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Coup des Pays-Bas contre l’Institut néerlandais de Paris

Publié le 07/08/2012 à 17h04

Dans une salle de l’Institut néerlandais à Paris, exposition d’Erwin Olaf, 2009 (Institut néerlandais)

Un des plus importants centres culturels étrangers à Paris, l’Institut néerlandais (IN), est programmé pour disparaître en 2015. Le 13 juillet dernier, le ministère néerlandais des Affaires étrangères a signifié sans préavis que la subvention de 2 millions d’euros affectée à ce centre serait supprimée. Soit plus de 70% de son budget.

Voici le communiqué de presse in extenso :

« Réorientation de la mise en œuvre de la politique culturelle néerlandaise en France

Le ministère des Affaires étrangères a décidé de restructurer son action culturelle en France. Il recherche un nouveau modèle, plus moderne et plus rentable, avec des frais de fonctionnement allégés de sorte à offrir davantage de ressources financières à la programmation culturelle néerlandaise en France.

La programmation sera élaborée par l’ambassade, avec le concours d’instituts culturels français et néerlandais et sous la direction alternée de programmateurs des deux nationalités. Par conséquent, le ministère a l’intention de supprimer à l’horizon 2015 les subventions dont l’Institut néerlandais bénéficie actuellement.

Le ministère tient à remercier la fondation Custodia, en tant que partenaire et co-fondateur de l’Institut néerlandais, pour ces longues années d’excellente collaboration et à exprimer sa considération pour la façon dont la fondation a contribué à la notoriété de l’art néerlandais en France. La renommée dont jouit le patrimoine néerlandais en France est largement à mettre à l’actif de sa gestion dynamique de la collection laissée par Frits Lugt.

Les trois instances impliquées actuellement dans le fonctionnement de l’Institut – le ministère des Affaires étrangères pour la composante subventionnelle, la fondation Custodia et l’Institut néerlandais pour la gestion – se concerteront pour convenir des modalités de cette restructuration. Selon toute probabilité, les détails seront connus en fin d’année. »

Dans le collimateur du gouvernement

Après la diffusion de ce communiqué peu diplomatique, gros émoi chez les connaisseurs de ce lieu d’expositions et d’interventions artistiques de qualité, dans la communauté franco-hollandaise et d’abord le personnel.

Depuis quelques mois, l’Institut était dans le collimateur du gouvernement conservateur de centre droit. On lui reproche l’importance de ses coûts fixes, notamment le loyer annuel de ses locaux, 121, rue de Lille, au montant de 500 000 euros. Cette décision brutale intervient dans une logique de réduction budgétaire de 25% des fonds alloués à la Culture (sur quatre ans).


Gare du Nord, 1963 (Marcel Minee, de l’exposition « Photographes néerlandais à Paris 1900-1968 », 2012)

Le personnel, mobilisé tous azimuts, conteste l’esprit et la lettre du communiqué. Sur la rentabilité, outre le fait qu’associer ce terme avec une programmation culturelle est plus que contradictoire, ils donnent les chiffres. Ils sont simples.

Budget général : 2 millions d’euros de subventions directes, auxquels on ajoute 700 000 de ressources propres (donateurs, billetteries, catalogues...) dont les cours de langues (300 000 euros). Les dépenses de fonctionnement (salaires, loyers, intervenants) représentent 40% du budget général. Dans les institutions culturelles, en général, on connaît pire en frais fixes.

En 2011, sentant le vent des coupes budgétaires, le conseil de surveillance, structure directrice de l’IN, avait prévu de réduire sa demande de subventions de 20%. Peine perdue.

Un lieu historique, culturellement en pointe

Le lieu est historique. Au départ, Frist Lugt (1884-1970), grand collectionneur amateur de dessins et d’estampes anciennes, francophile, instaure en 1947 la Fondation Custodia. Elle comprend plus de 90 000 tableaux, livres anciens, meubles, etc. Rares et fragiles, ils sont visibles en consultations. Rue de Lille, la Fondation est adossée à l’Institut, dans l’Hôtel Turgot. C’est le même Frist Lugt qui, en 1957, a initié l’entité qui deviendra l’Institut néerlandais.


Dans une salle de l’Institut néerlandais à Paris, exposition d’Ellen Kooi, 2010 (Institut néerlandais)

Extrêmement en pointe sur la photographie, le cinéma et la vidéo, le multimédia, ce centre culturel des Pays-Bas à Paris est aussi remarqué pour ses conférences et ses « master class », la danse, la littérature, le théâtre... 40 000 visiteurs par an en moyenne le fréquentent.

L’histoire singulière de l’Institut sera-t-elle pliée en 2015 ? 2015 étant l’échéance du contrat « triannuel ». Pas si sûr.

Cette décision drastique a été prise par un gouvernement démissionnaire depuis avril 2012 pour cause d’échec d’alliance avec le parti d’extrême droite de Geert Wilders sur le motif de... la réduction du déficit public.

Le 12 septembre prochain auront lieu au Royaume des Pays-Bas de nouvelles élections législatives. Soutenu par les partis sociaux et chrétiens démocrates, et si ceux-ci deviennent majoritaires, l’Institut pourrait voir annuler ou modérer cette brutale mesure.

Ce qui est sûr, c’est inscrit en dernière ligne du communiqué officiel :

« Selon toute probabilité, les détails seront connus en fin d’année. »

Aller plus loin
  • 6192 visites
  • 8 réactions
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  • Jupiter Capitolin
    • Posté à 19h02 le 07/08/2012
    • Internaute 189743
      Burp

    C’est triste, ok, mais les Néerlandais connaissent la crise eux-aussi et prennent les décisions qui s’imposent.
    Le précédent gouvernement n’a pas fait les bons choix, mais surtout parce qu’il a taillé comme un malade dans les dépenses de santé des plus fragiles.
    Je ne suis pas certain que le nouveaux gouvernements, entre la culture et la santé, ne choisissent de sauver la deuxième, ce qui est cohérent.

    • arg
      arg répond à Jupiter Capitolin
      • Posté à 12h17 le 08/08/2012
      • Internaute 25486

      bien d’accord avec vous , et puisapre tout , c’est leur fric ,ilsen font ce qu’ils veulent
      enFrance , on feraitbien de s’attaquer au regime des intermittents qui est une vraie gabégie mais ça , personne n’en parle......

  • Lendroitvautlenvers
    • Posté à 22h50 le 07/08/2012
    • Internaute 149146
      lucide

    « Soutenu par les partis sociaux et chrétiens démocrates, et si ceux-ci deviennent majoritaires, l’Institut pourrait voir annuler ou modérer cette brutale mesure. »

    Je doute fort que ce soit le cas. Il ne faut pas oublier qu’ après le départ de M. Wilders le gouvernement a été dissous. Mais que, curieusement, les activités dans l’Assemblée se sont poursuivies, les débats ont continué, et les propositions et les projets de loi ont continué à se créer sous, en effet , le « gouvernement démissionnaire », « sur le motif de... la réduction du déficit public. »
    Une fois ce Wilders parti, les partis politiques restants, et démocratiquement élus, dont quelques-uns cités pas l’auteur, pouvait continuer à réduire les budgets, car les Pays-Bas sont en déficit, dit en crise donc.
    Et ce sont surtout les budgets dans le domaine de la culture et de l’enseignement qui sont touchés. Diverses troupes de théâtre (connues et réputées), diverses bibliothèques municipales, et associations culturelles ont vu stopper leurs subventions, et se voient obligés d’arrêter leurs activités et de fermer leur établissements. Pour ne pas parler du nombre de licenciements dans l’éducation nationale. Le Parti PvdA (équivalent du PS en France) , figurant dans l’opposition à l’Assemblée, n’étant pas présent dans le gouvernement, se prépare actuellement pour les législatives prévues au mois de septembre 2012 et, campagne oblige, promet € 50 millions pour « rétablir et réparer les dégâts’. Le problème est de savoir si de l’argent, il y en aura, et d’où cet argent va être pris, puisqu’on avait dit qu’il n’y en avait pas ? De plus, certains porte-paroles d’institutions culturelles ont dit de ne pas trop regretter l’enlèvement de leur budget “ puisque nous avons commencé aussi sans les subventions ”
    Alors pourquoi tant de temps entre la dissolution du gouvernement et la réélection ?
    C’est parce que la loi prescrit une période de 40 jours minimum afin de pouvoir organiser les listes de candidats tout ce qui va avec. Et comme on ne fait jamais d’élections pendant les vacances, ni pendant la coupe d’Europe, ni pendant le Tour de France, ni pendant les Jeux Olympiques, et bien… on les fait après la Rentrée, en septembre. Ce laps de temps est suffisant pour que le peuple oublie pas mal de choses, même des mesures et de projets de loi faits sur le compte de la “Crise’…
    Et puis après tout, dans l’histoire de la démocratie, combien de promesses faites en campagne politique ont été tenues depuis, franchement ?
    Donc personnellement je ne crois pas beaucoup à l’avenir de l’Institut néerlandais de Paris via les aides de Etat. Peut-être que des intérêts privés sont intéressés par l’institut...

  • Balthus
    Balthus
    Vacancier de force
    • Posté à 23h00 le 07/08/2012
    • Internaute 190297
      Vacancier de force

    Que les Néerlandais ne se plaignent pas, dans ce cas, si leur pays ne « rayonne » pas à l’extérieur de leurs frontières. Parce que, franchement, à part les putes et la fumette à Amsterdam, le péquin moyen français connaît quoi de ce pays ? Qu’est-ce qui pourrait lui donner envie d’y aller pour autre chose ? En fermant cet Institut, les bataves se privent d’une certaine vitrine, en quelque sorte. Quant à exiger de la « rentabilité » de la culture... Comme dit dans l’article, ça me paraît assez contradictoire.

    • pablico
      pablico répond à Balthus
      Co-NOBEL de la Paix
      • Posté à 18h53 le 08/08/2012
      • Internaute 14278
        Co-NOBEL de la Paix

      les tulipes, et toutes les fleurs que vous achetez pour l’anniversaire de madame.
      Même celles des cimetières..
      Sans parler de l’école flamande de peinture...

    • Dan51
      Dan51 répond à Balthus
      • Posté à 11h10 le 09/08/2012
      • Internaute 12803

      « le péquin moyen français connaît quoi de ce pays ? “

      Le problème en France, c’est qu’à part la grandeur de la France et son ‘rayonnement’ imaginé dans le monde - il suffit de voyager pour en prendre la ‘dimension’ - les gens ne connaissent pas grand-chose de ce qui est hors de leurs frontières.

      Enfermés qu’ils sont par leurs médias et leurs politiques.

      Ce sont plutôt les Français qui sont à plaindre, le monde tourne fort bien sans leur ‘rayonnement’ imaginaire.

      Les Néerlandais sont pragmatiques et ils ont bien raison de fermer tout ce qui n’est pas de première utilité pour le pays. Car ce sont leurs contribuables qui triment pour le payer.

      • Scif
        Scif répond à Dan51
        patatoïde
        • Posté à 00h44 le 12/08/2012
        • Internaute 48662
          patatoïde

        C’est vrai que les centres culturels, c’est quand même généralement une programmation hyper pointue pour les happy few.

  • Franchat1950
    Franchat1950
    Relectrice
    • Posté à 23h36 le 07/08/2012
    • Internaute 190742
      Relectrice

    Cette fermeture serait vraiment dommageable, tant pour les français qui aiment cet Institut (comme moi) avec ses superbes expositions, que pour les néerlandais qui perdront une belle vitrine à Paris

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