Neo Arabia

Un regard attentif et attentionné sur le réveil du monde arabe, celui d'une journaliste qui l'espérait depuis longtemps ! Dynamiques et paniques du Golfe à l'Atlantique, ou comment la génération "Liberté dignité" a changé l'histoire des humiliations arabes

La véritable révolution des Egyptiens

Hala Kodmani
Journaliste
Publié le 08/12/2011 à 19h23

« Tout ça pour ça ? ». L’interrogation est légitime après le triomphe des islamistes aux élections dans le premier tiers des circonscriptions égyptiennes.

Ce résultat, très attendu, n’afflige pas autant qu’on pourrait le croire les Egyptiens, même les plus opposés au courant victorieux. Embarqués dans « la révolution continue », comme s’appelle l’une des coalitions candidates, les démocrates sont prêts à poursuivre longtemps leurs actions et revendications devenues façon de vivre d’un peuple résolument sorti de décennies de léthargie.

« S’ils ne réussissent pas… ils devront cèder la place »

« Plus personne ne peut nous prendre pour un troupeau de moutons ! Nous avons appris à bouger et nous connaissons maintenant notre force et le chemin de Tahrir ».

La jeune étudiante souriante, tête couverte d’une écharpe turquoise et rose, s’exprime ainsi quelques jours avant d’aller voter pour les Frères musulmans et leur parti de la Justice et de la Liberté.

« Ils sont les plus à l’écoute de la population aujourd’hui et sont les plus à même de résister aux militaires qui veulent confisquer notre révolution pour réinstaller une domination, y compris économique du pays. Et s’ils ne réussissent pas… ils auront eu leur tour et devront céder la place. »

Au-delà des irréductibles de la Place Tahrir au Caire auxquels se sont ajoutés depuis quelques jours des manifestants qui campent devant le siège du gouvernement pour demander le départ du pouvoir militaire, l’esprit de contestation a transformé les Egyptiens, jadis si dociles et fatalistes.

Plus frappant encore, pour qui a connu la nonchalance et la lenteur d’un peuple qui semblait mesurer le temps à l’éternité, c’est la nouvelle énergie sensible chez tous.

« Les gens ces jours-ci ont envie de travailler… de produire et veulent un gouvernement qui sache profiter de cette volonté qui anime chaque Egyptien, » confirme sur sa page Facebook, l’écrivain Khaled Khamissi, auteur de l’exquis « Taxi ».

La mobilisation attitude se répand

De l’employé de bureau qui participe le soir à des réunions politiques au lieu de suivre le feuilleton à la télé à la jeune bourgeoise qui préfère aller sensibiliser les femmes des quartiers populaires aux enjeux des élections en sacrifiant son rendez-vous chez le coiffeur, la mobilisation attitude se répand.

« Je ne dors plus que cinq à six heures par nuit, alors qu’avant je faisais la sieste tous les jours, » raconte Mahmoud, réparateur d’appareils électroménager, qui participe à un rassemblement contre les tribunaux militaires comme il s’en tient tous les jours dans un quartier différent du Caire.

Salarié le matin dans une petite entreprise, il déjeune d’un sandwich et se rend l’après-midi chez les gens pour faire du dépannage à son compte. La plupart de ses soirées sont prises par des rendez-vous militants.

« Je ne sens même pas la fatigue tant je suis occupé, alors qu’avant la révolution, je tenais à peine le coup après ma matinée de travail. »

Mahmoud se sait privilégié d’avoir tant de travail en ces périodes difficiles où le chômage gagne et l’activité économique est ralentie.

« Mes amis moins chanceux ont du mal à s’en sortir mais ils se dépensent dans des activités politiques et sociales. Il y a tant à faire pour le pays … ».

C’est là la véritable révolution chez les Egyptiens.

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  • informateur-
    • Posté à 23h05 le 08/12/2011
    • Internaute 147312

    vous vous chiraquisez : « la démocratie c’est avoir a manger et du travail “

  • scripta manent
    scripta manent
    anarchogaulliste social
    • Posté à 01h13 le 09/12/2011
    • 175612
      anarchogaulliste social

    de toute facons le tsunami salafiste couvait deja depuis longtemps en egypte les tchadors regnaient depuis longtemps dans les facs en comparaison avec les annees 70 quelle regression fallait il faire tout ce bidule pour en arriver la les egyptiens eclairés ne se laisseront pas faire bhl sera t il la pour les aider ?

  • LienRag
    • Posté à 15h26 le 09/12/2011
    • Internaute 34767

    Ce dynamisme est une vraie force, effectivement, mais les voies de son épuisement existent tout autant...

  • Pivar
    Pivar
    Pyropygiste
    • Posté à 16h15 le 09/12/2011
    • Internaute 160918
      Pyropygiste

    Alors résumons :

    Printemps : souffle de démocratie en Egypte, le peuple souhaite la liberté, l’égalité, etc. On conspue les rabat-joie qui pointent le danger islamiste.

    Hiver : les islamistes gagnent partout, les peuples votent en masse pour des religieux, mais on s’extasie encore : certes, le peuple choisit l’obscurantisme, mais il est tellement mobilisé pour ça que ça vaut bien une p’tite larme émue pour ce bel élan.

    Rappelons-nous Khomeiny, le « Gandhi vert » selon Le Monde, on s’était extasié aussi sur ce guide de la révolution...

    • Rose.Arno
      Rose.Arno répond à Pivar
      Enseignante
      • Posté à 01h40 le 10/12/2011
      • Expert 136988
        Enseignante

      Il semblerait que le mot révolution agisse encore comme une clochette de Pavlov aux oreilles de certains, comme en 1979 pour l’Iran, comme en 1976 pour le Cambodge.
      Sont ce les mêmes, ou la cécité politique est elle une maladie congénitale qui traverse les générations ....

  • kulthum
    kulthum
    lectrice
    • Posté à 07h02 le 10/12/2011
    • 176373
      lectrice

    Article très intéressant.

    Quant aux commentaires, ils sont comme d’habitude cyniques, poussifs, fatigués - comme la culture française d’aujourd’hui, quoi.

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 10h33 le 10/12/2011
    • 49273
      Petit agité

    Comme en Tunisie, la révolution commence avec une jeune bourgeoisie urbaine désireuse de plus de liberté politique et les observateurs béats se rassurent que les islamistes soient hors du coup. Seulement quand les classes populaires, plus ou moins absentes de la révolution, se rendent aux urnes, mécaniquement se sont bel et bien les islamistes qui raflent la mise...Et la jeune bourgeoisie urbaine qui vient de se tirer une belle balle dans le pied se retrouve cocue comme pas deux.

    C’est là la véritable révolution chez les Égyptiens, et les Tunisiens.

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