Mon œil !

Ici, vous trouverez soit des trucs sur lesquels tombe l'oeil de Pascal Riché, soit des trucs qui lui font dire "Mon oeil".

Appel au meurtre ou liberté d'expression ?

Pascal Riché
Redchef
Publié le 27/03/2010 à 21h12


Capture d’écran du texte de Johnny Spencer Logan posté sur le site NewSaxon.org

Aux Etats-Unis, les propos de Zemmour auraient peut-être choqué, mais personne n’aurait remis une seule seconde en question son droit à les proférer. Mieux : l’Aclu, organisation de défense des libertés, qui se bat si souvent pour les droits des minorités ethniques, lui aurait probablement fourni des conseils juridiques... Il est même arrivé à l’Aclu de se prononcer contre l’interdiction de manifestations du Ku Klux Klan !

Ces jours ci, les limites de la liberté d’expression sont testées avec l’affaire Spencer.

Johnny Logan Spencer est un habitant de Louisville, petite ville du Kentucky qui n’a jamais produit grand chose, sinon du Bourbon (un tiers y est produit) et la naissance de Mohamed Ali (alias Cassius Clay, pour les plus vieux d’entre vous). Spencer est aussi un poète d’un genre particulier : « suprémaciste » blanc, raciste, adepte de la violence contre les Noirs.

Il est accusé de « menaces de mort » pour avoir mis en ligne en 2007, sur le site au nom évocateur NewSaxon.org (« La communauté online pour les Blancs et par les Blancs »), un poème menaçant directement Barack Obama et sa femme Michelle. Le poème s’appelle « The Sniper ».

« Meurs, nègre, meurs »

Eh bien, la justice américaine débat très sérieusement pour savoir si la liberté d’expression protège ou non l’auteur de ce qui ressemble fort à un appel au meurtre.

Son poème décrit un homme qui décide de tuer le « tyran » après avoir gravé sur la balle « de la plus pure fierté » qu’il s’apprête tirer les mots « Meurs, nègre, meurs ». Exemple de ses vers :

« Patriote pour son peuple, il sait que son tir lui coûtera la vie

Mais pour sa race et l’existence de celle-ci, c’est un petit sacrifice. »

Je vous épargne le reste, c’est trop glauque, vous pouvez le lire ici. Spencer sera peut-être condamné (je le souhaite), mais ce n’est pas certain.

Ce qui me frappe, c’est que son poème est soupesé avec le plus grand soin par la justice. C’est le premier amendement de la Constitution -la liberté d’expression- qui est ici en jeu. La justice doit être certaine que ces vers là vont bien au-delà de la simple licence poétique et militante et constitue un danger concret pour l’ordre public en général et la vie du Président en particulier.

Un poème qui n’a pas encore inspiré d’attentat

Selon le procureur adjoint Phillip Chance, même si Spencer ne possède pas d’armes, son poème ne relève pas du « discours politique protégé ». L’avocate commise d’office Laura Wyrosdick argue au contraire que, depuis que ce poème a été mis en ligne, personne ne s’en est jamais inspiré pour tenter de commettre un attentat contre le Président...

Par ailleurs, signe que ce poème n’est pas dangereux : pendant quinze mois, le Service secret (chargé de la protection des personnalités publiques) n’a rien fait pour inquiéter Spencer. Ce n’est en effet que lorsque le FBI l’a découvert que la procédure judiciaire a été engagée. « Nous sommes ici parce que Mr Spencer est soupçonné d’avoir écrit un poème, une œuvre artistique », a déclaré Laura Wyrosdick à l’audience, le mois dernier.

Si l’avocate est écoutée, Spencer sera acquitté. Sinon, il risque jusqu’à quinze ans de prison.

Allez, pour vous mettre de bonne humeur, un extrait poilant des Producteurs (le poète s’appelle ici Franz Liebkind).

► Post Scriptum 28/3 à 00h16 : En réponse à certains commentaires. Je ne cherche surtout pas à « comparer Zemmour à Spencer », au contraire. Je compare en réalité deux lignes jaunes, la française et l’américaine.

  • En France, la liberté d’expression s’arrête à Zemmour. A un propos ambigu, au delà duquel on entre dans le racisme explicite, dont l’expression est interdite (c’est même un délit).
  • Aux Etats-Unis, les racistes, et même les nazis, ont le droit de s’exprimer. La liberté d’expression s’arrête, bien plus loin qu’en France, à Spencer : à l’appel au meurtre, fût-il sous forme de poème.
Aller plus loin
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  • France Fabay
    France Fabay
    créatrice d'entreprise
    • Posté à 21h48 le 27/03/2010
    • Internaute 56461
      créatrice d'entreprise

    Le débat est intéressant, pour ma part je n’ai jamais su trancher ce dilemme : qu’est-ce qui est plus criminogène, la censure du politiquement correct ou la « pornographie morale » qui consiste à n’avoir aucun tabou au nom de la liberté d’expression ?
    Pour moi on ne doit pas forcément détruire tous les tabous, ils font aussi partie de ce qui structure une culture, mais pour avoir vu sur scène le génie de Dieudonné avant qu’il ne bascule dans la parano, je crois vraiment qu’il a été « poussé » dans ce basculement par la censure ambiante...
    Ceci dit les Etats-Unis ont beau faire de la liberté d’expression une sorte d’idéal absolu, ils mettent aussi les limites où ça les arrange, comme tout le monde.

  • Duc du Granlac
    Duc du Granlac
    Républicain
    • Posté à 21h54 le 27/03/2010
    • Internaute 86373
      Républicain

    Dans le doute il est toujours préférable d’avoir trop de libertés que pas assez...

  • Anonyme

    C’est là qu’on voit la sagesse de la nation américaine.

    Là-bas, on n’a pas peur du peuple. Et on fait confiance à son bon sens et à son esprit critique pour ne pas se laisser abuser par les discours de haine.

    En France non. On a peur du peuple, et on considère qu’il est mineur, irresponsable. Il est dès lors essentiel que les autorités encadrent strictement la liberté d’expression pour éviter que le peuple se mette des idées absurdes en tête.

    Il est évidemment à souhaiter que cet immonde salopard de poète de merde ne soit pas condamné. Ce serait une nouvelle preuve de la supériorité morale de la démocratie américaine sur la nôtre.

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 22h55 le 27/03/2010
    • Internaute 53186
      inconsolable

    En France aussi on a des poêtes :

    y’a pas qu’Zemmour...

  • Dyablo
    Dyablo
    Etudiant
    • Posté à 23h14 le 27/03/2010
    • Internaute 88454
      Etudiant

    Le problème majeur des « paroles un peu trop libérées » prônant la mort ou la haine de classes sociales ou ethniques, ce n’est pas tant que ça choque, mais bien que ça influence. Comment justifier dans ce cas la liberté de parole si elle permet de rallier du monde à une cause de merde ? Et lorsque la cause est bonne, mais contraire à l’ordre établi, faut-il également censurer sous prétexte que « on a interdit les racistes de parler, donc t’es gentil mais toi aussi tu va la fermer, parce que tes opinions sont pas celles du gouvernement ».
    Le juste milieu risque d’être difficile, voire impossible à trouver. Là où je veux en venir, c’est qu’il faut apprendre à chacun à faire preuve de discernement, d’esprit critique, et de ne pas laisser son cerveau en stand-by comme devant la télé à être d’accord avec n’importe quoi, tant qu’il y a des pseudos-arguments peut-être foireux mais percutants si on n’y réfléchit pas. A partir de ce moment, la liberté d’expression pourra être totale, parce que le type crachant sa haine des *minorité au choix* se retrouvera à parler dans le vide, ou presque.

    Alors je sais, c’est beau de rêver à un monde plus intell... un peu moins con, sachant réfléchir par soi-même, mais que voulez-vous, faut bien y penser un peu parce que ça se fera pas tout seul :).

  • Léonard
    Léonard répond à Pascal Riché
    chercheur (errer humanum est)
    • Posté à 00h37 le 28/03/2010
    • Expert 24584
      chercheur (errer humanum est)

    Oui, l’idée de l’article est bonne, on en a déjà discuté un peu ailleurs avec quelques riverains :

    Lien

    Fixer une limite à la liberté d’expression est déjà en soi suspect et pourtant, il doit exister des cas où une telle liberté est une imposture voire un crime. Disons pour prendre un exemple plus simple que celui de l’article, probablement que si je crie

    - tire !
    (descends le triste sire)

    à quelqu’un qui a un flingue en train de braquer une banque, je peux difficilement prétendre à la liberté d’expression, à la poésie ou même à la plaisanterie.

    Une remarque : je suis d’accord sur le fait que la liberté d’expression est plus grande, sur le plan formel et constitutionnel, aux Etats-Unis qu’en France. Mais cela ne signifie en rien qu’il n’existe pas de nombreux mécanismes de censure de fait.

  • Éric  Perrin
    Éric Perrin
    Ginkonaute
    • Posté à 09h16 le 28/03/2010
    • Internaute 51185
      Ginkonaute

    C’est vrai que dans l’histoire récente des états unis le Maccarthisme a été un modèle pour la liberté d’expression...

    Mais bon passons et considérons que cette époque est révolue, bien qu’elle refasse surface de temps en temps avec les années Bush par exemple, ou on a surtout privilégié l’expression outrancièrement conservatrice au détriment du reste et avec des méthodes pour le moins contestables.
    Dans les états de droit, aux états unis comme ailleurs, la libre expression n’est pas bridée tant qu’elle ne met pas en danger les intérêts suprêmes de l’état et ça c’est pareil partout...

    Pour terminer je ne souhaite pas particulièrement que ce « poète » soit censuré pour ses écrits nauséabonds, par contre qu’il puisse être condamné pour appel au meurtre me parait être assez évident.

  • Edouard Chastagnier
    Edouard Chastagnier répond à romme
    Bogue la galère
    • Posté à 16h34 le 28/03/2010
    • Internaute 101113
      Bogue la galère

    Le problème, c’est que ce carcan de lois liberticides sous lequel nous vivons pliés (la « liberté d’expression » en novlangue) n’empêche aucunement les racistes et autres fâcheux d’étaler leurs funestes idées.

    Pire : nous ne pouvons les contrer, puisqu’ils usent d’artifices de langage pour contourner cet arsenal juridique. Le meilleur exemple est l’abominable JMLP, qui prend grand soin de s’en tenir presque toujours aux limites extrêmes et qu’il nous est interdit de traiter de gros facho, sous peine de sanctions.

    Je suis pour la liberté totale d’expression sans limitation aucune, car sinon ce n’est pas la Liberté.

    Là, nous vivons dans une cocotte-minute posée sur feu vif, dont la soupape coincée laisse échapper un faible chuintement.

    Un de ces quatre, elle explosera.

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