Monsieur le pion

Pion l'an dernier, je découvre cette année le métier d'enseignant dans un collège de province, et vous fais part de ma candeur, de mes découvertes, de mes surprises et de mes désillusions.

Prof stagiaire, mes trois premières semaines de cours

Publié le 30/09/2011 à 11h38

Après plus de trois semaines, l'heure est au bilan :

  • j'ai vraiment commencé à travailler avec mes classes,
  • les élèves et moi-même avons enfin reçu nos manuels scolaires,
  • je connais le prénom d'un tiers de mes élèves (à savoir les élèves qu'il faut toujours reprendre, et les élèves qui participent tout le temps),
  • je sais ranger mon plateau correctement au self,
  • et j'ai eu ma première journée de formation IUFM.

Parlons-en, de cette formation. Elle portait le nom « gestion de classe ». Trois semaines après la rentrée, il était donc question de nous apprendre à gerer une classe de vingt à trente élèves, chose à laquelle nous avons déjà été confrontés, en fait.

Du coup, à nouveau, la formation s'est transformée en déballages de confessions de la part des professeurs stagiaires :

  • « J'ai une élève qui ne veut pas travailler, je ne sais pas quoi faire » ;
  • « J'ai du chahut avec mes seconde »,
  • « J'ai des élèves qui ne parlent pas un mot de français »...

En salle des profs, c'est le bal des pleureuses

Notre formateur donnant des pistes pour tenter de résoudre le problème, en disant bien qu'il n'y a pas de solution universelle. Oh ! le temps que chacun parle de ses problèmes, les trois heures se sont écoulées, merci, et rendez-vous mi-octobre pour la suite.

Ce qui m'a le plus impressionné dans cette « formation », finalement, c'est de voir le formateur arriver les mains dans les poches, nous faire tous parler, donner deux ou trois pistes (des lieux communs bien souvent, qui fonctionnent en théorie mais qui sont pas évidents à appliquer), et dire au revoir au bout de trois heures. Ça donne envie d'essayer de s'en inspirer pour pas trop se fouler en cours !

Ah non ! Surtout ne pas dire ça ! Parce qu'en salle des profs, c'est le bal des pleureuses. Une étude a montré il n'y a pas longtemps que les professeurs français étaient moins bien payés que les professeurs à l'étranger. Alors ça chouigne, ça grogne, et ça m'agace, parce qu'on nage en plein dans la caricature.

Moi-même, je n'ai jamais vraiment eu de sympathie envers les profs. Quand j'étais élève, c'étaient ceux qui me donnaient du travail qui ne m'intéressait pas et m'empêchaient de gribouiller dans ma marge quand je m'ennuyais. Quand j'étais pion, c'étaient ceux (certains) qui considéraient la vie scolaire comme une poubelle à élèves difficiles.

Maintenant que je les ai comme collègues, ce sont ceux qui n'arrêtent pas de parler de leurs petits tracas et de se plaindre. Morceau choisi :

« Oui, les gens disent qu'on gagne beaucoup pour 18 heures par semaine, mais bon, personne ne parle de la préparation des cours, comme si ça se faisait instantanément. Le week-end dernier, j'ai passé plus de six heures à préparer mes cours de la semaine.... Au fond, personne ne peut nous comprendre. »

Les profs arrivent bien à faire entendre leurs tracas

J'avais certes envie de lui dire que 18 + 6 = 24 et que ça lui laissait pas mal de temps pour corriger ses copies et continuer de préparer ses cours avant d'arriver aux fameuses 35 heures. Mais bon, j'suis le p'tit nouveau, j'ai pas encore envie de me mettre tout le monde à dos.

Et c'est ça qui m'agace avec les profs, entre les horaires quand même légers, les vacances, les musées gratuits, ils trouvent quand même à penser qu'ils sont de pauvres petits Calimero. Alors certes, je ne dis pas que les conditions de travail sont toujours optimales : entre les classes surchargées, les élèves qui peuvent se montrer infects, les parents qui peuvent se montrer pires que leurs enfants, les aberrations du système...

Pour autant, chaque corps de travail connaît ses tracas du quotidien, et il se trouve que les profs ont un sacré porte-voix pour se faire entendre.

Peur de ne pas faire passer un savoir

Côté cours, c'est pas évident à créer, avec six classes de trois niveaux différents qui sont bien hétérogènes (quoi qu'on en dise, il y a bien des classes de niveau, vu que les classes sont regroupées par options. C'est pas une surprise que la classe de latiniste avance plus vite que la classe « sans option »).

Ce qui m'angoisse le plus, c'est pas la gestion de classe en fait, vu que je suis dans un collège de province où les élèves ne sont pas bien méchants. Non, ce qui me stresse, c'est l'impression de pas être à la hauteur, de pas arriver à leur faire passer un savoir, à les captiver, à être intéressant en somme. Ma plus grande frustration est de faire quelque chose que je trouve nul, faute de savoir bien préparer mes cours, faute d'expérience.

« Le titre, on le met en quelle couleur ? »

Un truc tout bête sur lequel on n'a jamais été formés, c'est la gestion du tableau et du cahier. Moi, je prends des notes au fur et à mesure au tableau, je ne souligne pas, je n'ai pas une mise en page bien précise, et je me suis rendu compte qu'à cause de cela, je paumais complètement certains élèves. Petit extrait choisi :

« Bon, on commence la première leçon, écrivez en titre : “Titre de la leçon”.

– M'sieur, on commence par la page de droite ou de gauche ?

– Euh... peu importe, disons la droite.

– M'sieur, m'sieur, j'ai commencé par la page de gauche moi !

– C'est pas grave, commence à gauche si tu veux !

– M'sieur, faut écrire à gauche alors ? »

Argh. Les cours suivants, j'ai eu de nombreuses réclamations du genre : « Le titre, on le met en quelle couleur ? », « Le vocabulaire, il faut le souligner ? ». Alors peu à peu, je m'y mets.

Le traumatisme suprême a été quand mon stylo rouge n'écrivait plus et que j'ai écrit à côté du titre « écrire en rouge » pour ne pas qu'ils oublient. Je passe entre les rangs, et vois que sur certains cahiers, certains ont écrit le titre en bleu, et à côté ont écrit : « écrire en rouge ».

Finalement, d'un côté du bureau comme de l'autre, on a pas mal de choses à apprendre.

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  • verseau
    • Posté à 12h26 le 30/09/2011
    • Internaute

    J'imagine que ce sont des classes de sixièmes ?

    En effet, au sortir de l'école primaire, il faut y aller doucement ;
    Ils sont encore des habitudes très scolaires.
    Là une meilleure coordination entre les maîtres des écoles et les profs de collèges permettraient à coup sûr d'éviter le genre de problèmes « gestion du tableau et des cahiers » que vous décrivez., et qui n'est pas seulement un problème de débutant, beaucoup de profs ne savent pas ce que c'est qu'un gamin de 12 ans et s'adressent à leur classe comme ils le feraient à un groupe de lycéens.

    ... et puis musées NATIONAUX gratuits seulement : depuis que j'ai ma carte, je n'ai eu qu'une fois la possibilité de m'en servir (et comme par hasard je l'avais oubliée ! ! )

  • Hatamoto
    Hatamoto
    Vendeur de temps de cerveau (...)
    • Posté à 14h19 le 30/09/2011
    • Internaute
      Vendeur de temps de cerveau (...)

    Pourquoi est-ce que vous les faites chier avec la couleur du titre ? le coté à écrire ?
    J'ai jamais compris ces conneries (double marge, page gauche pour ci page de droite pour cela ...)
    Pourquoi perdre son temps avec ça ? le prof perd du temps l'élève perd du temps, et à la fin, le respect de ces consignes foireuses va primer sur l'apprentissage des savoirs et méthodes.

  • vieilanarfatigué
    vieilanarfatigué
    Changer le monde, c'est se (...)
    • Posté à 15h02 le 30/09/2011
    • Internaute
      Changer le monde, c'est se (...)

    y en a t il des comme moi qui on commencé à s'intéresser aux matières dites scolaires après être sortis du système ?
    Le seul problème de l'ED NAT est d'avoir trouvé la pierre philosophale de l'ennui , à savoir comment transformer tout ce qui peut être intéressant en un emmerdement ultime ?
    Dites moi aussi comment intéresser des gosses qui pètent d'énergie en les laissant assis 3 heures d'affilée sans bouger et sans parler et en étant attentif ? Allez faire un tour en formation et vous verrez si vous ne gueulez pas s'il n'y a pas de pause toutes les 1h30 ?
    Dites moi aussi comment trimbaler un sac qui fait entre 1 tiers et la moitié de votre poids toute la journée ? Même les bagnards des travaux forcés porteraient plainte à la cour internationale des droits de l'homme !
    Dites moi aussi comment apprendre à parler une langue étrangère en l'apprenant dans des bouquins et l'écrivant dans des cahiers ? Une langue ça se parle !
    Dites moi comment comprendre clairement les notions de calcul intégral ou n'importe quelle formule de maths en restant constamment dans l'abstraction avec des gosses immatures ?
    Dites moi pourquoi les cours d » EPS sont basés sur la course à pied quand on un physique de Rocky et que tous les champions de toutes les classes sont taillés dans des cures dents ?
    Dites moi aussi pourquoi tout est basé sur la peur, l'angoisse de mal faire, de se prendre des taules parce qu'on pas compris ou des rater un examen parce que c'était un fantastique bordel en cours de physique notamment ?
    Dites moi enfin pourquoi on apprend la vie dans les cours de récré, à se battre comme des chiffonniers, se faire racketter, se prendre des gnons et des vexations et laisser impuni ce lieu le plus cruel du pays ? .
    Non, vraiment j'ai un souvenir de l'école tel, que j'en claque des dents aujourd'hui encore.
    Pendant des années j'ai pris un jour de congé le jour de la rentrée scolaire en souvenir de cette souffrance qui m'a été infligée pendant 18 ans de ma vie en me promettant bien d'accélérer , si d'aventure un prof venait à traverser la rue devant ma bagnole.
    Alors maintenant, quand je vois le PS qui fait des bassesses pour avoir les voix des tenants de ce système, les profs, excusez moi si une violente toux me prend. J'ai des allergies.

  • Atopiak
    • Posté à 15h40 le 30/09/2011

    Je vous trouve bien condescendant avec vos collègues.
    Vous êtes en stage, vous commencez, vous êtes enthousiaste, et vous précisez « je suis dans un collège de province où les élèves ne sont pas bien méchants ».

    Et bien, sachez que, dès l'année prochaine, avec les mutations, vous pourrez vous frotter à la gestion de classe. Les néo-titulaires sont très souvent envoyé dans les collèges difficiles.
    Vous pourrez sans nul doute réviser quelque peu votre point de vue tranché.

    Je sais bien, pour avoir travaillé comme professeur, que certains se plaignent beaucoup, parfois sans raison. A ce titre, j'ai entendu plus de plaintes dans la salle des professeurs d'un lycée privé du centre ville que dans celle du collège de quartier populaire, où j'ai été affectée après mon stage. Effectivement, et cela arrive dans toutes les professions. Cela justifiait-il votre article qui dénigre, de manière générale, tous vos collègues ? Je ne pense pas...

    Je peux simplement vous dire que, oui, la profession est malade. Et cela va plus loin que le bout de la lorgnette avec lequel vous l'abordez. Je n'oublie pas, cependant, de rappeler à quel point le métier est différent selon les villes et les établissements.Alors je parlerai pour moi, à présent que j'ai quitté le navire : domine le sentiment d'être impuissant face à la misère sociale, d'être méprisé par nos dirigeants, de devoir se battre chaque jour pour apprendre à des enfants à écrire et penser de manière plus rigoureuse. Avec cela peu de reconnaissance, peu de prise en compte dans les réformes de votre travail quotidien. Vous devez, dans votre pratique quotidienne, tenter d'inculquer des valeurs contre lesquelles toute la société va à rebours (le savoir, le sens collectif, l'importance de connaître son passé, la patience, le savoir-vivre). C'est devenu, en outre, aussi un travail d'éducateur, sans avoir la formation adéquate pour y faire face.

    J'admire beaucoup, encore aujourd'hui, mes collègues qui continuent, qui montent des projets (de A à Z pour une sortie : demande de devis, demande de subventions, réservations des lieux, préparation pédagogique, responsabilités juridiques en cas de problème).

    En tout cas, je reste persuadée qu'on ne peut plus être professeur à vie - et nombre de mes collègues le reconnaissent, n'arrivent plus à se projeter dans leur métier. Pourtant, il n'y a pas - ou peu - de possibilités d'évolution. Je peux vous prédire que, ces prochaines années, cela posera un sacré problème. Au Québec, en Belgique, on parle déjà du taux de démission très haut des professeurs, qu'on arrive plus à retenir dans le métier.

    Je pense donc que tout cela, sauf votre respect, mérite mieux que votre témoignage somme toute anecdotique.

  • Pier O'Saughnessy
    Pier O'Saughnessy
    enseignant
    • Posté à 17h44 le 30/09/2011
    • Expert
      enseignant

    On a pas mal de choses à apprendre oui c'est vrai ....
    Par exemple :
    Leçon de géographie : Quand j'arrive un tantinet tout beau tout propre dans un bahut, terra incognita, lieu de découverte et exotique, au lieu d'écouter les chouinements des autochtones fâcheux, et d'en faire une généralité JE CHERCHE s'il n'existe pas dans la caverne des vieux (ou jeunes) débris qui n'ont pas un langage négatif. Il y en a. Il y en a partout.
    Ainsi, au lieu de faire des math approximatifs sur le nombre d'heures effectuée à effectuer ou non effectuée, je peux demander à certains :
     » Comment procédez vous dans la classe pour gérer le tableau ? Avez vous un conseil de base à me donner ? »
    Ou bien ... mais là ça demande carrément de la fougue et un certain courage :
    « Est ce que quelqu'un peut me montrer un cahier ? »
    J'en frissonne ....
    Que vous n'aimiez pas les prof c'est votre problème. Après tout on n'est pas là pour s'aimer mais pour bosser ensemble et faire progresser nos élèves. Mais j'aimerais pas être vous... Vous allez vivre au moins 42 ans avec eux ( peut être plus même, qui sait..). Beurk... le mariage pourri que voilà ...
    Oui je sais vous n'avez pas choisi ce métier pour les profs etc ... mais pour les élèves et la joie d'enseigner envers et contre tout. (main sur le coeur et regard tourné vers l'horizon bleuâtre). Mais je m'interroge vraiment sur l'humanité et la qualité de son enseignement si déjà on condamne une partie de la population, population qui, quoique vous en disiez sera votre quotidien au même titre que vos élèves.
    Et en plus vous enseignez dans un bahut ou les élèves ne » sont pas bien méchants » ! ! ! ! ! mort de rire ^^ déjà la classification.. Lui il est gentil ... Lui il est méchant... Lui il est bon ... Lui il est mauvais .... Sur ce plan là vous n'avez pas perdu votre temps. Bon allez ... j'ose : Nous sommes là pour évaluer des compétences. Evitez les classement affectifs un zeste enfantin. Méditez.
    Par contre le jour ou vous allez enseigner là où ils sont vraiment « méchants » j'espère que vous aurez des collègues que vous n'aimez pas qui vous tendront la main. Vous verrez ça aide quand les malaimés vous soutiennent. On arrive à se sentir moins seul.
    Bon ... je vous laisse débuter .. On reparlera de tout cela quand la carrosserie aura été un peu rayée, les pneus usés ... Bref quand vous aurez grandi...
    Mais sincèrement ... je suis content de ne pas vous avoir dans mon lieu professionnel.

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