Quand la dame patronnesse Dominique Voynet visite un squat rom
« On va mettre pour tout le monde sur le camp [rom] une consultation sur la contraception, hein. Je sais pas comment vous faîtes, hein. Tous les mois, y a un enfant qui naît sur le camp, non ? Il fait froid, faut se réchauffer ! »
Qui est l’auteur de ces paroles humiliantes ? Brice Hortefeux ? Non. C’est Dominique Voynet, sénatrice Europe Ecologie - Les Verts et maire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), devant les caméras de l’émission « Dimanche + » sur la quatrième chaîne. Avant de prévenir :
« Si on continue comme ça, moi je vais perdre les élections, et derrière y aura une équipe municipale qui va nettoyer les squats roms d’une façon beaucoup plus brutale que vous ne pouvez l’imaginer [...]. » (Voir la vidéo, à partir de 4’55’’)
Cette saillie me rappelle le « bruit et l’odeur » de Jacques Chirac. (Voir la vidéo du discours d’Orléans, dans le JT du lendemain, le 20 juin 1991)
Comment réagiront la Licra, le Mrap, les politiques de gauche et les artistes qui ont lutté cet été contre la stigmatisation des Roms ?
Certes, la mairie de Montreuil a en charge une importante population rom. Pas comme ses voisines huppées de Vincennes et Saint-Mandé. Dominique Voynet a raison de rappeler que des communes moins confrontées aux problèmes du logement pourraient accueillir des familles roms. Pas toujours les mêmes à avoir la main sur le cœur du budget municipal.
Malgré tout, rien ne justifie que des édiles avec des valeurs de gauche – déjà à Vitry en 1980 – se lâchent et adoptent, comme Georges Frêche, le poujadisme de ceux qu’ils ont toujours combattus.
Ce dérapage (quel média national – à part Le Canard – osera dénoncer ces propos très grossiers ?) de Dominique Voynet survient alors que la haine contre les Roms se développe parmi nous, citoyens. Le battage gouvernemental de cet été porte ses fruits... de discorde.
Syndrome Nimby, « not in my backyard », et période électorale
De plus en plus, même chez les riverains – plutôt bobos – des banlieues et grandes métropoles françaises, s’impose le syndrome Nimby (ou « not in my backyard », pas dans mon jardin) ; une trouille légitime de devoir cohabiter avec une extrême pauvreté. Qui serait satisfait d’ouvrir tous les matins ses fenêtres sur un bidonville ? Chez les citoyens des classes populaires, cette inquiétude se traduit parfois par un vote pour le Front national.
Comment demeurer une commune accueillante et humaine avec des populations très pauvres venant des pays de l’Est et, dans un même temps, répondre aux besoins de logements sociaux des administrés ? Les demandeurs de HLM sont souvent des électeurs, pas les Roms. Autrement dit, le principe de réalité prime pour les élus – surtout en période électorale.
Sac de nœuds sociaux contre îlots de quiétude urbaine
Toutefois, rien ne peut justifier la vanne sur la sexualité des Roms – « Il fait froid, il faut se réchauffer... ’’ – de Dominique Voynet ; des propos vraiment indignes d’une élue de la République, un humour guère éloigné de celui, méprisant et nauséeux, de Brice Hortefeux.
Mais peut-être s’agit-il d’une plaisanterie maladroite reflétant son trouble face à une situation humaine partculièrement dramatique. Espérons en tout cas que ce n’est pas une stratégie cynique pour conserver à tout prix son mandat de maire.
Quoi qu’il en soit, sa proposition de consultation sur la contraception dans les camps n’est pas inintéressante mais elle ne changera rien à la survie quotidienne des Roms dans ces lieux immondes. Et qui, en plus, subissent l’animosité de leurs voisins en HLM, eux-mêmes plongés dans une autre forme de précarité.
Un sac de nœuds sociaux évité par les villes comme Le Raincy, Saint-Maur, Vincennes et d’autres, réfractaires au logement social. Des îlots de quiétude urbaine dans le 93 et 94.
De ce côté du périph, une misère sans palmiers
Quelles solutions concrètes peuvent apporter ces mairies submergées par l’afflux de familles démunies ? Faire appel aux forces de l’ordre ou gérer tant bien que mal ces campements sauvages ? Le cul entre leur convictions humanistes et la terrible réalité du terrain, ils semblent de plus en plus impuissants à faire face à ces problèmes... internationaux. Et, chaque jour, les élus ont des comptes à rendre à leurs concitoyens.
Pour corser le tout, les maires des communes en charge de ces bidonvilles n’ont rien à attendre d’un gouvernement de grands touristes. Pas de palace ni riads de l’autre côté du périphérique, mais un cocktail de pauvreté et de violence au bord de l’implosion. Une misère sans palmiers.
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Binationale
Binationale
Maladroite, oui, elle l’a été incontestablement. Mais elle n’est pas raciste, Dominique Voynet, elle a juste une grande gueule qui lui fait dire ce qu’elle pense. Et sur ce coup-là, elle touche juste : les roms -et tous les pauvres, partout dans le monde - font trop de gosses pour espérer se sortir de la pauvreté.
C’est terrible, surtout pour les femmes qui enchaînent les grossesses, et qui préféreraient évidemment ne pas être enceintes si souvent. Nombre d’entre elles, si elles avaient accès à la contraception - pas seulement aux objects contraceptifs, mais surtout à la philosophie de la contraception, aux infos médicales correctes - feraient le choix de limiter les naissances. Une partie des hommes aussi, sans doute.
C’est méprisant de proposer « des consultations sur la camp » ? Non, c’est utile. C’est réaliste. C’est faire avancer les choses. parce que la politique, les déclarations humanistes, oui, OK, mais bon...




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