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Mexique : scènes de crimes en campagne

Publié le 17/10/2012 à 11h19

« Lost in the landscape » (Fernando Brito)

Le 7 octobre dernier, au Mexique, le chef du cartel des Zetas, « El Lazca » a été tué près de la frontière avec les Etats-Unis lors d’un affrontement avec des forces gouvernementales. Le lendemain, son corps a été « enlevé » par un commando armé.

Les Zetas forment un cartel de narco-trafiquants d’une violence extrême. D’autres groupes se livrent à des luttes barbares et intestines.

« El Lazca » dit le « bourreau » était soupçonné d’avoir tué une centaine de personnes, dont, en 2004, le journaliste Ortiz Franco, qui enquêtait sur le trafic de drogue.


« Lost in the Landscape » (Fernando Brito)

Fernando Brito est le photographe et éditeur photo du journal El Debate de Culiacan. La ville de Culiacan, au Nord-Ouest du pays, est réputée pour sa concentration de narcos et de trafiquants. Il est aux premières loges de leurs règlements de compte, en contact avec la police, la Croix-Rouge et les services funéraires. Une sorte de Weegee.

Sur les lieux, avant l’intervention des services judiciaires, il photographie les cadavres, les cadrant dans le paysage.

Ces photos sont académiques. Picturales, elles se rattachent par leurs couleurs et leurs formes descriptives à la peinture du XIXe siècle. Celle d’artistes qualifiés par Baudelaire de « peintres de la vie moderne ». Elles évoquent le « Le Dormeur du val » de Rimbaud. Un « dormeur », certes, salement amoché et pas que du côté droit.

La série est exposée dans la galerie parisienne RTR.


« Lost in the Landscape » (Fernando Brito)

Une polémique se fait jour. Rassurons-nous, elle est circonscrite à quelques lignes de quelques gazettes. Ces photographies de nature journalistique seraient choquantes, « gênantes » dans la « volonté de faire art » (du photographe) et l’absence de légendes et de précisions sur leurs circonstances les rendent « un peu gratuites ( ?) » (in Le Monde).

A la place de cette (petite) polémique, voyons plutôt dans ces photographies de cadavres inconnus la représentation d’un monstrueux scandale : celui de ces milliers d’hommes et de femmes mexicains tués avec sauvageries. On en compterait plus de 90 000 en cinq ans. Outre des membres de gangs, c’étaient de simples témoins, des agents, des militants luttant contre les criminels, la corruption ou des migrants essayant de passer la frontière et abattus avant d’y arriver.

Infos pratiques
"Lost in the Landscape"
Par Fernando Brito

Jusqu'au 20 octobre à la Galerie RTR, 42 rue Volta, 75003 Paris.Tel : 01 45 26 04 60

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  • 13 réactions
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  • Kohl
    Kohl
    Dans la rue baisse les yeux!
    • Posté à 12h13 le 17/10/2012
    • Internaute 192818
      Dans la rue baisse les yeux!

    la solution est bien entendu de légaliser la drogue, en priant pour que les gens ne se mettent pas à se droguer comme ils fument du tabac...

  • huutaa
    huutaa
    Même pas avec des pincettes.
    • Posté à 22h30 le 17/10/2012
    • 183774
      Même pas avec des pincettes.

    Merci, c’est vraiment un travail intéressant et qui dépasse le sentiment factuel de l’indignation immédiate pour un travail d’écriture et de réflexion.
    La photographie comme le journalisme écrit n’a plus vraiment de proposition autre que l’immédiateté.
    Au bout d’un moment je me demande quel est l’apport des ces cohortes de morts en Syrie ou d’ailleurs, que peut on, personnellement, faire de ses images ? Que nous apprennent elles et que nous cachent elles.
    Fernando Brito ouvre un espace de silence dans le bruit médiatique et c’est c’est un luxe.

    Le travail me fait rappelle fortement « Landscapes with a corpse » de Imiza Kaoru Lien

  • Sybylle
    Sybylle
    Autodidacte multilingue
    • Posté à 15h36 le 17/10/2012
    • Internaute 117442
      Autodidacte multilingue

    Ca me fait penser à Ciudad Juarez...

    Il serait vraiment temps de changer les lois au niveau international.
    Douce utopie...

  • jpouille
    jpouille
    Fils du vent
    • Posté à 16h44 le 17/10/2012
    • Internaute 31114
      Fils du vent

    Très bons clichés, chapeau bas... enfin la réalité criante pour nous rappeler que rien n’est tout rose en ce bas monde....

  • froitu
    froitu
    Étudiant
    • Posté à 18h15 le 17/10/2012
    • 183434
      Étudiant

    « un centaine de personnes » au début du texte... Sinon, cet article nous rappelle un peu plus la chance que nous avons d’être en France.

  • woolite
    woolite
    gilet jaune
    • Posté à 21h01 le 17/10/2012
    • Expert 140876
      gilet jaune

    très beau travail qui est une forme intéressante de lutte contre la barbarie et la laideur du monde...

  • Germana Samonà
    Germana Samonà
    35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
    • Posté à 21h29 le 17/10/2012
    • Internaute 190077
      35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

    Elles évoquent le « Le Dormeur du val » de Rimbaud. Un « dormeur », certes, salement amoché et pas que du côté droit.

    J’ai pensé à L’Homme blessé d’Alfred Courmes, 1929.

  • sixquatre
    sixquatre
    charente
    • Posté à 21h35 le 17/10/2012
    • Internaute 193089
      charente

    l’humanité a perdu sa majuscule, et ce, depuis fort longtemps !

  • goom
    goom
    citoyen désabusé
    • Posté à 22h23 le 17/10/2012
    • Internaute 19294
      citoyen désabusé

    vachement moins glamour que les morts dans les séries télé !

  • Germana Samonà
    Germana Samonà
    35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)
    • Posté à 08h21 le 18/10/2012
    • Internaute 190077
      35° 35′ 00″ N 27° 08′ 00″ E (...)

    Merveilleux comme la courbe du talus suit bien celle des nuages dans « Lost in the landscape » de Fernando Brito ; -), à titre perso, je trouve juste que ça manque un peu de grain.

  • Zibel
    Zibel
    (soulagée mais vigilante depuis (...)
    • Posté à 09h46 le 18/10/2012
    • Internaute 4355
      (soulagée mais vigilante depuis (...)

    « /.../ voyons plutôt dans ces photographies de cadavres inconnus /.../ »

    « Inconnus », mais pas pour tout le monde, car j’imagine que tous ces gens (avant d’être des cadavres ; -) morts avaient au moins un père et une mère, et peut-être aussi une famille qui a accès à internet...

    Je reste une défenseure convaincue du droit à l’image sur internet, et, autant une exposition temporaire de photos dans une salle ou sur papier me parait être un travail de témoignage indispensable, autant cette diffusion « sauvage », incontrôlée et sans limites sur le net m’interroge voire me choque...

    • Louis Mesplé
      Louis Mesplé répond à Zibel
      Rue89
      • Posté à 11h50 le 18/10/2012
      • Journaliste 4952
        Rue89

      Chère Zibel,

      en ce qui concerne les publications de ces photos sur notre site et dans ma rubrique, elles sont publiées avec l’accord de la galerie et du photographe.
      Sur le site de la galerie, elles sont plus nombreuses et faciles à extraires. J’ai tenu à n’en diffuser que trois. Il existe sur d’autres supports net et papiers les repros de ces photos en diaporama et en grands formats. Mais surtout sans contrôle du texte...

      • Zibel
        Zibel répond à Louis Mesplé
        (soulagée mais vigilante depuis (...)
        • Posté à 12h13 le 18/10/2012
        • Internaute 4355
          (soulagée mais vigilante depuis (...)

        Bonjour M. Mesplé,

        malgré le ton un peu ironique de mon commentaire sur votre formulation, je ne mets pas du tout en doute votre éthique, ni d’ailleurs celle d’aucun journaliste de la Rue (sinon je n’y trainerais plus mes guêtres !), et ma réflexion concerne en effet le net dans son immensité et ses disparités...

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