1981, 1988, 1997. Le PS reste un parti de notables, très fort pour faire émerger de solides barons, beaucoup moins fort pour proposer un projet de société différent et attrayant.

Depuis la catastrophe de 2002 -Le Pen au second tour de la présidentielle- ce parti a été incapable (jusque-là) de réformer son fonctionnement, de se doter d'une stratégie et d'un message original -sans même parler du choix d'un leader. Les récents succès d'Europe Ecologie s'expliquent pour ces raisons.

L'expression « cohabitation », qui suppose l'idée d'un partage du pouvoir, me semble, soit dit en passant, assez déplacée. Ni les régions, ni les départements, ni les municipalités n'ont les moyens de jouer un rôle de contrepouvoir face à l'exécutif et au législatif national.

Ce partage des rôles, qui semble aller de pair avec une abstention croissante, est malsain. S'il se cristallisait, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour la démocratie. La sève de cette dernière, n'est-ce pas l'alternance ?

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  • nestor38
    • Posté à 13h44 le 15/03/2010

    « S'il se cristallisait, ce ne serait pas une bonne nouvelle pour la démocratie. La sève de cette dernière, n'est-ce pas l'alternance ? »

    C'est sûr que l'alternance entre un parti pour l'économie de marché, la libre concurrence, une politique sécuritaire, pour l'expulsion des sans papiers, qu'on appellera Ump, et un parti pour l'économie de marché (avec quelques pansements), une libre concurrence (ce n'est pas de notre faute c'est l'Europe qui veut ça), une politique sécuritaire (il faut en finit avec un certain angélisme de gauche), pour l'expulsion des sans papiers (mais en pleurant) qu'on appellera ps (avec ses amis de la nouvelle gauche plurielle), bref cette alternance est vraiment la sève de la démocratie. De toute façon ce système d'alternance est de la poudre aux yeux pour faire croire au peuple qu'il a un quelconque pouvoir pendant que l'argent et le pouvoir réel continue de circuler dans les mêmes sphères...
    D'ailleurs les électeurs ne se sont pas trompés, ils ont pour la plupart préférer faire autre chose hier...

    Si ça pouvait mener à une prise de conscience que le pouvoir c'est nous, et qu'en militant à la base, en se syndiquant (sans laisser le pouvoir aux bureaucraties syndicales), en s'associant, on peut pour le cout redonner une véritable sève à la démocratie, ce serait une bonne nouvelle.

  • miles.v
    miles.v
    Matheux
    • Posté à 14h24 le 15/03/2010
    • Internaute
      Matheux

    Franchement, j'aimerais croire que c'est par manque d'un projet cohérent que la gauche perd régulièrement les présidentielles. Mais, qui croit sincèrement que Jacques Chirac a été élu à deux reprises parce que son programme était plus cohérent que celui de Lionel Jospin ? Quant à Nicolas Sarkozy, il a bien un projet cohérent, celui de Reagan et Thatcher il y a 30 ans, mais ce n'est pas celui qu'il a « vendu » à la grande majorité des électeurs ( c'est à dire celui du président de la hausse du pouvoir d'achat, de la baisse des impôts et de la réduction des déficits publics..).
    Non, je crains que le problème de la gauche réside dans l'hyper personnalisation du scrutin présidentiel qui nécessite un parti politique qui ne soit qu'une machine au service d'un homme, ce qu'est l'UMP aujourd'hui, ce qu'était le RPR hier et ce que fut le PS pour François Mitterrand.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 14h26 le 15/03/2010
    • Internaute
      non connue

    J'aurais bien une explication assez simple, et sans complaisance :

    La gauche, en local, sait parfaitement jouer collectif, et s'ouvrir sur les autres courants (verts, centre), notamment parce que les collaborations locales se font sur la base des rapports humains et des projets, et non en cherchant une fusion idéologique.

    En national, l'idéologie est beaucoup plus présente, ce qui empêche aux différentes composantes de travailler ensemble. Notons que Jospin, avec sa gauche plurielle, avait réussit l'exploit de la fédération des gauches républicaines, et que l'explosion de cette union plurielle a conduit à la cata de 2002.

    Si l'on ajoute qu'en national, chaque ténor est un courant politique, et que chacun doit pour exister montrer sa différence plus que sa capacité à participer à la cohésion, on assiste à des éparpillements même en interne des partis.

    Disons le tout net : plus un politique est célèbre, plus il a tendance à se voir au sommet, et à la jouer en solo.

    On peut s'étonner, alors, du succès sur le long terme de personnalités discrètes qui « restent à leur place » en local.
    Et c'est dommage parce que c'est peut-être chez ces « discrets » que se trouvent les meilleurs candidats.

  • Enki
    • Posté à 14h30 le 15/03/2010

    Il y a un responsable.

    C'est le père Noël.

    Les français, papy et mamie leur ont légué des révolutions dont ils ont oublié le prix, mais ils n'ont pas réécrit les contes de fées.

    Les français, ils veulent un chef fort et puissant, un leader, un qui ait la gagne, mais l'idéologie de gauche ne se prête pas à ce qu'en émerge de tels autocrates sans compromission. C'est même en général là que se termine une aventure gauchiste. Les mêmes français veulent des crêches, de bonnes écoles pour tous, des travailleurs sociaux et qu'on préserve leur environnement social et naturel d'une exploitation égoïste par le présent, mais ça ne colle pas avec l'idéologie de droite.

    Ils veulent un bon roi, assisté d'elfes dévoués et serviles, tracté par des rennes dans un traineau échappant à la gravité, qui distribue des cadeaux à tous et n'oublie surtout pas leur petit soulier.

    Cette schizophrénie est la marque d'une démocratie qui ne s'est pas encore affranchie de l'ancien régime avec lequel elle compose encore distraitement, quand l'Europe pose l'égalité en droit et dignité des individus... en omettant Albert II, roi des Belges et prince de Liège, Margrethe II, reine de Danemark, SM Juan Carlos Ier, roi d'Espagne, SAS Hans-Adam II, prince de Liechtenstein, SAR le Grand-Duc Henri de Luxembourg, SAS le Prince Albert II de Monaco, SM Harald V de Norvège, SM la Reine Beatrix Ière des Pays-Bas, SM la Reine Elizabeth II d'Angleterre, SM le roi Charles XVI Gustave de Suède et autres lords...

    Le culte des champions.
    Le mythe des héros.
    L'idéologie du chef.
    La nostalgie du roi.

    Concitoyens, concitoyennes,

    votez Père Noël !

  • fran
    • Posté à 14h38 le 15/03/2010
    • Internaute

    « Depuis la catastrophe de 2002 -Le Pen au second tour de la présidentielle- ce parti a été incapable (jusque-là) de réformer son fonctionnement, de se doter d'une stratégie et d'un message original -sans même parler du choix d'un leader. Les récents succès d'Europe Ecologie s'expliquent pour ces raisons. »

    Ce qui sous-entend qu'Europe-Ecologie aurait tort de croire à une victoire sur leur seul programme. En réalité ils servent souvent de « medium » pour adresser un message un peu désespéré au PS : bougez-vous ! regardez la société telle qu'elle est avec des aspirations nouvelles, dans un monde différent où les aspirations environnementales ne sont pas des rêveries de baba-cool mais un projet de société. Si le PS n'entend pas ça, les élections nationales resteront à la droite...

  • A déménagé le 8-10 2
    • Posté à 14h54 le 15/03/2010

    « L'expression “ cohabitation ”, qui suppose l'idée d'un partage du pouvoir, me semble, soit dit en passant, assez déplacée. Ni les régions, ni les départements, ni les municipalités n'ont les moyens de jouer un rôle de contrepouvoir face à l'exécutif et au législatif national. »

    Surtout que l'Etat charge tant qu'il peut la barque (pas si solide que ça) des régions : de plus en plus de responsabilités auparavant dévolues au dit état, de moins en moins de ressources.

    Cette cohabitation est un combat. Inégal.

    Quant aux barons, c'est bien un effet pervers de ces victoires : tous gens repus et repliés que les victoires de la droite aux élections nationales remplissent de larmes certes, mais de crocodiles.

    Enfin, d'éléphants.

  • Pierre Polard
    Pierre Polard
    ConvictionsPolitiques.midiblogs (...)
    • Posté à 16h42 le 15/03/2010
    • Internaute
      ConvictionsPolitiques.midiblogs (...)

    En tant que militant socialiste (en Languedoc-Roussillon en plus ! ), je ne puis que...souscrire à cette analyse dont la concision n'a d'égale que la pertinence !

    Les collectivités locales (surtout les régions, ces nains budgétaires) n'ont pas les moyens de « s'opposer » à la politique nationale...et puis, ce n'est pas leur rôle.

    Pour vraiment changer les choses, il faut reconquérir le pouvoir national car c'est à ce niveau que se décident les grands choix de société : service public, redistribution...

    Mais pour cela, il faudrait proposer un projet de société lisible et crédible.

  • Yaumegui_from_Paris
    Yaumegui_from_Paris
    « Il ne suffit pas d'être (...)
    • Posté à 16h59 le 15/03/2010
    • Internaute
      « Il ne suffit pas d'être (...)

    Analyse sans fondement.
    En 1995 après 14 ans de Mitterrand, les Français voulaient une alternance. Seuls Rocard (si Mitterrand ne l'avait pas assassiné en 1994 aux Européenne) et Delors (s'il avait des couilles) auraient pu gagner contre les candidats de droite. Tous les autres socialistes étaient marquées comme les héritiers de Mitterrand et de ce fait étaient rejetés par l'opinion.
    Les deux défaites de la gauche au plan national en 2002 et en 2007 sont dues à des erreurs de stratégie et de casting.
    En gros, Jospin a joué le second tour sans avoir gagné le premier tour, « mon programme n'est pas socialiste » = Les gens votent ailleurs. Jospin en 2002, fatigué par 5 ans de législature (tout homme politique aurait été crevé), aurait du démissionner 6 mois avant la présidentielle ou même peut-être passé la main.
    Ensuite, Royal a été désignée sur la manipulation de sondages fallacieux qui la donnaient des mois avant l'élection seules capables de battre Sarkozy au second tour. Les militants y ont cru. La campagne électorale a démontré qu'elle n'avait pas le niveau, c'est tout. DSK aurait pu empocher une partie des voix du centre droit et du centre gauche, centres qui se sont détournés de Royal l'illuminée et l'incompétente (pas plus que Sarkozy et que Bayrou, mais ils cachent mieux leurs jeux) qui ont soit voté Sarkozy de peur que Royal l'emporte, soit abstenus.
    La gauche depuis 1995 n'a pas su mettre la bonne personne au bon moment et au bon endroit.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 23h24 le 15/03/2010
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Si cette analyse était pertinente, le local à la gauche, le national à la droite, le sénat serait un contre pouvoir avec ses membres élus par les grands électeurs, or la Basse Normandie possède 8 sénateurs (1 PS et 7 UMP et NC)
    Il ne faut pas confondre le tissus du local, fait d'une myriade de petites communes ,avec leurs maires et leurs conseils, les départements avec leurs représentants qui font partie de la droite traditionnelle et les villes et grandes agglomérations urbaines qui peuvent être de gauche. De même que Paris n'est pas la France, Caen n'est pas la Basse Normandie.

  • Irfan
    • Posté à 00h28 le 16/03/2010
    • Internaute

    « La vérité, c'est que la gauche est depuis très longtemps assez nulle pour conquérir le pouvoir national. Elle a réussi sous la Ve république à le faire à seulement trois reprises “

    La gauche est nulle... sous la V° République. Parce que celle-ci est un régime de droite, qui fait la part belle à l'exécutif, à la personnalisation du pouvoir, se concentre sur la présidentielle - et les médias encore plus. Et cela, ce n'est pas dans une culture politique de gauche. Et la gauche qui acquiert cette culture politique bascule étonnamment vers la droite dans ses choix économiques, sociaux, symboliques.
    Il y aurait énormément de choses à dire pour expliquer de tels scrutins : le vieillissement qui fait voter plus à droite ; le regroupement médiatique qui fait voter plus à droite ; la ‘crise’ qui fait voter plus vers les extrêmes en principe ; la mode ‘écologique’ qui profite au parti ‘écologiste’. Lequel n'en peut mais, parce que l'écologie publicitaire n'est pas celle des Verts, il ne faut pas caricaturer, et les types de Jeudi noir ou des Enfants de Don Quichotte ne sont pas des blablateurs sortis de l'ENA qui touchent 20 SMIC mensuels et polluent 40 fois plus que les autres - c'est le cas de pas mal de journalistes, politiques, stars qui se disent ‘écolos’...
    Enfin bref, énormément de facteurs, desquels il ne faut pas décompter l'importance des médias ; et notamment, quelque chose qui me frappe de plus en plus (mais qui existait encore plus avant les années 1980 par ailleurs), de l'importance du mensonge politique et médiatique consensuel. Trop souvent les journalistes laissent les politiques mentir sciemment ; les citoyens laissent les journalistes mentir ; les spécialistes laissent journalistes et citoyens mentir. Et, à mon sens, c'est dangereux, et cela me parait favoriser la droite (qui, si elle ne mentait pas, aurait essentiellement les suffrages de ceux pour qui elle gouverne, riches, xénophobes et peureux).

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