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Femme/Objet : les photomontages de Linder, artiste radicale

Publié le 10/02/2013 à 17h52

Sans titre, collage original, montage sur magazine,1979 (Linder)

Intitulée « Femme/Objet », une rétrospective de l’artiste britannique Linder est présentée par le Musée d’art moderne de la ville de Paris. Soit plus d’un centaine de photomontages, des photos, des dessins, et quelques boîtes lumineuses et vidéos.

De Linda à Linder, via Dada

Les images normatives de la femme, Linder les a dézinguées de bonne heure. D’abord la sienne. De son vrai nom Linda Mulvey, né en 1954 près de Liverpool, elle entre la crête en avant dans la punkitude d’un Manchester déglingué par la crise économique des années 1970, et prend pour pseudonyme « Linder », puis « Sterling » en patronyme.

Linder, ça se veut un peu allemand. Ça flirte avec les signes nazis que les punks affichaient dans leur haute époque pour horrifier le monde. Mais le père culturel de Linda/Linder est John Heartfield, celui qui a combattu efficacement la propagande nazie avec des ciseaux, des photos, et un un pot de colle.

Linder, ça fait tous les genres et c’est ce qu’elle fait. A la fois photographe, photomonteuse, chanteuse, musicienne, performeuse, etc. Elle modifie son corps par des exercices de body-building pour casser les rondeurs : on l’a vue en tailleur de viande fraîche et on ne voit pas ce qu’elle n’a pas essayé comme provocations et transgressions. Revival dadaïste.

Dans ce lot d’interventions radicales, la pratique du photomontage est la constante artistique. Ecrit en grandes lettres sur un mur de l’exposition, cette phrase de Linder :

« Les collages sont un excellent moyen de déconstruire la manière dont d’autres nous imposent leur vision du monde. »

L’héritière de John Heartfield et Hannah Höch

L’historienne d’art et commissaire d’exposition Emmanuelle de l’Ecotais rappelle dans sa présentation analytique de l’artiste les connections artistiques et idéologiques entre Dada, Heartfield et le photomontage inventé par Hannah Höch et Raoul Hausmann en 1918. Linder est en bout de piste.


Oh grateful colours, bright looks II, photomontage original,collage sur photo de Tim Walker, 2009 (Linder)

Hannah Höch utilisait un couteau de cuisine pour ses montages. Elle exprimait tout en finesse et nuances sa critique d’une morale bourgeoise instituant la division des sexes. Linder ne fait pas dans la dentelle, même si elle travaille au scalpel sur une table de verre. On pourrait avancer qu’elle est l’héritière de Hannah Höch pour son parti pris politique féministe et de Heartfield pour l’efficacité.


Couverture du single « Orgasm Addict » du groupe punk rock« Buzzcocks »,1977 (Linder)

Pour le féminisme de Linder, dire qu’il est radical est faible. Puisqu’on est dans les filiations, si on demande les filles, les Pussy Riots ou les Femen pourraient les faire, en actualité et énergie militante.

En 1977, pour le single du groupe punk rock The Buzzcocks intitulé « Orgasm Addict », elle crée une image qui porte ce nom. Image surréaliste pure : un corps nu féminin (extrait de la revue Photo) a pour tête un fer à repasser (sorti d’un catalogue) et des lèvres en lieu et place des seins. Image fondatrice.

Les lèvres au centre de son travail

Il y aura d’autres ustensiles ménagers sur d’autres corps nus. Les lèvres, avec les fleurs et les gâteaux, ces éléments associés à « l’éternel féminin », Linder va les détourner salement de leur fonction.

Les lèvres, pas besoin de faire un dessin : bonnes à tout faire, tous terrains. D’autant que :

« Le fait que les femmes ont plus d’une paire de lèvres est au centre de mon travail », dit-elle.

Linder va les gonfler comme des pneus de 4x4, et torpiller avec elles tous les secteurs et vecteurs de « l’image idéale de la femme autant dans les magazines érotiques que dans les revues automobiles, culturelles ou culinaires, toutes époques confondues ».

Fleurs et gâteaux

Autre inscription murale :

« Je suis aussi intriguée par les représentations de la femme dans Playboy que je le suis quand je vois des femmes dans Elle. »


Troïka, photomontage original, collage sur page de magazine ,avec l’aimable autorisation de Maureen Paley ,2008 (Linder)

« Intriguée » est sûrement un euphémisme. Sans doute veut elle exprimer son incompréhension devant la pérennité, à des titres différents, du corps de la femme plate-forme de tous les usages marchands.

Les fleurs, des roses en général, symbole de l’amour pur, courtois, gnangnan, elle les place au bon endroit, au bon moment, sur des scènes pornographiques hétéros et homosexuelles.

Et même, transgression dans la transgression, elle ira jusque à faire descendre de son piédestal fétichiste ce pauvre Pierre Molinier et ses autoportraits travestis. Quelquefois, Linder est gentille et poétique, et ses collages ressemblent à ceux de Prévert. Des animaux étranges s’y posent.


Sans titre, photomontage original, collage sur double page de magazine, 2009 (Linder)

Quant aux gâteaux, c’est autant d’attentats pâtissiers sur les minois et les minous de playmates peut-être détachées de la page trois du Sun.

Si le mauvais goût était une notion sûre, Linder aimerait bien que l’on dise que tout cela est du « mauvais goût » (ou alors...). Un mauvais goût très libérateur.

Infos pratiques
"Linder Femme/Objet"
Musée d'art moderne de la ville de Paris

11, avenue du Président Wilson 75116 ParisOuvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h (fermeture des caisses à 17h15)Nocturne le jeudi jusqu'à 22h (fermeture des caisses à 21h15).Standard : 01 53 67 40 00

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  • 31 réactions
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  • margot
    margot
    Ne peut plus poster, ne voit (...)
    • Posté à 18h42 le 10/02/2013
    • Internaute 10060
      Ne peut plus poster, ne voit (...)

    « Pour le féminisme de Linder, dire qu’il est radical est faible. Puisqu’on est dans les filiations, si on demande les filles des Pussy Riots ou des Femen pourraient les faire, en actualité et énergie militante. »

    Je ne comprends rien à cette phrase.

    « Et même, transgression dans la transgression, elle ira jusque à faire descendre de son piédestal fétichiste les autoportraits travestis de ce pauvre Pierre Molinier. “

    de *leurs piedestaux fétichistes”, alors, non ?

    Bon, bref, c’est con, je suis très intéressée par cette expo et tout, mais cet article est vraiment très mal écrit. Désolée.

    • Tremolos
      Tremolos répond à margot
      Branleur censuré (2)
      • Posté à 18h55 le 10/02/2013
      • Internaute 192528
        Branleur censuré (2)

      Cherchez pas, c’est de « l’art », l’article autant que la production de l’artiste.....
      Y’a rien a comprendre, ou peut etre que si.... seul les experts auront le fin mot.

    • Louis Mesplé
      Louis Mesplé répond à margot
      Rue89
      • Posté à 19h09 le 10/02/2013
      • Journaliste 4952
        Rue89

      C’est corrigé. Petit bug. Lire : ....si on demande les filles, les Pussy Riots et les femen pourraient les faire...

      Pour la seconde phrase si vous préférez ...faire descendre de son piédestal fétichiste ce pauvre Molinier et ses portraits fétichistes...

      • margot
        margot répond à Louis Mesplé
        Ne peut plus poster, ne voit (...)
        • Posté à 19h51 le 10/02/2013
        • Internaute 10060
          Ne peut plus poster, ne voit (...)

        1/ « faire les filiations » ? heu... nan.
        2/ah ben non, pas deux fois fétichiste, quand même...
        Oui, je sais, chuis chiante.

      • DikéJu
        DikéJu répond à Louis Mesplé
        Dodue la Morue, entrepreneuse
        • Posté à 08h42 le 11/02/2013
        • Internaute 188622
          Dodue la Morue, entrepreneuse

        Faudrait pas oublier quand même que le féminisme radical est un courant du féminisme qui critique les Femen et les Pussy Riots (et dont les Femen et Pussy Riots ne se réclament pas).

  • A déménagé le 14-02-2013 2
    • Posté à 18h45 le 10/02/2013
    • Internaute 197388
      non connue

    Je sens que vous allez réveiller le courroux de toutes les féministes......

  • a déménagé 22-03-2013
    • Posté à 18h59 le 10/02/2013
    • 198321
      non connue

    Et moi je comprends pas celle là :

    « Quant au gâteaux, c’est autant d’attentats pâtissiers sur les minois et les minous de playmates peut-être détachées de la page trois du Sun. »

    Cela étant dit, tous ces gâteaux, c’est du terrorisme non ?
    Aspirer, repasser... Mmmm... avec plaisir ^^

    Minou, minou, minou..

  • anini
    anini
    terrienne de souche !
    • Posté à 18h59 le 10/02/2013
    • Internaute 51759
      terrienne de souche !

    Deux beaux yeux ,le droit percé par la dent d’une fourchette ,le gauche par une cuillère !

  • Paco Picopiedra
    Paco Picopiedra
    Ami de Crackity Jones
    • Posté à 19h25 le 10/02/2013
    • Internaute 197242
      Ami de Crackity Jones

    Buzzcoks, oui...

  • Indépendant sur 89
    Indépendant sur 89
    Fier de l'être
    • Posté à 20h31 le 10/02/2013
    • Internaute 198340
      Fier de l'être

    « Un mauvais goût très libérateur »

    Pourquoi libérateur ?

  • Indépendant sur 89
    Indépendant sur 89
    Fier de l'être
    • Posté à 20h36 le 10/02/2013
    • Internaute 198340
      Fier de l'être

    « Linder est en bout de piste. »

    Ca c’est bien vrai ! .

  • Indépendant sur 89
    Indépendant sur 89
    Fier de l'être
    • Posté à 20h37 le 10/02/2013
    • Internaute 198340
      Fier de l'être

    « le féminisme de Linder, dire qu’il est radical est faible »

    Vraiment très faible...

  • Indépendant sur 89
    Indépendant sur 89
    Fier de l'être
    • Posté à 20h39 le 10/02/2013
    • Internaute 198340
      Fier de l'être

    « Le fait que les femmes ont plus d’une paire de lèvres est au centre de mon travail », dit-elle.

    Nous avons échappé aux trous.

  • Indépendant sur 89
    Indépendant sur 89
    Fier de l'être
    • Posté à 20h41 le 10/02/2013
    • Internaute 198340
      Fier de l'être

    « Les collages sont un excellent moyen de déconstruire la manière dont d’autres nous imposent leur vision du monde. »

    Ca fait du bien, heiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin ?

  • Isaton
    Isaton
    Sans
    • Posté à 22h04 le 10/02/2013
    • Internaute 78614
      Sans

    Je suis allé voir l’exposition, assez intéressante, sauf qu’il me semble qu’elles tournent sur elles-mêmes (l’artiste et l’expo). Bref, une espèce d’enfermement qui m’a fait quitter les lieux avec tranquillité.

  • DiaboloSatanas
    DiaboloSatanas
    Fou du volant
    • Posté à 22h10 le 10/02/2013
    • Internaute 79165
      Fou du volant

    ..

  • Zééva
    Zééva
    Autistement vôtre...
    • Posté à 06h58 le 11/02/2013
    • Internaute 191780
      Autistement vôtre...

    Punk is not dead !

    • C. Creseveur
      C. Creseveur répond à Zééva
      D'actualité, de dessin surtout
      • Posté à 17h49 le 13/02/2013
      • Internaute 7715
        D'actualité, de dessin surtout

      Punk is not dead mais Punk n’a plus de dent !

  • Rhesus K
    Rhesus K
    outrée l'outre!
    • Posté à 08h25 le 11/02/2013
    • Internaute 194199
      outrée l'outre!

    Pas lu l’article après le premier paragraphe, suffisant pour imaginer la ’controverse littéraire’ qui s’est développée derrière, mais rapport aux images c’est pas trop mal. Très féminin, sans perdre trop de force d’impact (en général je préfère les filles qui ’peignent comme un homme’, pour cette même histoire d’impact, mais il y a quelques exceptions, qui me permettent de garder des idées pas trop arrêtées.)

    Mais pourquoi faut-il toujours que les femmes, enfin pas toutes mais beaucoup, mettent une dimension sexuelle grosse comme un pavé dans leurs pièces ?

    • Razielle
      Razielle répond à Rhesus K
      Artiste
      • Posté à 09h41 le 12/02/2013
      • Internaute 190854
        Artiste

      Si vous aviez lu l’article, vous le sauriez.

      • Rhesus K
        Rhesus K répond à Razielle
        outrée l'outre!
        • Posté à 19h04 le 12/02/2013
        • Internaute 194199
          outrée l'outre!

        C’e pas parce que je pose une question que je ne connais pas la réponse.. qui englobe une idée plus vaste que ce cas particulier..

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 08h40 le 11/02/2013
    • 49273
      Petit agité

  • Deamon7
    Deamon7
    Petit agité
    • Posté à 08h47 le 11/02/2013
    • 49273
      Petit agité

    Et celle-là elle est pas chou ?

  • GUSTAVSON
    GUSTAVSON
    Militant précaire
    • Posté à 10h54 le 11/02/2013
    • Internaute 159360
      Militant précaire

    La femme objet se retranscrit par l’image, elle lutte aussi parfois en chanson contre la condition que la domination masculine semble vouloir lui imposer... Pour se faire, rien de tel que de se centrer sur la source de bien des maux sexistes, la couille !

  • Xelandre
    Xelandre
    Devin plombier
    • Posté à 22h02 le 11/02/2013
    • Internaute 146271
      Devin plombier

    Je songe davantage à Klaus Staeck (pour les collages ironiques sur la société de consommation et la publicité), ainsi qu’à Hans Bellmer (pour sa réification délirante du corps féminin) qu’aux photomontages politiques de John Heartfield.

    Mais les échantillons présentés, qui ne s’approchent guère des exemples que je cite, ne m’incitent pas à faire un détour.

  • lally
    lally
    professeur
    • Posté à 23h44 le 11/02/2013
    • Expert 51226
      professeur

    Je trouve le travail plat, le message facile, et la réalisation sans profondeur.

    J’ai plus l’impression d’être face à une expo snob parisienne bien sponsorisée par la FIAC et le marché de l’art américain que d’être face à une véritable artiste avec un réel savoir pictural et un véritable message.

    Voir du féminisme là-dedans c’est un peu abusé. A moins que l’auteur de l’article réduise le féminisme à une mise en scène, ce qui serait pour le coup, un contresens total.

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