Yémen-Syrie : tournants pour deux révoltes arabes le jour du printemps
Fin de partie au Yémen pour Ali Abdallah Saleh ? Début du défi pour la révolution syrienne ? Espoir et angoisse se partagent les esprits dans les deux pays exposés à des lendemains périlleux. Pendant ce temps, le malaise arabe grandit face à la guerre devenue internationale en Libye à cause de Kadhafi.
Deraa rime bien avec Sanaa. Dans la ville du Sud de la Syrie depuis quelques jours comme dans la capitale yéménite depuis plusieurs semaines, les manifestants qui se sont emparés des rues ont subi une répression sanglante.
A Sanaa il aura fallu un massacre vendredi 18 mars où l’armée a tué 52 personnes dans la seule journée pour que le sacrifice des révolutionnaires commence à payer. Le régime du Président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, ne devrait pas résister longtemps après la défection ces deux derniers jours de plusieurs hauts responsables militaires et politiques.
Parmi eux, le Général Ali Mohsen Al-Ahmar, demi-frère du président Saleh et commandant de la région Nord a annoncé, la voix prise par l’émotion, qu’il se rangeait du côté de la protestation en même temps que nombre d’autres officiers.
En Syrie, le mur le plus élevé de la peur arabe est tombé !
A Deraa, « On ne peut humilier le peuple syrien ! ! » criaient les manifestants au quatrième jour de la révolte partie de la capitale du Hauran, riche région agricole du Sud du pays. La ville est désormais surnommée la Sidibouzid syrienne en référence au berceau de la révolution tunisienne.
Les premiers « martyrs » de la révolution syrienne sont tombés à Deraa. Les obsèques du cinquième d’entre eux, le jour du printemps et de la fête des mères dans le monde arabe ont déclenché de nouvelles manifestations d’appel à la liberté dans la ville, mais aussi dans d’autres provinces syriennes.
Pour mesurer le courage des révoltés syriens il faut savoir de quoi les services de renseignements et de sécurité syriens sont capables et coupables. Répression, infiltration, provocation, arrestations, chantage et vengeance contre les familles des opposants... ils tiennent une population terrorisée depuis des décennies.
L’irrésistible contagion révolutionnaire...
« Ils ne veulent pas croire à la jeunesse syrienne, à la Syrie de la liberté ! » écrivent les protestataires sur leur page Facebook face aux autorités qui les ont accusés tour à tour d’être des agents du Mossad israélien, des infiltrés américains ou des Frères musulmans. « Le peuple syrien est sorti de ses gonds. Il n’a plus peur des services de répression ni même de la mort puisqu’il n’était plus vivant ! » dit un Tweet.
Enthousiasmés par les révolutions arabes voisines, les Syriens se préparaient depuis un moment à livrer la leur. Ils diffusent aujourd’hui sur les réseaux les « conseils de nos frères tunisiens égyptiens pour faire face aux gaz lacrymogènes »
Et les peurs du spectre libyen et des guerres tribales
Au Yémen, la chute probable du régime réveille des risques immenses de sécession du Sud qui a été un moment pas lointain un Etat reconnu, de rébellion au Nord mais surtout de champs libre pour Al-Qaeda, bien implantée dans le pays.
Moins lancinants en Syrie, les dangers de confrontation intérieure peuvent être néanmoins actionnés par un régime menacé. Le mouvement de protestation en est bien conscient dans les appels qu’ils lancent à faire taire les différences politiques, religieuses et sociales pour réclamer la liberté.
Le repoussoir libyen est dans les esprits des révolutions arabes en devenir, mais dans le même temps quel régime oserait suivre l’exemple de Kadhafi ?
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Journaliste
Journaliste
Article intéressant, mais j’aimerais y apporter quelques précisions si vous me le permettez :
- bien que cela soit une rumeur très répandue, Ali Mohsen Al-Ahmar n’est pas le demi-frère du président... Ils sont reliés d’une façon indirect (bien que natifs du même village « Al Ahmar »
(nombreuses sources se contredisent sur la question, mais je suis quasiment sur de moi)
- concernant les risques et peurs après la chute du président Saleh : sécession et mouvement Houthi sont à écarter. Leurs principales demandes sont socio-économiques et une reconnaissance de leur statut... Si Saleh part, et qu’un réel changement arrive, les revendications secessionistes n’auront plus de raison d’être !
- quant à la menace Al-Qaeda, il faut également être conscient que Saleh a souvent utilisé cette carte dans son propre intérêt, et on a prouvé à plusieurs reprises qu’il a utilisé les extrémistes contre ses opposants dans le Sud ou le Nord, donc son départ pourrait aussi améliorer les choses.
La réelle crainte partagée par plusieurs manifestants et autres, et celle d’une prise de pouvoir par Ali Mohsen justement, réputé être proche de l’Islah et de l’Arabie Saoudite... Soutenu par l’armée et les islamistes, ce criminel du régime pourrait prendre la suite, et cela inquiète beaucoup les manifestants qui refusent la possibilité d’une autre dictature militaire.
Mais beaucoup sont conscient de cet état de faits, et j’ai espoir qu’ils ne faibliront pas sur leurs positions et le respect de leurs droits.
Cordialement ! :)




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