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Le blog Nemasco invite à sortir du cadre de la chronique ciné : pas de promo, pas de critique de films, pas de célébration d'auteurs. Nemasco parle des films par le dehors, brasse des idées. Pas des idées justes... juste des idées.

Les « nerds », nouveaux beaux gosses du cinéma américain

Nicolas Mathieu
cinéphile intermittent
Publié le 18/10/2011 à 11h14

Cary Grant, Bruce Willis ou Brad Pitt, chaque époque élit ses icônes. Les années 2010 ne dérogent pas à la règle et accouchent d’un drôle de nouveau modèle, qui n’a plus rien à voir avec le « tough guy » (le gros dur) ni l’homme objet : le sexy nerd.


Jesse Eseinberg (Zombieland/Pariah Films)


Serge Daney (Itinéraire d’un ciné\-fils/Editions Montparnasse)

A la fin de sa vie, le critique de cinéma Serge Daney confiait à Régis Debray :

« Car c’est ça qui se passait dans les années 50. C’était Gabin, Fresnay, Fernandel, c’était eux qui nous étaient proposés comme des monstres d’humanité, de complexité, de Francité.

J’aurais quand même préféré m’identifier, comme n’importe quel enfant, à des gens séduisants. Les gens séduisants existaient. Ils s’appelaient Cary Grant, Gary Cooper, Henri Fonda. Ils étaient toujours Américains. […]

Aujourd’hui encore, si je vois “ La Mort aux trousses ”, je me dis que Cary Grant, ça reste un idéal du moi…. »

Comme avant lui la religion, la littérature, le sport, comme n’importe quel type de récit, le cinéma produit (ou représente) des modèles de conduite, des icônes, des canons de masculinité ou de féminité.

Or ces modèles évoluent. A chaque époque correspond une idée différente de ce que doit être un homme ou une femme. A chaque fois, nos critères se modifient, les exigences qui nous sont imposées s’infléchissent.

La beauté n’est pas qu’une affaire de goût

Néanmoins, il faut reconnaître qu’au-delà des circonstances, certains invariants demeurent. Ce genre d’affirmations heurte généralement nos mentalités relativistes. On aime croire que la beauté est une affaire de goût, et il est vrai qu’entre Bethsabée et Megan Fox, la ressemblance peut paraître mince.


Bethsabée et Megan Fox (Rembrandt/Wiki Commons)

Pourtant, en dépit de leurs dissemblances, ces deux idéaux-types ont des points communs qui transcendent les périodes, voire les cultures. La symétrie par exemple, chacun d’eux pouvant se prévaloir de deux yeux, de deux jambes et de deux bras.

Beaux gosses et femmes objets

Mais revenons à ce qui change, aux mutations que subissent les corps rêvés des beaux gosses et autres femmes objets.

Même les critiques les plus sévères ont toujours reconnu au moins un mérite à Roger Vadim, celui d’avoir découvert ce corps-là, énonçant ainsi le nouveau théorème régissant les mathématiques de la beauté et de la jeunesse pour son temps.


Brigitte Bardot (Et dieu créa la femme/Cocinor,IENA,UCIL)

Auparavant, les jolies femmes avaient plutôt ce genre d’allure :


Danielle Darieux et Michèle Morgan (Wiki Commons)

Mais de même que le CD n’a pas signé la mort du vinyl, l’avènement d’un type n’anéantit pas le précédent. Il le supplante dans l’imaginaire. Ainsi, la floraison de beautés du type Brigitte Bardot, Sophia Loren ou Claudia Cardinale, naturelles et sensuelles, n’a pas empêché l’éclosion d’autres natures également séduisantes, comme Romy Schneider ou Annie Girardot.

Simplement, ces dernières auront sans doute été moins emblématiques, on les aura moins vues punaisées dans la chambre des jeunes garçons des sixties.

Pour les hommes, c’est la même chose. En 1945, Jean Marais tournait « La Belle et la Bête » et incarnait encore un idéal de jeunesse pour les Français.


Jean Marais (Van Vechten)

D’autres modèles allaient lui succéder dans les années 50 et 60.


Alain Delon et Jean-Paul Belmondo (Plein soleil/Les Acacias et A bout de souffle/Carlotta Films)

Lesquels seraient supplantés à leur tour par une nouvelle image de la jeunesse masculine française, plus transgressive et plus en accord avec l’humeur d’après 68.

Bande annonce des « Valseuses », de Bertrand Blier, sorti en 1974

CAPAC, SN Prodis, UPF

Il était une fois les mecs en Amérique

Aux Etats-Unis, le constat est plus frappant encore. On peut d’ailleurs s’amuser à dresser une typologie des physiques emblématiques, même si les carrières des acteurs concernés chevauchent presque toujours les périodes distinguées et que le passage d’un modèle à l’autre s’opère davantage par glissement que par mutation spontanée.

Dans les années quarante et cinquante, les grands types dégingandés et cools l’emportent, façon Cary Grant, James Stewart, Bob Mitchum. Avec un accessit pour le « strong silent type » (le « costaud silencieux »), genre Bogart et Gary Cooper.


James Stewart, Cary Grant, Robert Mitchum (The shop around the corner/MGM, La main au collet/Paramount Pictures, La griffe du passé/RKO)

Dans les années 50 et 60, ces corps-là occupent le devant de la scène :


Marlon Brando, Robert Redford et Paul Newman (Un tramway nommé Désir/Warner BRos., Les trois jours du condor/Paramount Pictures, Luke la main froide/Warner Bros.)

Des beaux gosses, virils certes, mais déjà plus complexes, plus ambigus. L’Actor Studio est passé par là.

Le Nouvel Hollywood change encore une fois la donne.


Al Pacino, Robert de Niro, Dustin Hoffman (Serpico/Paramount Pictures, Taxi Driver/Columbia Pictures, Le récidiviste/Warner Bros.)

La contre-culture a marqué les esprits. Les visages sont moins lisses, ils sentent la rue, le quidam. Il n’est même plus nécessaire de se raser.

Par la suite, les costauds vont faire la loi au box-office.


Bruce Willis, Sylvester Stallone, Arnold Schwartzenegger (Piège de cristal/Twentieth Century Fox ,Rocky III/MGM ,Conan le barbare/Universal Pictures)

Voilà les années Reagan, le libéralisme a le vent en poupe, on fait de la gonflette et on flingue des soviets. On aime bien jouer torse nu aussi.

Qu’on mesure le chemin parcouru :


James Stewart, Sylvester Stallone (The shop around the corner/MGM, Rambo II/Carolco Pictures)

Les nouveaux tombeurs

On pourrait décliner à l’envi. Mais l’événement intéressant, c’est l’arrivée de ces gugusses-là :


Michael Cera, Tobey Maguire, Jesse Eisenberg (Juno/Mandate Pictures, Spiderman/Comlumbia Pictures, Zombieland/Pariah Films)

Petits enfants de Woody Allen, de Richard Dreyfuss et de Jean-Pierre Léaud, cérébraux et mignons, ces types sont les nouveaux corps du cinéma américain, qui font vendre des tickets et plaisent aux spectatrices.

On ne les avait pas vus avant, en tout cas, pas comme ça. Autrefois, il fallait choisir entre lire des livres ou tomber les filles, écouter de la musique triste ou tuer des terroristes, être un vrai mec ou assumer sa part de féminité. La décennie 2010 ouvre ses portes sur l’ambivalence.

Le charme se fonde maintenant sur un rien de douceur, voire même de vulnérabilité. Etre intello n’est plus une faute rédhibitoire. Les visages sont moins durs, moins bien dessinés, presque hésitants, menton fuyant ou yeux de chien battu, teint couleur de fromage blanc. A croire que Screech et Kelly ont fini par faire des petits.


Tiffani Amber Thiessen, Dustin Diamond (Sauvé par le gong/NBC Productions)

On dit souvent que le métissage donne de beaux enfants. Cette brochette-là fait mieux. Elle dépasse le mélange, elle constitue une synthèse.

A cheval sur les mondes hier hétérogènes de la séduction et de la réflexion, ces jeunes comédiens puisent aux sources de la modernité européenne (Jean-Pierre Léaud, Jean-Paul Belmondo, David Hemmings) passent par la case Nerd, y empruntant dégaine embarrassée, port du t-shirt un peu lâche et référence constante à la subculture populaire, osent l’action, l’héroïsme Comics (« Zombieland », « Spider-Man », « Scott Pilgrim », etc.) et tout ça avec des corps qui évoquent davantage des marathoniens en bout de course que des sprinters sous stéroïdes.

Ils réussissent à plaire aux filles comme aux garçons, incarnant simultanément le mec tentant et le bon pote inoffensif. Ils bégaient, ils rougissent, ils emballent. Postmodernes par essence, ils mixent des apports jusqu’ici restés étrangers les uns aux autres.

Adulescents, timides et audacieux, romantiques et sexués, XXY plutôt que mâles Alpha, il ne leur manque qu’un trait pour être parfaitement universaux et syncrétiques : l’hybridation ethnique. Car pour l’instant, ces blancs becs restent désespérément blancs.


Shia LaBeouf (Transformers/Paramount Pictures)

J’ignore si des jeunes filles accrochent aujourd’hui au-dessus de leur lit des posters représentant ces adonis « updated », dernière version en date d’une certaine image de l’homme en Occident, mixte et cool, freak et populaire, ces sexy « nerds » qui, dans les années 50, auraient certainement dû se cantonner aux rôles de faire-valoir. Je l’ignore et j’aimerais bien le savoir.

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  • Fantomiald
    Fantomiald
    Entrepreneur
    • Posté à 12h50 le 18/10/2011
    • Internaute 81539
      Entrepreneur

    Bon. Il faut l’avouer, le geeks d’aujourd’hui étaient les ados des années 90. Ils ont juste la trentaine en 2011 et brillent dans la nouvelle sphère techno-internet qui a entraîné M. tout-le-monde malgré lui. Forcément, ils ont quelque chose de sexy face aux autres canons de beauté qui commencent à se faire vieux.

  • Mozra
    • Posté à 13h24 le 18/10/2011
    • Internaute 46006

    Pour continuer à les faire mentir je rajouterais aussi Kunal Nayyar (Raj dans the Big Bang Theory) qui à plutôt la cote auprès de la gente féminine.

  • Jack Sullivan
    Jack Sullivan
    en boule
    • Posté à 13h56 le 18/10/2011
    • Internaute 42204
      en boule

    J’ai l’impression que la figure du nerd est à la période actuelle ce qu’était le bad boy précédemment, en tout cas il me semble qu’il sert une fonction similaire dans les films : permettre aux femmes de se donner le beau rôle (en facteur de socialisation pour le nerd, en ange rédempteur pour le mauvais garçon). Sauf que le nerd n’est pas, contrairement au bad boy, porteur d’une menace, avec lui c’est forcément gagnant-gagnant : la fille le décoince et il en garde une reconnaissance éternelle (tout en donnant par vases communiquant une crédibilité intello à la donzelle qui n’en a forcément aucune... faut bien se garder de croire qu’Hollywood a viré féministe), alors que celle qui croit pouvoir sauver le bad boy se fait immanquablement plumer au passage.
    Le nerd c’est en fait la promotion de valeurs maternantes chez les filles, qui sont censées s’attendrir d’autant plus que le prétendant a les probabilités contre lui (mal foutu, pas populaire et fringué à la Deschiens...pas menaçant, on vous dit). C’est une autre façon pour Hollywood de gommer la sexualité à l’écran, puisque c’est bien connu, une fille-maman et un garçon-ado pas fini, ça ne peut pas faire du sexe.

  • Lendroitvautlenvers
    • Posté à 16h07 le 18/10/2011
    • Internaute 149146
      lucide

    Il en aurait été tout autrement si au lieu de chercher l’affirmative en utilisant
    Bethsabée de Rembrandt vous auriez utilisé par exemple Willem Drost.

  • Samuel Vimaire
    Samuel Vimaire
    Ancien pauvre
    • Posté à 16h38 le 18/10/2011
    • Internaute 140339
      Ancien pauvre

    De toutes façons, les geeks domineront le monde, mais pas demain, demain, il y a lan-party !

  • algiedi
    algiedi répond à Herostrate
    Cuistre
    • Posté à 19h51 le 18/10/2011
    • Internaute 89961
      Cuistre

    « le geek malgre tous ses defaut a une facheuse tendance a “ reflechir ” et “ se prendre la tete ”, valeur tres peu bankable vis a vis d’une ecrasante majorite de la gent feminine »

    C’est vrai qu’avec ce genre de discours, on se demande bien pourquoi ils ont pas de succès avec ladite gent féminine.

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 06h11 le 19/10/2011
    • 49273
      Petit agité

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