No wine is innocent

La France exporte l'équivalent de 70 Rafale par an en pinard ! Si ça ne cache pas une ou deux bonnes histoires... Ici, je parle donc du vin dans la bouteille, mais surtout de ce qui se trame autour d'elle.

Les critiques de vin sont-ils alcooliques ?

Antonin Iommi-Amunategui
Blogueur, auteur
Publié le 07/07/2012 à 14h30



Un verre de vin rouge (James Williams/Flickr/CC)

Faire confiance à un flambeur pour apprendre à jouer au poker ? C’est peut-être ce à quoi on s’expose lorsqu’on suit aveuglément les prescriptions des critiques de vin professionnels : nombre d’entre eux étant probablement alcooliques à différents degrés (sinon au dernier). Du coup, faut-il vraiment leur faire confiance, suivre leurs conseils peut-être parfois plus avinés qu’avisés ?

Crache-test


« Vindiana Jones » (AIA/Vindicateur)

Bien sûr, les critiques crachent. Comme ils dégustent beaucoup – des dizaines, des centaines de vins, sur une base quasi-quotidienne – ils doivent naturellement recracher l’essentiel de ce qu’ils goûtent.

Mais ce sont aussi de grands consommateurs de vin ; d’autant que pour eux, les occasions d’en boire sont innombrables, sans cesse renouvelées, souvent attrayantes. Ainsi, évoquant un célèbre critique français, un vigneron commente, lapidaire :

« Il a pas une tête à sucer de la glace. »

Avant d’en citer un second, sur le même registre. Et une journaliste frayant dans ce milieu d’ajouter :

« Il y en a quand même qui sont bien rougeauds. »

Oui, fatalement, les critiques (de vin) boivent souvent trop (de vin). De sorte que la question mérite d’être posée : peut-on être un bon prescripteur si on est soi-même plus ou moins accro à l’objet de nos prescriptions ? Et comment un critique accro pourrait-il être crédible ?

« Je reste plusieurs jours sans boire une goutte »


Pierre Guigui, dos au mur (AIA/Rue89)

Littéralement dos au mur (mais tout sourire) Pierre Guigui, le rédac’ chef vin du magazine Gault & Millau, réfute en bloc :

« Il n’y a pas de gens qui picolent à fond [chez les critiques]. Ce n’est pas vrai. Franchement, je ne vois pas d’alcoolos.

Il y a eu une période où Michel [Bettane, co-auteur du guide Bettane & Desseauve – ndlr] buvait un peu à table. Bettane, il fait honneur à la table. Karine Valentin [Cuisine et Vins de France] est une bonne vivante. Burtschy [Le Figaro] plutôt, lui aussi.

Alors si ou X ou Y aime la bouteille ? Tant mieux. Parce que beaucoup de dégustateurs pros ne sont pas assez bons vivants ! Ils sont déçus de ce qu’on leur sert. Ce n’est pas assez bon. C’est trop ceci, trop cela. En fait, certains n’aiment pas assez le vin pour le boire de façon décontractée. Il faut séparer le boulot et le plaisir du vin. Pour moi, faire un commentaire sur un vin à table, c’est un outrage... Là, il faut arrêter d’en parler et le boire !

Après, c’est vrai, il y a une proximité entre le vin et le dégustateur. Il ne faut pas tomber dans le truc où on ingurgite du vin tout le temps. Instaurer une distance avec le produit... Moi je reste plusieurs jours sans boire une goutte. »

Lost in prescription

Alors, alcoolo ou pas alcoolo, le critique ? Une question pareille, avec ses trois tiroirs de provocation, ses quatre tiroirs de nuances nécessaires, ne peut avoir de réponse toute faite.

Néanmoins, la critique (du grec kritikē, discerner) implique un minimum d’objectivité, de recul : on est en effet censé pouvoir prendre ses distances avec l’objet de notre critique, afin de faire preuve de discernement, précisément. Et si cet objet, en l’occurrence le vin, nous trouble les sens ou l’esprit, a priori, il y a à l’évidence une faille.

Aussi, sans aller jusqu’à jeter toute prescription professionnelle à la baille, on peut considérer que celle-ci est insuffisante. Que les 15/20 ou les 90/100 accordés en rafales sont flous, tremblés. Et qu’il faut s’efforcer de confronter, de comparer les prescriptions ; y compris avec celles d’amateurs, moins portés sur la bouteille (ils ont en général moins d’occasions, les bougres).

Toute critique de vin, en somme, est bancale. Aucune prescription, quelle qu’en soit la source, ne doit être considérée avec trop d’égards – il ne faut pas respecter la critique.

« Il n’y a que les blogueurs qui sont rigolos »

Mais, pas de jaloux, les blogueurs boivent sûrement trop, eux aussi. Un caviste commente :

« Les critiques se prennent trop au sérieux. Ils ne picolent pas pour rigoler... Il n’y a que les blogueurs qui sont rigolos. »

Autrement dit, qui picolent !

Pire, les plus mauvaises langues assurent, depuis belle lurette, que certains lobbyistes anti-alcool seraient eux-mêmes alcooliques (l’amour vache, en quelque sorte). On n’est pas sorti de l’auberge.

  • 15245 visites
  • 14 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 14h54 le 07/07/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Les critiques de vin sont-ils alcooliques ?  »

    Amusant comme titre,
    ...parce que les alcooliques sont souvent critiques de vins (piquette oblige).

  • Majesté
    Majesté
    ex-spermatozoïde
    • Posté à 15h43 le 07/07/2012
    • Internaute 77564
      ex-spermatozoïde

    Je n’ai jamais compris cette nécessité d’être dans l’analyse, dans la critique, dans le « cerveau gauche » pour tout et pour rien, en particulier pour ce qui touche aux plaisirs des sens.

    Si j’étais au sommet d’une montagne, devant un paysage somptueux, dans un silence enivrant, et que quelqu’un à côté de moi se mettait à parler sans arrêt pour me vanter la beauté du paysage, paysage qui trouve son harmonie dans l’équilibre des couleurs, en particulier des couleurs complémentaires, et dans la succession des courbes et des petits vallons, et la profondeur du silence, de ce silence tellement nécessaire au cheminement serein vers une introspection vivifiante, descente en son « moi » intérieur permettant d’échapper au stress du quotidien trop bruyant, cette personne recevrait sans tarder mon poing entre ses pommettes, poing destiné à lui apprendre les vertus du silence et de l’introspection.

    Je ne connais rien de plus énervant que ces ignorants qui suivent des cours d’oenologie pour être « in » et qui, au moindre barbecue, se mettent à claquer de la langue et à aspirer de l’air à travers leur bouche en cul de poule pour, au final, faire profiter l’assemblée de leur légère frustration devant le nectar un rien trop frais, un poil trop jeune, vaguement trop tannique, mais présentant néanmoins une jolie rondeur, un final éclatant, avec des touches de cuir chaud, de pierre à fusil, de fruits des bois, et une légère note compotée.

    Un vin, il me plaît (presque toujours) ou pas (presque jamais). Je ne sais pas pourquoi, et je m’en tape, du moment qu’il me procure un moment agréable.

    Après tout, quand une fille me plaît, je ne me mets pas à analyser son rapport taille/masse volumique, l’espacement de ses yeux, la densité de sa chevelure, le degré d’inclinaison de sa nuque ou la superficie de ses pavillons auriculaires.

    Faut respirer, fermer les yeux, se détendre et simplement profiter du moment.

    • Noari99
      Noari99 répond à Majesté
      Objet du scandale
      • Posté à 09h15 le 09/07/2012
      • Internaute 99151
        Objet du scandale

      Pourquoi pas, mais comment je fais alors lorsque je vais acheter une bouteille de vin pour savoir quoi acheter si je n’ai pas une description du vin (faites par un critique ou le caviste) ? Je prends au hasard au risque de tomber sur un vin qui ne me plaît ?
      Personnellement ça ne me dérange pas mais pour beaucoup, les occasions de boire du vin sont trop rares pour prendre ce risque. Ca permet également de se diriger plus facilement vers kes vins que l’on aime.

      • Majesté
        Majesté répond à Noari99
        ex-spermatozoïde
        • Posté à 13h07 le 11/07/2012
        • Internaute 77564
          ex-spermatozoïde

        Disons que je suis personnellement adepte de la surprise, du hasard qui fait souvent bien les choses, parfois très bien, parfois mal. Mais les erreurs font aussi partie des petits plaisirs de l’existence, non ?

        Bien sûr, je n’ai rien contre le fait que des cavistes professionnels prodiguent des conseils à ceux que ça intéresse, ou que des sommeliers aident ceux qui le souhaitent à choisir un vin adapté à leur plat. A chacun sa manière de fonctionner, et c’est respectable.

        Ce que je critiquais, c’est l’effet de mode actuel, le fait que chacun se sente obligé de s’intéresser à l’oenologie, parce que c’est la tendance. Tendance relayée par les nombreuses émissions culinaires à la télé. On en arrive à une forme de pression sociale qu’à la longue je trouve insupportable. On en viendrait presque à être géné de ne pas faire tourner le vin dans sa bouche pour un oui ou pour un non, en débitant la litanie des arômes et textures d’un air inspiré.

        C’est cette attitude conformiste qui finit par me gonfler. Tout comme la mode de la cuisine, où chacun se sent obligé d’être ultra-performant et hyper-créatif, alors que la cuisine, pour moi, c’est avant tout plaisir et détente.

        On dirait que dans la société actuelle, il devient de plus en plus difficile de ralentir le tempo et de profiter simplement de la vie, sans stresser, sans analyser, sans se poser deux milliards de questions.

  • Bourgogne Live
    • Posté à 16h11 le 07/07/2012
    • 184255

    J’aime bien cette vidéo du célèbre consultant Michel Rolland dans laquelle il dit :

    « Ce n’est pas bien d’avaler, c’est un métier dangereux. Mais de temps en temps, quand c’est très bon, il est quand même bon de savoir recracher vers l’intérieur ! »

    François

    Lien vers la vidéo

    • cricrac
      cricrac répond à Bourgogne Live
      rechercheur
      • Posté à 20h35 le 08/07/2012
      • Internaute 188211
        rechercheur

      Certaines disent ’’il faut que j’avale ou pas ’’,bien que ça soit pas le meme liquide la question ,pour elles ,est existentielle.

  • Bretagne
    Bretagne
    Sceptique
    • Posté à 16h58 le 07/07/2012
    • Internaute 74906
      Sceptique

    Honteuse accusassion difamâtoir que rien ne pouvé justifier ! ! ! ! .... moi_ même qui suis gouteure chez GRAPILLERU ( les bons bougres conaicent) et je suis en pleine position de mes moyeux, je peux rentrer aprés mon labeur en mobylette en passant par chez Tanguy pour ramboirre un dernier.

    J’ais la un article paru dans LE TELEGRAMME qui dit que je suis consiancieux dans mon tavail et que rien ne passe qui ne soit gargarisé avec soin ; je n’ajoute au necrtard qu’une dégustation d’ oignon cru et du pain beurré salé ( pas moi le pain), car la lucidité m’abite car il faut à chaque fois que le mélange de vin d’agérie, du Rousillon, de Tchenobille, et du poitou s’équilibre en un doux reméde venu des Dieux pour réconcilier l’Homme avec lui- même, la nature et que pous que sa femme et ses lardons reviennent...

    Je ne permettré à prezonne de dénigré mon beau métier qui m’apporte douceur, félicité et un exellent sommeil que l’on ait jaloux de moimémeu !

    ........et c’est pour ça que je me permets d’intimer l’ordre à certain salisseurs de mémoires qu’ils feraient mieux de fermer leur clac-merde !

  • Harry Haller
    Harry Haller
    loup des steppes
    • Posté à 18h13 le 07/07/2012
    • Internaute 188849
      loup des steppes

    En..en..fin un ...un..nartic sur le « bossons de hips ! » que ch’comprend ! !

  • jeanletanneur15
    jeanletanneur15
    forgeron
    • Posté à 18h29 le 07/07/2012
    • Internaute 187223
      forgeron

    Je trouve que ces 15 dernières années,j’ai eù honte de voir nos responsables politique qui ce sont mis à plat vendre devant la commission européenne,pour brader notre bien national .Ce qui me dégoute cet anti-patriotisme rampant depuis des années,ils n’ont rien dans la culotte,et lorsqu’il y aura la guerre un de ces quatres ,ils seront les premiers à nopus demandés de faire notre devoir patriotique.C’est une véritable HONTE pour notre pays ,que ce soi le vin,la pêche,le textile,toutes les industries ,je leur dit milles fois HONTE .

  • Tom-Bombadilom
    Tom-Bombadilom
    chimiste approximatif
    • Posté à 10h07 le 08/07/2012
    • Internaute 135613
      chimiste approximatif

    Sa me rappelle une enquête de l’inspecteur Canardo.
    enquête sur la mort mystérieuse d’un critique de vin qui était en fait un gros alcoolo.

  • deuchefray
    • Posté à 11h20 le 08/07/2012
    • Internaute 188478

    La question se pose, mais vous savez sans doute que l’amalgame vin/alcoolisme n’est pas sans agacer les professionnels du vin... Je fais moi-même une thèse sur le vin, je passe pour une pochetronne auprès de tous mes amis, et mes parents se taisent mais n’en pensent pas moins.Croyez-le ou non, mais je n’ai jamais bu une seule goutte de vin lors de mes visites chez les vignerons. Dans certains départements comme la Gironde, le secteur viticole est un énorme pourvoyeur d’emplois, pour des personnes qui sont plus ou moins en contact avec le vin quotidiennement. Vous imaginez-vous, des régions entières d’alcooliques ?

  • Humanum
    Humanum
    En Vie
    • Posté à 13h50 le 08/07/2012
    • Internaute 186903
      En Vie

    Ceci est un article pour rien dire et à ce sujet il n’y a rien à dire seulement à boire...

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 20h05 le 08/07/2012
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

      Lui au moins, « François l’embrouille », il sait tout sur le bon VIN ...

  • DeMarseille Honore
    • Posté à 02h58 le 09/07/2012
    • Internaute 189314
      Humain

    Les prostitués faisant commerce de leurs corps ressent-elles du plaisir avec chaque client ? Comme quoi on peut (se) poser des questions inutiles pour se reposer les méninges en temps de canicule. Mais chacun sait que quand le vin monte à la tête, on ne cesse de dire n’importe quoi.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.