Quand un journaliste s'interviewe lui-même pour éviter le « je »
Les journalistes de la presse traditionnelle ont parfois des pratiques étranges, enseignées dans les écoles de journalisme. Par exemple, à la radio, on vouvoie des gens qu’on tutoie dans la vraie vie. « Par respect de l’auditeur », m’a-t-on expliqué.
Dans la presse écrite, on évite le « je ». Surtout, ne pas apparaître ! Le journaliste doit être trans-pa-rent, aussi discret qu’un employé des pompes funèbres. S’il veut exprimer une pensée, il s’arrange pour trouver un « expert » qui la partage et qu’il citera... S’il est directement témoin d’un événement, il évoque « un observateur ».
Appliquée à la lettre, cette règle peut déboucher sur des articles assez rigolos. Exemple signalé par un lecteur de Oise Hebdo.
Un journaliste de cet hebdomadaire (pas toujours hilarant) aperçoit sur le côté de la route un pochard, arrête sa voiture et appelle les pompiers. Il raconte son aventure avec force détails et photos. Titre de l’article : « Un journaliste réveille et sauve Bagdar, qui s’était endormi sur la route ».
L’article est donc signé par le « sauveteur ». Mais, appliquant la règle citée plus haut, il se refuse à dire « je ». Comment faire ? Aucun problème : il parle de lui-même à la troisième personne : « Un journaliste en auto (et auteur de ces lignes) ». Et il n’hésite pas à se citer lui-même, comme une simple personne interviewée, entre guillemets :
« Un habitué des bars, reprend l’auteur de ces lignes, c’est incroyable ! Dans ce pays on peut vraiment crever sur les routes comme un chien ! »
Plus fort encore : l’auteur de l’article se confie à lui-même ses convictions religieuses : « Je suis un chrétien. Et un chrétien doit tendre la main vers son voisin. »
A la fin de l’interview, le journaliste-photographe-chrétien s’est-il tendu la main à lui même pour se dire au revoir ?
Photos : l’article de Oise Hebdo.
- Sur tinyurl.comLes unes de Oise-Hebdo, pas vraiment des antidépresseurs
- 12046 visites
- 46 réactions












hebdo régional
hebdo régional
Bon on n’a pas de chance. Quand on donne des mauvaises nouvelles, on se fait critiquer. Et quand, on en donne des bonnes, rebelote.
Bon je ne vais pas faire le raisonneur (ni le résonneur) mais vous avez là le dernier article d’Olivier Renault qui est retourné en Carélie (on peut trouver ses reportages filmés sur le web).
Cela étant, toutes choses étant égales par ailleurs et sachant que je ne présenterai pas cet article aux concours internationaux de journalisme, il faut avouer que l’histoire en question est un peu croquignolesque, et, qu’en tout cas, elle fait réagir.
Mais il est vrai que le « je » aurait été plus approprié. Quant à la relecture, le pauvre Guillaume avait déjà dû se taper quatre pages d’Olivier, il était quatre heures du matin et il n’avait pas terminé ses propres papiers.
Merci pour votre indulgence. Pour lui, pour moi, pour le sublime Bagdar.
Vincent GERARD




Partager