No wine is innocent

La France exporte l'équivalent de 70 Rafale par an en pinard ! Si ça ne cache pas une ou deux bonnes histoires... Ici, je parle donc du vin dans la bouteille, mais surtout de ce qui se trame autour d'elle.

Solenne, la sommelière cash qui ne pense pas qu’au cash

Antonin Iommi-Amunategui
Blogueur, auteur
Publié le 24/10/2012 à 12h13

Solenne Jouan, chez Vivant (AIA/Rue89)

Après avoir fait ses armes au Baratin puis chez Saturne, Solenne Jouan, 29 ans, fait office de sommelière chez Vivant (Paris X) [et désormais au 6 Paul Bert – ndlr]. Entre clientèle internationale, vins qui chiffrent, misogynie ordinaire et rivalité entre filles – sans oublier ces « casse-couilles de Français qui connaissent tout » –, elle décrit son rapport au boulot de sommelière.

« C’est pas sur la nourriture que tu chiffres, c’est sur les vins »

« J’ai appris à gérer un portefeuille client, pour moi la restauration c’est la même chose. Sauf qu’au lieu de mettre en avant des marques, des fringues, je vends un truc qui me plaît : du vin et de la bouffe.

Après, quand il faut placer des vins, je les place. J’arrive à aller où j’ai envie d’aller, à vendre le vin que je veux vendre. Mais je ne suis pas là pour assassiner les clients, c’est pas du tout mon but.

Ce qui marche bien, c’est la coupe de champagne avant le repas. Ça fait monter les additions. Parce que c’est pas sur la nourriture que tu chiffres, c’est sur les vins. Dans les bons restos, il faut payer le personnel, la brigade, ça fait du fric. Et c’est sur le vin que tu fais du chiffre. Après, c’est pas notre politique ici. On n’est pas là pour assassiner les gens.

Mais t’as des établissements où c’est le but : il y a des Américains qui veulent dépenser du fric, ils leur placent des gros canons, ils chiffrent dessus, voilà. »

« Des Russes qui veulent claquer 5 000 ou 10 000 euros »

« Une fois, j’étais dans un restaurant en Sicile, il avait des la-tâche [grand cru de Bourgogne hors de prix, ndlr], des gros champagne... Et à côté de ça, je vois un chablis de vigneron, caché dans la vitrine. En discutant avec le mec, il me dit : “Moi je préfère ça. Mais j’ai des Russes, des Russes qui veulent du Cristal, qui veulent claquer 5 000 ou 10 000 euros...”

Il était obligé d’avoir ça, les gros machins. En même temps, ça lui faisait du chiffre, normal. Mais, à côté, il achetait le petit chablis de vigneron pour sa gueule.

Et c’est vrai, t’en as, ils regardent la carte des vins et ils veulent juste le vin le plus cher. S’ils veulent boire ça, tu ne vas pas les en empêcher... Mais t’as aussi des mecs en costard, ils vont demander des trucs pas communs, pas bling-bling, ils connaissent. Il n’y a pas d’archétype. »

« Il y a un rapport sexué au service »


Solenne au travail (AIA/Rue89)

« Aussi, oui, il y a un rapport sexué au service. Il y a beaucoup de mecs, de mecs entre eux, genre grandes gueules, qui me disent : “Je veux parler au sommelier.” Il n’y a pas de souci, je leur réponds, vous pouvez me parler à moi...

Mais, en général, ça se passe super bien avec les mecs. Clairement, ton physique c’est ta carte de visite. Que tu bosses dans le luxe, dans le vin, t’as une bonne gueule, ça passe mieux. Pourquoi ne pas en jouer ? Depuis que je suis là, il y a des mecs qui reviennent régulièrement. Il y en a un qui vient trois ou quatre fois par semaine. Chez Saturne, t’avais pas mal de banquiers, qui viennent entre couilles, ça se passait super bien...

Les nanas, c’est pas pareil. Ce qui est étonnant, c’est quand elles sont entre elles. Quand tu leur demandes ce qu’elles veulent, elles te répondent : “Ah, nous on aime les vins avec du corps...”

Souvent, elles te sortent le seul truc qu’elles connaissent, genre grenache. Elles y connaissent que pouic, mais ça fait bien de boire des vins costauds. Bon, tu as aussi cette espèce de rivalité entre filles : elles préfèrent qu’un homme les conseille. »

« Je préfère travailler avec des Américains que d’avoir des casse-couilles de Français »

« Il y a plein de restos, dès que t’as une table d’Anglais, ils sont ronchons. Personne ne parle anglais. Sur ce, ils sont un peu mis à l’écart. C’est un peu fasciste.

Moi je préfère travailler avec des Américains que d’avoir des casse-couilles de Français, qui connaissent tout, qui ont soi-disant tout bu, tout goûté.

Hier, j’ai eu une table de trois mecs, pétés de fric en effet, ouais, trois Français, qui étaient choqués que je leur change pas le couteau entre le poisson et la viande. Ici, on a des super couteaux, c’est un peu le concept, tu gardes ton couteau du début à la fin...

Dans ce cas-là, tu leur montres la carte et ils se démerdent. Un Américain, un Anglais, il va se laisser assez facilement guider. C’est plus facile de jouer avec eux... Alors oui, tu peux reconnaître les gens, les cons : quand ils arrivent dans le restaurant, ils sont pas capables de te dire bonjour. »

  • 6051 visites
  • 4 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Bimbol
    Bimbol
    Gratouilleur de mammouth
    • Posté à 17h04 le 24/10/2012
    • Internaute 44940
      Gratouilleur de mammouth

    Dans le genre sommelière, à l’occasion viens donc faire un tour au nez rouge à toulouse, t’auras une bonne surprise
    outre les différentes qualités de la sommelière elle-même, son travail en fait un des seuls restos abordables de la ville où on trouve des vins différents de ceux des cavistes du coin, et qui aide à découvrir le vin naturel
    et coté boustifaille, ça se pose là.

    en tout cas l’article est bien senti, ça colle bien avec ce qu’on voit au nez rouge justement (qui reste visiblement un peu moins haut de gamme). il manque juste du détail sur la majorité des clients qu’on peut imaginer dans la phrase « en général, ça se passe super bien avec les mecs », c’est à dire une bande de types plutôt à l’aise financièrement, assez sympas mais parfois un peu lourds après la 3eme bouteille et qui tentent de jouer à l’expert tout en sachant pertinemment qu’ils n’ont pas le quart du dixième de l’expertise du sommelier (je me compte dans le tas)

  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 19h10 le 24/10/2012
    • Internaute 121073
      geek

    Moi je ne me prend pas la tête un vin du val de loire et basta, parfois très surpris comme récemment par des anjou ne venant pas de l’anjou historique (maine&loire) deux sevres indre et loire.
    Des merveilles à découvrir (grand-père pardonne moi !)
    Une question qui m’est venue ,à un groupe d’hypermarché il y a du cidre de normandie franchement dégueu , j’ai demandé pourquoi il y avait des sulfites dedans.
    J’ai des amis qui vivent à la frontière de la mayenne,et de l’ille et vilaine ,on trouve la un des meilleurs cidres de France ,ils n’utilisent pas de sulfites ils ont même pas de de ce truc chez-eux ,on ferme la bouteille et si elle explose tant pis.
    En 2003 il faisait 12° quel nectar !
    Du niveau d’un champagne.
    La question se pose donc est-ce que le cidre et certains champagnes de bas étages sont arrétés au sulfites dégazés transportés dans de grandes cuves et regazéifié comme de la limonade ou du coca cola.
    Autrement quel intérêt de mettre des sulfites.

  • Ophélie Neiman
    Ophélie Neiman
    Miss GlouGlou
    • Posté à 19h57 le 25/10/2012
    • Internaute 25
      Miss GlouGlou

    Vivant... Vivant... Bon sang mais c’est bien sûr, le courageux Pierre Jancou dont on parle tant ces derniers jours face au DG délégué de Marie-Claire.
    Entre Solenne et cette histoire, voici 2 arguments de poids qui me poussent vers ce restaurant à la première occasion.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.