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Burtynsky ou comment j'ai appris à aimer l'industrie lourde

Publié le 02/06/2007 à 14h54

Oil Fields #1 : puits de pétrole en Californie (Edward Burtynsky)

Quand on visite les photographies couleur de gigantesques paysages industriels d’Edward Burtynsky, artiste d’origine ukrainienne qui vit à Toronto, on n’est pas prêt de signer le pacte de Nicolas Hulot...

Al Gore, qui cite en témoin à charge son œuvre dans le film « Une Vérité qui dérange », ne doit pas être bien conscient du côté contre-productif de cet exemple... Oui, les chantiers navals de Chittagong (Bangladesh), les champs de pétrole de Californie, les rejets de nickel en coulées rouges sur la terre noire de l’Ontario, les décharges massives et spécialisées de pneus, bidons d’huile, téléphones, etc. ont rarement atteint cette intensité de fascination visuelle. On en redemanderait presque.

Sur les cimaises du Centre culturel canadien, à Paris, les images de ces sites colossaux que l’homme bâtit ou excave comme il creuse sa tombe sont des représentations exaltantes d’une réalité peu ragoûtante. Contrairement à un Sebastião Salgado qui, dans les mêmes déterminations universelles et esthétiques, dans des lieux semblables, transfigurerait l’homme, seul et piégé par l’exploitation, Burtynsky magnifie l’exploit des hommes (peu de personnages dans ses photographies ; y sont-ils uniquement pour donner une idée de l’échelle ?).

Dans sa quête de l’empreinte irréparable inscrite par l’irrépressible activité humaine sur la nature, le photographe canadien n’est pas au bout de ses objectifs. En Chine, où il a photographié en 2002 les destructions massives des villes et villages à fin de construire le barrage des Trois-Gorges, la révolution industrielle et ses « dommages collatéraux » ont encore de l’avenir. Entendu dans l’exposition : « Ce sont des photographies du XIXe siècle. » Erreur, ce sont des photographies du XXIe siècle dans un monde du XIXe.


Rock of Ages #15 : mine de granit dans le Vermont (Edward Burtynsky)


Nickel Tailings #30 : coulées de nickel en Ontario (Edward Burtynsky)


Feng Jie #4 : le chantier du barrage des Trois-Gorges (Edward Burtynsky)

Le travail d’Edward Burtynsky est à découvrir sur son site, riche et bien présenté.

Manufactured Landscapes, d’Edward Burtinsky (grands formats) - jusqu’au 25 août - Centre culturel canadien, 5, rue de Constantine, Paris VIIe. - Rens. : 01 44 43 21 90 - entrée libre - plan.

Manufactured Landscapes, catalogue de l’exposition (en anglais) - Yale University Press Editions, New Haven and London, National Gallery of Canada - 162 p., 50 €.

Rectifié 1/6/2007 à 13h : article signé de Louis Mesplé, et non de Pierre Haski. Nos excuses à l’intéressé.

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  • 14 réactions
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  • Anonyme

    coté artistique ces photographies sont tout simplement un travail d’un grand photographe , elle sont sublime , mais coté ecologique elle donnent envie de pleurer , deux sentiments contraire pour une méme photographie, le suite des evenements reste d’une infinie tristesse.

  • Seam
    Seam
    Bosse dans la florissante (...)
    • Posté à 13h44 le 01/06/2007
    • Internaute 8750
      Bosse dans la florissante (...)

    C’est fascinant... Certainnes images rappellent des paysages de Star Wars je trouve.

    Cela me rappel aussi une exposition de William Egglston : « spirit of Dunkerque »

  • Hélène Crié-Wiesner
    • Posté à 14h22 le 01/06/2007
    • Internaute 57
      Binationale

    Oui, ces photos sont extraordinaires. J’ai souvent regretté de ne pas être photographe lors de certains reportages, dans l’ex-URSS par exemple, ou dans les champs infinis de raffineries pétrolières du Texas, ou encore sur certains sites électro-nucléaires... tant ces visions dantesques me clouaient esthétiquement.
    C’est vrai qu’il y a une beauté sauvage dans ce genre de paysage martyrisé, même quand on sait que l’activité en question est polluante, que les émissions de gaz ou de déchets solides et liquides tuent, estropient, empoisonnent.
    Mais bon, pour le coup, c’est pas PC de trouver beau ce genre de truc, j’en conviens !
    Salut à toi, Louis.
    Hélène

  • Anonyme

    Après avoir bossé sur cnpe (centre nucléaire de production d’électricité)et un peu dans une fonderie (four à arc)je doit dire que je trouve « beau » ce genre de paysage, cette volonté qu’à l’homme de maîtriser sa vie sur terre.

    Même si l’on peut voir ses paysages avec un regard négatif en ne prennantr en compte que les désagréments amenés par l’industrie (coût environnemental et humain). J’y trouve pour ma part un motif d’espérance, car ils montrent que l’homme sait créer (même si, comme pour Prométhé, ses actes lui coûte cher).
    eric

  • a.guillaume
    • Posté à 16h31 le 01/06/2007
    • Internaute 886

    laissons-lui son oeil et rien que son oeil
    tirera la morale qui voudra bien en tirer
    c’est pas son propos au peintre

  • Anonyme

    Le propre des grands photographes/artistes est de donner une vision, puis de laisser le spectateur s’approprier l’oeuvre en y projetant son ressenti.
    Avec ces images, chacun peut choisir dans une palette qui aborde la nature : ce qu’elle offre (ressources...), ce que l’homme en a fait (destruction, pollution, exploitation désordonnée), l’intelligence et le travail de l’homme (technologie, souffrances des travailleurs), ou art éphémère (mines/sculptures aux aspects sans cesse différents, alignements industriels).
    Des voyages dans l’inconnu, des questions... de la beauté.

  • boboétie
    • Posté à 18h51 le 01/06/2007
    • Internaute 2816

    une vieille page d’anthologie...
    Et dire que certains protesteront qu’ils ne savaient pas ... !

    Aux Modernes

    Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein,
    Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,
    Châtrés dès le berceau par le siècle assassin
    De toute passion vigoureuse et profonde.

    Votre cervelle est vide autant que votre sein,
    Et vous avez souillé ce misérable monde
    D’un sang si corrompu, d’un souffle si malsain,
    Que la mort germe seule en cette boue immonde.

    Hommes, tueurs de Dieux, les temps ne sont pas loin
    Où, sur un grand tas d’or vautrés dans quelque coin,
    Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches,

    Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
    Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
    Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches.

    Leconte de Lisle (2nde moitié du XIXe siècle)

    • Anonyme répond à boboétie

      Si Sebastiao Salgado pouvait, lui-même, nous faire part, ici, sur ce forum, de son introduction fabuleusement belle, de son livre EXODES.
      Il me ravirait... ansi que des millions de personnes...
      ...
      car on pourrait également en faire un copier-coller sur le sujet traité de RUE 89, j’ai re-nommé non sans mal « Brice Hortefeux prend une cla-claque. »...

      Que quelqu’un m’entende... ! ! !

      L’introduction de EXODES signée Salgado elle oui ( !) devrait être lue dans toutes les classes de France et du Monde entier.

      Législatives... législatives... législatives...

  • florent
    • Posté à 23h05 le 01/06/2007
    • Internaute 2913

    Je ne connaissais pas ce photographe. Merci pour la découverte.

  • Anonyme

    Les photos sont très belles, c’est indiscutable.
    Elles peuvent dignement décorer les headquarters des corporations et banques qui génèrent ces dégâts sur l’environnement (y compris humain). Et je crois que les collections d’art contemporain sont à la fois rentables et déductibles des impôts.

    Il se trouve que la misère et la décomposition ont toujours été très photogéniques.

    J’ai vu quelque part qu’on juge toujours une civilisation d’après ces vestiges et je me suis toujours demandé qui juge. Et bien, c’est Mesplé !

  • Anonyme

    ca manque de liuens sur rue89 .... alors en voici en voila :

    trailer film
    Lien

  • Anonyme

    Bonjour

    Je vous recommande l’excellent article de Bruno Chalifour consacré à Edward Burtynsky publié sur le site Web PHOTOPHILES.com
    Lien

    Salutations !

  • Anonyme

    Je vous conseille vivement d’aller voir le documentaire Manufactured Landscapes. Burtynsky est loin d’être un illuminé environnementaliste ne fonctionnant que sur un seul régistre : il présente le monde actuel tel qu’il est, ni plus ni moins.

    Son oeuvre est en plus le résultat d’une grande perspicacité et d’une grande patience, en particulier en Chine (pays pratiquant le secret avec une certaine obsession) où il a dû faire preuve de finesse et de diplomatie pour visiter certains endroits où les normes environnementales sont constamment bafouées.

    Le docu se distingue par une très belle sélection d’images et de scènes montrant Burtynsky à l’oeuvre. Rarement voit-on un artiste capable d’une approche journalistique avant le mot...

  • Anonyme

    Bravo ! Je ne connaissais pas et c’est superbe !

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