Chez Monsieur le prof

Pion l'an dernier, je découvre cette année le métier d'enseignant dans un collège de province, et vous fais part de ma candeur, de mes découvertes, de mes surprises et de mes désillusions.

Bilan de trois mois de formation

Monsieur le Prof
Professeur dans un Collège
Publié le 05/12/2011 à 10h28

Sur le site du ministère de l’Education, il est noté :

« Dès la rentrée scolaire 2010, les jeunes enseignants bénéficieront d’un meilleur accompagnement lors de leur entrée dans le métier. [...]

Les jeunes enseignants stagiaires, recrutés à l’issue de la session 2010 des concours, bénéficieront d’une formation continue renforcée, dans le cadre de leurs obligations de service, comprenant, d’une part, une partie pratique sous la forme d’un tutorat, et, d’autre part, une formation hors écoles ou établissements, de nature disciplinaire ou professionnelle dont les universités seront les acteurs essentiels. »

J’ai déjà parlé très brièvement de cette formation dans les précédents articles. Trois mois après la rentrée, je peux en dresser un petit bilan. Les formations dépendent des académies, et toutes n’ont pas la même organisation. L’organisation la plus classique consiste à faire rentrer l’emploi du temps du professeur stagiaire dans quatre jours de la semaine, afin de réserver le dernier jour aux journées de formation.

Les formations sont déclinées en deux types : La gestion de classe, où toutes les disciplines sont regroupées, et la formation disciplinaire, où nous sommes divisés selon la discipline que nous enseignons. Tout ce qui suit est une description de ce que j’ai vécu, je ne parle en aucun cas au nom de l’ensemble des professeurs stagiaires. Toutes les formations sont différentes, et j’imagine que certaines d’entre elles sont pertinentes.

La gestion de classe : loin des réalités

La gestion de classe est censée nous préparer, comme son nom l’indique, à nous apprendre comment réagir face à une classe de 20 à 40 ados. Premier petit problème, la première journée de formation a eu lieu 3 semaines après la rentrée, autant dire qu’on ne les a pas attendus pour se confronter à la réalité du terrain.

Les premières réunions ont donc consisté en un tour de table, chacun devait parler des problèmes rencontrés, ce qui donnait lieu à des débats. Nous nous sommes vites rendus compte que les professeurs de lycée et ceux de collège ne rencontraient pas vraiment les mêmes difficultés. Et finalement, ces dialogues avaient beau être un moment de soulagement où l’on remarquait qu’on n’était pas le seul à rencontrer des problèmes, les réponses de nos formateurs étaient trop souvent « il n’est pas évident de réagir à cette situation », et surtout, phrase qui revient sans cesse : « il n’existe pas de solution miracle ». Ca valait le coup de venir.

Lassés de ces tours de table qui ne menaient à rien, des stagiaires ont demandé au formateur de travailler sur des « situations réelles », sur des vidéos, ou des documents permettant d’avoir une vision d’ensemble d’un cas afin de savoir comment l’aborder. Ainsi, lors de la formation suivante notre formateur IUFM est arrivé fièrement avec une vidéo nous présentant une « situation réelle. » Il s’agissait d’un reportage M6 à sensations, dont le montage brisait toute idée de réalité, et surtout, ce reportage date de 1993. Consternation générale, personne ne dit rien, les professeurs stagiaires que nous sommes sont bien formatés, bien polis.

Est-ce un manque de motivation, de l’abnégation ? Nous arrivons frustrés à ces formations, frustrés pour certains de devoir faire 100km pour assister à 6 heures de néant, au lieu de travailler sur nos cours, corrections de copies, et autres remplissages de bulletins.

Finalement, lorsqu’une élève m’a insulté la semaine dernière, je me suis plus reposé sur mon sang-froid que sur ce que l’on m’avait appris en formation.

La formation disciplinaire

Nous attendions la première formation disciplinaire avec une certaine impatience, en nous imaginant qu’elle nous permettrait de préparer des cours en commun, d’en repartir avec des billes pour mieux s’en sortir en classe. Dans les faits, rien de tout cela. Nous sommes repartis sur le tour de table où chacun parle de ses problèmes, où le formateur nous lance un « n’ayez pas peur de parler, personne ne vous jugera » censé nous motiver, digne des caricatures des réunions d’alcooliques anonymes.

A nouveau, nous sommes mélangés entre professeurs de collèges et de lycée, mieux encore, lors d’une formation, nous sommes également avec des professeurs des écoles.

Une formation sur les TICE, l’outil informatique, qui a duré 3 heures, nous a permis d’apprendre à faire des captures d’écran. A nouveau, personne n’ose trop parler. Dans les couloirs, ça grogne, ça dit qu’on perd notre temps, mais en classe, face au formateur, tout le monde, dont moi, se tait, surement par peur d’attirer l’attention du formateur, et peut-être par dela, de l’inspecteur.

Comme indiqué en début d’article, cette situation n’est pas forcément partagée par l’ensemble des professeurs stagiaires. J’ai par exemple des échos de collègues dans d’autres établissement de ma ville qui sont très satisfaits de leur formation, qui travaillent réellement sur des séquences et qui sortent de leur journée avec un cours tout prêt. Je dois dire que je les envie.

Mais dans notre cas, tout comme les élèves, nous sommes obligés d’assiter à ces réunions, et devons justifier notre absence le cas échéant. Tout comme nos élèves, nous nous ennuyons, nous envoyons discrètement des textos, griffonons dans les marges, bavardons mais nous arrêtons quand le prof nous fait les gros yeux.

Finalement, tout comme nos élèves, on accepte cette situation comme on peut, on baisse la tête et on évite de se faire remarquer, en espérant, à défaut de fournir un travail exceptionnel, avoir une appréciation satisfaisante.

Le tutorat

Un tutorat a été mis en place afin d’accompagner les professeurs stagiaires dans leur première année. Il faut s’estimer heureux quand le tuteur est un membre de l’établissement où l’on est affecté. Il faut s’estimer encore plus heureux quand le tuteur s’est porté volontaire pour avoir ce poste. Bien trop souvent, le tuteur l’est par défaut, parce qu’on lui a proposé avec une certaine insistance. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, mais en gros, il n’y a que très peu de suivi à ce niveau-là. Le tuteur ne sait pas vraiment ce qu’il est censé faire, les emploi du temps ne sont pas nécessairement compatible...

Et là, je repense aux promesses d’un « meilleur accompagnement », et je ris jaune.

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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 11h46 le 05/12/2011
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Pas vraiment au point à l’EN ! Elle ne sait pas ce qu’est de la « supervision d’équipe “ ? On en pratique dans toutes les bonnes assos et autres qui emploient des travailleurs sociaux, car, apparemment, avant le pouvoir transmettre un savoir, les profs doivent d’abord gérer une classe et gérer les conflits et savoir se comporter.

    D’ailleurs, avant d’imposer quoi que ce soit aux stagiaires, les formateurs devraient aussi faire de l’analyse de la pratique ... mais apparemment, ils ne font que faire ce qu’on leur demande de faire, c’est à dire pas grand chose ...

    Pauvres jeunes profs, ils sont bien mal barrés !

  • LienRag
    • Posté à 17h54 le 06/12/2011
    • Internaute 34767

    Ce qui me paraît le plus hallucinant dans votre témoignage c’est la façon dont des adultes peuvent avoir peur de d’interroger leurs formateurs....
    Je ne vais pas dire que je ne vous crois pas puisque lors d’un entretien collectif de recrutement je n’ai pas été retenu (bien qu’ayant réussi les tests) pour avoir posé une question, et que lors d’un passage en Master 2 le fait de prendre au sérieux la demande des enseignants de poser les questions que nous avions, et de contester certains points peu argumentés de leur enseignement, m’a valu une réputation exécrable tant auprès des étudiants que de la majorité du corps enseignant.

    Mais si la lâcheté devient ainsi la norme sociale comment reprocher aux élèves de devenir violent ?

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