Au Salon Paris-Photo : « Entrée d'Angoisse » 8600 euros
Cela vous évoque quoi, l’idée d’un petit village en Dordogne, dans le Périgord ? A quelque chose près, un trou de verdure riant, coincé entre cèpes, truffes, foie gras et autres bontés divines. Sauf s’il se nomme Angoisse.
Qu’est-ce que vous en dites ? Ah, vous changez de chaîne. Vous n’y croyez pas. Eh bien ce village existe bien sous ce nom, sur la départementale 704. Et voici la photo avec son panneau d’entrée.

Angoisse, Entrée d’Angoisse, 2001, tirage couleur 100x100cm (Courtesy Succession Edouard Levé et galerie Loevenbruck, Paris)
Cette photo vaut 8600 euros. Elle est visible au Salon Paris-Photo qui s’ouvre au Grand Palais ce jeudi, sur le stand (A 38) de la Galerie Loevenbruck, jusqu’à dimanche.
Elle fait partie d’une série réalisée par Édouard Levé (1965-2007), photographe et écrivain (aux éditions P.O.L), obsessionnel éclectique, spécialiste de la déperdition du sens, du « ketchup au suicide » , qu’il a réussi.
Exemples : série Pornographie, série Rugby , (où l’on joue en tenue de ville et sans ballon) . Angoisse tirerait son nom de l’occitan « engoissa », ce lieu jouxtant, au Moyen-Âge, une léproserie. On comprend mieux.
Ce qui ne change pas l’effet détonnant du panneau et le prix de la photo (faite en cinq exemplaires, il en reste deux en vente).

Angoisse, Angoisse de Nuit, 2000 Photographie couleur. 100 x 100 cm, 12 000 euros (Courtesy Succession Edouard Levé et galerie Loevenbruck, Paris)
C’était trop tentant. On a demandé à une psychanalyste, Yolande Finkelstajn, par ailleurs rédactrice en chef des « Cahiers de la photographie » de l’UPP son avis :
« Il me semble que c’est la première fois que nous nous trouvons face à un effet aussi réussi de création d’une image par empêchement du déroulement habituel de la pensée.
En général ce genre d’image ressemble à un bon jeux de mot et apporte plaisir ou étonnement. Dans le cas de Godard ou quelques autres, l’ effet de sens surgit de la collision de deux images qui a priori n’ont rien à faire ensemble.
Mais là nous sommes dans une situation inédite : l’écart entre la chose et sa représentation est si grand, que l’image naît de cet écart – l’image, non pas la photographie ! Le mot Angoisse est tellement incapable de représenter la chose donnée à voir, qu’il se met à vivre pour son propre compte, rendant tout mouvement, franchissement, traversée, impossible.
Ce Village est à proprement parler Infranchissable, car c’est l’Angoisse qui en barre l’accès tout comme en termes physiologiques l’angoisse barre l’accès à un sujet à toutes ses ressources habituelles – et même la fuite ou l’évitement. Un Village non-traversable et qui cependant existe….. ».
Bon, mais on peut le traverser tranquillement et la série d’Édouard Levé montre aussi l’épicerie, l’école, l’église, la discothèque, etc. Un vrai village où l’on doit vivre bien et y passer des vacances paisibles tout en envoyant des cartes postales qui ne manqueront pas de faire sourire bizarrement le destinataire.
Dernière précision : le gentilé d’Angoisse. Autrement dit, comment s’appellent ses habitants (env. 900). Les angoissins, les angoissassins ou les angoissés ?
Les angoissais.
Y a t-il un psy. (néo-rural) à Angoisse ?
Le livre est paru en 2002 aux éditions Philéas Fog.
- Sur lacritique.orgEntretien avec Édouard Levé en 2001
- Sur agoravox.frEdouard Levé a levé le pied, sortie d’angoisse ?
- Sur parisphoto.frSite de Paris Photo 2011
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http://www.jcarretero.eu
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Et donc ce serait cette pseudo explication infranchissable qui justifierait ce prix exorbitant ? Pour une photo que n’importe quel touriste de passage qui n’a pas ses entrées chez Loevenbruck mais qui sait un tant soit peu faire une mise au point pourrait prendre lui-même ?
Le marché de l’art est à gerber.




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