Chez Monsieur le prof

Pion l'an dernier, je découvre cette année le métier d'enseignant dans un collège de province, et vous fais part de ma candeur, de mes découvertes, de mes surprises et de mes désillusions.

Nos amis les parents d'élèves : « Cette colle est injuste ! »

Monsieur le Prof
Professeur dans un Collège
Publié le 27/01/2011 à 15h10


Un enfant en terrorise d’autres avec son ballon (trix0r/Flickr).

Les parents d’élèves nous confient leurs enfants, mais pas tant que ça. A partir du moment où leur progéniture est critiquée, blâmée ou punie, ils montrent les dents. Je dis « ils », mais il s’agit bien sûr d’une minorité.

Hélas, trois fois hélas, c’est cette minorité qui vient nous rendre visite à la vie scolaire, et l’on pourrait très vite croire que cette minorité est représentative.Ce n’est pas le cas, mais parlons-en tout de même.

Appelons-le Julien. Il ne faisait que de bavarder en étude, que de se retourner, que de s’agiter et, malgré les réprimandes, ne se calmait pas. Au moment de lui mettre un mot sur le carnet, ce qui pour moi était la punition suprême quand j’étais élève, ce petit cinquième me répond :

« Si tu me mets un mot, mon papa, il va te convoquer. »

J’ai pris ça pour des menaces en l’air et n’en ai pas tenu compte. J’ai même oublié ça en quelques secondes.

Le lendemain matin, à 8 heures, le père en question se ramène en furie, m’explique que c’est pas possible, que son fils n’a rien fait, que c’est inadmissible, que d’autres ont fait pire et n’ont pas été punis, etc.

« Quand les profs mettent un mot, les parents signent »

Ce serait anecdotique si ce n’était pas récurrent. Personnellement, je ne l’ai pas mal pris. Mais des collègues à qui c’est arrivé ont réellement été intimidés par ce genre de parents et ne savaient pas vraiment comment réagir.

Ces parents sont persuadés que leurs enfants sont innocents, et mettent leurs paroles au-dessus de la nôtre. Un pion m’avait prévenu en début d’année :

« Quand les profs mettent un mot aux élèves, les parents signent. Quand les pions mettent un mot, les parents répondent. »

C’est exactement comme cela que ça se passe.

Un élève est pris à fumer dans les toilettes ? « Impossible, mon fils ne fume pas ! » On fait passer un élève en dernier au self pour le punir d’avoir tenté de doubler tout le monde ? Le lendemain matin, un courrier incendiaire des parents arrive, expliquant que c’est inadmissible que leur enfant n’aie pas pu manger dans des conditions décentes.

Ça n’amuse pas les pions de coller les élèves

Mettre une heure de colle, ça devient une sorte de roulette russe : on sait très bien qu’on risque de se faire harceler pendant des jours par l’élève qui veut changer l’heure de sa punition pour que ça l’arrange, puis, lorsque ça ne fonctionne pas, les parents prennent la relève au téléphone et vont parfois jusqu’à se déplacer eux-mêmes.

Que dire face à un parent qui nous dit « cette heure de colle est injuste, mon fils ne viendra pas » ? On peut s’évertuer à lui expliquer que ça ne nous amuse pas de coller (personnellement, c’est en dernier recours, je considère ça comme un échec, mais hélas, bien souvent, c’est la seule chose qui fonctionne), les parents ne changeront pas d’avis.

A un moment donné, notre champ d’action devient restreint. Quand on met un mot à un élève qu’on a coursé dans les couloirs parce qu’il s’est enfui d’une salle d’étude et qu’à la récré on l’entend dire à ses amis « ma mère, quand elle va voir ce mot, elle va encore péter un câble et dire que les pions, ils ont vraiment rien à faire de leur vie », on se demande si tout ce qu’on fait n’est pas vain.

En fait, si je continue de mettre des mots à ces élèves que leurs propres parents couvrent, ce n’est pas tant pour les punir, parce que je sais que ça ne change pas grand-chose, mais plutôt pour maintenir l’illusion d’une certaine justice auprès de leurs camarades, ceux à qui la simple idée d’un mot sur le carnet fait encore peur.

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  • DamienThev
    DamienThev
    Etudiant/Assistant d'Education/ (...)
    • Posté à 15h37 le 27/01/2011
    • Internaute 142498
      Etudiant/Assistant d'Education/ (...)

    Occupant la même fonction en collège rural sans CPE, puis en Lycée urbain), je rejoins tout à fait votre vision. rares sont les parents qui se souviennent qu’eux et leurs enfants acceptent en début d’année de se conformer au REGLEMENT de l’établissement... En général cette simple piqûre de rappel suffit à leur faire comprendre que leur enfant n’est ni sage comme une image, ni tout-puissant.
    Pour les irréductibles, On va jusqu’au chef d’établissement. Je trouve personnellement désolant d’avoir à parfois user de plus de pédagogie devant des adultes supposément responsables que devant un groupe complet de leur progéniture.

  • Bernard Girard
    Bernard Girard
    Enseignant blogueur
    • Posté à 16h29 le 27/01/2011
    • Expert 31637
      Enseignant blogueur

    La photo montrant un élève « terrorisant » d’autres élèves avec un ballon, c’est tiré d’un JT de TF1 ou d’un article de Rue89 ?

    A propos de punitions, il faut quand même rappeler que le système éducatif français est l’un des plus punitifs qui soient, en tout cas, très éloigné des clichés éculés colportés dans les médias. Une enquête parue il y a quelques années montrait qu’à la fin d’une année scolaire, en collège, pratiquement tous les garçons avaient été punis au moins une fois. Curieux, quand même, pour un système réputé laxiste. Dans le cadre de l’appariement entre un établissement que je connais bien et un « gymnasium » allemand, il faut voir la mine ahurie des jeunes Allemands lorsqu’ils découvrent la discipline bête et méchante en vigueur dans notre beau pays. Voilà une question qui, manifestement, ne semble pas tarauder les professionnels de l’éducation.

    Pour le reste, c’est bien connu, les problèmes de l’école en France sont imputables exclusivement aux parents et aux élèves. Une école avec rien que des profs entre eux (ou des enfants de prof, à la rigueur), ce serait effectivement tellement plus facile...

  • Makayabu
    Makayabu
    insoumis
    • Posté à 16h38 le 27/01/2011
    • Internaute 106524
      insoumis

    Le vrai problème est celui du suivi des décisions prises par les profs ou les pions au niveau de la hiérarchie (principaux, proviseurs, rectorat).
    Vous aurez beau faire tout ce que vous voulez pour qu’on vous respecte. Ces efforts resteront vains tant qu’au niveau supérieur on ne soutiendra pas les décisions visant à l’éducation de l’élève, indépendamment de la réaction des parents.

  • Irfan
    • Posté à 16h42 le 27/01/2011
    • Internaute 30779

    Dans le lycée professionnel où je suis surveillant, je n’ai jamais mis d’heure de colle, mais dû récemment séparer deux élèves qui se battaient, dont un qui avait pris une chaise pour l’envoyer sur l’autre (tous deux ont de légères déficiences mentales et sont capables d’être agressifs) ; j’étais seul personnel d’éducation à ce moment dans l’établissement :
    - la CPE (super, géniale, pas de chance cette fois) était partie s’acheter à manger - et elle est revenue 10 minutes après, m’aidant à gérer
    - la proviseure adjointe (que je croise une fois par jour au plus, qui ne sort jamais de son bureau, mais nous demande de faire passer des informations, faire des photocopies, etc. dès qu’elle nous voit - comme si on n’avait rien à faire de nos journées) était absente sans que je sache pourquoi
    - sa secrétaire idem
    - les personnels d’entretien, très nombreux dans l’établissement, ne disent rien aux élèves et sortent peu de la loge / des quartiers réservés au personnel pendant les heures de récréation. Beaucoup sont manifestement des emplois protégés.

    Bon il se trouve que je suis moi-même costaud, plus que les deux jeunes hommes qui doivent pourtant faire 1m80, et respectivement 70 et 90 kilos, et que ces deux-là m’apprécient donc ce sont vite arrêtés. J’ai réussi à les séparer, interceptant la chaise qui s’était envolée, ce devant 40 élèves dont aucun n’a bougé pour m’aider : deux ont filmé (j’ai dû ensuite aller les chercher pour contrôler la suppression de la vidéo) et les autres ont ri ou encouragé la bagarre. Si ce n’était pas moi, mais la CPE, ou un surveillant de 20 cm et 30 kilos de moins que moi, je ne sais pas si la chose se serait réglée aussi vite...

    Je les ai mis chacun dans un bureau, le temps de calmer les autres, puis la CPE est arrivée, on a décidé d’appeler les parents et de se contenter de les sortir de cours pour l’après-midi (si la proviseure avait été là, je crains que la sanction eût été plus lourde).

    Hé bien les pères arrivés, tous deux super gentils bien que manifestement un peu dépassés (situations sociales, familiales difficiles, langue pas toujours maîtrisée), les élèves ont fait profil bas et sont rentrés en classe la fois suivante sans souci.
    Comme quoi il y a encore des parents qui ont un souci de l’autorité, de la « face » à conserver (tous deux ont parlé de honte et se sont excusés alors que les fils faisaient encore un peu les fiers-à-bras avant leur arrivée), et qui nous aident. J’ai l’impression que la personnalité de la CPE joue pas mal dans ce cas.

    Bon, ce n’est pas le cas de tous, voir l’exemple de certains députés UMP ... Antoine Carayon qui est entré chez des gens en leur absence pour gifler et humilier un enfant de 12 ans coupable d’avoir bousculé sur un terrain de foot son fils de 11 ans !
    (source ici : Lien Je suis assez étonné de voir que 20’ en a parlé et pas les autres sites d’info.)

    Cette longue anecdote pour dire que notre souci est parfois plus dans la répartition des personnels d’éducation (dans le lycée, sur sept ou huit adultes présents pour l’encadrement de 150-200 élèves, sans compter les profs, nous sommes 2 à être en contact avec les élèves, la CPE et le surveillant, ou les 2 surveillants lors du jour de récupération de la CPE) que dans les rapports avec les parents.
    Il y a aussi cette chose étrange, que les élèves comme les proviseures sont persuadés que les surveillants ne font rien. C’est peut-être vrai dans certains lycées, et dans le mien je n’ai pas le souvenir de surveillants très actifs, l’appel n’était pas fait tous les jours et on ne prévenait pas les parents des élèves absents, mais dans celui dans lequel j’officie, si.
    On m’avait dit que surveillant c’est cool, ça laisse le temps de bosser pour ses études, de lire un article ou deux dans la journée : non. Je n’ai jamais eu aussi peu de temps à moi dans un boulot, alors que j’ai été vendeur, caissier, hôte d’accueil lors des 4 étés de mes 18 à mes 22 ans. Je ne suis jamais resté aussi longtemps hors de mes heures prévues non plus.

    Cette surcharge vient, dans notre cas, d’un service d’intendance « délocalisé », sur un autre établissement, et qui ne fait pas grand-chose, de proviseures calfeutrées dans leur bureau, de professeurs professionnels jamais formés à la pédagogie et qui souffrent face aux élèves difficiles : nous nous chargeons donc des inscriptions aux nombreux examens, nous relevons les absences heure par heure, salle par salle, appelant les parents en cas d’absence injustifiée, devons ensuite rentrer les absences justifiées dans trois registres différents, et devons bien entendu gérer chaque souci d’attitude d’un élève, dont ceux exclus de classe pour « bavardage » ou « refus de travailler », alors que la classe comporte à peine dix élèves. Cela en devant aussi être à l’écoute des problèmes (parfois très graves) d’élèves qui voient en nous un intermédiaire entre l’ami (nous sommes jeunes, de 22 à 35 ans) et l’autorité ; et de temps en temps de parents qui craquent au téléphone quand nous les appelons pour parler des bêtises de leur enfant...
    Heureusement que ma CPE fait le travail des surveillants avec nous et dépasse très largement son quota d’heures, je vois mal comment on pourrait tenir ça seul sur une journée.

  • mewtow
    mewtow répond à geff
    • Posté à 17h07 le 27/01/2011
    • Internaute 138470

    Mais aussi, je suis fils de professeur. Mais mon point de vue est tout autre !

    J’ai plutôt l’impression que les professeurs mettent des mots sur le carnet pour rien du tout. Et ne parlons pas des convocations des parents.

    Ma mère, professeur de collège, n’hésite pas à convoquer les parents dès qu’un élève ne travaille pas. Chaque année, c’est pareil : pas de problèmes au début, les parents acceptent. Puis les parents en ont surement marre d’être convoqués pour des broutilles et que leur élève soit sanctionné pour pas grand chose. Et là, la situation se dégrade jusqu’à ce que les parents contestent de plus en plus vivement les sanctions...

    Il faut regarder aussi le point de vue des parents, plutôt que de les considérer comme des arriérés incapables d’éduquer leurs gosses. Si autant de parents étaient incapables.

    Et puis, autant certains parents sont toujours du coté de leur enfant, autant les professeurs et CPE, pions... sont eux aussi toujours très « solidaires », au point de refuser tout esprit critique. Esprit de corps, ou quelque chose dans le genre.

  • Ekho
    Ekho
    Etudiant
    • Posté à 17h19 le 27/01/2011
    • Internaute 142515
      Etudiant

    Cette image me semble assez « à propos » :

    Lien

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 19h27 le 27/01/2011
    • Internaute 65892
      espère malgré tout

    Cela me fait penser à ces propos (et ce n’est pas une citation exacte) de Kati Varga, psychanalyste, dans « L’Adolescent difficile et ses parents » : les enfants sont le prolongement narcissique des parents, l’apogée du Moi absolu idéal. C’est encore plus vrai aujourd’hui alors que les enfants sont le fruit d’un projet parental en général plus ou moins planifié, donc très désiré. De là à en faire des enfants rois, il n’y a qu’un pas...
    Toujours est-il que si vous punissez l’enfant, les parents vont le prendre personnellement et se sentir blessés dans leur amour-propre ; d’autant plus qu’ils vont aussi le prendre pour une remise en cause de l’éducation qu’ils imposent à leur enfant.

  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 22h48 le 27/01/2011
    • Internaute 93115
      dans sa forêt

    Quand j’étais en CE1, j’ai été la tête de turc de la classe et l’instit’ laissait faire voire encourageait les élèves... De cette expérience, j’en tire une scolarité assez médiocre et un parcours professionnel plus que chaotique... J’ai retenu aussi que le risque de punition disproportionné peut exister de la part d’un pion ou d’un prof, mais par principe, je fais plus que m’accommoder d’une autorité dans un établissement scolaire car le laxisme engendre du danger pour les gamins les plus faibles (le petit, le rêveur, le pas-comme-les-autres)

    j’ai pourtant un souvenir cuisant d’une pionne, genre intello fumeuse quand j’étais en terminale, j’étais interne, elle trouvait que je lambinais trop pour me préparer le matin et elle m’a carrément enfermée dans le dortoir ! ... Ce qui fait que je n’avais pas pu prendre mon petit déj’, chose que je trouve terrible :))

    Pour autant, je ne vais pas pousser des hauts cris dès que l’un des mes enfants se fait remonter les bretelles et je ne supporte pas les parents d’élèves que vous décrivez, ce sont des gens puérils qui lisent des livres sur l’éducation des gamins écrits par des soi-disant pédiatres fumeux. Vous les supportez au collège, mais je peux vous dire qu’il faut aussi se les fader quand on voisins dans un village ou un quartier et que mes enfants et les leurs jouent ensemble. Ce genre de gamins sont arrogants et ne comprennent pas que leurs camarades de jeux se fâchent lorsque ils droit à des remarques blessantes de leur part. et c’est le scandale de la part des parents des enfants roi....

    Heureusement, j’ai trouvé récemment une maison isolée à 200 mètres d’une ferme habité par des parents de jeunes enfants responsables eux..

  • Irfan
    Irfan répond à Monsieur le Prof
    • Posté à 23h56 le 27/01/2011
    • Internaute 30779

    Je pense aussi que le terme d’assistant d’éducation sent la novlangue et prête à rire ; j’utilise à peu près uniquement « surveillant », de même que ma super CPE, et que la majorité des élèves sauf les plus jeunes (alors qu’aucun ne semble me considérer vraiment comme quelqu’un qui « surveille ») ; mais je trouve que ce terme recouvre assez bien ce qu’on nous demande.
    J’aide souvent des élèves à faire leur devoir, et on propose à tous les élèves dont on sait qu’ils ont très peu de place chez eux et qu’ils n’arrivent pas à travailler à leur domicile de rester quand ils finissent tôt pour travailler avec notre concours si besoin. Nous aidons aussi à remplir les inscriptions pour les examens ; nous donnons énormément de conseils pour l’orientation, les stages, etc., car les CIO n’existent PAS. Ma CPE (encore !) reçoit régulièrement des anciens élèves, certains qui ont abandonné le lycée et n’ont plus rien, pour leur donner des conseils, même deux ou trois ans après la fin de leur cursus ! Et bien sûr il faut toujours tendre l’oreille pour écouter ce qu’ils ont à nous dire, la mort d’un proche, un avortement, des parents absents, des violences, de la drogue, des envies suicidaires... là, on n’est plus dans la surveillance, mais à la limite de ce que fait un assistant social.

    Nous aidons aussi les professeurs parfois : les professeurs d’histoire en lycée professionnel enseignent aussi le français, et certains n’ont donc pas fait d’histoire depuis leur terminale ou leurs premières années de fac - étant en M2 en histoire je peux leur donner quelques conseils sur certains points, et suis même intervenu dans des cours à leur demande, ce qui a plu aux élèves. Ayant accompagné des élèves à un musée au cours d’une sortie avec une professeur de matière professionnel, prof qui a donc un métier et un atelier en-dehors, je me suis chargé du background historique général et la professeur m’a dit qu’ils avaient été très content de l’expérience.

    Tout ce que l’on surveille stricto sensu, ce sont les présences et les absences, ainsi que les allées et venues, et encore. Notre proviseure voulait mettre dans notre bureau le bouton pour ouvrir la porte d’entrée, ce que nous avons refusé énergiquement : nous ne sommes pas la loge, nous sommes très occupés, et souvent hors du bureau. Par contre si un élève censé être en cours passe devant le bureau pour sortir, on va le rattraper. Mais s’il ne veut pas rester, quand il est majeur il fait un mot et peut partir, selon la raison de son départ. Pas si carcéral !

    Cependant c’est quelque chose qui me pose vraiment souci cette année, comment articuler ma défiance habituelle pour l’autorité et ma fonction, qui demande d’être une composante de l’autorité, mais aussi une sorte de tampon, plus proche des élèves que des proviseurs ? Plusieurs élèves n’aiment pas quand on les contrôle et le font savoir, mais la plupart ont bien compris que je ne fais pas ça par vocation de kapo. Et ceux qui ne font pas d’efforts pour comprendre, tant pis.

    J’ai l’avantage sur toi d’être en lycée et pas en collège donc je pense qu’on fait plus d’aide que de surveillance - enfin je me trompe peut-être.

  • Pier O'Saughnessy
    Pier O'Saughnessy
    enseignant
    • Posté à 10h13 le 28/01/2011
    • Expert 140794
      enseignant

    Depuis plusieurs années, et quel que soit le gouvernement et le ministère concerné, « l’école » (au sens large, c’est à dire du primaire au lycée) doit considérer les parents comme interlocuteurs voire partenaires.
    Dans cet article, « Monsieur le PION » ne s’en prend pas à tous les parents mais seulement à certains (réajustement que je me permets après lecture de certains commentaires).
    Bien sûr un « parent » est aussi un être humain ; -), et lui aussi a le droit de se sentir agressé dans sa chair, sa manière d’éduquer, d’être perçu par les autres etc ....
    En ce qui me concerne je ne ferai pas de commentaire, certains « éclairés » sur ce site le font mieux que moi. je me permets juste de vous rappeler certains chiffres :
    (je propose un lien en fin de ce commentaire, pour vous donner mes sources)
    Par rapport à 2009 les incivilités vis à vis du personnel éducatif (pion, prof, atsem etc ...) ont augmenté de 25% en 2010.
    Les « petits faits de violence ou d’incivilité » (ce qui pourrait correspondre à ce que décrit l’auteur) représentent 60 à 7O% de l’ensemble des plaintes et ont augmenté de 25%.
    Les agressions physiques sont en hausse de 63% (et celle avec ITT par contre sont en baisse de 16% ... wow^^)
    Bien sûr, ce ne sont pas obligatoirement des parents qui agressent, il y a aussi des fratries voire membres de la famille etc ...
    Je n’ai pas les chiffres concernant les agressions de personnels de l’éducation nationale vis à vis de parents mais je suis sûr que ... ils ne doivent pas atteindre le niveau de ceux que je viens de vous donner concernant les agression contre ces mêmes personnels...
    Je vous épargne les problèmes liés aux sites internet et autres blogs .. et même les agressions entre personnels, ce qui ne fait pas l’objet de l’article que je me permets de commenter.

    Il est bien connu que l’école sert de « caisse de résonance » aux problèmes de la société. Elle est souvent l’un des derniers lieux institutionnels qui restent dans certaines cités, et l’enseignant,le Pion ou même le personnel auxiliaire (ATSEM, animateurs etc ..) sont souvent des proies faciles.
    Entre la figure de l’incapable diplômé qui bénéficie de vacances à outrance (non rémunérées ... ceci dit) ou des planqués de tout poil fonctionnaires que la société caricature depuis longtemps, il est facile pour certains de se sentir en légitimité quand on tape sur le bouc émissaire.
    Je n’ai pas eu le temps de me renseigner sur le nombre d’agressions que subissent les autres forçats de la fonction publique que sont les policiers ( et pour qui j’ai beaucoup de respect en tant qu’homme de terrain). Je pense qu’il serait intéressant de mettre les chiffres concernant le nombre d’agressions qu’ils subissent en miroir de celles subies par les enseignants.
    Bon commentaires ...
    Lien

  • monille
    monille
    Sociologue - Enseignante et (...)
    • Posté à 16h40 le 28/01/2011
    • Expert 124992
      Sociologue - Enseignante et (...)

    « Quand les profs mettent un mot aux élèves, les parents signent. Quand les pions mettent un mot, les parents répondent. » Je ne suis pas tout à fait d’accord. La question de l’autorité et du respect du professionnel par les parents se pose en réalité dans les deux cas. Je n’ai pas cette chance de côtoyer les parents de près (n’ayant que des post-bac, OUF !), mais j’entends régulièrement mes collègues se plaindre du phénomène qui est bien décrit dans cet article. Une collègue un jour a appelé la mère d’une élève qui ne venait plus en cours depuis plusieurs jours, la mère lui a répondu qu’elle se trompait, que sa fille allait bien en cours, et d’ailleurs elle la voyait partir tous les matins au lycée. En fait, je pense que cette question de l’autorité et du respect se pose dans les deux cas, même si elle est très certainement plus aiguë côté vie scolaire (et on pourrait développer sur la raison de cette distinction).

    Pour ce qui est de la difficulté à faire bien son travail évoquée dans la deuxième partie, c’est quelque chose qui est récurrent à beaucoup de professions. Les « pions » ont du mal car donner une heure de colle est très difficile lorsque la compétence professionnelle est remise en question au profit du « bien être » de nos si gentils enfants. Pour les enseignants il y a d’autres difficultés : mettre une mauvaise note peut aussi engendrer des catastrophes, aussi bien du côté des élèves (hurlements, agressions), des parents, et même de l’administration (sanctions officieuses ou indirectes le plus souvent) lorsque l’enseignant n’est pas soutenu. Il devient « préférable » pour toute personne (pion, prof) de ne surtout jamais emmerder le gosse et de tout faire pour que tout aille bien dans sa vie : ne pas le punir et lui mettre des bonnes notes. Il n’y a qu’en fermant sa gueule qu’on évite les représailles des parents ou de l’administration. Ca pose bien sûr un souci éthique pour certains professionnels qui sont un minimum... professionnels justement, et perfectionnistes (mais heureusement pour nos jeunes générations, la plupart des gens préfèrent éviter les emmerdes plutôt que d’agir de manière éthique).

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