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Pourquoi « règle d'or » et pas « règle de fer » ?

Pascal Riché
Redchef
Publié le 06/09/2011 à 16h36


« La Petite Règle d’or », par le gouvernement Fillon. D’après la couverture du « Petit Poisson d’or » par Rose Celli, Père Castor, Flammarion, 1956 (Leonardo da Cerdan).

S’est-on assez interrogés sur les dessous de l’expression « règle d’or » ? J’imagine que le conseiller ministériel qui l’a introduite dans le vocabulaire
gouvernemental s’est dit :

« Tiens, il nous faudrait une image qui frappe les esprits. Un truc marketing, un mot qui symbolise une règle au dessus de toutes les autres. »


« Le Petit Poisson d’or », par Rose Celli et Pierre Belvès, Père Castor, Flammarion, 1956.

Il a trouvé l’or, symbole parfait : supérieur, cher, pur et vaguement magique ; comme « Le Petit Poisson d’or » de Pouchkine, la règle d’or exaucera nos vœux. Et puis, l’expression « règle d’or » a l’avantage d’être très familière. L’astronome Johannes Kepler, à la Renaissance, l’utilisait déjà pour désigner le théorème de Pythagore.

Seul l’or ne ment pas

Mais dans l’imagerie économique, l’or a un sens supplémentaire : il s’oppose au papier, c’est-à-dire à la dette. Car qu’est-ce que l’endettement sinon des bouts de papiers signés ? L’or, c’est l’économie d’antan. C’est du beau et du solide. Pas des assignats sans valeur.

John Maynard Keynes, économiste génial et provocateur, méprisait l’or : cette « relique barbare », disait-il. Et pour lui, l’endettement devait être réglé d’une façon plus simple que par la rédaction de règles l’interdisant : il fallait, disait-il, « euthanasier les rentiers ». C’est-à-dire les spolier, faire disparaître leur rente par l’inflation, par exemple. Une idée à creuser ?

La règle d’or des règles d’or

L’autre règle d’or budgétaire

L’expression « règle d’or » a déjà été utilisée dans le vocabulaire budgétaire, avec un sens différent.

Il s’agissait de dire que les déficits des Etats doivent correspondre à des dépenses d’investissement (car seul l’investissement génère les recettes permettant de rembourser l’emprunt lié au déficit).

Cette règle d’or-là a trouvé un écho dans le traité de Maastricht, c’est l’article 104 C qui limite le déficit à 3% du PIB (sur la période 1974-1991, l’investissement public dans l’Europe des douze s’est élevé à 3%).

On lègue ainsi « à nos enfants » des dettes, mais aussi les moyens de les rembourser.

Dans la famille (nombreuse) des règles d’or, la plus connue est celle qui résume l’éthique de réciprocité :

« Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te
fasse. »

C’est une règle que l’on retrouve dans toutes les grandes philosophies ou religions.

Mais on se doute que ce n’est pas de cette règle-là que le gouvernement Fillon s’est inspiré pour baptiser la sienne, qui ressemble plus à une règle de fer.

Il y aurait pourtant une idée à trouver de ce côté : imaginez une règle d’or qui interdirait aux gouvernants d’imposer des sacrifices financiers aux citoyens sans se les infliger à eux-mêmes ?

Sur les marchés financiers, enfin, il serait temps de méditer la règle d’or formulée par Abraham Lincoln :

« Puisque je ne voudrais pas être esclave, je ne veux pas être maître. »

Le seizième président américain (1861-1865) a réglé le problème en abolissant l’esclavage. Ou, pour le dire à la manière de Keynes, en euthanasiant les maîtres... A méditer.

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  • manu2005
    manu2005
    Afghanistan,Lybie, la france (...)
    • Posté à 17h01 le 06/09/2011
    • Internaute 1805
      Afghanistan,Lybie, la france (...)

    Et la règle d’or dure

  • Weatherboy
    Weatherboy
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 18h25 le 06/09/2011
    • Internaute 38063
      v2=notes articles en moins...

    Très bel article qui met d’entrée les mots sur quelque chose que j’avais du mal à redéfinir. Bien vu.

    De fait cette notion de « règle d’or » a surtout d’office un aspect orwellien, très proche de sa notion de novlangue (« implification lexicale et syntaxique de la langue destinée à rendre impossible l’expression des idées subversives et à éviter toute formulation de critique » Lien).

    Le discours politico-économique est d’ailleurs plein de ce genre de notions lorsqu’il s’agit d’imposer au perceps des mesures contestables (que l’on ne veut, de ce fait pas voir contester). Aminata Traoré avait déjà dans son « Viol de l’imaginaire » relevé une floppée d’exemples de ce genre de manipulation (sur les ajustements structurels et les termes qui les accompagnent par exemple). C’est aussi l’analyse de toute les personnes qui se sont mise à interroger et à déconstruire l’idéologie du développement ces dernières années(Latouche, Sachs, Esteva, etc.).

    Intéressant de voir comment maintenant, du discours sur la dette jusqu’au champs lexical, on en vient à appliquer aujourd’hui les bonnes vieilles recttes qui étaient employées jusqu’à présent dans les pays du Sud au pays du Nord... prometteur...

    PS : un HS et un bémol sur le renvoit à la page « Ethique de réciprocité » utilisé dans cet article qui est très contestable. C’est d’ailleurs très bien expliqué sur la page de discussion du terme sur Wikipédia Lien
    Je trouvais déjà contestable d’y inclure les religions (quand on connaît leur passif). On pourrait déjà surtout renvoyer aux principes kantien, en fait il devient surtout un critère d’éthique à partir du moment où l’on supprime la notion de « dieu » justement. C’est la base de la morale anarchiste de Kropotkine, comme elle est proche de l’existentialisme de Sartre. Bref bien loin des exemples cités sur cette page…

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