Le secret de famille de Jérôme : « On ne remue pas les vieilles histoires »

Une médaille militaire, un coussin, des couverts : le secret de famille de Jérôme (Dessins E. Brouze)
Le grand-père, un Suisse-italien au « sang chaud », était un ancien officier. Dans cette famille catholique tendance tradi, il incarnait le patriarche, une « figure masculine imposante » qui a fait toute sa carrière dans l’armée. « Un héros de guerre » qui a combattu trois fois, ajoute son petit-fils Jérôme : la deuxième guerre, l’Indochine et l’Algérie.
Jérôme, 29 ans, a toujours eu vent de la relation entre le grand-père et la bonne de la famille, « Zouzou ». Il avait aussi entendu parler de cet enfant, né de ces draps. A Noël dernier, le jeune homme en a eu la confirmation en questionnant son père pour me raconter le secret de polichinelle de sa famille.
« Ce n’était pas spécialement caché : tout le monde savait, mais ça s’arrêtait là. Cet enfant n’a pas été vécu comme un drame familial – sauf pour ma grand-mère peut-être, mais le scandale, très peu pour elle. Beaucoup de secrets de famille n’ont pas de conséquences dramatiques. »
« Petit malaise »
Jérôme se souvient tout de même que son oncle avait osé en blaguer à table, durant un repas de famille, entre un verre de rouge et le fromage. Rapidement, la boutade est tombée à plat comme le soufflé de l’entrée.
« Il y avait un petit malaise. Peut-être que les sujets graves ont besoin d’être exorcisés. »
A Noël, Jérôme a découvert le mot de la fin : l’enfant illégitime s’est suicidé dans les années 1990, peu après la mort du grand-père.
Jérôme n’avait jamais posé de questions avant. Il dit que ça ne l’intéressait pas vraiment : « Je respectais mon grand-père, c’était sa vie. » Le petit-fils ne voit pas non plus l’intérêt de parler d’un sujet « tabou » :
« Quand une famille fonctionne bien, on ne remue pas les vieilles histoires. »
- 12350 visites
- 17 réactions










Le désenchantement, c'est (...)
Le désenchantement, c'est (...)
Merci Émilie pour cette savoureuse ( et dramatique) tranche de vie familiale.
Comme chez Maupassant ou Claude Chabrol, on a tous des petits trucs à cacher, des détails qui ne feraient pas bien dans le tableau, même en arrière-plan.
Moi, j’aime bien, je suis friand de vos petites histoires de poussière planquée sous le tapis, comme chez tout le monde, ici un suicide, là une grand-mère à la jambe légère, là un cousin de la jaquette quand c’était pas encore à la mode, un tonton qui faisait du marché noir en laissant croire que c’était de la résistance, la vie de famille quoi (*) ...
(*) ... et les Riverains de répliquer que c’est pas chez eux qu’on verrait des trucs pareils.
Pas de « ça » chez nous, voyons !




Partager