Pourquoi « règle d'or » et pas « règle de fer » ?

« La Petite Règle d’or », par le gouvernement Fillon. D’après la couverture du « Petit Poisson d’or » par Rose Celli, Père Castor, Flammarion, 1956 (Leonardo da Cerdan).
S’est-on assez interrogés sur les dessous de l’expression « règle d’or » ? J’imagine que le conseiller ministériel qui l’a introduite dans le vocabulaire
gouvernemental s’est dit :
« Tiens, il nous faudrait une image qui frappe les esprits. Un truc marketing, un mot qui symbolise une règle au dessus de toutes les autres. »

« Le Petit Poisson d’or », par Rose Celli et Pierre Belvès, Père Castor, Flammarion, 1956.
Il a trouvé l’or, symbole parfait : supérieur, cher, pur et vaguement magique ; comme « Le Petit Poisson d’or » de Pouchkine, la règle d’or exaucera nos vœux. Et puis, l’expression « règle d’or » a l’avantage d’être très familière. L’astronome Johannes Kepler, à la Renaissance, l’utilisait déjà pour désigner le théorème de Pythagore.
Seul l’or ne ment pas
Mais dans l’imagerie économique, l’or a un sens supplémentaire : il s’oppose au papier, c’est-à-dire à la dette. Car qu’est-ce que l’endettement sinon des bouts de papiers signés ? L’or, c’est l’économie d’antan. C’est du beau et du solide. Pas des assignats sans valeur.
John Maynard Keynes, économiste génial et provocateur, méprisait l’or : cette « relique barbare », disait-il. Et pour lui, l’endettement devait être réglé d’une façon plus simple que par la rédaction de règles l’interdisant : il fallait, disait-il, « euthanasier les rentiers ». C’est-à-dire les spolier, faire disparaître leur rente par l’inflation, par exemple. Une idée à creuser ?
La règle d’or des règles d’or
L’autre règle d’or budgétaire
L’expression « règle d’or » a déjà été utilisée dans le vocabulaire budgétaire, avec un sens différent.
Il s’agissait de dire que les déficits des Etats doivent correspondre à des dépenses d’investissement (car seul l’investissement génère les recettes permettant de rembourser l’emprunt lié au déficit).
Cette règle d’or-là a trouvé un écho dans le traité de Maastricht, c’est l’article 104 C qui limite le déficit à 3% du PIB (sur la période 1974-1991, l’investissement public dans l’Europe des douze s’est élevé à 3%).
On lègue ainsi « à nos enfants » des dettes, mais aussi les moyens de les rembourser.
Dans la famille (nombreuse) des règles d’or, la plus connue est celle qui résume l’éthique de réciprocité :
« Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te
fasse. »
C’est une règle que l’on retrouve dans toutes les grandes philosophies ou religions.
Mais on se doute que ce n’est pas de cette règle-là que le gouvernement Fillon s’est inspiré pour baptiser la sienne, qui ressemble plus à une règle de fer.
Il y aurait pourtant une idée à trouver de ce côté : imaginez une règle d’or qui interdirait aux gouvernants d’imposer des sacrifices financiers aux citoyens sans se les infliger à eux-mêmes ?
Sur les marchés financiers, enfin, il serait temps de méditer la règle d’or formulée par Abraham Lincoln :
« Puisque je ne voudrais pas être esclave, je ne veux pas être maître. »
Le seizième président américain (1861-1865) a réglé le problème en abolissant l’esclavage. Ou, pour le dire à la manière de Keynes, en euthanasiant les maîtres... A méditer.
- Sur challenges.frQue signifie la "règle d'or" budgétaire, sur Challenges.fr
- Sur lemonde.frLa règle d'or, ersatz d'étalon-or, sur LeMonde.fr
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Et la règle d’or dure




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