No wine is innocent

La France exporte l'équivalent de 70 Rafale par an en pinard ! Si ça ne cache pas une ou deux bonnes histoires... Ici, je parle donc du vin dans la bouteille, mais surtout de ce qui se trame autour d'elle.

Délirantes, avant-gardistes : 8 nouvelles façons de parler du vin

Antonin Iommi-Amunategui
Blogueur, auteur
Publié le 27/02/2013 à 17h18

Un tire-bouchon poing américain (AIA/Rue89)

Certains professionnels du vin assurent qu’il existe une technique précise de la dégustation, un cadre formel dans lequel il faudrait faire entrer tous ses commentaires. Il y a même un diplôme pour parvenir à cela : le diplôme universitaire d’aptitude à la dégustation des vins (Duad).

Pourtant, de plus en plus de buveurs, amateurs ou professionnels, dérapent hors des sentiers battus et renouvellent sûrement la dégustation de vin... Prémices d’un renouveau du monde du vin lui-même ?

Passage en revue de quelques-uns de ces dégustateurs – et de leurs commentaires de dégustation les plus délirants.

1

« Tailler une pipe à Pinocchio »

Evidemment, il s’agit là d’un commentaire péjoratif, formulé pour dénoncer un excès « d’élevage » : soit le temps que le vin passe en barriques, en fûts, voire à être infusé à l’aide de copeaux de chêne introduits dans les cuves.

L’auteur de ce commentaire foutrement imagé, c’est le blogueur Vincent Pousson. Dans le même genre, notons le très bon « j’ai des échardes dans le palais », attribué au Sommelier fou. Rappelons par ailleurs que l’abus de boisé est un vrai marronnier du vin.

2

« Aussi droit qu’un mec en robe de bure. Canon le mec. Mais austère. »

Un commentaire de dégustation en forme de moine ? Pourquoi pas. Sandrine Goeyvaerts, caviste et blogueuse belge, est aussi capable de ressusciter de grands acteurs :

« Mister Mastroianni mais pas en marcel, il a enfilé un smoking. »

Ou de vous parler chewing-gum :

« Une bulle lourdingue comme une nana qui mâche du chewing-gum bouche ouverte. »

Rien ne l’arrête. Quand elle n’aime pas, elle peut par exemple vous balancer qu’un Bandol 1990 réputé, « ça sent les vieilles cuisses pas lavées, ça sent l’hospice » :

3

« C’est du dos crawlé dans une soupe de fraise »

Ou comment décrire le plaisir qu’on prend à se vautrer dans un vin qui décalotte bien son fruit. Et l’auteur de ce commentaire, le blogueur David Faria, ne se lasse pas de la natation pour décrire le fruité d’un vin :

« Je nage dans une piscine de gelée de mûres avec des bombasses atomiques en bikini ridiculement petit. »

Mais il lui arrive aussi de parler de son :

« Du bon vieux rock à trois accords, avec un vin monolithique mais pas simpliste. »

Et d’Eurovision :

« Ce n’est pas un monstre de complexité et, sincèrement, dès la première gorgée, on s’en fout comme de savoir quelle nation a gagné le dernier Eurovision. »

Voire d’être carrément régressif : « C’est un bisou d’enfant qui vient de manger une pomme d’amour. » Un dégustateur complet, quoi. En bien plus drôle.

4

« Il fout une claque à Yquem pour une raison particulière : il donne le sourire »

Un commentaire franchement délirant en ceci qu’il compare un vin de table à Yquem – soit le sauternes le plus prestigieux et le plus cher de France – et que, oui, vous avez bien lu, il place le vin de table en tête.

C’est l’auteur et blogueur Guillaume Nicolas-Brion qui a commis ce commentaire joyeusement assassin.

5

« On devrait se mettre la java martienne de Boris Vian »

Aurélia Filion, québecoise pur laine, goûte des vins « sur le Web » depuis plusieurs années maintenant.

Décontractée, enthousiaste, elle s’est faite aussitôt remarquer avec ses « vins de martiens » et autres « vins de survie ». Chez Aurélia, « c’est l’fun » qu’on aime (mais pas que).

« Les vins sont verts ? »

Des blogueurs lui ont d’ailleurs rendu hommage ; et une espèce de frère jumeau épouvantable a même fini par surgir des limbes de l’Internet, Aurélien Litron :

« Aurélien Litron : torché sur la toile »
6

« California cuvée or cuvy... What is some french shit »

Le rappeur Sadat X déguste directement au goulot et commente dans la foulée, en 30 secondes chrono.

Mais attention, avec ses amis, ils préviennent : « We don’t fuck with wines over 20 dollars. » [On n’a rien à branler des vins de plus de 20 dollars.]

Sadat X-True wine connoisseur
7

« Ce vin à 5 euros me dérange comme Terminator au milieu de la foule »


Capture d’écran du dégustotron

Et si on sèche complétement après avoir goûté un vin, il est toujours possible d’aller chercher l’inspiration du côté des générateurs aléatoires de commentaires de dégustation.

On en recense au moins deux, aux noms évocateurs :

  • le dégustotron, qui génère des commentaires loufoques ou décalés. On y trouve des choses du genre : « Ce vin à 5 euros me dérange comme Terminator au milieu de la foule. » Implacable ;
  • le pipotron, qui donne plutôt dans le vrai-faux commentaire pour épater pépé.
8

Le vin fait son « Harlem Shake »

Enfin, mieux qu’un long discours ou qu’un bref commentaire de dégustation, voici le « Harlem Shake » du vin :

« Troublemaker Harlem Shake »
  • 26491 visites
  • 22 réactions
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  • PIT LE CHIEN
    PIT LE CHIEN
    Wouaooouh!
    • Posté à 17h32 le 27/02/2013
    • Internaute 25924
      Wouaooouh!

    A quand les vérités vraies sur tous les « grands » crus (et petits) vins - la quasi totalité de la production française et internationale- , totalement trafiqués ?

    Ce n’est pas du cheval roumain , non, mais c’est quoi exactement ?

  • Waldeck
    Waldeck
    Le désenchantement, c'est (...)
    • Posté à 18h06 le 27/02/2013
    • Internaute 36864
      Le désenchantement, c'est (...)

    Merci Antonin pour ce bouquet de commentaires.

    Ça nous change des appréciations compassées et suffisantes (sulfisantes ?) des neuneulogues institutionnels !

    • Prospero26
      Prospero26 répond à Waldeck
      journaliste-reporter (à la (...)
      • Posté à 15h00 le 28/02/2013
      • Journaliste 114232
        journaliste-reporter (à la (...)

      Voilà qui n’a rien de neuf. Il y a bien une quinzaine d’années, j’avais trouvé dans le Guide Hachette une appréciation qui disait d’un vin qu’il avait « un goût de serpillère » .

  • beaulande
    beaulande
    Des nuées de sens
    • Posté à 18h20 le 27/02/2013
    • Internaute 115981
      Des nuées de sens

    Voilà un commentaire sur les commentaires : nan, je sors.

  • salengro
    salengro
    quand le verbe se fait chair, (...)
    • Posté à 20h52 le 27/02/2013
    • Internaute 107017
      quand le verbe se fait chair, (...)

    ben dis donc, semblent si avides de parler du vin qu’on jurerait que c’est pour ne pas avoir à se farcir la corvée d’avoir à le boire...
    en ce qui me concerne, lors de la dégustation de vins de qualité exceptionnelle, tout mot fut-il bon est de nature superflue...qui plus est fort de cette éducation imposant de ne pas parler la bouche pleine (^_^)

  • Jolanissa
    Jolanissa
    Mat du couloir ?!
    • Posté à 19h32 le 27/02/2013
    • Internaute 192784
      Mat du couloir ?!

    Les vins les plus haut de gamme coutent environ 30 euros (par litre) à la fabrication et quelques centimes d’euros pour les « piquettes » plus modestes, le reste de la facture c’est le prestige du nom.
    Alors pour faire avaler l’énorme écart de prix à la vente, il est nécessaire de former des dictateurs du gout qu’on appelle également œnologues, afin de nous convaincre de l’excellence du produit (et nous faire avaler l’addition).

    • pemmore
      pemmore répond à Jolanissa
      geek
      • Posté à 16h17 le 28/02/2013
      • Internaute 121073
        geek

      Ces supers dégustateurs ne m’étonnent pas tant que ça.
      Moi ce que je trouve fabuleux c’est qu’avec de jolies bouteilles, une pub bien faite on puisse vendre aussi cher une infâme piquette qu’un vin bien agréable à boire et que les gens se l’achètent.
      La fameuse expression : « le vin de ( ?) il est tellement bon qu’il sert de déherbant ! »
      Si on pouvait leur apprendre déjà à faire la différence entre ce qu’est simple mais bon et dégueu ça serait chouette

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 19h44 le 27/02/2013
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    « Passage en revue de quelques-uns de ces dégustateurs –
    et de leurs commentaires de dégustation les plus délirants
     ».

    Voici le commentaire affirmatif le plus délirant !
    ( mais bon, ça ne s’entend que dans les bistrots de basse classe )

  • Islanick
    • Posté à 20h13 le 27/02/2013
    • Internaute 194404

    A la votre ! ...

  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 20h14 le 27/02/2013
    • Internaute 121073
      geek

    Au moins ça nous change de conneries qu’on entend
    ça sent la mure,le sous-bois la rose.
    Et si ça se contentait de sentir le pinard !
    Hé mec si tu trouves ça bon pourquoi tu recraches !
    Un vin doit être bu, ou servir à cuire le poisson ou le lapin , ou bien préparer un sabayon.
    Bien sur que c’est trafiqué un maximum, rien que le fait de mélanger les cèpages mais si c’est bon à boire mais que ça ne rend pas malade.
    Quoi que ! si l’alcool n’est pas bien méchant les sulfites peuvent provoquer des allergies gràves chez certaines personnes.
    De toute façon ne jamais écouter que son palais,
    « s’il est bon s’il est agréable j’en boirais jusqu’à mon plaisir »
    et un pinard à 500 euro qui à goût de sciure c’est bon pour les noobs !

    • ereve
      ereve répond à pemmore
      commercial
      • Posté à 15h08 le 28/02/2013
      • Internaute 193059
        commercial

      « Rien qu’a mélanger les cépages » .
      Il n’y a pas à dire vous devez être un grand connaisseur des grands vins........ Tous les bordeaux rouges c’est 2 ou 3 cépages , idem pour la majorité des champagnes ( sauf les blancs de blancs ) , idem pour la vallée du Rhône blancs et rouges . ....... Mais vous avez raison pour les bourgognes , le sancerre ...
      Il m’arrive de faire des dégustations de cépages , mais je préfère déguster des vins ......

      • pemmore
        pemmore répond à ereve
        geek
        • Posté à 15h55 le 28/02/2013
        • Internaute 121073
          geek

        Bonjour ereve,
        je n’ai pas dit que le vin issu d’un mélange (montage) de cêpages n’était pas bon, mais que le trafic commence la.
        De toute façon je suis de régions viticoles ou le mélange de vins pour envoyer aux parisiens à toujours été la norme un petit rouge aigrelet et acide mélangé d’un 13 ou 14 ° d’algérie faisait fureur dans les années 50, ainsi qu’un certain rosé qui a fait la fortune de son « inventeur“( le pire c’est que c’était vachement bon) mais les vins de garde pour nos ‘gouziers on les préfère purs.
        Je n’ai pas le moindre respect pour les bourgognes ou bordeaux, ne les estimant pas le moins du monde pour mon goût supérieurs à ceux de ma région.
        L’avantage c’est que si je ne m’attend pas à de bonnes surprises, faut pas rêver, je ne m’attend pas non plus à de mauvaises.
        Et c’est ce qui compte quand on reçoit du monde à la maison.

  • spartak
    spartak
    (comité libertaire lyophilisé)
    • Posté à 20h17 le 27/02/2013
    • Internaute 84113
      (comité libertaire lyophilisé)

    Cette façon de parler du vin n’est pas nouvelle, mais son retour fait du bien.
    Dans le monde froid et aux aspérités aussi vives que dissimulées qui est le nôtre, l’oenologie (i.e. le vin sans l’ivresse) se range tout à côté de la bière sans alcool, de la domination par le management, du sport passé à la moulinette statistique et de la politique enserrée dans la technocratie.
    Je vais finir mon cubi.

  • Éric  Perrin
    Éric Perrin
    Ginkonaute
    • Posté à 22h27 le 27/02/2013
    • Internaute 51185
      Ginkonaute

    Oui tous les vins mènent à Audiard.

  • Islanick
    • Posté à 00h06 le 28/02/2013
    • Internaute 194404

    Juste pour les dialogues

    Un certain goût de pomme ! ....

  • Napalmitos
    Napalmitos
    Technicien lambda
    • Posté à 09h09 le 28/02/2013
    • Internaute 92123
      Technicien lambda

    Mouais

  • John Merrick
    John Merrick
    pachyderme que ça
    • Posté à 12h52 le 28/02/2013
    • 179410
      pachyderme que ça

    Il m’est arrivé de faire des « initiations a la degustation de vin » a des gens peu au fait des arcanes de la dégustation, et la seule regle vitale que je tentais de leur inculquer, c’est que gouter un vin est quelquechose d’absolument personnel.
    Certes il y a des techniques pour faire ressortir les aromes quand il faut, certes le gout ca s’éduque, certes le rituel est impresionnant pour le néophyte, mais le gout c’est des sentiments, de la mémoire, des souvenirs, des associations d’idées...

    Donc plutot que de rougir de « ne pas savoir gouter » ou de copier les oenologues, j’aime autant qu’on me sorte qu’un vin est aussi jouissif qu’une nuit avec Kirsten Dunst ou au contraire donne le sentiment de boire une coupe de vernis a ongles.

    Surtout que bon, on n’est pas la pour filer des médailles, mais pour se faire plaisir :)

    • Anto85
      Anto85 répond à John Merrick
      Ingenieur
      • Posté à 13h59 le 28/02/2013
      • 185789
        Ingenieur

      J’ai pas de si bons souvenirs que ça au lit avec Kirsten !

    • pemmore
      pemmore répond à John Merrick
      geek
      • Posté à 16h07 le 28/02/2013
      • Internaute 121073
        geek

      Ca me fait penser à une anecdote,
      j’ai un ami après un coma au 3/4 handicapé, il ne parle presque plus, j’avais acheté à Chahaignes chez Renvoisé quelques bouteilles de Jasnières blanc liquoreux mais subtil après moult dégustations.
      La classe des côteaux du layon mais avec le petit truc en plus comme c’était avant. Sans doute sans sulfites.
      A la première gorgée je l’ai entendu dire à voix haute : « C’est du bon ! »
      Le vin peut transporter un peu de bonheur en allant rechercher dans des souvenirs lointains.

    • EowYnS
      EowYnS répond à John Merrick
      étudiante
      • Posté à 10h36 le 01/03/2013
      • Internaute 165106
        étudiante

      Vous avez raison :) Quand je travaillais sur les marchés, un client m’avait offert un pinot noir de 2001 (je n’ai pas gardé l’étiquette - j’en pleure encore). J’avais 19ans, j’avais jamais bu de vin si ce n’est le rosé-banquise l’été.. et là.. je me suis surprise à lui trouver un gout de noix de coco, c’était noël en famille et tout le monde se fichait de moi mais je n’en démordais pas : de la noix de coco ! Tombé la bouteille presque toute seule, à vouloir le gouter avec tous les mets de la table. j’ai arrêté le rosé banquise et depuis je suis une inconditionnelle, j’aime le vin, je le hume je le goûte, je le teste. Et malgré mon tout petit revenu d’étudiante je bois du vin une fois par mois, mais du bon sur les conseils de mon caviste préféré

  • carolusquintus
    carolusquintus
    travailleur pauvre
    • Posté à 13h46 le 28/02/2013
    • Internaute 84736
      travailleur pauvre

    Eh oui, la vinasse comme la bagnole et le foot ,réceptacles de la franchouillardise ,çà rend con.

  • O.S.T.I.A.
    • Posté à 13h54 le 28/02/2013
    • Internaute 191710
      ZAD

    haha terrible la vidéo du rappeur qui galère à déboucher sa bouteille, suivi de « cuvyyy what is some french shit » : -)

    hé ouais gros un tire bouchon faut comprendre comment ça marche !

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