L'échec banal d'une grève de dix jours... pour 20 euros
Mardi soir, sur France2, juste après un reportage consacré aux rémunérations mirobolantes de la Silicon Valley, le magazine Complément d’enquête nous a brutalement entraînés dans un univers à la fois plus proche, et si lointain : Venarey-les-Laumes, bourg paumé de Côte d’Or, dans la Bourgogne industrieuse.
Là, les ouvriers de l’usine de tubes métalliques Valtimet (groupe Vallourec) ont fait grève pendant dix jours, pour une augmentation de... 20 euros. Dans le silence quasi-complet des médias, et sans obtenir gain de cause.
Un conflit banal, une issue déprimante. Dans cette usine de 150 salariés, les ouvriers gagnent 1 200 ou 1 300 euros par mois. Leur sommeil est bouffé par les trois-huit (tantôt 21 heures-5 heures, tantôt 5 heures-13 heures, tantôt 13 heures-21 heures).
Valérie, ouvrière depuis quinze ans, augmentée de 5% en six ans
Les caméras de France2 ont suivi ces hommes et ses femmes dignes, solidaires, aux vies dures, aux familles malmenées par leurs horaires. Ils ne demandent pas la lune : juste 20 euros par mois, parce qu’ils ont du mal à vivre.
Le patron de l’usine, un homme jeune, propret et poli, ne cède pas. Il a la conviction de défendre l’entreprise. Pensez : 20 euros par mois ! Discuter d’une prime ponctuelle liée aux résultats, ça oui, c’est possible. Mais une augmentation, c’est mettre en péril l’usine, assure-t-il.
Ils ont fait grève dix jours, du 22 novembre au 2 décembre. Ils se sont relayés 24 heures sur 24 devant l’usine, par grand froid, devant des braséros. Les trois-huit, encore. Ils ont perdu chacun plusieurs centaines d’euros.
Impossible de continuer sans mettre en danger leur famille. Et en France, dans ce type de conflits, les syndicats sont trop faibles pour constituer des caisses de solidarité. La mort dans l’âme, ils ont voté la reprise du travail. A pleurer.
Le salaire de Valérie, ouvrière depuis quinze ans, a augmenté de 5% en six ans. Comme la journaliste de France 2, Nathalie Sapena, l’a découvert dans L’Expansion, les dividendes versés par Vallourec à ses actionnaires depuis six ans ont augmenté, eux, de 1 007%.
- Sur france3.frLe reportage de France 3 Bourgogne
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Matheux
Matheux
Ce que je trouve le plus sidérant dans cette nouvelle, c’est que les ouvriers n’aient osé demander que 20 euros d’augmentation. Quel discours a t-on pu leur marteler pour que les employés d’une entreprise du CAC 40, restée nettement bénéficiaire (517 millions en 2009 malgré la crise), n’envisagent pas de demander plus que cela ?




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