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Dityvon, un photographe est passé

Publié le 17/06/2008 à 15h53

Leica à l’œil, il avait parcouru en 1967 pour la première fois les bidonvilles de La Courneuve, les lieux ouvriers de la mine ou de la pêche. Dityvon était, avec Elie Kagan et Gilles Caron aujourd’hui disparus, le plus proche des révoltes de mai 68, ce « mouvement » qui décida d’une vie et d’un style de photographie.


A Zanzibar (Dityvon).

Mai 2008, le mois le plus con est terminé. De 68, les feuilles magazines et autres en ont digéré les choux gras et entament des choses tout aussi roboratives, le CD de Carla, la nouvelle femme tronc de TF1… ; le père et le fils Glücksman doivent se reposer après ce mois de Marie à courir de télé en radio ; les iconographes ont rangé les clichés en fichiers.


Dityvon (Yolande Finkelstajn).

Dityvon (de son vrai nom Claude Raymond dit Yvon) est mort d’un cancer le 3 juin dernier. Il avait 71 ans. Ce photographe était (avec Elie Kagan et Gilles Caron aujourd’hui disparus) le plus proche des révoltes de mai 68. Pour Dityvon, qui avait parcouru en 1967 pour la première fois Leica à l’œil les bidonvilles de La Courneuve, les lieux ouvriers de la mine ou de la pêche, ce « mouvement » décide d’une vie de photographe et d’un style de photographie. La vie du photographe est faite d’exigences intellectuelles, du dédain de la concession, de la mise à distance du marché. Le style, c’est l’échappée de cette rigueur par des diagonales de flous, des mystères de clartés, et toujours des noirs et blancs à la limite de l’extinction des feux.


A Paris, rue de Fourcy (Dityvon).

Ça, c’est pour le versant poétique de l’image ; sa conception formelle du « mouvement » comme « invention du sujet ». Elle est légitimée par le Prix Niepce en 1970. Côté concret, il est en premier avec d’autres aux regards neufs, attentifs aux vastes « domaines de luttes » post 68, à ouvrir l’agence Viva en 1972. Ces photographes sont néanmoins tous hantés (trop ?) par Cartier-Bresson, Robert Franck, les américains, le modèle Magnum. Echec collectif. Dix ans plus tard, il fermera le dernier la porte de Viva comme il explique dans un entretien sur France Culture avec Serge Daney le 29 décembre 1985. (Ecouter le son)


Pialat (Dityvon).

La rencontre avec Serge Daney n’est pas fortuite. Ce sont deux « cinéfils ». Si le premier habite, parle et écrit dans et de la maison cinéma, Dityvon sait -on ne le sait pas assez- que la photo fait partie des fondations et, contrairement aux apparences , elle en est finalement fort éloignée. Il voit le trait d’union dans les auteurs, les acteurs, les équipes, dans ce travail collectif où, aux alentours de l’instant clap du « mouvement » cinématographique, s’installent les échafaudages de l’œuvre. Cela produit en 1985 l’« Album de Tournages » publié par les Cahiers du Cinéma. (Ecouter le son)


A Kérascoët, en Bretagne (Dityvon).

Constante de ses photographies et de ses recherches, le corps est sans cesse bouleversé, trituré, exprimé jusqu’à la liberté de sa disparition. (Ecouter le son)

Le social, le cinéma, mais aussi le jazz, la danse, et tous les appels du grand large pour ce natif de La Rochelle. Fatalement le chemin de Rimbaud, puis celui de Zanzibar, les routes de la Chine…


A Zanzibar (Dityvon).

On aura compris en voyant ces images que cet homme libre, éclectique, échappe à tel ou tel qualificatif spécialisé, à l’étiquette. Il n’est donc pas en tête des agendas « professionnels de la profession ». A celui qui décrivait la photographie comme « un art intimiste, la poésie dans la littérature, un langage un peu abstrait… », c’est, paradoxalement, le spectaculaire festival Visa pour l’image qui offre une vraie rétrospective en 2005.

On retrouvera longtemps la photographie de Dityvon dans ces petits livres (une vingtaine) de maisons d’éditions aussi discrètes, aussi artisanalement essentielle que lui. Et de mai 68, des photos lointaines, dont il voulait dernièrement que l’on en parlât moins que de celles à venir, elles tiennent et tiendront encore, toutes modes bues, le haut du pavé.


Mai 68 (Dityvon).

Mai 68 comme un souffle Hommage à Dityvon - Union des Photographes Créateurs (UPC), 121, rue Vieille-du-Temple, 75004 Paris - Tél. : 01 42 77 24 30 - A partir du 1er juillet. L’expo sera ensuite présentée dans les universités de Brest, Rennes, La Rochelle, Le Mans et Angers jusqu’en décembre.


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  • profgryzzli
    profgryzzli
    Jeune
    • Posté à 20h59 le 17/06/2008
    • Internaute 42621
      Jeune

    Merci à l’auteur de m’avoir fait découvrir un photographe qui, me semble-t-il, mérite un peu de recherche de ma part.

    Je regrette dans l’article aucune dimension biographique (âge par exemple) qui aurait permis d’approfondir quelque peu et de situer directement la personne ; au moins pour les néophytes tels que moi.

    Une question : un titre pour la dernière photo, la première et la troisieme ? Histoire d’essayer de les attraper en plus gros format sur le oueb ?

  • Citoyenne_lambda
    • Posté à 22h19 le 17/06/2008
    • Internaute 35943

    Un vrai bonheur de « retrouver » Dityvon...
    Merci

  • Armand_B
    Armand_B
    Photographe
    • Posté à 23h22 le 17/06/2008
    • Internaute 44453
      Photographe

    Merci Louis, pour ce rappel nécessaire, pour ce grand photographe, qui a toujours refusé la facilité et que l’on a jamais reconnu à sa vraie valeur, alors que tant d’autres...

  • dulconte
    dulconte
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 00h40 le 18/06/2008
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    Y a des jours j’me qu’il vaudrait mieux que je revende mon boitier....

    Sublime, merci :)

    • leconcombrevert
      leconcombrevert répond à dulconte
      La vraie vérité > : -))
      • Posté à 16h52 le 18/06/2008
      • Internaute 8843
        La vraie vérité > : -))

      Surtout pas, Dulconte ! :)

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 07h32 le 18/06/2008
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Merci pour cet article. Magnifiques photos. Quel art dans le noir et blanc, le jeu des lumières. Vraiment Dityvon avait l’oeil. Quel dommage de devoir employer le passé !

    Merci encore.

  • solstice
    solstice
    pigiste
    • Posté à 16h24 le 18/06/2008
    • Internaute 38451
      pigiste

    Aaaaahhh, enfin un article utile sur mai 68, loin des clichés (j’ai pas fait exprès), du passéïsme bobo, des combats d’arrière train (j’ai fait exprès)...

    Si l’héritage de mai 68 est, au moins, d’avoir fait évoluer l’art photographique, je prends. Belle découverte et magnifique regard...

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 23h16 le 18/06/2008
    • Internaute 29846
      menuisier

    Réentendre Daney...
    Je n’aimais pas le cinéma qu’il défendait. Mais quelle intelligence !

    Merci pour les liens audio.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 23h59 le 18/06/2008
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    des photos, tout plein de merveilleuses photos sur « Chambre Noire »

    Lien

  • Révolutiona
    Révolutiona
    Hawwah
    • Posté à 02h10 le 19/06/2008
    • Internaute 31103
      Hawwah

    Sympa le noir et blanc !

    Belles photos ! Merci Caro, je t’ai suivie à la trace, via Magenta... Et voilà, régal des yeux, cela fait du bien à cette heure-là !

  • lateufe
    lateufe
    Retraitée
    • Posté à 19h34 le 19/06/2008
    • Internaute 44637
      Retraitée

    Un peu de rigueur :

    Dityvon s’appelait Claude raimond et non Claude Raymond.

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