Chez Mouloud Akkouche

Le blog de l'écrivain Mouloud Akkouche sur Rue89.

Humour et sexisme : faut-il autocensurer un rire gras ?

Publié le 21/07/2010 à 11h13

Dans la série d'émissions sur France Inter consacrée à Bashung, l'un de ses ingénieurs du son racontait la genèse de la chanson « Lavabo » co-écrite avec Gainsbourg.

A un moment, il évoquait la fille d'un patron de bar qui inspira les deux paroliers et la décrivait « vêtue d'une jupe à ras la salle de jeux ». Ne connaissant pas cette expression, j'éclatais de rire. Mais aussitôt, ma prothèse féministe envoya une alerte à mon cerveau : « Attention machisme ! »

D'un seul coup, je me suis senti dans la peau d'un « beauf » sexiste en train de se marrer à une vanne qui relègue la femme au rôle d'une poupée dédiée au plaisir du mâle. Certains hommes veulent les voiler, d'autres ne les voient -à l'instar de nombreuses unes d'hebdo estivales axées sur le cul- que comme des corps « désirables ou pas ». Elevé dans un milieu machiste, j'ai intérêt à me méfier des relents de mon éducation. Encore du boulot, mon gars !

Mais d'où provient cette subite montée de culpabilité ? Pourquoi ne pas m'autoriser à rire de cette image ? Après tout, le langage populaire et la poésie ne sont pas obligés de bien se tenir à table ou marcher au pas. Sinon, Rimbaud, Shakespeare, Bukowski, Shelby, Despentes, et bien d'autres auteurs seraient restés confinés dans « l'enfer » des bibliothèques. Ne parlons pas de certains sketchs de Coluche et Desproges inimaginables de nos jours. Ma culpabilité balayée, il restait encore la question : pourquoi cette autocensure ?

Début d'un resserrage de boulons national ?

Des évictions de Porte et Guillon par Val, au vidage de Siné par le même cerbère de l'humour qui veut des humoristes dociles, en passant par les féministes radicales qui mordent au moindre regard et la tentative de censure de romans jeunesse, une aseptisation rampante semble s'installer dans l'espace public. Et, pire encore, dans les esprits. Même les journalistes d'investigation sont sommés de ne pas ébruiter les affaires qui fâchent.

Bien sûr, comme pour le racisme et l'antisémitisme, il faut condamner le sexisme et l'homophobie. Cependant, avec de louables intentions, ne sommes-nous pas en train de devenir contre-productif et créer la pire des polices : celle qu'on s'inflige ? Et de générer un inconscient collectif uniformisé.

Mais où se trouve la frontière entre la blague drôle et la vanne sexiste ou raciste ? Le curseur du « bon goût » n'est pas le même pour tout le monde. Pas facile de trouver un juste équilibre entre le respect des lois et l'humour iconoclaste.

A une époque, beaucoup s'indignaient à juste titre de la fameuse formule cynique sur « le temps de cerveau disponible ». Mais les uns et les autres, avec nos chapelles et amis qui nous ressemblent, avons aussi un cerveau disponible à nos lectures (Le Monde, Libération, Rue89, Télérama, Mediapart, Nouvel Obs... ) et aux radios écoutées (France Inter, France Culture....). Peut-être une autre forme de bourrage de crâne ?

Avec le temps, nos habitudes de gens soi-disant ouverts et cultivés peuvent nous enfermer dans le ghetto des bien pensant critiquant les perfusés à TF1. Et nous rendre hautains et péremptoires.

Le rire est un marqueur social

Suis-je un sale sexiste en me marrant à l'expression citée plus haut ? Je ne crois pas. Cela dit, chacun ressentira à sa façon « la jupe à ras la salle de jeux »... Une femme n'aura sans doute pas le même point de vue qu'un homme. Nos milieux d'origine et notre éducation influent aussi sur notre perception de l'humour. Le rire est souvent un marqueur social. Trêve de circonvolutions : même si on considère mon rire comme particulièrement gras, je ne le renierai pas pour autant.

Chaque individu, même s'il devrait chercher à s'améliorer, n'a pas pour vocation de correspondre à l'image parfaite et consensuelle véhiculée par SES journaux et magazines. Pas un robot à bons sentiments et attitudes toujours exemplaires.

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  • Gelone2010
    • Posté à 11h22 le 21/07/2010

    « Mais aussitôt, ma prothèse féministe envoya une alerte à mon cerveau : “ Attention machisme ! ” »

    Vous avez pensé à consuter un psy ?

    « D'un seul coup, je me suis senti dans la peau d'un “ beauf ” sexiste en train de se marrer à une vanne qui relègue la femme au rôle d'une poupée dédiée au plaisir du mâle. »

    Ca me paraît urgent, parce qu'une telle aspiration au formatage politiquement correct est peut-être le symptôme de quelque chose de beaucoup plus grave - mais si je n'arrive pas à imaginer quoi...

    Le fait que vous vous posiez des questions montre que tout espoir de guérison n'est pas perdu.

    « Avec le temps, nos habitudes de gens soi-disant ouverts et cultivés peuvent nous enfermer dans le ghetto des bien pensant critiquant les perfusés à TF1. Et nous rendre hautains et péremptoires. »

    Moi, je dirais cons tout court, et il y a déjà de grands pas qui ont été accomplis dans cette direction... Surtout à Paris et en région parisienne. Globalement, la province reste encore plus normale et saine...

  • guerzit-
    guerzit- answers to Lemmy Nothor
    • Posté à 11h40 le 21/07/2010

    Il existe en effet à l'instar du cholestérol un bon rire gars et un mauvais rire gras...

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 11h58 le 21/07/2010
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Heu... j'ai beau retourner le truc dans tous les sens, je vois vraiment pas, mais alors même pas un quart de poil de cul de crevette de sexisme dans l'expression « à ras la salle de jeux ».
    Vulgaire, certes un peu. Licencieux, je le concède. Imagée, c'est un fait.
    Mais la seule façon de trouver cette métaphore choquante est d'être un de ceux pour qui le cul n'est qu'affaire de reproduction et jamais de plaisir.

    Le sexisme n'est pas la lubricité, encore heureux !
    Or il ne s'agit là que d'une référence à la fonction d'une partie du corps : s'amuser, se faire plaisir.
    Il ne s'agit aucunement de dénigrer une femme parce qu'elle est une femme, et même à mon sens ça ne porte aucunement préjudice au sujet de cette tirade.

    Et puis même, je rirai toujours d'un bon mot, même s'il est sexiste. Parce que c'est ainsi que sont les blagues : drôles, conçues pour faire rire, pas pour prétendre être la vérité ni inspirer une conviction politique ou sociale.

    Je continuerai à me foutre de la gueule des gens soit en soulignant leurs caractéristiques, soit en ayant recours aux stéréotypes, et peu importe que cela dérange les pense-droit. Bien au contraire, ça me motive.
    Parce que se foutre de la gueule de quelqu'un n'est pas un mal, tant que ça ne vire pas à l'obsession et qu'on en oublie de se foutre de la gueule du reste du monde.

  • Maxine
    • Posté à 12h04 le 21/07/2010

    Non rassurez-vous je suis féministe et cette blague n'est pas sexiste. C'est une description « fleurie » de la longueur d'une jupe, point. Ce qui aurait été sexiste c'est de laisser entendre qu'une femme qui porte ce genre de jupe est une salope, c'est un appel au viol... bref de décliner un stéréotype sexiste. Et là c'est pas le cas.

    Quant à la censure du rire, on devrait plutôt se poser la question de pourquoi le registre humoristique n'existe que pour les « dominés (excusez mon raccourci hâtif mais j'i la flemme de développer) noirs, juifs, homos, femmes et qu'aucun humour se moquant des hommes blancs hétéros n'existe. J'ai l'impression que se moquer des femmes/homos... est un gros signe de paresse, il suffit de reprendre quelques recettes bien éculées et de les accommoder à sa sauce. Et oui on ne peut plus rire des PD ? faites donc preuve d'imagination et de créativité, vannez sur els hommes blancs hétéros et leurs caractéristiques

    Et quand on est douée comme le prouve FLorence Foresti on peut rire des femmes en étant jamais sexiste. Mais c'est sur que ses sketches sont sérieusement plus pensées que ceux de Bigard !

  • Camille
    • Posté à 15h11 le 21/07/2010

    Si on doit faire une dissert à chaque fois qu'on se marre, on n'est pas rendus !

    Qu'on s'auto-censure avant d'écrire un article à la limite, mais avant de rire tout seul devant sa télé ! pfff... faut pouvoir se lâcher !

    J'entendais Brassens tout à l'heure « je ne fais pourtant de tort à personne, en n'écoutant pas le clairon qui sonne »

  • Jambalaya
    Jambalaya
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    • Posté à 00h24 le 22/07/2010
    • Internaute
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    Faites une bonne action, dénoncez vous à la Halde.

  • Hulk
    • Posté à 03h58 le 22/07/2010

    Eh bien voici un défi qu'on peut vous lancer, pour vous prendre au mot.

    Vos billets sont toujours lénifiants, pleins de bons sentiments, et une déclinaison molle du politiquement correct dont vous indiquez ici qu'il faut savoir s'en départir.

    Chiche ! Faites-nous donc un billet corrosif et décapant, avec des mots bien limites dedans (sauf « bougnoule », « pédé » et « gouine » qui sont interdits par le comité central du soviet suprême, je dis ça pour vous éviter des remontrances).

    Je vous promets que si c'est bon, je ne ferai pas la fine bouche, et j'applaudirai des quatre pattes !

    Allez, hop, devoir de vacances, à vos cahiers !

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