Chez Mouloud Akkouche

Le blog de l'écrivain Mouloud Akkouche sur Rue89.

Bientôt la fin de L'Huma ?

Publié le 20/07/2011 à 18h08

Quand j’étais gosse, mon père m’envoyait acheter L’Huma chaque dimanche. Agacé, je lui demandais un jour pourquoi ce rite (analphabète, il ne pouvait le lire). « Arrivé en France », répondit-t-il, les premiers qui m’ont accueilli et aidé, c’étaient les communistes. Et je garde toujours la mémoire de la main tendue. »

En 2011, l’Huma a visiblement besoin d’une main tendue.

Jamais encarté au Parti communiste et fréquemment en désaccord avec lui, je n’oublie pas pour autant L’Huma et les réalisations concrètes des villes et départements gérés par les communistes. Soucieux notamment des habitants ne pouvant partir en vacances, ils proposaient d’autres horizons que ceux de la télé ou du hall d’immeuble. Sans eux, des citadins n’auraient pu se rendre à la mer ou chausser des skis.

Aujourd’hui, les politiques de ces communes rouges reprises par des Verts, la droite, ou certains élus cocos « clientélistes à fond », négligent les habitants « précarisés ». Surtout dans les municipalités telle Montreuil où la gentrification a transformé la population. Les ouvriers, remplacés par des chômeurs et Rmistes, de moins en moins une priorité des nouveaux dirigeants. Pas glamour les demandeurs d’aides sociales ?

Les bobos (beaucoup d’écolos), organisés et très à l’aise avec les nouveaux outils de communication, ont plus de poids pour imposer leurs choix. Comités de quartiers, association de parents d’élèves, sont tenus, souvent avec sincérité et efficacité, en grande partie par eux... et d’abord pour eux ? Le toboggan défectueux d’un square de quartier « boboisé » sera plus vite réparé que celui d’une cité excentrée.

Comme l’explique la pyramide de Maslow, les citoyens pauvres ont d’autres chats à fouetter que l’environnement. Même si les problèmes environnementaux sont importants, le mot durable – fourre-tout à la mode – est le cadet de leurs soucis. La plupart cherchant à échapper durablement au RSA et à la misère... Pas des égoïstes imperméables à l’avenir de la planète, juste soumis à la nécessité duraille.

Les municipalités rouges ont beaucoup fait sur le plan local

Loin des intrigues d’appareils, des militants (pas vieux à l’époque) et élus communistes œuvrèrent – et continuent de le faire – pour les démunis. Souvent issus des mêmes milieux, ils connaissaient leurs difficultés. Après la gestion du « vital », ils investirent aussi beaucoup dans la culture (relayé par L’Huma) pour leurs administrés. Nombre de chanteurs, comédiens, écrivains – fauchés ou pas – ont vécu de ces structures.

N’en déplaise à certains, ces artistes ne sont pas débiteurs du PC. Un créateur, même sans cracher nécessairement dans la soupe, ne doit pas être une marionnette des politiques. En tout cas, les municipalités rouges ont beaucoup fait sur le plan local.

Bien sûr, on ne peut passer sous silence les actes très graves du PC ; entre autres, la demande des dirigeants – désavouée très vite par la base et des cadres – de la reparution de L’Huma aux autorités nazis. Nombre de cocos ne nient pas les faits. Bref, des staliniens pur jus ont travaillé dans ce quotidien. Peut-être que certains tentent encore d’y inoculer leur virus dogmatique ?

L’Huma manquera sur les marchés et ailleurs

Encartés ou sympathisants communistes sont moins bien bien vus que dans les années 70. « Camarade » plus un joli nom ? Ils risquent même d’assister à la disparition de L’Huma. A terme, le journal le plus proche du « populo » ne sera-t-il que l’organe du FN ?

Défendre le titre crée par Jaurès est casse-gueule. Les anticocos primaires ou pas vont dégainer les preuves – certaines irréfutables – des erreurs du PC. Mais je persiste et signe : si L’Huma disparaît, il manquera sur les marchés et ailleurs. Un coup dur au pluralisme de la presse.

PS : des parties de ce billet ont été inspirées par la lecture de « L’Ecologie en bas de chez moi », pamphlet drolatique et argumenté s’ouvrant sur un décryptage de « Home ». Un livre déconseillé aux « verts ou rouges » sans humour... noir.

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  • observeur
    observeur
    Libre penseur chez les ch'tis
    • Posté à 23h02 le 20/07/2011
    • Internaute 37812
      Libre penseur chez les ch'tis

    C’est probable qu’il manquera, mais si ils veulent s’en sortirent il faut peut être se réinventer en tenant compte de l’évolution actuelle, les papys et les mamies basculent à droite, alors ce n’est pas en continuant à cibler les même personnes depuis des décennies, qu’ils vont avancer !

  • ydcl
    • Posté à 23h44 le 20/07/2011
    • Internaute 17421

    Si l’huma disparait, malheureusement ces braves cocos staliniens, ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Je ne pleurerais pas, ce qu’est devenu l’huma !

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 00h22 le 21/07/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Pour qu’on ait envie de sauver l’huma, et le PCF, faudrait que la base ait le courage de virer la direction moisie.

    Or les différents groupes dissidents se laissent mater par les staliniens, jusque-là.

    Jusqu’à la CGT, d’ailleurs.

    Tant pis pour l’Huma...

    • polybe
      polybe répond à Autist Reading -
      travailleur non tertiaire
      • Posté à 20h10 le 23/07/2011
      • Internaute 155848
        travailleur non tertiaire

      Cher ami.
      Pas d’accord avec toi cette fois-ci.
      Et 100% d’accord avec l’auteur de l’article. Notamment sur le rôle du PC au niveau local, et mon père, pourtant pas coco mais ayant vécu toute son enfance et sa jeunesse dans une ville minière rouge, m’en a souvent parlé avec beaucoup de respect.

      Ce ne sont pas les « stals » qui plombent le PS, c’est leur disparition et leur remplacement par des bobos.
      Mais je comprends ta dialectique : si le PC continue à faire dans le bobo sociétal, les prolos non lepénisés finiront par aller chez Schivardi. Tant mieux pour ce dernier. Tu vois, on est d’accord sur l’issue.

  • daoud01
    daoud01
    ingénieur
    • Posté à 07h25 le 21/07/2011
    • Internaute 150428
      ingénieur

    Grosse teuf en perpective :

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 13h42 le 21/07/2011
    • Internaute 45067
      Littéral

    Le journal l’Humanité est le dernier quotidien national encore lié à un parti politique.

    Ce qui en fait une sorte d’archaïsme. Une survivance d’une époque révolue. Un temps où le parlement comptait près d’une centaine de députés communistes.

    Aujourd’hui, l’audience du P.C.F. s’est réduite à presque rien, peut-être entre 5 et 7 % de l’opinion, en comptant très largement. Et encore s’agit-il d’une partie très contingentée, parcellisée de l’opinion française. Un archipel sans liaisons ni mémoire.

    Dans l’ensemble l’influence du PCF est quasi nulle parmi les classes moyennes et l’élite économique et sociale ne se préoccupe même plus des avis et des analyses des communistes.

    L’Humanité, jadis grand journal, en est resté à la «  bolchevisation  » des communistes qui s’appliquent, avec des états d’âme, à aller de scission en scission afin de garder les révolutionnaires les plus engagés. À ce train, il ne restera plus personne tant l’injonction léninienne est vide de sens aujourd’hui.

    Ce journal, s’il tient à sa survie en tant qu’entreprise de presse doit prendre son autonomie éditoriale et tenter, si cela est encore possible de servir d’organe d’information de la gauche sociale, attaché à servir les intérêts d’émancipation et de progression sociale et culturelle des populations modestes.

    Mais après des décennies d’éradication de la culture et du sens critique au profit du divertissement et de la démagogie marchande, est-ce possible  ?

    Probablement que non, mais ça vaudrait le coup de tenter l’aventure. Pour ça, il faut du fric, pas mal de fric !
    Et la volonté !

    • Popy_Chou
      Popy_Chou répond à egide
      Auvergnats de tous les pays, (...)
      • Posté à 21h40 le 21/07/2011
      • Internaute 133142
        Auvergnats de tous les pays, (...)

      Deux choses :

      - Comparez sur une année ce que dit l’UMP, et les dossiers du Figaro/de Figaro Magazine (voire de TF1, quand ils en pondent tant bien que mal)... C’est en effet, une vision « littérale » de la liberté de la presse : de libre elle a au moins le nom. Ou plus simple : regardez de quoi parle le gouvernement et comparez avec un mois des pseudo sondages (n’ayant aucune validité statistique par ailleurs) du Figaro.fr, ne serait-ce que la tournure des phrases.

      Faire le procès de l’Huma parce qu’il est lié au PC est un faux argument, qui ne résiste pas à la moindre analyse sincère de qui lit la presse nationale.

      - Le PC ne représente que 5% de la population, etc etc... Les idées communistes n’ont plus aucune pertinence... Sonnage de tocsin habituel du « Capital ».
      Or, 1) au niveau local on parle quand même d’une dizaine de milliers d’élus locaux (dont la couronne autour de Paris, dont le boulot de maire se résume pas à serrer des mains comme à Neuilly), d’une cinquantaine de parlementaires (avec le PG), de deux départements (je crois) et de la plus grosse formation « jeunes » de France, et de trèèèèès loin sur le plan numérique.
      Alors malgré la piquette nationale, et même si le PCF merde régulièrement (je suis d’accord !), dire qu’il ne signifie plus rien, c’est vraiment de l’emporte pièce, et même carrément un manque de respect pour un sacré paquet de gens.

      2) Sur le plan des idées, et si le prophétisme marxiste a largement foiré (le livre noir du communisme... la Chine... bla bla, vous n’y pensez pas...), tout le reste de son analyse, de ses postulats sont devenus des réflexes intériorisés par toute la gauche « sociale » française. Sans Marx, aurait-on eu Bourdieu, Foucault... Pour ne citer que ceux épargnés peu ou prou par toute critique dans leur apport académique ?
      Et quand vous voyez la réforme des retraites, la réaction qu’elle a suscité, et l’étiquette « REFORME DE CLASSE » que l’on a envie de lui coller, ça ne fleure pas le spectre tout ça ?

      Toute une partie de l’opinion française a besoin du PCF (a fortiori depuis sa désossification au sein du FdG !) en tant qu’avatar de l’eurocommunisme, ou bien vous laissez un dangereux abysse des idées entre le PS et le NPA...

      • egide
        egide répond à Popy_Chou
        Littéral
        • Posté à 06h46 le 22/07/2011
        • Internaute 45067
          Littéral

        Faire le procès de l’Huma parce qu’il est lié au PC est un faux argument, qui ne résiste pas à la moindre analyse sincère de qui lit la presse nationale.

        Je ne fais aucun procès à l’Humanité et certainement pas le fait qu’il soit l’organe d’opinion d’un parti politique.

        J’ai simplement constaté, et je ne suis pas le seul, que cette forme de presse, qui a eu son temps, n’a plus l’audience qu’il faudrait pour que l’Humanité demeure un grand quotidien national

        Faire de l’Humanité une véritable entreprise de presse car elle a besoin d’être recapitalisée pour évoluer. Oui, c’est ce que je maintiens. Un quotidien national, c’est couteux à produire. Ce n’est pas une option, c’est la seule solution réaliste à terme.

        Contrairement à ce que vous affirmez abruptement, le problème n’est pas que l’Humanité soit lié au PCF, c’est que l’Humanité a une ligne éditoriale qui correspond encore à celle d’un journal partidaire.

        Or cette forme de presse, si elle existe encore, ne permet pas de tenir l’audience nationale d’un grand quotidien.

        Afin de garder cette qualité de journal national, ce qui risque de n’être plus le cas bientôt, l’autonomie de la rédaction de l’Humanité
        et sa liberté de faire les choix économiques cruciaux non pas pour sa survie mais pour atteindre un audience plus large, retrouver du lectorat est une étape nécessaire.

        Pour autant, les liens de l’Humanité et du PCF ne seront pas réduit pour autant,c’est le fond de commerce de l’Humanité ! Leur forme sera différente et les liens économiques formalisés  !

        Simplement, ils doivent évoluer considérablement et la séparation doit être plus nette afin de garantir au lectorat une véritable indépendance rédactionnelle.
        Et puis, ne serait-ce que d’alléger les charges importantes que représente l’obligation d’être un organe partidaire, ce serait déjà une partie du problème financier de réglé.

        Si j’ai argué à partir des chiffres constatés des résultats du PCF aux diverses élection locales et nationales, c’est pour monter que l’audience électorale du PCF n’est plus d’une dimension telle qu’elle permettrait à un journal national quotidien de simplement pouvoir exister, ne serait-ce qu’avec les recettes des ventes au numéro.

        L’extension du lectorat de l’Humanité au delà de celui que représente l’audience électorale du PCF est devenu une nécessité ... économique et commerciale. J’ajouterais même politique.

        Quand au marxisme-léninisme, c’est fini. C’est de l’histoire, et tragique, qu’il faudra bien assumer, à un moment ou à un autre.
        Le bolchevisme a produit des spectres qui hantent bien plus l’Europe que le communisme.

        Je veux bien que vous utilisiez en absence, la métaphore du verre à moitié plein pour vanter ce qui reste de l’influence de PCF au sein de la classe politique française.
        Le recul est très important depuis les années 80.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 14h53 le 21/07/2011
    • Internaute 45067
      Littéral

    Pour donner un exemple de la tâche à accomplir, non seulement au sein du P.C.F. mais aussi et surtout à la rédaction de l’Humanité afin qu’elle ait une petite chance évoluer, je reprend ce qui est typique comme d’une des modalités de désinformation inhérente même aux pratiques du PCF, involontaire en ce qui concerne l’auteur de l’article, je le concède bien volontiers, mais qui fait obstacle à la crédibilité des communistes et de leur presse  :

    entre autres, la demande des dirigeants – désavouée très vite par la base et des cadres – de la reparution de L’Huma aux autorités nazis

    C’est une contrevérité historique totale. Jamais les dirigeant du PCF de l’époque n’ont participé directement à cette terrible péripétie de l’été 1940, tout au plus, désorientés par la brutalité e la défaite ne se sont-ils pas opposés à cette initiative délirante !

    En mai 40, la direction du PCF est complètement désorganisée et ses principaux dirigeants ne sont pas à Paris, ni même pour la plupart en France.

    Jacques Duclos, par exemple est à Bruxelles. Et il ne trouve aucun moyen sûr de rentrer en France, encore moins de retourner dans la capitale.

    Malheureusement, c’est l’homme de la direction qui a usé le plus du mensonge forcené. Chargé, entre autre de la propagande, il s’est acharné à faire du fonctionnement du parti une représentation toujours reconstruite à postériori afin de faire accroire à la thèse une organisation politique centralisée et dont la direction n’était jamais en défaut ni d’autorité et de clairvoyance, ni en manque de ressources et de moyens afin de faire triompher ses thèses et tenir ses actions.

    Personne ne peut s’imaginer quel effroyable désordre a suivi l’effondrement militaire et politique de mai 40 ni celui de toutes les institutions publiques ou civiles, économiques et sociales.

    La défaite militaire a entraînée la plus gigantesque pagaille qu’a jamais connu un pays complètement déstructuré dans la moindre de ses institutions et qui s’est amplifiée pendant quelques semaines à cause des déplacements incessants des populations livrées à elle-même et devant assurer leur simple survie ou leur protection.

    Le P.C.F. n’a pas échappé au désordre le plus total qui affectait toute la nation.

    La direction est éparpillé hors du territoire. Les cadres du PCF de l’Ile de France ont lâché pour un temps tous leurs contacts et n’assument plus leurs responsabilités difficiles au sein d’un parti clandestin depuis octobre 1939. Tout simplement parce qu’ils se sont préoccupés de mettre leur famille à l’abri et aussi d’assurer leur sécurité face à une administration, inefficace pour le moment mais dont l’hostilité vis à vis des militants communistes n’est pas vaine.

    Tandis que jacques Duclos émet depuis la Belgique des communiqués fantaisistes sur le rôle de la direction dont il affirme qu’elle s’exerce depuis Paris, les cadres, livrés à eux-mêmes tentent seulement et chacun pour eux-mêmes, de renouer des contacts discrets, prenant même des initiatives d’action et d’organisation.

    Ce n’est que vers la mi-juin que Duclos parvient à rejoindre Paris
    C’est dans ces conditions particulièrement difficiles que le député d’Amiens, Jean Catelas, accepte de servir de contact avec l’ambassade allemande pour obtenir la reparution de l’Humanité à la demande de Maurice Tréand responsable des cadres du parti avec l’aval, semble-t-il, d’un Duclos dépassé par les conditions exécrables qui suivent la défaite.

    Ces contacts, très liminaires, ne donneront rien. Aucune suite n’est donnée à la démarche ni d’un côté ni de l’autre.
    Pourquoi, après guerre, a-t-on assumé des fables invraisemblables et qui ont desservi le P.C.F.&« 160 ; ?
    Le mystère est entier comme sont étranges les défaillances de mémoire des communistes.

    Depuis longtemps l’Orient n’est plus rouge.
    Aller de l’avant quand on ne va plus nul part, alors ne vaut-il pas de se retourner un peu pour mesurer le chemin parcouru et se rappeler de ce qui fut sans se mentir  ?

    • Autist Reading -
      Autist Reading - répond à egide
      In enculo cum vibro
      • Posté à 15h04 le 21/07/2011
      • Internaute 73535
        In enculo cum vibro

      « entre autres, la demande des dirigeants – désavouée très vite par la base et des cadres – de la reparution de L’Huma aux autorités nazis

      C’est une contrevérité historique totale. “

      ‘ Jean Catelas, accepte de servir de contact avec l’ambassade allemande pour obtenir la reparution de l’Humanité à la demande de Maurice Tréand responsable des cadres du parti avec l’aval, semble-t-il, d’un Duclos

      Je ne vois pas la contrevérité...

      • egide
        egide répond à Autist Reading -
        Littéral
        • Posté à 16h49 le 21/07/2011
        • Internaute 45067
          Littéral

        Maurice Tréand n’était pas dirigeant ni Jean Catelas. Certes ce sont des membres importants du parti communiste mais pas du cercle des dirigeants comme Jacques Duclos et Maurice Thorez.

        De plus ces deux responsables n’ont pas de mandat autre que pour l’un la direction de l’école des cadres et de leur formation politique, l’autre, un mandat électoral.

        Ils ne peuvent pas prendre de leur propre chef des initiatives à ce niveau et c’est bien les circonstances exceptionnelles et très troublées de cette période qui permet cette démarche étrange qui n’émane pas, je le maintiens, de la direction du P.C.F.
        Et qui n’est pas représentative de ce qu’était le parti communiste français à l’époque ni même d’une minorité. C’est pure initiative personnelle que la direction n’a pas barrée.

        Jean Catelas qui était hostile à la démarche, aurait rencontré Jacques Duclos qui a acquiescé, sans plus, à l’initiative de Maurice Tréand. mais il n’a rien demandé. Une approbation sur parole sans aucun document ni engagement ni explication.

        Juste laissé faire sans motiver sa position ni celle des autres dirigeants dont on peut se demander s’ils étaient au courant.

        C’est une anecdote pitoyable et ubuesque. Tragique aussi car Jean Catelas a été arrêté et assassiné quelques mois plus tard.

        Cependant, plus tard, en août 40, la direction désapprouve cette démarche tout en dédouanant Jacques Duclos de toute responsabilité.

        Maurice Tréand en a eu l’idée, lui et Jean Catelas font la démarche sans que Jacques Duclos n’y voit à objection.

        Duclos s’est-il même rendu compte de l’ineptie d’une telle initiative, a-t-il pensé un dixième de seconde aux conséquences politiques désastreuses d’une action si lamentable et sans espoir de succès  ?

        Assurément non, fidèle à son principe de tout réinterpréter en faveur de la vision d’une direction ubique et infaillible, il reprend tout, même les pires conneries, à moins de pourvoir les nier.

        Cette réalité là du PCF est bien plus gênante à assumer que les initiatives de pieds-nickelés dépassés par leurs sur-interprétations des évènements mondiaux.

         
        • Autist Reading -
          Autist Reading - répond à egide
          In enculo cum vibro
          • Posté à 18h04 le 21/07/2011
          • Internaute 73535
            In enculo cum vibro

          Tréaud était au comité central, tout de même.

          Et Duclos l’a pour le moins laissé faire.

          Après, ça ne représente pas la pensée de Thorez ni de l’IC, vu le télégramme du 17 juin 1940.

          Lien

          Et ça ne représente pas la pensée des militants français.

          M’enfin, c’est pas une anecdote.
          Ça montre que le PCF n’a pas été épargné par la confusion qui s’est emparé de toutes les organisations politiques face au nazisme et à la guerre.

          • egide
            egide répond à Autist Reading -
            Littéral
            • Posté à 19h12 le 21/07/2011
            • Internaute 45067
              Littéral

            Dans ce cas précis, il ne représente que lui-même.
            Et le comité central, ce n’est pas la direction.
            Quant à Jacques Duclos, il a tellement falsifié qu’on
            ne peut rien dire de lui.
            Je pense qu’il était en pleine confusion comme la
            plupart au moment du désastre de mai 40.

            • Autist Reading -
              Autist Reading - répond à egide
              In enculo cum vibro
              • Posté à 21h37 le 21/07/2011
              • Internaute 73535
                In enculo cum vibro

              Je ne connaissais pas bien le dossier, mais en menant l’enquête j’ai constaté que la fachosphère faisait circuler une version tronquée du télégramme du 17 juin 1940 signé Thorez et l’IC, laissant entendre que les négociations avec l’occupant avaient l’aval de Thorez et de l’IC.

              Merci de m’avoir forcé à creuser l’affaire...

            • polybe
              polybe répond à egide
              travailleur non tertiaire
              • Posté à 20h45 le 23/07/2011
              • Internaute 155848
                travailleur non tertiaire

              La confusion était bien entendu totale en juin 40 et vous avez raison de le souligner.
              Mais vous passez un peu sous silence le contexte spécifique préalable (septembre 39 à mai 40) et l’attitude du PC pendant la Drôle de Guerre. L’Huma (interdite en France) propageait des appels à la désobéissance militaire (refus de mourrir pour la City de Londres) et aurait été imprimée en Allemagne puis aurait transité via Bruxelles. Et le PC (clandestin) aurait multiplié les sabotages dans les usines d’armement. Tout ça aurait été « logiquement » passé sous silence à la Libération, eu égard au rôle primordial du PC dans le Résistance, à la volonté de ne pas créer de guerre civile (alors que le PC était puissant et armé) et à un légitime soucis de réconciliation nationale fondée sur une image valorisante pour tous acteurs (hormis collabos). Cette attitude pendant la Drôle de Guerre, planifiée et organisée, me semble être beaucoup plus criticable que les atermoiements ponctuels de dirigeants isolés (même si illustres et en position comme Duclos) au moment de l’affaire de la reparution de l’Huma.

              J’avais lu ça dans un livre déniché chez un antiquaire : « Les communistes français pendant la drôle de guerre » » écrit par Angelo Tasca (sous le pseudonyme d’A.Rossi). Cet auteur me paraissant avoir des comptes à règler avec le PC, je reste méfiant quant à ce livre mais le faits décrits (et illustrés par des extraits de brochures du PC) me semblent plus que troublants.
              Etant donné votre grande connaissance du sujet (du moins bien supérieure à la mienne), pourriez-vous me faire part de votre éclairage à ce sujet ?
              D’avance merci.

              • egide
                egide répond à polybe
                Littéral
                • Posté à 07h47 le 24/07/2011
                • Internaute 45067
                  Littéral

                Vous posez une question passionnante mais à laquelle il est très difficile de répondre.

                Néanmoins, rappelons sommairement le contexte. Le 26 septembre 1939 parait le décret de l’interdiction du Parti communiste.

                L’une des premières mesures de la guerre consiste à interdire l’un des partis politiques qui représente les ouvriers, c’est évidemment les syndicalistes qui sont visés et en particulier ceux de la C.G.T.

                Pour ce qui est de la désobéissance militaire, la position de la direction du P.C.F. est sans ambigüité&160 ; :

                « &160 ; Les communistes vont à l’armée en cas de mobilisation.  »

                Les députés communistes de l’Assemblée Nationale votent les crédits de guerre le 2 octobre 1939.

                Pourtant, les communistes sont partisan de la Paix. C’est sans doute cette ligne opiniâtre de présenter la guerre comme une guerre impérialiste qui verrait rapidement une issue de circonstance par une négociation afin que les belligérants s’accordent alors à se retourner contre l’URSS.

                Il ne faut pas oublier que l’invasion par l’URSS de l’est de la Pologne alors que les Allemands sont aux portes de Varsovie va entrainer une hémorragie de militants qui quittent le PCF écœurés par l’invasion d’un pays ami de la France.

                À priori aucun des n° clandestins de l’Humanité qui paraissent ponctuellement n’appellent ni à la désobéissance ni au sabotage.

                Mais on ne peut exclure que certains militants ont pu, de leur propre initiative, dans un parti mal préparé à la clandestinité, privé de ses cadres qui ont été mobilisés, complétement désorganisé et sans direction effective, imprimer et distribuer localement des tracts contre la guerre et appelant à empêcher l’effort de guerre impérialiste.

                Il faut comprendre aussi qu’une majorité de français sont pacifistes et que même parmi les centristes et les conservateurs, il y a de nombreux opposants à la guerre et il est probable que Daladier, en interdisant le PCF pour ses positions pacifistes n’ait voulu ainsi juguler le pacifisme ambiant.

                La répression du parti communiste sera immédiate et constante, et il y aura de nombreuses arrestations et mises en cause pour trahison et sabotage.

                Cependant ces accusations ne sont en général pas fondées sur des preuves patentes mais plutôt une manière d’écarter les plus récalcitrants aux sévères mesures imposés dans les régiments et les usines.
                Et les procès tournent presque tous aux décisions discrétionnaires de condamnation. Ces mises en cause servent à justifier une répression active et sans cesse accrue contre les communistes.

                C’est un des aspects ubuesques de la drôle de guerre de cette chasse aux opposants qui mobilisent d’importantes forces de police avec des moyens impressionnants.

                Pour résumer, le parti communiste pendant la drôle de guerre est une organisation affaiblie, à la ligne politique contradictoire, antifasciste, antinazie mais pacifiste, et qui peine à faire accepter le pacte germano-soviétique de l’été 1939. À cet égard, les polémiques sont vives au sein même du parti et une majorité de militants, y compris les cadres désapprouvent cette alliance contre nature.

                Quelques déclarations de l’époque illustreront mon très bref résumé  :
                Article d’Albert Bayet dans le journal La Lumière 22.12.1939
                La sale besogne des communazistes
                ... Les mêmes hommes qui vouaient au poteau quiconque signerait un pacte avec Hitler se sont mis à plat ventre quand Staline a signé le pacte germano-russe et collé l’Ordre de Lénine sur la poitrine de Ribbentrop.
                Et c’est alors qu’on commencé à pulluler ces tracts communazistes, dans lesquels les slogans de Gœbbels sont repris et dilués à l’intention des ouvrier de France ; ...

                Et le reste à l’avenant. Et même pire.

                Pour ce qui est des contradictions des communistes à la même période, ce florilège de déclarations :
                août 1939 Nous approuvons les mesures gouvernementales
                Si Hitler malgré tout déclarait la guerre, alors qu’il sache bien qu’il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang pour défendre la sécurité du pays ...

                septembre 1939 Résistance à l’agression
                Le groupe parlementaire communiste a proclamé unanimement, la résolution inébranlable de tous les communistes de se placer au premier rang de la résistance )à l’agression du fascisme hitlérien, pour la défense des libertés,de l’indépendance nationale, des principes de la démocratie et de la civilisation...

                octobre 1939 À bas la guerre impérialiste !
                Les forces de la réaction en France Daladier aussi bien que les chefs qui ont trahi le parti socialiste, expriment la même fureur devant la dénonciation que nous avons faite des buts impérialistes de la guerre imposée au peuple français.
                [...]
                Les communistes luttent de toutes leurs forces contre la guerre impérialiste.

                Cette dernière déclaration a été reproduite dans le n° 7 de l’Humanité clandestine paru dans le courant du dernier trimestre de l’année 1939.

                Une telle déclaration a servi et sert sans doute encore à justifier les critiques et les attaques les plus hallucinantes contre le P.C.F.

                Il est vrai qu’il a tendu les verges pour qu’on le batte.

                On peut penser que la signature impensable du pacte germano-russe et l’invasion de l’Est de la Pologne par l’’Armée Rouge en collaboration avec les nazies a totalement surpris les communistes et a découragé définitivement une majorité de militants et la plupart des adhérents qui ont rendu leur carte.

                Les déclarations contradictoires et ambivalentes des dirigeant et des élues du P.C.F. ont largement semées le trouble et justifiées, pour une part, la répression féroce qui a suivi l’interdiction du parti.

                Il y a encore beaucoup de travail et de recherche pour éclaircir cette période et pas seulement d’ailleurs que pour le P.C.F.

                • polybe
                  polybe répond à egide
                  travailleur non tertiaire
                  • Posté à 10h13 le 24/07/2011
                  • Internaute 155848
                    travailleur non tertiaire

                  Merci pour votre réponse très étayée.
                  Ma vision des choses diffère quelque peu. On distingue deux périodes :
                  - celle qui suit immédiatement le pacte gremano-soviétique (fin aout- septembre 39), qui prend totalement de court les dirigeants du PCF, lesquels peinent à obtenir des consignes de Moscou et sont tétanisés à l’idée de faire un faux-pas (à la rigueur, l’interdiction de l’Huma et de Ce soir les arrange, car cela leur permet de définir et afficher une position claire). Le vote des crédits militaires s’inscrit dans cette logique.
                  - la période suivante (et qui court jusqu’à la défaite), où le PC est repris en main par Moscou dans une logique purement de défense des intérêts géostratégiques soviétiques. Y compris pendant la guerre de Finlande. Et avec un pacifisme absolu qui dénonce la guerre impérialiste (ce qui renvoie dos à dos l’Allemagne et les démocraties). Entre fin septembre et mai, Moscou a repris la main sur le PC et lui donne des instructions claires. Il ne saurait être question d« initiatives isolées dans un parti aussi discipliné et structuré. Et les voix discordantes sont éliminées (démissions importantes, y compris au sommet). Vous expliquez l’attitude du PC par un pacifisme présenté comme quasi-inné. Alors que pour des militants qui sortent du feuilleton “guerre d’Espagne” et qui seront plus tard héroïques dans la lutte armée, ce pacifisme résulte de directives moscovites. Et Hitler est très optimiste sur la campagne de France car il sait cette dernière minée (sur le front et à l’arrière), et sait le rôle que joue en ce sens le PCF. Même en juin 40, les brochures du parti appelent à la fraternisation entre prolétaires français et soldats allemands.
                  Deux autres points :
                  - la “répression féroce” qui a suivi l’interdiction du PC doit être relativisée, surtout au vu d’autres répressions qui ont émaillé les années suivantes. Et cette répression est plus une conséquence qu’une cause (sans nier cependant l’anti-communisme hystérique de certains qui pouvaient règler de vieux comptes avec ce parti qu’ils haïssaient)
                  - le pacte germano-soviétique n’est pas un délire impensable, mais une stratégie recherchée de longue date par Moscou, qui avait peur dans le jeu à 3 (URSS, Allemagne, démocratie) de se retrouver seul contre les deux autres. Staline a exceptionnellement bien joué au niveau stratégique entre les années 20 et 1945 de façon à ne jamais être isolé. Tout ça n’est que la très brillante défense des intérêts soviétiques (c’est à dire russes). La théorie et la politique ne sont là que pour habiller les positions succéssives. Doriot gicle en 34 parce qu’il appelle au lendemain du 6 février à l’union avec les socialistes alors que la ligne reste “classe contre classe”. Il paie le fait d’avoir eu raison quelques mois trop tôt.
                  Tout s’est toujours décidé à Moscou. D’habitude, les choses sont toujours plus complexes qu’on ne croit. Dans le cas du PCF, c’est l’inverse. Et le choix des dirigeants du PCF s’est toujours fait sur le critère fondamental de la fidélité à moscou (d’où le choix début des années 30 de Thorez plutôt que Doriot, pour lequel Staline avait pourtant plus de considération)
                  Il n’y a qu’une chose à retenir. Sans l’attitude très intelligente mais cynique de Staline, l’issue aurait été autre. Que cela plaise ou non.
                  Je vous engage à lire le livre de Tasca que j’ai cité.
                  Très cordialement.

                  • egide
                    egide répond à polybe
                    Littéral
                    • Posté à 19h21 le 24/07/2011
                    • Internaute 45067
                      Littéral

                    le PC est repris en main par Moscou

                    Pendant la drôle de guerre, les relations entre la direction du PC et le komintern se font par radio.
                    La répression des militants depuis l’interdiction du PCF ne permet aucune reprise en main par qui que ce soit.
                    D’autant plus, qu’une majorité de la direction, Frachon et Duclos entre autres, sont à l’étranger et que Maurice Thorez s’est enfui.
                    Il n’y a pas de reprise en main par Moscou. C’est impossible de mener le PCF comme une organisation unanime et disciplinée. Ce qu’elle n’était pas à cette époque.

                    Comme vous le soulignez fort justement, la majorité des communistes sont pour la lutte contre le fascisme.

                    La position soudainement pacifiste du groupe parlementaire «  Ouvrier & Paysans  » qui comprenaient tous les parlementaires ex-communistes depuis l’interdiction du P.C.F. a bien été illustrée par une lettre de son président Florimond Bonte d’accepter d’examiner des propositions de paix dues à une initiative diplomatique des soviétiques.

                    Il s’agit là d’une tentative du PCF approuvée par sa direction à la suite d’une demande du Komintern de soutenir la proposition d’une cessation des hostilités dont on se demande encore quelle chance avait-elle de réussir.

                    Mais Daladier tient le moyen d’imposer la guerre et de faire taire les pacifistes de tous les bords en s’en prenant à un parti politique qui ne lui sert de rien et dont l’affaiblissement lui permettra d’imposer des mesures très restrictives du point de vue économique et sociale sans subir les obstacles d’une opposition structurée.

                    En ce sens, on ne peut pas relativiser la répression des communistes pendant la drôle de guerre.

                    Par exemple en mars 1940, Création d’une brigade de police spécialisée dans la répression anticommuniste au sein des R.G.

                    Mon approche de cette époque est sensiblement différente de la votre parce que je contextualise systématiquement et m’évite de juger à postériori.

                    Aujourd’hui, nous savons quelle tragédie s’est jouée dans l’Est de la Pologne annexée par l’URSS. Déportation massive de population dans des camps sibériens de près de 1.500.000 personnes en une seule année.

                    Et le crime contre l’humanité qu’a été le massacre systématique et ordonné par Staline de près de 40.000 polonais (25000 à Katyn) formant une partie de l’élite politique et social du pays.

                    Seulement cela, les militants du P.C.F. de l’époque ne le savaient pas.

                    Pour démontrer à quel point les divergences étaient nombreuses au sein des cadres du parti pendant la drôle de guerre, il suffit de consulter les différents appels et initiatives, contradictoires, émanant de responsables régionaux du parti.

                    D’autre part, après guerre, le P.C.F. s’est ingénié à brouiller les cartes en inventant une hagiographie du parti comme première force de la résistance dès juillet 40.
                    Cette propagande abandonnée à partir de 1981, a cependant forgée une part de la mémoire collective des militants et des sympathisants communistes.

                    Ces falsifications complaisantes et le mystère quant aux actions de la direction parisienne du P.C.F. non encore éclairci, a permis de mettre en doute l’attitude des militants du P.C.F. entre 1939 et 1941.

                    Je connais bien Angelo Tasca. Le livre auquel vous faites référence n’est pas un travail d’historien. C’est une attaque très bien construite contre la politique du PCF et plus généralement du Komintern pendant les années 30 et les années de guerre.

                    Je passe sur sa période vichyssoise que vous connaissez certainement, c’est un ardent propagandiste anticommuniste pendant la Guerre Froide.

                    Il a écrit d’excellents ouvrages sur le P.C.F. et notamment celui sur les communistes pendant la drôle de guerre mais qui ne reflète pas vraiment la réalité très variée des attitudes et des actions des communistes pendant cette période.

                    Surtout, il n’évoque pas l’intense répression anticommuniste dès l’été 1939 et qui explique bien des positions de la direction du P.C.F. à cette époque.

                    Enfin, pour être tout à fait clair, si De Gaulle et une petite poignée de patriotes conservateurs et réactionnaires optent sans ambigüité pour la résistance à l’occupation allemande et se rallie à la Grande-Bretagne, et, en quelque sorte, l’inventent, les communistes sont d’emblée considérés comme des ennemis et pourchassés, emprisonnés, condamnés.

                    Les plus déterminés d’entre eux sont devenus alors des résistants de fait dont parmi eux les communistes immigrés des différents pays d’Europe où les gouvernements les réprimaient déjà très durement.

                    je vais vous livrer mon sentiment. Du fait la répression du P.C.F., certains militants, dont la direction se retrouvent très tôt dans la clandestinité. D’ailleurs de très nombreux militants de base décrochent, provoquant une baisse très sensible des effectifs du parti.

                    Pour certains, ceux qui sont restés dans le parti, dès l’occupation allemande, le simple fait de participer aux activités du parti pendant cette période vaut brevet de résistance. Ainsi la direction parisienne du P.C.F. dont on ne sait presque rien de leurs activités pendant la guerre.

                    Dès le début du gouvernement de Vichy, le seul fait d’être repéré pour un militant communiste vaut le risque d’être fusillé comme otage, comme ceux de Chateaubriand en 1941, ou d’être déporté en Allemagne et de perdre la vie dans les camps ou bien d’être assassiné.

                    Ainsi, sans vraiment commettre le moindre acte contre les allemands ou le régime de Vichy, ses cadres et des simples militants ont vécu en s’activant clandestinement pendant toute l’occupation en prenant des risques réels.

                    On peut dire que la répression des communistes, comme ensuite le S.T.O. et l’occupation de la zone libre ont contribué à grossir les rangs des maquis et des réseaux, bref de renforcer la résistance, un tant soit peu.

                    • polybe
                      polybe répond à egide
                      travailleur non tertiaire
                      • Posté à 21h27 le 24/07/2011
                      • Internaute 155848
                        travailleur non tertiaire

                      Votre avis sur Angelo Tasca coïncide avec quelques réticences que j’avais sur le ton de son livre (réticences que j’avais moi-même mentionnées dès mon premier message). Au-delà de ses accointances avec Vichy (que je connaissais), je trouvais quand même son livre :
                      - très bien construit
                      - très bien documenté (avec copie de nombreux tracts assez éloquents)
                      - rédigé par quelqu’un qui a connu le communisme de l’intérieur (comme Souvarine, dont le basculement ultérieur dans l’anticommunisme n’est pas suffisant pour rendre nul son témoignage)
                      - et surtout très cohérent
                      Je reste néanmoins assez troublé par ce livre. En même temps, l’anticommunisme étant depuis devenu majoritaire y compris dans les sphères intellectuelles, je ne comprenais pas que la situation qu’il décrivait restait inconnue. Votre explication le décrivant comme un très habile procureur à charge est convaincante. Merci pour votre éclairage.
                      Pour le reste, il n’a jamais été question de connivence entre le PC et Vichy, on est bien d’accord. Le très momentané « mou dans la corde » des Allemands face au PC ont irrité énormément vichy, qui a toujours été impitoyable avec le PC (avant comme après la rupture du pacte germano-soviétique) ;
                      Quant au fait qu’une frange importante du PC ait tout de suite voulu résister, c’est très logique avec la particularité du PCF. Ce parti a toujours eu du mal avec le tropisme bolchévique, car dans son histoire, l’apport anarcho-syndicaliste a toujours survécu. L’histoire du PC depuis 1920 a oscillé entre des périodes fastes (lorsque l’alliance avec les socialistes ou l’adaptation à l’égalitarisme+libéralisme français) a correspondu aux intérêts géostratégiques de Moscou et les périodes d’immédiates vaches maigres lorsque Moscou exigeait la « fermeture » (période classe contre classe). En fait, la France a toujours eu une forte attirance pour le communisme, mais n’a jamais vraiment « adhéré » (trop incompatible avec notre tendance « anarchisante »). L’anthropologie explique ça très bien (cf E.Todd). Et on trouve déjà ce débat pendant la Commune de Paris.

        8 autres commentaires
  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 16h49 le 21/07/2011
    • Internaute 45067
      Littéral

    les nazeurs anonymes sont en action !
    Le silence de la désapprobation n’a d’égal que celui de l’absence d’argument.

    • Mouloud Akkouche
      Mouloud Akkouche répond à egide
      Ecrivain
      • Posté à 17h54 le 21/07/2011
      • Internaute 49213
        Ecrivain

      Bonsoir EgideLittéral,

      Merci pour toutes ces précieuses infos historiques sur cet événement que, je dois avouer, ne pas connaître avec autant de détails que vous.

      Comme quoi, les échanges - même parfois incisifs - dans les commentaires ont du bon.

      Bonne soirée,

      Mouloud

      • egide
        egide répond à Mouloud Akkouche
        Littéral
        • Posté à 19h08 le 21/07/2011
        • Internaute 45067
          Littéral

        Merci de vos encouragements.
        Vote article sur le possible arrêt
        de l’Humanité est particulièrement
        bienvenu.

    • Autist Reading -
      Autist Reading - répond à egide
      In enculo cum vibro
      • Posté à 18h07 le 21/07/2011
      • Internaute 73535
        In enculo cum vibro

      Ah ben çà !

      Quand on met le mot « communiste » dans son commentaire, on se fait nazer...

      • egide
        egide répond à Autist Reading -
        Littéral
        • Posté à 21h11 le 21/07/2011
        • Internaute 45067
          Littéral

        L’anticommunisme est le mal politique par excellence, une peste de l’esprit, une altération grave de la conscience morale au XXe siècle.

        Car contrairement à la propagande des conservateurs et des réactionnaires, il n’est pas anti-bolchevique mais juste haine de classe et et mépris du peuple.

        C’est aussi une des nombreuses excuses pour justifier le contrôle social et la surveillance policière des opposants, de tous les opposants à un gouvernement conservateur.

        Je fais parti de ceux qui ont souffert directement des actions du Komintern et du PCE. Rien ne me prédispose à la moindre faiblesse à l’égard du PCF et des thèses marxistes léninistes à aucune époque.

        Néanmoins, le PCF dès le congrès de Tours jusqu’à l’orée des années 60 a réellement représenté les populations les plus modestes, ouvriers de l’industrie, ouvriers agricoles et employés modestes des entreprises et du commerce.

        Il a pendant 4 décennies permis à de nombreux militants de se former aux responsabilités et d’accéder à une véritable formation culturelle.

        En France, les classes modestes et les populations les plus pauvres ne sont plus représentées politiquement, il n’y a plus d’organisation apte à former les plus motivés pour changer leur vie et faire profiter à ceux de leur milieu social de leur compétence de responsable et de gestionnaire.

        On peut critiquer très fermement les errements stratégiques du parti communiste français et les dérives corporatistes et nationalistes.

        On peut être consterné jusqu’à l’écœurement de la complaisance de ses dirigeants à l’égard des dictatures communistes de Russie et d’Europe Centrale.

        Il faut reconnaitre l’absolu courage politique du PCF pendant la guerre d’Algérie et la décolonisation.

        Néanmoins un observateur attentif de la politique française ne peut que constater le manque créé par l’implosion du parti communiste et qui laisse la part belle aux démagogues de tous bords.

        Le tiers de la population française est en déshérence de représentation politique.

         
        • Autist Reading -
          Autist Reading - répond à egide
          In enculo cum vibro
          • Posté à 21h12 le 21/07/2011
          • Internaute 73535
            In enculo cum vibro

          Quand je vous lis, je me dis qu’il serait temps que la diaspora espagnole reprenne en main le mouvement anarchiste...

          • egide
            egide répond à Autist Reading -
            Littéral
            • Posté à 21h16 le 21/07/2011
            • Internaute 45067
              Littéral

            Mais nous cherchons encore nos morts ...

            • Autist Reading -
              Autist Reading - répond à egide
              In enculo cum vibro
              • Posté à 21h51 le 21/07/2011
              • Internaute 73535
                In enculo cum vibro

              C’est important aussi.

              Mais vous êtes les seuls à faire la différence entre poum, trotskystes et pc.

              Les autres anars sont presque aussi incultes en communisme que les communistes ne le sont en anarchie...

              Comprenez mon impatience...

              • El Houlqo-
                El Houlqo- répond à Autist Reading -
                Gros con de droite
                • Posté à 21h58 le 21/07/2011
                • Internaute 164683
                  Gros con de droite

                Pourtant, la différence entre le poum et le pc, c’est gros comme la kalachnikov au milieu de la figure.

                • Autist Reading -
                  Autist Reading - répond à El Houlqo-
                  In enculo cum vibro
                  • Posté à 22h06 le 21/07/2011
                  • Internaute 73535
                    In enculo cum vibro

                  Ben quand on fréquente les milieux anars, on s’aperçoit que seuls ceux qui ont eu la kalachnikov du PCE sous le nez font des distinctions entre marxistes et marxistes.

                  Faut dire que la diaspora espagnole a été imperméable à la pénétration cléricale via la CFDT notamment.
                  Il y règne moins de confusion que dans le reste du mouvement anarchiste.

              • alangaja
                alangaja répond à Autist Reading -
                "Bank brother is watching you"
                • Posté à 19h24 le 22/07/2011
                • Internaute 93690
                  "Bank brother is watching you"

                « Les autres anars sont presque aussi incultes en communisme que les communistes ne le sont en anarchie... »
                je te trouve pessimiste concernant les anars...

        6 autres commentaires
  • El Houlqo-
    El Houlqo-
    Gros con de droite
    • Posté à 21h43 le 21/07/2011
    • Internaute 164683
      Gros con de droite

    Malheureusement, c’est nul l’huma. Je l’achète de temps à autres, ainsi que l’édition hebdo, et c’est totalement affligeant. Visiblement, les penseurs de gauche radicale qui tiennent la route n’y sont pas les bienvenus...

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