En octobre, les dieux du panthéon shintoiste sont de retour

Publié le 09/10/2010 à 14h36


Kishi San (C. Hudelot, M. Renisio)

En octobre, les kami (dieux du panthéon shintoiste) se retirent de leur territoire habituel pour se retrouver dans la province de Shimane (« les racines de l’île »), située à l’ouest de la grande île de Honshu, au bord de la mer du Japon, où se trouve un des berceaux de cette religion, le sanctuaire d’Izumo. Non loin de là, le sanctuaire de Sada, lié au premier, est le lieu fondateur des kagura de cette région.

A l’origine, le kagura est une danse sacrée qui fait partie du rituel shinto dédié aux kami. C’est au sanctuaire de Sada, dans les deux nuits suivant l’équinoxe d’automne, que nous avons assisté à plusieurs de ces danses données par des prêtres et les autres membres de « l’Association pour la préservation du Nô-kagura de Sada » devant plusieurs dizaines de personnes, parmi lesquelles, exceptionnellement, un groupe de douze chorégraphes venus d’Asie, d’Europe et d’Amérique Latine à l’initiative de Susan Buirge.

En allant de l’Ouest à l’Est

Celle-ci a consacré toute sa vie à la danse. Chorégraphe française d’origine américaine, née dans le Minnesota, elle a été formée par l’une des figures les plus importantes de l’art chorégraphique, son maître Alwin Nikolais. Elle entre dans sa compagnie dès l’âge de 23 ans.

En 1970, Susan débarque en France, crée de nombreuses pièces chorégraphiques qui auront une influence profonde sur la danse contemporaine française et au-delà. Qui ne se souvient par exemple de « Parcelle de ciel » ou de « Charge à l’aire » donné sur le terre-plein de l’aérodrome d’Aix-en-Provence, lors du festival « Danse à Aix » dont elle était alors le conseiller artistique ?

Parallèlement, Susan Buirge a enseigné l’art de la composition chorégraphique à plusieurs générations de danseurs et de chorégraphes, notamment à la Fondation de Royaumont dont elle fut longtemps artiste associée.

En 1992, elle est l’une des toutes premières résidentes invitée à la Villa Kujoyama, cette petite sœur de la Villa Médicis, à Kyoto.

Là, grâce à Michel Wasserman, alors Directeur de l’Institut Franco-Japonais du Kansaï et de la Villa Kujoyama, elle va faire une rencontre déterminante, celle Tomihisa Hida, guiji du sanctuaire Ishihime, et directeur d’un ensemble de musiciens de Bugaku. Avec lui, elle découvre les danses ancestrales du Japon.

Elle entreprend ensuite une recherche sur les chorégraphies archaïques . Susan fonde alors une compagnie constituée de danseurs contemporains japonais qui prendra le nom de MA TO MA.

Avec Hida san, elle va composer une tétralogie, « Le Cycle des Saisons » qui sera donnée au Japon et en France, à Paris comme au Festival d’Avignon, avec un succès mémorable.

De Kyoto à Kamate


Susan et Tamaki (C. Hudelot et M. Denisio)

Au tournant de la décennie, Susan prend la décision de venir vivre au Japon, à ses yeux le pays qui incarne l’esprit de la danse et choisit la région où les kagura sont toujours aussi vivants, celle de Shimane.

Elle commence alors, avec sa collaboratrice, Tamaki Sumikawa, un travail de collectage, assiste à des centaines de kagura tout en menant une fois par an, dans la région de Shimane, un atelier de composition chorégraphique s’adressant à des danseurs- chorégraphes venant du monde entier.

En 2009, Susan se rapproche des responsables du sanctuaire de Sada, Yasuhide Miyagawa et Satoru Kishi. Le premier est l’héritier direct d’un prêtre qui s’était rendu à la capitale, Kyoto, pour y prendre sa licence.

A cette occasion, il découvre le nô qu’il commence à pratiquer sur place, cent ans à peine après que Zéami (1363-1444) eut fondé cette forme théâtrale unique au monde. Le second, fils de prêtre lui-même maître de kagura de Sada, s’avère littéralement habité par ces danses rituelles.

Entre le 21 septembre et le 3 octobre 2010, les douze chorégraphes vont entreprendre d’abord, sous la direction de Susan Buirge, l’acquisition des outils de la composition chorégraphique contemporaine. Viendra ensuite l’apprentissage de deux rituels dansés, le Sangu et le Ken’mai, que Satori Kishi partage pour la première fois avec des étrangers.

Les principes de construction chorégraphique de ces rites dansés se voient ensuite transférés à la chorégraphie contemporaine. L’ensemble des compositions et des rites dansés a été présenté le 3 octobre au Centre culturel de la Préfecture de Shimane. Nous avons eu le privilège d’être les témoins de ce laboratoire transculturel véritablement unique.


Mariage Shinto (C. Hudelot, M. Renisio)

photos : Kishi san interprétant le nô-kagura « Okina » ; à droite, au tambour, Miyagawa san ; Susan et Tamaki sur les marches du sanctuaire de Mihonoseki ; mariage shintoiste devant le sanctuaire d’Izumo, par Claude Hudelot et Margo Renisio.

Aller plus loin
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  • Winston Morgan Mc Clellan-
    Winston Morgan Mc Clellan-
    Homo Vernaculus
    • Posté à 23h50 le 09/10/2010
    • Internaute 123883
      Homo Vernaculus

    L’autre jour, avec un ami, lui même japonais, nous parlions de l’immaturité grandissante de la société japonaise. Je vois la photo du mariage shintoïste, mais la mode dans le Japon d’aujourd’hui, c’est le mariage dans une église chrétienne « pour faire comme dans les séries américaines » et « parce que le mariage shintoïste c’est has been »... et l’église avec la robe blanche à l’américaine « c’est tellement plus fashion, plein de gens au Japon le font »...

    Ils organisent le mariage comme on organise une « surprise party »... mon ami, jeune mais brillant, est consterné par sa génération.

    • freakfeatherfall
      • Posté à 05h15 le 10/10/2010
      • Internaute 21024
        moonchild

      jcrois bien que le mariage shinto est aussi super cher...

      edit : et je comprends que les jeunes ne veulent plus du mariage shinto qui, même s’il est beaucoup plus élégant et traditionnel, et justement shinto : la mariée se doit d’obéir à son mari en tout point

      • Winston Morgan Mc Clellan-
        Winston Morgan Mc Clellan- répond à freakfeatherfall
        Homo Vernaculus
        • Posté à 13h20 le 10/10/2010
        • Internaute 123883
          Homo Vernaculus

        Non non, c’est surtout « parce qu’à la tv, les beaux blonds font comme ça »... bon, après ça flatte l’égo du blanc qui croit que le singer rend libre, sans n’avoir jamais tenté de goûter le coeur des peuples...

         
        • unagi-
          • Posté à 13h53 le 10/10/2010
          • Internaute 24252
            卑語

          Argument ethnocentré et d´une grande condescendance.
          Les choses sont souvent plus complexes.
          Le shintoisme d’état qui disparut en 1945 a été officiellement rétabli dés 2006, il n’y a pas d’église nationale shintoïste au Japon mais diverses sectes shintoïstes.De généreuses donations assurent les pouvoirs en place et les hommes choisis parelles sont les seuls à atteindre un rang important dans les mouvements shintoïstes susceptibles d’avoir un impact national ou d’influencer la Maison Impériale.
          Le shintoïsme est aussi la continuité d´une structure sociale traditionaliste et archaïque venant du shogunat et ensuite de la maison impériale.
          A de rares exceptions près, les divers mouvements shintoïstes sont donc complètement tombés sous la coupe de deux factions essentielles dans la politique interne du japon : les corporations et les ultra-nationalistes, ces factions se servant à l’occasion de groupes shintoïstes ayant un fort impact public pour promouvoir leurs plans, nuire à leurs adversaires ou conclure des alliances ponctuelles sans existence officielle.
          Le mariage shintoïste est la forme la plus traditionnelle et répandue de mariage dans le Japon Impérial, tout au moins pour les familles qui peuvent le payer...
          Les cérémonies de mariage sont extrêmement onéreuses. Dans les milieux corporatistes, même les plus modestes employés doivent compter sur les dons des invités pour en payer une partie et la corporation participe souvent à ces frais afin de renforcer ses liens avec le personnel et son image paternaliste.
          Dans les milieux plus modestes, la cérémonie est souvent cantonnée à la partie privée ou le prêtre marie les deux époux, l’éventuel repas et ses invités dépendant beaucoup des relations et de la richesse des familles.

          Bien évidemment, les mariages arrangés sont encore très très répandus et certains sites ont plus de réputation que d’autre en ce qui concerne l’avenir conjugal du couple.

          Pour ne pas se marier celon le cardinal lefbvre n´est pas un signe d´acculturation, et pour vous ? .

          • Winston Morgan Mc Clellan-
            Winston Morgan Mc Clellan- répond à unagi-
            Homo Vernaculus
            • Posté à 14h08 le 10/10/2010
            • Internaute 123883
              Homo Vernaculus

            oulala, décidément, le message commence bien et se termine encore mieux ! ! ! En matière de condescendance et d’arrogance de petit blanc, je ne puis que saluer cette performance de haut niveau ! ! !

            Je m’incline devant ton génie ! Les Japonais sont des idiots avec une civilisation d’idiots et toi tu es brillant...

            • unagi-
              • Posté à 14h40 le 10/10/2010
              • Internaute 24252
                卑語

              Non ca c´est ton discours, à tel point qu´on ne sait pas si tu trouves ton ami brillant malgré son jeune age ou malgré le fait qu´il soit japonais, tu sauras répondre.
              C´est le passage lefebvre qui te défrise ? :)

              • Winston Morgan Mc Clellan-
                Winston Morgan Mc Clellan- répond à unagi-
                Homo Vernaculus
                • Posté à 17h33 le 10/10/2010
                • Internaute 123883
                  Homo Vernaculus

                Je ne suis pas frisé à la base... mais sinon... ben j’ai déjà oublié ce que tu as écrit !

            • freakfeatherfall
              • Posté à 16h40 le 10/10/2010
              • Internaute 21024
                moonchild

              « Les Japonais sont des idiots avec une civilisation d’idiots »

              euh... moi je lis pas du tout ça dans les message de l’anguille et je suis même sacrément d’accord avec lui sur le shintoïsme d’état (que je peux pas blairer, comme le confucianisme d’ailleurs...)

              • Winston Morgan Mc Clellan-
                Winston Morgan Mc Clellan- répond à freakfeatherfall
                Homo Vernaculus
                • Posté à 17h32 le 10/10/2010
                • Internaute 123883
                  Homo Vernaculus

                Ne te mêle donc pas de civilisations que tu ne peu ni comprendre, ni blairer... à moins que tu souhaite voir l’univers forgée selon tes excellentissimes goûts ?

                • unagi-
                  • Posté à 17h43 le 10/10/2010
                  • Internaute 24252
                    卑語

                  Pour toi toi comprendre une civilisation c´est se palucher jusqu´à la fin des temps sur patriotism de Mishima. C´est un peu léger mais reflète bien ton univers, crane rasé et soumission, l´internationale traditionaliste confrontée à l´évolution des civilisations.

                  • Winston Morgan Mc Clellan-
                    Winston Morgan Mc Clellan- répond à unagi-
                    Homo Vernaculus
                    • Posté à 17h51 le 10/10/2010
                    • Internaute 123883
                      Homo Vernaculus

                    Tu es bien plus à droite que moi mon garçon...

                    C’est maladif chez les français ce besoin de vouloir absolument ne rien comprendre au monde des humains sur Terre pour le remplacer par son monde imaginaire. Après tout, suffit de voir les jardins à la française pour s’en convaincre !

                    Joues au petit vanneur de collège si ça peut te convaincre que tu es dans le vrai...

                • freakfeatherfall
                  • Posté à 21h07 le 10/10/2010
                  • Internaute 21024
                    moonchild

                  tu pètes un cable ou quoi ?
                  t’as vu où que je pouvais pas blairer le japon ? ? ? que je prétendais avoir des « d’excellentissimes » goûts ? ? ? ?

                  j’adore le japon, mais je suis pas aveugle et il ya des choses que je n’aime pas, c’est tout... on est obligé de tout aimer dans un pays ? ? ? de laisser de côté la critique ? ? ? ?
                  et je peux en parler paske jy ai habité, c’est tout (mais je prétends pas en être un spécialiste non plus)

                  • Winston Morgan Mc Clellan-
                    Winston Morgan Mc Clellan- répond à freakfeatherfall
                    Homo Vernaculus
                    • Posté à 01h11 le 11/10/2010
                    • Internaute 123883
                      Homo Vernaculus

                    Il se trouve que tu ne peut pas blairer deux piliers de la civilisation japonaise, alors bon, je doit t’avouer que ton parcours ne m’intéresse pas du tout... pas plus que ta conversation, je te répond par pure politesse...

          • campannella
            campannella répond à unagi-
            étudiant
            • Posté à 22h38 le 12/10/2010
            • Internaute 86544
              étudiant

            ...Le shintoisme d’état qui disparut en 1945 a été officiellement rétabli dés 2006...

            Le shintoïsme d’Etat n’existe plus depuis la défaite du Japon en 1945 et la séparation des affaires religieuses et de l’Etat a été clairement définie en 1947 dans la nouvelle Consitution. Depuis cette date le culte shintoïste (comme les cultes bouddhiste ou catholique) est dirigé par une association religieuse privée.
            Le shintoïsme d’Etat n’a bien sûr jamais été rétabli depuis la fin de la guerre.

            • unagi-
              unagi- répond à campannella
              卑語
              • Posté à 08h31 le 13/10/2010
              • Internaute 24252
                卑語

              j´avais lu autre chose, merci pour la correction.

        • freakfeatherfall
          • Posté à 16h35 le 10/10/2010
          • Internaute 21024
            moonchild

          ya pas de beaux blonds à la télé peuja... ya surtout des dramas, feuilletons à la con mal tournés et mal joués mais super populaires...

          • unagi-
            unagi- répond à freakfeatherfall
            卑語
            • Posté à 17h45 le 10/10/2010
            • Internaute 24252
              卑語

            Mais ca ill ne pourra jamais y croire, c´est trop bouleversant comme révélation, c´est trop extrême.

          • Winston Morgan Mc Clellan-
            Winston Morgan Mc Clellan- répond à freakfeatherfall
            Homo Vernaculus
            • Posté à 17h54 le 10/10/2010
            • Internaute 123883
              Homo Vernaculus

            Bon ben l’influence américaine est un mythe...

          • Anonyme répond à freakfeatherfall

            « ya pas de beaux blonds à la télé peuja... “

            Alors que du côté de Shibuya Harajuku, par contre ; -)...
            (Hum-hum, pas sûr qu’il plaise tellement à notre ami WMMC, celui-ci ...)

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            Suis allé pour la première fois à Tokyo voici bientôt un an et pour quelques jours seulement. Ce qui m’a le plus étonné durant ce court séjour, c’est, vestimentairement parlant, la capacité des Japonais à marier des styles très disparates pour créer le leur propre et cela m’a semblé riche de promesses.
            Je n’ai pas ressenti un quelconque malaise vis-à-vis de l’Occident.

            Concernant ce blog consacré au Japon (dont je viens de re-lire l’ensemble des articles parus sur la Rue), j’ai un regret, je le trouve beaucoup trop ‘Madame Chysanthème’ et pas du tout assez ‘Journal japonais’ (de R.Brautigan), pour prendre un exemple.
            On est ravi de toutes ces invitations patrimoniales et élitistes dont bénéficient Claude Hudelot et Margo Renisio, mais c’est un peu sec, on aimerait une possibilité d’empathie.

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            • freakfeatherfall
              freakfeatherfall
              moonchild
              • Posté à 21h13 le 10/10/2010
              • Internaute 21024
                moonchild

              attention ils sont souvent pas blond mais « ocha iro » : couleur thé ;)

          • Anonyme répond à freakfeatherfall

            Les femmes sont toutes si séduisantes
            au Japon
            que les autres ont dû être noyées à la naissance.

            Tokyo, le 28 mai 1976
            Richard Brautigan.

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            • freakfeatherfall
              freakfeatherfall
              moonchild
              • Posté à 21h11 le 10/10/2010
              • Internaute 21024
                moonchild

              ah oui les filles sont jolies, mais leurs fringues c’est parfois du grand n’importe quoi : D
              (et le style c’est assez localisé, harajuku/omotesando notamment, que jaime pas beaucoup d’ailleurs, un peu shibuya & shinjuku)

              • Anonyme répond à freakfeatherfall

                « mais leurs fringues c’est parfois du grand n’importe quoi : D »

                Je ne me prononcerai pas sur le bon ou le mauvais goût de ces gens-là, (suis resté si peu de temps en plus, que je n’ai de toute façon rien compris), mais j’aime être surpris, et de ce côté-ci du monde, on n’est jamais déçu...

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                Allez, après les filles... les gars...

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                • freakfeatherfall
                  freakfeatherfall
                  moonchild
                  • Posté à 15h42 le 11/10/2010
                  • Internaute 21024
                    moonchild

                  ouais j’aime bien la diversité aussi, et le grand n’importe quoi c’est sympa en général :)

                  • Anonyme répond à freakfeatherfall

                    ô__O

                    Diriez-vous, à l’instar de Barthes, qu’en entrant dans la mue occidentale, le Japon a perdu ses signes comme on perd ses cheveux, ses dents, sa peau ?

                    Lien

                    • freakfeatherfall
                      freakfeatherfall
                      moonchild
                      • Posté à 02h05 le 12/10/2010
                      • Internaute 21024
                        moonchild

                      je sais pas... :)
                      mais en tout cas je peux pas leur reprocher cette mue puisque, comme pour la corée d’ailleurs, l’ouverture à l’occident leur a été imposée à coups de chantage au canon...

                      • Anonyme répond à freakfeatherfall

                        -_o

                        Si je m’adresse à vous, Freak, c’est aussi parce que je me souviens d’une photo de vous, noir et blanc, peut-être bien prise du côté de Washington DC, où l’on voyait un arbre nu au-devant d’un mur en agglos, orné de graffiti ; la beauté de cette photographie résidait principalement, à mes yeux, dans le fait que l’entrelac des branches se mêlait inextricablement à celui des graffiti. Je me souviens d’autres photos où vous sembliez accorder une attention particulière à la structure d’un vieux grillage crevé, par exemple.
                        Mais je peux m’être trompé.

                        Pour Barthes, le Japon est un pays d’écriture à même de le mettre en situation d’écriture comme peut-être vous les USA vous ont mis en situation de photographier, et donc, pour en revenir à cette histoire de « mue », Barthes dit dans « L’empire des signes », ouvrage tout de même déjà vieux de quarante ans, que le Japon est en train de passer sous ses yeux de la signification (vide)...

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                        ...à la communication (de masse).

                        Ce qu’il illustre par la photo de deux « Tigers », chanteurs à la mode (tigres de carte postale, de calendrier et de juke-box) que je n’ai pas présentement sous la main, mais comme il y a toujours des « Tigers » à Tokyo, je vous joins le mien ; -) :

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                        Voici ce que dit Barthes des millions de corps japonais (c’est un peu long, mais ça vaut le coup :

                        « Au Japon,tout change : le néant où l’excès du code exotique, auquel est condamné chez lui le Français en proie à l’“étranger” (dont il ne parvient pas à faire de l’“étrange”), s’absorbe dans une dialectique nouvelle de la parole et de la langue, de la série et de l’individu, du corps et de la race (on peut parler à la lettre de dialectique, puisque ce que l’arrivée au Japon vous dévoile, d’un seul et vaste coup, c’est la transformation de la qualité par la quantité, du petit fonctionnaire en diversité exubérante). La découverte est prodigieuse : les rues, les magasins, les bars, les cinémas déplient l’immense dictionnaire des visages et des silhouettes, où chaque corps (chaque mot) ne veut dire que lui même et renvoie cependant à une classe ; ainsi a-t-on à la fois la volupté d’une rencontre (avec la fragilité, la singularité) et l’illumination d’un type (le félin, le paysan, le rond comme une pomme rouge, le sauvage, le lapon, l’intellectuel, l’endormi, le lunaire, le rayonnant, le pensif), source d’une jubilation intellectuelle, puisque l’immaîtrisable est maîtrisé. Immergé dans ce peuple de cent millions de corps (on préférera cette comptabilité à celle des “âmes”) on échappe à la double platitude de la diversité absolue, qui n’est finalement que répétition pure (c’est le cas du Français en proie à ses compatriotes) et de la classe unique, mutilée de toute différence (c’est le cas du Japonais, petit fonctionnaire, tel qu’on croit le voir en Europe). Cependant, ici comme dans d’autres ensembles sémantiques, le système vaut par ses points de fuite, un type s’impose et néanmoins ses individus ne sont jamais trouvés côte à côte ; à chaque population que le lieu public vous découvre, analogue en cela à la phrase, vous saisissez des signes singuliers mais connus, des corps neufs mais virtuellement répétés ; dans une telle scène, jamais à la fois deux endormis ou deux rayonnants, et cependant l’un et l’autre rejoignent une connaissance : le stéréotype est déjoué mais l’intelligible est préservé.
                        Ou encore, - autre fuite du code - des combinaisons inattendues sont découvertes : le sauvage et le féminin coïncident, le lisse et l’ébouriffé, le dandy et l’étudiant, etc..., produisant dans la série, des départs nouveaux, des ramifications à la fois claires et inépuisables. On dirait que le Japon impose la même dialectique à ses corps qu’à ses objets : voyez le rayon des mouchoirs dans un grand magasin : innombrables, tous dissemblables et cependant nulle intolérance à la série, nulle subversio de l’ordre. Ou encore les haïku : combien de haïku dans l’histoire du Japon ?
                        ils disent tous la même chose : la saison la végétation, la mer, le village, la silhouette, et cependant chacun est, à sa manière un événement irréductible. Ou encore les signes idéographiques, : logiquement inclassables, puisqu’ils échappent à un ordre phonétique arbitraire mais limité, donc mémorable (l’alphabet) et cependant classés dans des dictionnaires, où ce sont - admirable présence du corps dans l’écriture et le classement - le nombre et l’ordre nécessaire au tracé de l’idéogramme qui détermine la typologie des signes.
                        De même les corps : tous japonais (et non asiatiques), formant un corps général (mais non pas global comme on le croit de loin), et pourtant vaste tribu de corps différents, dont chacun renvoie à une classe, qui fuit, sans désordre, vers un ordre interminable ; en un mot : ouverts, au dernier moment, comme un système logique.
                        le résultat - ou l’enjeu - de cette dialectique est le suivant : le corps japonais va jusqu’au bout de son individualité (comme le maître Zen, lorsqu’il “invente” une réponse saugrenue et déroutante à la question sérieuse et banale du disciple), mais cette individualité ne peut être comprise au sens occidental : elle est pure de toute hystérie, ne vise pas à faire de l’individu un corps original, diustingué des autres corps, gagné par cette fièvre promotionnelle qui touche tout l’Occident.

                        L’individualité n’est pas ici clôture, théâtre, surpassement, victoire ; elle est simplement différence, réfractée, sans privilège, de corps en corps. C’est pourquoi la beauté ne s’y définit pas, à l’occidentale, par une singularité inaccessible : elle est reprise ici et là, elle court de différence en différence, disposée dans le grand syntagme des corps. »

                        Aussi, quand vous parlez, à propos de ces gens-là et de leur manière de se vêtir, de « grand n’importe quoi », je pense que vous avez tort.
                        Ou bien expliquez-moi pourquoi des stylistes du monde entier , des chefs de produits, des responsables de collection, viennent chercher l’inspiration dans cette petite liste de quartiers que vous nous donnez...
                        J’y ai croisé, entre autres occidentaux, des gens de chez « Gérard Darel » ou Zara disant pudiquement venir y faire leur « shopping » alors qu’en réalité, ils viennent là pour y pomper les idées des Japonais.
                        A l’heure où la mode devient mondiale et monotonale, il existe à Tokyo, à travers aussi une foultitude de petites marques de grande qualité mais globalement inexportées, une énergie et une créativité qu’on ne trouve actuellement nulle part ailleurs dans le monde.

                        Alors bien sûr, comme dans tout labo, il y a des bulles qui explosent, des scories, mais cela reste fascinant à observer.

                        Bonne journée, Freak.

                        Ps : Pour les canons, oui, mais c’est aussi ce qui a poussé quelqu’un comme Brautigan à aller à la rencontre du Japon (son oncle étant mort sous les bombes japonaises). C’est la rencontre qui m’intéresse.

                        • freakfeatherfall
                          freakfeatherfall
                          moonchild
                          • Posté à 17h29 le 13/10/2010
                          • Internaute 21024
                            moonchild

                          faudrait que je lise brautigan...
                          javais lu barthes quand jétais à tôkyô (où j’ai commencé à prendre des photos soit dit en passant) mais ça m’était en partie passé au dessus de la tête, malheureusement, un peu comme cet extrait, ou ne me semblait pas vraiment correspondre à ce que je voyais - autant dire que j’étais un peu perdu dans ce texte touffu...

                          pour le grand n’importe quoi, ce n’est pas spécialement négatif, ça implique seulement une construction hors de (me)s canons esthétiques habituels ou selon des canons différents, donnant souvent des assemblages disparates qui me plaisaient assez...

                          en fait ce que j’aimais moins c’était toutes les fanfreluches, notamment les petits chiens promenés comme des accessoires, avec des petits manteaux et des petits sac à dos !
                          (et la tenue minijupe-santiags aussi jaimais pas, mais ça c’es tquestion de goût...)

                          bonne nuit léon ! (ou bonne journée si t’es en france)

                      • Anonyme répond à freakfeatherfall

                        A propos de « grand n’importe quoi » encore, deux grands créateurs de mode japonais dont la marque de fabrique est le métissage subtil des styles :

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                        Pour les quarante ans de la maison Kenzo, le Sarde Antonio Marras, désormais aux commandes et très imprégné de l’esprit du maître a réalisé un très beau défilé-hommage sur le thème de la poupée russe...

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                        ...ce qui nous ramène étrangement à « L’Empire des signes » de Roland Barthes :

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                        « Le signe est une fracture qui ne s’ouvre jamais que sur le visage d’un autre signe. »

                        Sinon, pour en revenir plus précisément au sujet du fil, la dernière fois que j’ai vu une Japonaise célébrer son mariage, c’était cet été, à Santorin, sur fond de volcan égéen... J’ai été tenté de la photographier en train de se faire photographier, mais ceci est une autre histoire.

                        • freakfeatherfall
                          freakfeatherfall
                          moonchild
                          • Posté à 17h29 le 13/10/2010
                          • Internaute 21024
                            moonchild

                          oui mais non alors moi la mode j’ai jamais rien compris et j’ai toujours trouvé ça horrible - comme la 1ere photo : D

        30 autres commentaires
  • Gaston le roux
    Gaston le roux
    ami des bêtes
    • Posté à 14h48 le 10/10/2010
    • Internaute 120601
      ami des bêtes

    Pourquoi les mariages shinto coûtent plus chers que les mariages occidentaux ?
    Qu’est ce qu’il y a de si différent pour expliquer l’écart de prix ?
    (dit autrement, qu’est ce qui coûte cher, y a-t-il une dot à payer à une famille ? ou est ce que c’est les prêtres qui s’en mettent plein les poches ? ou est ce que c’est tout simplement l’organisation du mariage ? ....)

    Si quelqu’un a la réponse, je l’en remercie d’avance.

    • freakfeatherfall
      freakfeatherfall répond à Gaston le roux
      moonchild
      • Posté à 16h38 le 10/10/2010
      • Internaute 21024
        moonchild

      jsuis pas spécialiste mais déjà les fringues coûtent super cher... et pas seulement pour les mariés, paske si tu te pointes dans un mariage shinto en vêtements occidentaux...
      il me semble que c’est donc surtout l’apanage des familles aisées

      • Gaston le roux
        Gaston le roux répond à freakfeatherfall
        ami des bêtes
        • Posté à 16h43 le 10/10/2010
        • Internaute 120601
          ami des bêtes

        Merci pour l’explication.

        Donc ça serait les habits traditionnels qui coûteraient cher.
        Un peu comme la robe de la mariée dans les mariages occidentaux ?

        (vive le mariage républicain devant monsieur le maire en short et en tongues ^^ ça coûte moins cher et ça dure moins longtemps ^^)

  • Gethro
    Gethro
    Technicien helpdesk
    • Posté à 18h14 le 12/10/2010
    • Internaute 101455
      Technicien helpdesk

    Plus qu’un problème de finance, c’est surtout un problème d’image du mariage shinto. C’est un truc pris très sérieux, en présence de la famille uniquement. On passe par plusieurs étapes, c’est normalement plus long qu’un mariage à l’église, le marié doit entreprendre une purification avant la vraie cérémonie.

    Je pense que les Japonais vivent déjà suffisamment sous la pression sociétale/familiale sans en rajouter : le mariage, ça devrait être un beau moment, pas une énième ordalie.

    Ceci dit, les Japonais connaissent des périodes où les rites sont d’abord mis à l’écart par souci de « modernité » puis reviennent en force par effet de mode (comme chez nous le mariage à l’église).

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