On est là pour voir

des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

L'Eté photographique de Lectoure : un autre festival de photos est possible

Publié le 27/07/2010 à 16h05


Alix Delmas, Bacchanale

Dans le Gers, entre melons et canards, l’Eté photographique de Lectoure, 21ème édition... fête ses vingt ans. Cette sagesse toute paysanne de ne montrer ce qu’on a que lorsqu’on l’a s’accompagne de défrichages audacieux pour la programmation.

Les choix du directeur artistique, François Saint-Pierre, se portent sur de jeunes et de moins jeunes auteurs, souvent inclassables, photographes peu ou jamais vus ailleurs, toutes tendances et techniques confondues.

Ce sont les solides qualités de sincérité, de réflexions et d’originalité artistique des exposants qui priment plus que des thèmes ou des « signatures » vecteurs de com.

Des photographes ou artistes aujourd’hui confirmés comme Renaud Auguste-Dormeuil, Jürgen Nefzger, Anna Malagrida... ont percé à Lectoure.

Certes, il n’y a jamais beaucoup d’expositions (137 en vingt ans), mais avec un budget modeste de 400 000 euros (le dixième de celui des Rencontres d’Arles), des activités permanentes sur l’image dans le département, nous sommes dans une dimension à densité humaine où l’échange ne peut rester que profitable.

Sur les dix travaux d’auteurs présentés à cette édition 2010, tous méritent d’être cités. Ensemble, ils concentrent toutes les raisons de produire des images.

Un regard dans le rétroviseur pour voir d’où l’on vient avec, déjà signalé dans notre Rue, les photos d’Emmanuelle Riva prises en 1958 lors du tournage d’« Hiroshima mon amour ».

A la même époque, Henri Salesse, révélé récemment, était fonctionnaire au ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Il constate par la photo, en tant que « vérificateur technique de la construction », à Rouen, les dégradations de l’habitat populaire.


Henri Salesse, enquête sur l’habitat, 1951/1952 

Aujourd’hui, l’habitat populaire peut se situer dans une « zone urbaine sensible ». Le quartier de la Goutte-d’Or, à Paris, est dans ce cas. Ce qui ne veut pas dire que ses habitants soit tous défavorisés. La majorité oui.

La jeune Hortense Soichet relève, sans prétentions sociologiques, sans préjugés, l’infinie variété des aménagements intérieurs des appartements. C’est le reflet en diptyques de nos goûts et de nos couleurs. Les légendes des photos sont des paroles d’habitants.


Lassanna vue générale rue Myrha, 13 habitants, 6 pièces, 112 m2, 2004, Hortense Soichet


Hortense Suchet La Goutte d’Or

Juraj Lipscher, d’origine tchèque, a navigué en Suisse, son pays d’adoption, de la maternité aux salles d’autopsie, de la maison close au crematorium, dans les abris de protection civile, etc. Ses photos sont d’un gris plat, neutre, fidèle à l’apparent ordre hygiéniste, monotone, qui règne dans tous ces lieux consacrés au corps.


Juraj Lipscher Body Shop

Avec Gaël Bonnefon et Rudolf Hervé, l’ordre hygiéniste, le soin de soi en prend un sacré coup. L’appareil colle au corps, suit ses dérives. Pour Bonnefon, quand il sature, la photo aussi. Pour Hervé (mort à 43 ans), le Polaroïd répondait aux urgences.


Gael Bonnefon, sans titre, 2008 

D’un étrange réel, on passe avec Alix Delmas et Rémy Marlot au réel étrange. Proches de la fiction (et de la nature), ces photographes et vidéastes allument les univers bucoliques, contemplatifs, avec un penchant pour les vestiges.


Béatrice Minda, Hôtel de Rome

Les vestiges, la roumaine Béatric Minda sait ce que c’est. Elle démontre comment les systèmes actuels des pays ex-communistes « récupèrent les vestiges du passé pour les détourner à son usage ». Exemple, l’ex-banque d’Etat de RDA s’est métamorphosée en hôtel de luxe, l’hôtel de Rome.

Commençé sur la ville d’Hiroshima, le circuit de l’Eté photographique de Lectoure se finit avec elle.

L’artiste japonais Masao Okabe, par frottage au crayon sur le sol, les murs, les arbres, a relevé des empreintes. Elles rappellent une Histoire d’avant ou pendant le flash atomique. C’est de la lithographie, juste avant la photographie.

Photos de haut en bas : Bacchanale par Alix Delmas ; enquête sur l’habitat, Rouen, 1951/52 par Henri Salesse ; portrait photographique de la Goutte-d’Or.

Photos d’Hortense Soichet en diptyque dont j’ai volontairement mélangé les parties : haut, vue générale rue Myrha, 13 habitants, 6 pièces, 112 m2, 2004. Bas, « Quarante-sept personnes ont visité cet appartement. Trois étaient d’accord pour y habiter ; les autres ont eu peur du quartier ».

Body Shops par Juraj Lipscher ; sans titre de la série « About decline », 2008 par Gaël Bonnefon ; Test pour solarium de la série Fulgurance par Rodolf Hervé 1991 ; Staatsbank der DDR ; Hôtel de Rome par Beatrice Minda.

L’Eté photographique de Lectoure (Gers) jusqu’au 22 août. Ouverture des expositions tous les jours de 14 heures à 19 heures. Forfait pour l’ensemble des expositions : 9 euros, tarif réduit 6 euros, gratuit pour les moins de 18 ans - 05 62 68 83 72.

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  • Sophie Verney-Caillat
    Sophie Verney-Caillat
    Journaliste Rue89
    • Posté à 16h45 le 27/07/2010
      rédacteur
    • Journaliste 50753
      Journaliste

    Bravo Hortense pour ton travail minutieux sur la Goutte d’or. Bonne chance pour la suite.

  • lleida
    lleida
    bergère
    • Posté à 11h10 le 28/07/2010
    • Internaute 96021
      bergère

    Au moins, là, on ne risque pas de se faire renverser comme à Arles par les grosses voitures BM de la direction des rencontres.

  • ZhongArt
    ZhongArt
    art de Chine sur ZhongArt.com
    • Posté à 13h09 le 28/07/2010
    • Internaute 93124
      art de Chine sur ZhongArt.com
  • michel 13
    • Posté à 10h39 le 31/07/2010
    • Internaute 49378

    Un article bien rédigé qui donne envie d’en savoir plus sur le travail de ces photographes.

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