Renversez un dictateur, perdez un point chez Moody's
Les agences de notations financières sont remplies de jeunes gens doués, spécialistes de calculs d’intérêts et d’évaluation des financiers. Ils ne travaillent pas à l’affect, ils sont froids comme le bistouri d’un médecin-légiste.
L’agence Moody’s a demandé à ces spécialistes d’examiner la situation de la Tunisie, après l’incroyable révolution qui a conduit à la liberté d’un peuple. Ils ont soupesé les risques de défaut de paiement. Et décidé de rétrograder la note du pays. La dictature avait droit à un « Baa2 », la liberté n’aura qu’un « Baa3 ».
J’imagine ce qui s’est passé à l’intérieur du crâne de ces financiers-noteurs :
« Hum, plus d’instabilité (ah que la dictature est +++ en termes de stabilité !) ; hum, moins de tourisme, donc moins de rentrées de devises ; hum, hum, des recettes fiscales menacées par les troubles... »
C’est donc en toute logique que Moody’s a abaissé sans attendre la note de la Tunisie et même jugé « négative » la perspective d’évolution de cette dernière. Eh oui, les révolutions, c’est porteur « d’incertitudes », dont les créanciers ont horreur. Les autres agences, Fitch et Standard and Poor’s devraient emboîter le pas de l’agence américaine. En conséquence, les conditions de crédit accordées à la Tunisie seront durcies.
Pour sa part, Rue89 met un AAA+ à la Tunisie et aux Tunisiens. Parce qu’ils ont démontré un grand courage et parce que leur avenir est désormais plein d’opportunités. La note de Rue89 ne leur permettra peut-être pas de financer plus facilement leur dette, mais ses critères d’attribution nous semblent extrêmement pertinents.
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Jardinateur
Jardinateur
Il y a à peine deux ans on reprochait encore à ces mêmes agences de notation d’avoir été frileuses. De ne pas avoir actualisé à temps les réels risques qui pesaient sur les institutions financières sous prétexte de ne pas conduire à la panique. Le résultat est qu’elle ont directement contribué à augmenter le décalage entre le risque réel et les engagements financiers (les prêts), et contribué ainsi à leur manière à la crise économique.
Aujourd’hui, on leur reproche le contraire !
Désolé, mais comme pour l’information générale, les faits économiques ne doivent pas être passés sous silence. Et tant mieux si cela fait prendre conscience à la Tunisie, qu’au delà des changements politiques que tout le monde salue, cette révolution est dors et déjà très coûteuse, et il est plus que temps désormais de s’atteler à un gouvernement d’union nationale.
« On privilégie, en terme de conditions de crédit, les régimes autoritaires. “
C’est faux, et je le répète, si Ben Ali était resté en force, la note aurait été dégradé au moins d’autant.
C’est le coût de la crise tunisienne et les incertitudes qui dégradent la note. Pas les perspectives de démocratie.
Quant à Lagarde, comme tout bon politique, elle nous joue son petit couplet de vierge effarouchée.
Sa position est facile, mais elle omet sciemment de dire que ‘pas de note, c’est pire qu’une mauvaise note’
Sur le long terme, la démocratie apporte bien plus d’espoir que de craintes, je suis d’accord avec vous.
Mais la phase de transition est éminemment délicate, et les jours qui viennent seront déterminants.
Soit la Tunisie s’engage dans une voie de gouvernement d’union national pour terminer les changements démocratiques, soit ils tergiversent dans le jusqu’au boutisme avec toute les ‘sorties’ possibles.
Les révolutions, c’est comme les bonne blagues, les plus courtes sont les meilleures.




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