On est là pour voir

des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

Catherine Poncin reconstruit les images de la mémoire immigrée

Publié le 31/10/2007 à 11h50

’Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis’, par Catherine Poncin.

Catherine Poncin est une post-photographe, comme l’explique l’historien d’art Paul Ardenne. Post-photographe comme post-production : Catherine Poncin recueille, un peu partout, du marché aux puces aux fonds abandonnés, le tout venant, banal, de l’image photographique. Puis elle sélectionne un cliché pour sa valeur potentiellement mémorielle, et commence son investigation.

Une investigation commence. Le cliché est défriché, déchiffré grain par grain. Le but de cette plongée dans le coeur de l’image est de repérer le fragment-clé de son histoire. Rephotographié, agrandi, cet élément est réintégré dans la surface photographique proportionnellement à sa puissance évocatrice, génératrice de l’acte photographique. Voilà la base de la recherche artistique, plastique, de Catherine Poncin, commencée il y a vingt ans et intitulée : « De l’image par l’image. »

Les familles ont ouvert leur appartement et leurs albums à la photographe

Aujourd’hui, deux expositions, sous le titre « Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis » actualisent cette démarche. A l’initiative du Centre d’art actuel en réseau Synesthésie, il lui a été proposé en 2006 de se pencher sur des photographies de familles issues de l’immigration maghrébine, résidentes en Seine-Saint-Denis.

Ces dernières lui ont ouvert leurs appartements et leurs albums, et Catherine Poncin a pu travailler sur beaucoup d’instantanés. Sans doute, ces papiers rectangles colorés, ou noir et blancs, ou jaunies, sont-ils plus précieux pour des communautés, des familles très éloignées, qu’une mer sépare. Ils signifient le lien visuel permanent à des souvenirs de lieux et d’affection.

Mais sur ces photographies, il y aussi des oublis, des « lapsus » visuels, des premiers plans qui s’efforcent sans y parvenir d’oublier ou de cacher les seconds. Ces surfaces sensibles, comme on disait au temps de l’argentique -et qui le reste sous le règne du numérique- sont des terrains minés.

Un travail de collage qui révèle des tranches de vie

Avec délicatesse et humilité, la plasticienne décolle et recolle les morceaux. Il arrive que deux photos n’en fassent qu’une. Les indices représentatifs de fractures -et l’immigration en a bien plus que sa part- sont grossis. Il en est beaucoup de très joyeux. Les tranches de vies sous-jacentes à l’image retrouvent leurs poids de réalités en « tenant leur place » sur la nouvelle photographie. Le coin de la nostalgie est réévalué en tant que moment de petite ou de grande histoire, le « détail » de l’histoire réhabilité en partie essentielle de mémoire.

Le pathos de la photo de famille en prend un sacré coup. A l’exposition, il est révélé par les rephotographies de Catherine Poncin (mariée à un Marocain) l’irrépressible cheminement des hommes, des femmes et leur non moins inexorable mélange. A le voir, à le savoir, serions-nous tous, sans exception, passés dans l’ère de la post-immigration ?

► Vis-a-vis, Seine-Saint-Denis, exposition de Catherine Poncin - au théâtre Gérard-Philippe, 59, boulevard Jules-Guesde, Saint-Denis (93) jusqu’au 16 décembre - Rens. : 01-48-13-70-10 - à l’espace Khiasma, 15, rue de Chassagnole, Les Lilas (93), du 25 octobre au 21 décembre.

Les photographies de Catherine Poncin sont diffusées par la galerie Les Filles du Calvaire, 17, rue des Filles-du-Calvaire, Paris IIIe. Nous conseillons d’aller y voir en ce moment l’exposition de Corinne Mercadier (en particulier au 1er étage).

Catherine Poncin, de Paul Ardenne - éd. Filigranes - 2000 - 27,44€.


’Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis’, par Catherine Poncin.

Les deux textes ci-dessous sont des récits écrits par Catherine Poncin, où elle évoque les rencontres qu’elle a faites pendant son travail.

Cité de l’espoir à Montreuil.

La rencontre se situe dans les années 60.

Nicole était « sortie » ce soir là accompagnée d’une amie et de deux « chevaliers servants » .

Il y avait du monde dans ce café parisien où l’on pouvait ’prendre un café’ et écouter à la carte des chansons d’amour grâce à la magie des juke-box .


’Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis’, par Catherine Poncin.

La police fit éruption dans la salle ; « contrôle d’identité“. Il y a eu un vent de panique, même si, pour la plupart des consommateurs cet évènement ressemblait à tant d’autres vécus depuis leur arrivée en France.

Au moment précis où un policier se dirigeait vers la table de Nicole, elle sentit une main chaude s’immiscer dans la sienne et une voix déclamer : ‘ elle est avec moi ! .

C’est ainsi que la blondeur irradiante de Nicole ; jeune fille fraîchement arrivée des corons - permis d’éviter à Rachid le contrôle des papiers, la fouille au corps et la garde à vue.

Il était très beau jeune homme aux cheveux bruns, à la peau mate et un sourire...


’Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis’, par Catherine Poncin.

Il habitait dans les baraquements - habitations précaires situées sur les chantiers pour lesquels Rachid travaillait depuis son arrivée sur le territoire.

Nicole ne quitta plus sa main !

Ils firent de nombreux voyages en Algérie durant leurs congés annuels dans le village de Rachid Ain Azel situé dans willaya de Sétif notamment pour présenter Nicole à la famille qui l’habilla de ’robes arabes’ pour les photos, lors de la naissance des fils Nabil et Mehdi qui succédèrent à leur union.

A l’occasion de chaque séjour chacun enregistre en photo couleur’ les rencontres, les fêtes, les petits-enfants embrassant les aïeux que l’on voit peut-être pour la dernière fois.

Il ne sera d’ailleurs certainement pas possible de faire le voyage pour les accompagner au cimetière, ‘ on a pas des congés facilement et on enterre vite dans la religion musulmane !

Quelques fois Rachid part seul ou avec l’un et l’autre de ses fils.

Pour la circoncision de Mehdi, on repoussait chaque année l’événement, il avait treize ans finalement lorsqu’on l’a baptisé’ , Nicole n’a pas eu le courage d’y assister... cette fois là elle a passé l’été en France... ‘ Puis il y a eu la décennie noire et durant cette période ; on n’y est pas retourné...’

Il a eu de décès accidentel de Nabil le fils aîné. Nicole fleurit les photographies de fleurs en tissus qu’elle porte ensuite au cimetière de Montreuil, Rachid dépose un bouquet de menthe fraîche piqué dans un verre à thé.


’Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis’, par Catherine Poncin.

Madame et Monsieur Benchoula vivent depuis plus de vingt ans ‘ cité de L’Espoir’ . Pour quelqu’un qui ne connaît pas Alger, cette cité, elle pourrait ressembler à la Casbah avec ses toits en terrasses, ses mosaïques en façade.

L’espoir ici ‘ tout le monde’ le garde... les choses s’arrangent... à l’époque se marier avec un Arabe c’était mal vu ! Le racisme on a connu ça tous les deux ! Il y en aurait des choses à raconter ! Aujourd’hui les couples mixtes il y en a beaucoup.

D’ailleurs, Mehdi va être papa dans quelques mois, son fils s’appellera Alexandre.

Sa compagne est Israélienne ; ils vivent à Londres.

Il y a longtemps qu’il n’est pas allé en Algérie.

Pour présenter son fils, peut-être y retournera-t-il bientôt ?

Juin 2006. Sur l’invitation de Mehdi et Nicole Rachid Benchoula.

Journal de la résidence

Ismaël Hajji, épicier aux Lilas

Même les tubes de mayonnaise semblent sourire lorsque Ismaël Hajji pénètre son épicerie de la Rue de Noisy-Le-Sec.


’Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis’, par Catherine Poncin.

La tonnelle verte abrite les fruits frais ; les bocaux de multiples bonbons roses ; on y entre comme s’il s’agissait d’une pièce généreuse de son appartement.

Ismaël connaît cependant d’autres passions que l’épicerie ; depuis qu’il est tout jeune il pratique le football et perpétuer le marathon.

Lorsqu’il me fait découvrir ses albums, des centaines de photographies en témoignent. De Tefret, son village natal près de Tiznit aux villes de la Seine St Denis : stades, parcours et médailles se succèdent.

C’est par cet élan sportif et heureux qu’Ismaël semble avoir franchi les frontières pour s’installer aux Lilas en 1976.

Un autre grand centre d’intérêt l’habite : la photographie !

Son sujet ? le portrait - plus particulièrement l’autoportrait...

Des quantités de prises en studio se succèdent réalisées au Maroc en noir et blanc, puis des couleurs, des Photomaton... Les tenues y sont chaque fois différentes : habillées, décontractées, sportives, les cheveux tantôt coiffés, tantôt attachés ou hirsutes.


’Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis’, par Catherine Poncin.

Le regard d’Ismaël se projette puis se révèle.

Le parcours entre le Maroc et la France y est retracé à travers le charme indéniable du jeune homme.

C’est lors de vacances au pays qu’il rencontre sa future femme à Casablanca.

Elle est originaire du même village que lui. Ils feront un mariage d’amour.

Ils ont aujourd’hui trois enfants qui sont étudiants et viennent ‘ piquer’ des paquets de ‘ Pépito’ pour leur quatre heures.

L’épicerie porte le nom de sa fille Camelia, belle comme une rose des sables.

Avril 2006.


’Vis-à-vis, Seine-Saint-Denis’, par Catherine Poncin.

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  • Anonyme

    Trop facile !
    Reprendre de vieilles photographies,y déverser ses phantasmes et ses nostalgies et se dire artiste.Le comble,c’est trouver des Ardenne,des Mesplé pour nous abreuver de mots pompeux d’une démarche,somme toute,commune à beaucoup de pseudo artistes qui se cherchent une place dans le monde de l’art contemporain.
    C’est pourtant évident que la photographie possède des alternatives autres que documentaire ou esthétique,encore faudrait-il aller chercher des artistes qui ont vraiment quelque choses à dire.L’image fixe recèle de propiétés encore inexploitées débouchant vers des réflexions plus enrichissantes pouvant créer des espaces de réflexions inexploités à ce jour.

    merci Rue 89

  • Anonyme

    Quel verbiage !
    C’est bien la marque du critique d’art contemporain : un peu de simplicité que diable !
    Montrez-nous des images au lieu de vous borner à en parler, donnez à voir à ceux qui ne peuvent se déplacer !
    La démarche de la photographe est sans doute intéressante, mais quelle piètre publicité lui est faite !

  • Puttermesser
    • Posté à 10h55 le 01/11/2007
    • Internaute 6280

    « des oublis, des “lapsus” visuels, des premiers plans qui s’efforcent sans y parvenir d’oublier ou de cacher les seconds. »
    Rien que sur ce point, on pourrait passer des heures !
    La loghorée de l’art contemporain est insupportable et manque son sujet, de manière systématique !
    Illustrez, montrez, échangez avec la « plasticienne », interrogez plus avant sa démarche.
    Deux de choses l’une : soit il y a des lapsus visuels, qui sautent aux yeux et qui sont recontextualisés par la plasticienne dans ce cas : montrez-les nous !
    Soit il n’y a rien de tout cela, et c’est un fantasme de critique qui vourdait tant que son sujet réponde à ses attentes.

  • Anonyme

    tout est la
    vous nous vendez du fantasme, mais lequel
    de vagues vignettes invisibles
    l’idée est séduisante mais commune
    internet est plein de sites ou des minorités mettent en ligne des images de mondes oubliés (exemple le plus flagrant tous les sites consacrés aux pieds-noirs : un travail pourrait y être fait sur les absences : jamais les communautés ne se mélangent contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire)
    montrez nous à voir des images plutôt que vos élucubrations
    amicalement
    Emile

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 11h49 le 03/11/2007
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Qu’importe les mots, juste les photos
    Bravo !
    Lien

  • Anonyme

    Post-photographies ou images ? puisqu’il y a collage, agencement, intervention... En tout cas le résultat (au théâtre Gérard Philippe, Saint-Denis) est aussi beau qu’émouvant. C. Poncin témoigne d’un infini respect de l’histoire, elle transforme un sujet souvent douloureux en émotion, bonheur.
    Hanah9

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