On est là pour voir

des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

Attention, cette photo de Barry Frydlender est truquée

Publié le 18/05/2008 à 20h12

Lors de la dernière manifestation pour la paix, en 2003 (Barry Frydlender).

Depuis l’avènement de Photoshop (milieu des années 90) Barry Frydlender réalise des fresques photographiques (de 2 mètres de large en moyenne) très lissées. D’apparences représentatives de scènes, dont le vrai ne saurait être mis en doute, ces photographies recèlent, à l’examen, des indices de faux. Difficile cependant pour les observateurs non avertis de déceler les manipulations apportées, tant ces trucages sont soigneusement réalisés.

C’est voulu. « Je m’efforce, dit Frydlender, de laisser des signes pour montrer au spectateur qu’il s’agit de photos trafiquées ». Très bien. Mais pourquoi faire du vrai avec du faux quand, déjà pour le vrai, de nos jours, « on n’en croit pas nos yeux » ? Faire entrer dans l’image la complexité de la société dans laquelle il vit

Réponse théorique : Barry Frydlender se glisse entre deux pensées et techniques photographiques, celles de Garry Winogrand (1928-1984) et celles de Jeff Wall. Le premier est l’auteur d’une fameuse phrase : « Je photographie pour savoir à quoi ressemble quelque chose quand c’est photographié. »

De formation photojournaliste, il n’a eu de cesse de rechercher les distorsions dans le réel et tout ce qui est hors norme, persuadé qu’au départ de la création du monde, il y a eu une erreur quelque part... Pas bête. Jeff Wall, quant à lui, ses mises en scènes sont des compositions, dans la tradition de la peinture figurative, régit par une dramaturgie sociale, sexuelle, raciale, etc.

Barry Frydlender, né en 1954 en Israël, habite Tel-Aviv, n’en reste pas à l’évidence de ces influences. Sa singularité qui en fait un des chefs de file de la photographie israélienne provient de son souci quasi obsessionnel de faire entrer dans l’image la complexité de la société dans laquelle il vit.

« Un bâtiment aurait été détruit pendant l’élaboration de l’oeuvre »

Le numérique est une aubaine pour rassembler les codes visibles, couper-coller des scènes prises sur le même lieu à des moments différents, synthétiser des ensembles pour bien marquer les contradictions entre les choses immobiles vouées à l’éternité (religion et traditions) et aux questions, mobiles et instables, du présent (guerre et modernité).

Ce dispositif compliqué est-il suffisant pour rendre compte d’une histoire plus compliquée encore ? La dernière photo de l’exposition, intitulée « La limite Yaffa/BatYam “ (ci-dessous) montre une fillette arabe de Jaffa dans un geste pressé de récupération de sa sandale.

Devant elle, et son regard inquiet, un espace blanc qui ampute la photo de son dixième. La raison de ce ‘blanc’, étonnant dans la série, est technique. C’est, selon le service de presse, ‘qu’un bâtiment aurait été détruit pendant l’élaboration de l’oeuvre’. Sans mettre en doute cette explication, voilà un état que n’est pas arrivé à traduire la numérisation...

Barry Frydlender. Israël. Présent composé. exposition au musée d’Art et d’Histoire du judaïsme, 71, rue du Temple, Paris IIIe - jusqu’au 25 mai - livre-catalogue, 95p., 36€ - plan.


La limite Jaffa/Bat-Yam en 2004 (Barry Frydlender).

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  • alexandre-villeneuve
    alexandre-villeneuve
    twitter.com/referencement
    • Posté à 22h47 le 18/05/2008
    • Internaute 31019
      twitter.com/referencement

    Salut,

    A priori c’est plutôt Barry FrydlEnder (avec un E).

    Petite interview de l’artiste : Lien

    Petite analyse d’une de ses photos :
    Lien

    Le concept est intéressant, mais je ne trouve pas de photos assez grandes pour avoir un avis.

    • Yann Guégan
      Yann Guégan répond à alexandre-villeneuve
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
      • Posté à 23h51 le 18/05/2008
        éditeur
      • Journaliste 1836
        Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

      C’est corrigé, merci pour votre vigilance !

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 13h36 le 20/05/2008
    • Internaute 29846
      menuisier

    Même avis que Alexandre sur la taille des photos (limite technique je suppose).
    Merci pour les liens.

  • ysengrimus
    • Posté à 11h35 le 24/05/2008
    • Internaute 12674

    Ah le photoshopping, c’est en train de devenir une petite procédure hautement risquée et bien peu recommendable...

    Lien

    Paul Laurendeau

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