Mon œil !

Ici, vous trouverez soit des trucs sur lesquels tombe l'oeil de Pascal Riché, soit des trucs qui lui font dire "Mon oeil".

Ces clichés glaçants de la France vue par la propagande nazie

Publié le 30/10/2010 à 10h36

La philosophe Cécile Desprairies décrypte les troublants détails de cinq photos prises par les services officiels allemands.


Montage de photos réalisés par la propagande nazie

A ceux qui s’intéressent à l’histoire et aux images, « Sous l’œil de l’occupant » est un livre fascinant. Son auteur, Cécile Desprairies, philosophe, a retrouvé des photos prises en France par la propagande allemande.

Certaines sont spontanées, d’autres sont complétement travaillées, toutes sont glaçantes. Ces photos, d’une grande qualité, montrent une France à travers l’œil de ses occupants : belle et soumise à ses « sauveurs ».

Elles sont donc très différentes des photos de la propagande de Vichy, plus connues en France et qui étaient, elles, défensives : il s’agissait de justifier la capitulation et la collaboration.

Des clichés pris par les grands noms de l’époque

Elles ont été prises par les plus grands photographes allemands de l’époque. « L’équivalent d’un Cartier-Bresson », n’hésite pas à dire Cécile Desprairies. Ils viennent des plateaux de tournages de grands cinéastes (Leni Riefenstahl, Fritz Lang...) et sont imprignés de l’expressionnisme allemand.

Certains sont morts pendant la guerre, d’autres ont connu après la guerre de belles carrières (Arthur Grimm, Heinz Fremke...), d’autres encore ont fini en fuite en Bolivie.

Nous avons choisi de vous présenter en détail cinq photos, commentées, sans préparation, par Cécile Desprairies. Le montage est signé de notre photographe Audrey Cerdan.

1

La collaboration intime

En zone occupée, dans la ville de Saint-Emilion, dans une ambiance festive, un officier allemand au bras d’une jeune française. C’est la collaboration intime qu’illustre cette photo de Harren. (Voir le diaporama sonore)

(Copyright de la photo : archives fédérales de Coblence)

2

Foule vert-de-gris au Palais-Bourbon

Un mois après l’armistice, le 23 juillet 1940, voici à quoi ressemblait l’Assemblée nationale. Ces Allemands sont réunis ici pour écouter un discours d’Hitler.

(Copyright de la photo : archives fédérales de Coblence)

3

Un défilé d’apprentis SS, notables de Thionville

La photo est prise à Thionville, pendant l’été 40. Certains des plus jeunes sont aujourd’hui de paisibles retraités.

4

Piaf et compagnie en tournée de promo à Berlin

Devant la Porte de Brandebourg, Edith Piaf, Loulou Gasté, Charles Trenet (du moins selon la légende de la photo)...

5

La révolution nationale bouscule la vieille France

Une allégorie très travaillée par le photographe français Pierre Vals le 3 juillet 1943, sur les Champs-Elysées.

  • 317211 visites
  • 395 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • thierry reboud
    • Posté à 12h09 le 30/10/2010
    • Internaute 20923

    Bonjour Yann.

    Je vais prendre un exemple pour vous montrer comment j’ai compris le commentaire d’Olaf, et par où je le rejoins.

    Sur la première photo, on nous dit clairement qu’on ne sait pas qui est la jeune femme gironde (à Saint-Emilion, c’est rigolo) : comment savoir s’il ne s’agit pas d’une actrice ou une secrétaire du Bureau de la Propagande ? Je ne dis pas que Desprairies se trompe, je dis qu’il nous manque des éléments de sa réflexion.

    Un autre exemple, sur la même photo, plus ennuyeux à mon sens : présenter la personne au premier plan comme fronçant les sourcils est un peu hâtif. Outre que le fait qu’il fronce les sourcils peut s’expliquer par de très nombreuses raisons, j’ai un peu l’impression que sur ce coup-là, Desprairies force un peu l’interprétation.

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 12h37 le 30/10/2010
    • Internaute 29846
      menuisier

    Tu connais la réponse d’Arletty aux résistants de la 25ème heure qui lui reprochaient son aventure avec un officier allemand ?

    « Fallait pas les laisser entrer ! »

  • Thouille
    Thouille
    Citoyenne
    • Posté à 12h40 le 30/10/2010
    • Internaute 104993
      Citoyenne

    Diaporama très intéressant, le genre de choses que seul un média internet peut proposer, alors continuez !
    Une remarque quand même à propos de la légende du n°3 :
    70 ans plus tard, je doute que ces fringuants trentenaires et quadragénaires soient « aujourd’hui de paisibles retraités » ...

  • Jean-Sébastien Billard
    Jean-Sébastien Billard
    Elément à Charles
    • Posté à 14h10 le 30/10/2010
    • Internaute 125643
      Elément à Charles

    Le peuple français a très peu collaboré. On le voit encore. La collaboration a été le fait de l’État et de ses suiveurs : élus, artistes et autres arrivistes, qui, aujourd’hui encore se posent en donneurs de leçons mais, à leur niveau, la collaboration a été un phénomène de masse qui a laissé des traces dans notre culture administrative et politique et ce, plus qu’en Allemagne qui a subi quelques années de dénazification alors qu’elle n’était que légèrement plus touchée que la république française. La préfectorale, la magistrature, la fonction publique dans son ensemble n’ont jamais été épurées. Les anciens ont formé la mentalité des plus jeunes et c’est ce qui explique le niveau de délinquance de l’état et la chappe de plomb qui pèse sur le sujet. Pour plus de précision, Lien
    expose la réalité des rapports d’élus avec la préfectorale et la magistrature. Nous vivons sur l’héritage de l’époque que présente Madame Desprairies.

  • Anonyme répond à thierry reboud

    Toutafé :).

    Pour mémoire :

    Vers 1921, les cinéastes Lev Koulechov et Vsevolod Poudovkine effectuent une expérience révolutionnaire afin d’expliquer le rôle puissant du montage cinématographique sur l’esprit humain et la façon dont ce dernier réagit par associations d’idées. En quoi consiste alors cette expérience de Koulechov qui sera décisive dans la compréhension des mécanismes psychiques face à l’image animée ?

    Lien

    En premier lieu, Koulechov sélectionne, dans un film d’Evgueni Bauer, trois gros plans de l’acteur Ivan Mosjoukine dans lesquels il adopte un jeu relativement neutre et égal. Son regard est dirigé vers le hors champ.
    Dans un second temps, Koulechov monte les trois gros plans avec d’autres plans différents les uns des autres : une assiette de soupe sur une table, une femme morte dans un cercueil, une petite fille s’amusant.
    Lorsque Koulechov propose à des spectateurs chacun des plans de Mosjoukine ajustés aux plans de l’assiette, de la femme et de la petite fille, et qu’il les interroge sur le jeu de l’acteur, les spectateurs affirment avoir apprécié la justesse de celui-ci pour exprimer successivement la faim, la tristesse et la tendresse.
    L’effet Koulechov (appelé aussi effet-K) prouve la fonction créatrice du montage cinématographique dans le simple assemblage de deux images permettant une analogie de l’esprit d’un sens absent des images isolées.
    Psychologiquement, l’effet-K produit dans le regard du spectateur une substitution à l’acteur et à son regard, comme un déplacement des émotions.

  • A déménagé le 3 mai
    • Posté à 14h31 le 30/10/2010
    • Internaute 112096
      écriveuse

    L’analyse de la scène du couple n’est pas concluante... quasiment tous les regards convergent vers eux, ce qui semblerait indiquer qu’il s’agit d’une « prise de tournage », avec des passants qui eux, sont intrigués, parce qui est, inhabituel, et présenté ici comme étant « saisi sur le vif ».

  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 14h31 le 30/10/2010
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Félicitations aux auteurs de cet ouvrage et aux journalistes de Rue89 qui nous le font connaître. Ce sont des témoignages précieux et inédits.
    Quand je pense que mon père a jeté tout un stock de Signal (plusieurs cartons) vers 1960. Il avait essayé auparavant de les vendre mais on lui avait répondu que « ça ne valait rien car il y en avait partout » !
    Il y a eu par la suite la honte de posséder à la maison de telles « reliques », même si on n’avait rien à voir avec le régime de Vichy et l’Occupation. Mon père était sympathisant communiste.
    Donc on balançait tout ce qui rappelait cette triste période.
    Signal - j’en ai eu plusieurs exemplaires entre les mains - étaient très bien fait. C’était pour l’époque une arme de propagande sophistiquée avec beaucoup de photos, parfois en couleurs. L’ancêtre de magazines tel « Paris-Match ». Beaucoup mieux fait que « L’Illustration » qui ne s’adressait qu’à une élite bourgeoise.
    Inspirés par certains « publicitaires » américains, la propagande de Goebels était le nec plus ultra en la matière.
    D’après ce que me disent mes parents, les gens n’y résistaient pas. Certes on se disait que c’était certainement de la propagande. Mais c’était si bien fait, entremêlé de faits réels et vérifiables, qu’on se disait aussi qu’il devait quand même y avoir du vrai.
    On pensait que l’organisation politique née de la défaite était « légale ». et serait durable. Que l’Allemagne pourrait très bien dominer l’Europe pendant des années, voire des décennies.
    Rien d’extraordinaire après tout.
    Aujourd’hui beaucoup pensent aussi que le système libéral - certes différent des fascismes ! - est ce qu’il y a de mieux en matière de démocratie et que les peuples font entendre leur volonté au sein des institutions européennes ou nationales. Alors qu’en réalité c’est une oligarchie financière qui dirige laissant un hochet aux crédules.
    Et ainsi, pour en revenir à ces années noires, peu nombreux étaient ceux qui entraient délibérément en opposition avec le régime.
    Partir pour les Etas-Unis n’était absolument pas la garantie d’une nouvelle carrière.Et donc Gabin ou Marlène étaient de vrais combattants, agissant selon leur conscience, sans instinct grégaire.
    Les artistes préservaient leur carrière - ou plutôt croyaient le faire ! - en allant se produire à Berlin, dans le cadre d’une collaboration « pacifique » qui devait, prétendument, soulager le peuple français.
    Si un certain nombre de journalistes, tel Pierre Brosselette, préfèrèrent une mort héroïque à la soumission, beaucoup aussi collaborèrent allégrement avec l’occupant ou le régime de Vichy. Leur sens critique s’arrêtaient avec la nécessité de croûter. Même si le contexte est différent, cette attitude a t-elle bien changée aujourd’hui ?

  • Anonyme répond à nemo3637

    Les artistes préservaient leur carrière - ou plutôt croyaient le faire ! - en allant se produire à Berlin, dans le cadre d’une collaboration « pacifique » qui devait, prétendument, soulager le peuple français.

    Bonjour nemo,

    Pour abonder dans votre sens, je rapprocherai de la photo n°4, Piaf et compagnie en tournée de promo à Berlin, une autre, prise deux ans plus tôt sur le quai de la gare de l’Est où l’on voit une douzaine d’artistes français, briefés par un certain Schnurr de la Propaganda-staffel, les peintres Derain, Vlaminck, Van Dongen, Friesz, Dunoyez de Ségonzac, Oudot, Legueult, Janin, et les sculpteurs Despiau, Bouchard, Belmondo, Lejeune et Landowski, pas toujours très fiers d’être là, mais tout de même prêts à s’embarquer pour une tournée en Allemagne (Munich, Vienne, Nuremberg, Dresde, Berlin, Düsseldorf) organisée par Arno Brecker et Otto Abetz.

    Lien
    (Photo Roger-Viollet)

    Certains dirent accepter de se laisser prendre dans les filets de l’Occupant contre la promesse formelle d’une libération de plus de 300 artistes prisonniers (liste d’anciens de la Société des Indépendants et jeunes élèves de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, confiés aux bons soins de Landovski), ce qu’il n’obtinrent évidemment pas, d’autres, comme Derain que des motifs plus personnels avaient fait se résigner, se faisaient le plus minuscule possible pendant les séances photos, se planquant à l’occasion derrière les horribles et monumentaux chevaux d’Arno Brecker, enfin, il y en a toujours, quelques-uns se dirent très contents, comme Despiau, qui confia aux journalistes à son retour que l’aventure lui avait fait le plus grand bien ou Bouchard décrivant la vie presque féerique des
    enfants chéris de la nation, ceux-là préparant, à l’insu de leur plein gré ? , l’expo Arno Brecker à l’Orangerie des Tuileries au printemps suivant.

    Les écrivains, eux-aussi, eurent droit, paraît-il, à leur voyage en Teutonie, toujours sur initiative de Goebbels, mais je n’en sais pas plus...

  • Lohiel
    Lohiel répond à Yann Guégan
    http://twitter.com/Lohiel
    • Posté à 19h11 le 30/10/2010
    • Internaute 38391
      http://twitter.com/Lohiel

    Oui, elle le dit, que ça lui « semble » pas être lui... mais pour moi, c’est tellement évident qu’il n’est pas sur cette photo. Du coup j’aurais préféré une rectification franche et massive de la légende apposée par la propagande : -), juste histoire de respecter la mémoire de ce charmant et fantasque poète, qu’on a déjà bien fait souffrir de son vivant (notamment à cause de son homosexualité, en un temps où les gays n’avaient PERSONNE pour les défendre)

    Regardez, Le voilà en 46, à côté de l’homme qu’on présente comme étant lui sur le document de la propagande (et dans le commentaire, oui la philosophe dit qu’elle « doute » et donne dans la foulée une autre réponse).

  • jcgrellety
    • Posté à 21h59 le 30/10/2010
    • Internaute 775

    Il est bien dommage que pour illustrer cette présence nazie en France et le fait que leurs soldats aient photographié la France, vous ayez choisi de le faire avec la photographie d’une femme française, entourée de soldats allemands, comme si l’affection amoureuse pouvait illustrer ce qui s’est passé de plus grave. Et dans cet ouvrage, il n’y a pas de photographies prises par les occupants concernant les plus importants collaborateurs français et notamment dans le domaine économique ? Industriels, banquiers ?

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.