On est là pour voir

des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

« Gueule d’Hexagone » : portrait de la France qui nous ressemble

Publié le 03/10/2012 à 12h50

Parfois, on se demande dans quelle France nous vivons. Dans celle reflétée par les images des infos télés, des papiers magazines, des reportages photos, les discours de sociologues ? Un peu partout, peut-être.

On se reconnaît au moment où cela nous ressemble. De temps en temps, une enquête plus poussée que les autres, un travail photographique au long cours se rapproche de l’image réelle de notre pays. Du moins, de celle que l’on pense être la juste.

C’est le cas de « Gueule d’hexagone », un recueil de photographies et de textes sur six lieux en France que vient de produire le collectif Argos.


Alessandro, huit mois et son père Ludovic Olive, venu encourager l’équipe Trois à Saint-Martin-de-Crau (Hélène David/Argos)

Dans quelle France vivons-nous ?

Dans quelle France vivons-nous ? Argos s’est posé la question. Qui en entraîne d’autres : qui sont ses habitants ? Comment « se connecte-t-elle au village mondial » ? Quel chemin a-t-elle parcouru depuis cinquante ans ? etc.

Pour éviter le survol journalistique et l’enquête minute, le collectif (association 1901) s’est fixé pas mal de contraintes.


Les métallos de Fos manifestent à Marseille contre la réforme des retraites (Hélène David/Argos)

Une méthode très participative

Les photographes et rédacteurs ont pris pour référence d’action l’œuvre de Jacques Windenberger. Photographe documentaire indépendant, il est l’auteur en 1965 d’un ouvrage : « La photographie, moyen d’expression, instrument de démocratie. » Un pionnier de l’information participative. Rencontré en 2001 au moment de la création du collectif Argos, il inspire le groupe par sa méthode d’associer aux étapes de ses enquêtes sociales « celles et ceux qui en en sont l’objet ».

Autre mentor de l’équipe, le photographe et journaliste nord-américain Eugène Richards. Intransigeant, incorruptible, ses immersions dans les mondes de la misère dure (drogue, maladie, violence...) sont d’un réalisme visuel qui dépasse, selon certaines critiques, la réalité... C’est l’école de W. Eugen Smith.


Erwan Tréanton, maraîcher, pratique une agriculture biologique sur cinquante hectares de terre, à quatre kilomètres de Plozévet (Jéromine Derigny)

Flanqué de ces deux exigeants modèles, l’équipe apporte à son projet ses outils, ses principes, ses idées –dont l’une, essentielle, est de prendre son temps, d’aller et venir sur le terrain, de revenir, pour ne rien oublier, pour ne pas qu’on oublie. Du « slow journalism » encadré par des règles :

  • commencer l’enquête qu’une fois arrivé sur le terrain ;
  • mettre en place, aux côtés des journalistes et photographes professionnels, des ateliers d’écritures ;
  • ouvrir un blog interactif ;
  • « restituer » par des réunions publiques les constats quotidiens.

Une parossienne ghanéenne fréquentant l’église adventiste « Kingdom Christian Chapel International » de Sarcelles (Cédric Faimali/Argos)

Une obsession taraude aussi les « Argonautes » : le relais, d’une génération à l’autre, d’un témoin à un autre. Ne jamais rompre la chaîne des passages d’histoires.

Une « Gueule d’Hexagone » qui nous ressemble

Argos, on le voit, ne laisse rien au hasard. Les lieux à expertiser, à scanner, ne sont pas désigné à la « roulette cartographique ».

Le guide est toujours Windenberger. Six lieux sont définis. Repérés dans ses albums, ils font partie de ses enquêtes en milieu ouvrier et paysan qui courent sur un demi-siècle. Ce sont également des territoires plus ou moins déjà arpenté par le collectif.

Il s’agit de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), Saint-Paul-sur-Ubaye (Alpes-de-Haute-Provence), Sarcelles (Val d’Oise), Plozévet (Finistère), Charmes (Vosges), Marseille (Bouches-du Rhône). Il s’agira de voir et comprendre comment ces villes et villages ont évolué.


Baptême d’Alessandro. La salle où se situe le déjeuner appartient à l’usine Kernéos, située juste à côté (Hélène David/Argos)

Avec ce carcan de références et de protocoles, les récits photographiques et rédactionnels auraient pu en pâtir. C’est tout le contraire. Les photos ont l’énergie des instants vrais et les couleurs sont celles des climats de rencontres.

Les textes, enrichis par les ateliers d’écritures, les « restitutions », ont les mots des témoignages dont on ne doute pas.


Couverture de « Gueule d’Hexagone »

Il passe dans cette enquête la vie, ses modes d’emplois à l’intersection des désirs personnels et de la crise générale. C’est pas forcément pessimiste. C’est même dynamique.

Il est dans ce livre une revue de tranches de destins, de fragments d’histoires étonnantes. L’assemblage profile le portrait d’une France qui se faufile entre les « fatalités » des problèmes globaux et le « prêt à penser » des solutions locales.

Cette « Gueule d’hexagone » ressemble bien à la vôtre, à la nôtre.

Infos pratiques
"Gueule d'Hexagone"
Collectif Argos (12 journalistes, photographes et rédacteurs). Préface Gérard Mordillat.

Edition Intervalles. 288 pages. Format 180 x 240 mm. 32 euros.«  Gueule d'hexagone  » a été réalisé entre la fin 2009 et l'automne 2011. Le livre a pu être éditer grâce à la plateforme numérique de financement contributif Crowdbooks. 344 contributeurs ont apporté, à des sommes diverses, 23 820 euros, dépassant le budget initial fixé à 20 000. Participatif jusqu'au bout.

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  • 24198 visites
  • 11 réactions
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  • Lionel06
    Lionel06
    Dessoucheur
    • Posté à 14h58 le 03/10/2012
    • Internaute 30683
      Dessoucheur

    Merci la France pour ta diversité et pour ta mixité !
    (c’était ma minute émotionnelle)

  • Autist Preaching
    Autist Preaching
    Bourioul
    • Posté à 15h20 le 03/10/2012
    • Internaute 75415
      Bourioul

    Très bien.

    Par contre, j’engage instamment les parents du petit Alessandro à faire quelque chose pour l’éradication de son mono-sourcil.

  • Sylvain7
    • Posté à 15h26 le 03/10/2012
    • 31797

    Il est tout à fait probable que ce livre sera utile à la réflexion et à l’évolution spirituelle de quelques uns.

    Mais « La France », c’est comme « Les Français » (que pas mal de Français écrivent en omettant la majuscule qui s’impose académiquement quand le mot est utilisé comme nom et ne désigne pas la langue) , vouloir globaliser, uniformiser ces deux concepts est totalement incohérent.

    Il y a autant de Français différents qu’il y a de Français. Il n’y a aucun Français qui pense exactement la même chose qu’un autre Français ; et c’est d’ailleurs une excellente chose, car nous nous devons d’être nous même. Quoique nous soyons tous appeler à être de plus en plus aimant avant de nous fondre et retrouver tous au sein de l’Amour Source et Finalité atemporelles et aspatiales.

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 18h00 le 03/10/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

    .

  • huutaa
    huutaa
    Même pas avec des pincettes.
    • Posté à 19h05 le 03/10/2012
    • 183774
      Même pas avec des pincettes.

    David Nebrada.
    D’accord il est Espagnol mais pour nous l’Espagne c’est demain..
    Le portrait me semble plus proche d’une gueule d’hexagone et encore c’est le plus soft.

  • A déménagé le 10-10-2012
    • Posté à 22h15 le 03/10/2012
    • 180180
      non connue

    La démarche est intéressante, en particulier le « slow journalism ». Dommage que la qualité des images présentées (du moins, sur ce blog) soit si inégale, en particulier les cadrages.

  • idolu
    idolu
    riverain
    • Posté à 22h05 le 03/10/2012
    • Internaute 193331
      riverain

    intéressant ce système de Crowdfunding.
    Mais qu’est ce que ça veut dire exactement ? Ca mériterait un article....

    Est du capitalisme participatif ? Que gagnent les contributeurs ?
    Et à quoi sert la somme levée ?
    Question philosophique : peut on devenir actionnaire de projet culturel ?

    Ou est ce un simple moyen qu’on trouvé les éditeurs pour faire porter le risque de l’édition par d’autres ?

    • huutaa
      huutaa répond à idolu
      Même pas avec des pincettes.
      • Posté à 10h50 le 05/10/2012
      • 183774
        Même pas avec des pincettes.

      Sous cette forme là c’est exactement ca, du capitalisme participatif.
      Capitalisme qui peut intervenir sous plusieurs niveaux qui vont aller à la participation simple avec certains avantages rétrocédés jusqu’au financement sous un « statut » de producteur et donc un retour financier s’il en est.
      La démarche qu’elle soit intéressée ou non finance un projet fermé par le droit d’auteur d’où le producteur est exclu.
      Certaines plateformes vont plus loin notamment en musique ou les investisseurs interviennent sur le choix de l’auteur compositeur et financent leur choix par la suite, un genre de star ac.
      Il existe une deuxième forme de crowfunding qui ne va financer que des projets sous creative ou copy left ou meme hors « loi » comme le copy heart et là, la finalité est la création de biens communs ou le créateur est financé pour ca création effective et non la distribution de sa création.
      Le crowfunding permet de financer tous types de projets culturel, photo, films, livres, etc, etc...

  • sixquatre
    sixquatre
    charente
    • Posté à 18h14 le 06/10/2012
    • Internaute 193089
      charente

    J’ai pourtant adoré les Beatles ! Mais la France référence pour moi, c’est celle du Temps des Cerises et de A Joinville le Pont pon pon ! vous imaginez un peu ma ringardise ! ... Et toute la France était d’origine européenne en ce temps là ! La mondialisation sociale est passée par là, et je ne l’accepte pas, pas plus que la mondialisation économique qui nous contraint à aligner nos salaires et conditions de travail sur ceux de l’Inde !

  • A déménagé le 07-12-2012
    • Posté à 07h00 le 07/10/2012
    • Internaute 193008
      non connue

    50 % du pays en PACA ? N’est-ce pas déséquilibré ? Soyons positifs pour une fois que Paris n’est pas l’arbre cachant la forêt !

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