On est là pour voir

des photos de toutes les couleurs, et aussi des vertes et des pas mûres

Erik Kessels donne leur chance aux photos « à la con »

Publié le 05/07/2007 à 15h57


In Almost Every Picture #8 – 2004 - Collection Erik Kessels.

Cela se veut et se dénomme photographie vernaculaire. Quésaco ? C’est, comme la prose, cette photographie que l’on fait sans le savoir, nous autres, amateurs, dans ces petits moments de la vie quotidienne que l’on se croit obligé de fixer pour se justifier d’être heureux, vivant, auprès des autres et des choses.

C’est photographier son chien dans le jardin à chaque printemps ; son lapin avec sur la tête tout ce qui vous passe sous la main (un rouleau de papier toilette, une tasse, un bouchon de carafe, une chaussette...), sa bagnole tous les 5000 km, ses enfants tous les mois, etc.

La photographie vernaculaire, c’est d’abord une photo « à la con » . Mais quand cet exercice rituel va encore plus loin, à l’instar de cette femme espagnole photographiée systématiquement par son mari tout au long de leur vie commune, cette série touche à une réflexion plus sérieuse sur la fonction de la pratique ordinaire de la photographie.


Le commissaire, Erik Kessels (Audrey Cerdan/Rue89).

Du moins, elle engage une hypothèse telle, par exemple, qu’elle soit un fil d’Ariane qui nous relie les uns aux autres, rassurante cordée d’escalade dans nos destins en péril. Autres éléments dans l’exposition étayant cette supposition : Erik Kessels (photo ci-dessus) dévoile les personnages situés au second plan ou au fond de ses clichés, passants étrangers à l’acte du photographe, généralement flous, puis, dans un autre espace, il étale une série d’images ratées.


Le photographe anglais Martin Parr (Audrey Cerdan/Rue89).

L’échec rôde partout. Il est moins visuel que philosophique, moins technique que métaphysique. Il y a deux ans, à Arles, l’anglais Martin Parr (photo ci-dessus), « inventeur » de ce concept de photographie vernaculaire, afficha par là sa détestation du monde et de soi-même. Aujourd’hui, le Hollandais Erik Kessels fait œuvre de plus grande humanité. S’il faut sourire, c’est de nous-mêmes, et il ne faut surtout pas s’excuser de nos photos ratées. Ce sont celles qui nous ressemblent le mieux. « Loving Your Pictures » , aimer vos photos est le titre adéquat de cette épatante exposition.

Photographies à Arles : Audrey Cerdan.

Loving your pictures, exposition à l’église des Frères-Prêcheurs, rue du Docteur-Fanton - tous les jours de 10 à 19 heures - 7€ - plan.

A lire :
Tournée des vernissages pour débuter les Rencontres d’Arles
Parcours dans la cité, au fil des expositions.

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  • Anonyme

    C’est christine boutin, en haut ?

    • Anonyme

      Houlà, ça sent le complot dans le coin !

  • pikasso02
    • Posté à 17h08 le 05/07/2007
    • Internaute 10134

    Et demain, enfin après demain, ces photographies entreront au musée. L’art conceptuel, pas mort ! Les « Photos à la con » sont bien vivantes. Comment peut-on donner une chance à des photos « à la con » ? Beuys via Duchamp, a gagné ! Nous sommes tous des artistes. Peut-être ! Mais je rajouterai, « à la con ». Le pouvoir en place peut dormir tranquille. Avec de telles idées, paradoxalement pas de risques de déviances ! Tous pareils ! Cela va permettre de parler pour ne rien dire. Plus les hommes prendront de photos, moins ils dessineront. Pas de risque, de révolution de l’image. Les mots ont encore de beaux jours devant eux !

  • Anonyme

    Un peu partiel et partial votre article.
    « Photo à la con » ressemble déjà un jugement extrêmement sévère, car il suffit d’avoir eu l’occasion de voir des planches contact de « grands photographes » (Salgado par exemple pour en nommer un) pour comprendre qu’éviter des photos à la con c’est d’abord et avant tout une question de sélection (d’editing comme s’autorisent à dire les « pros »).
    C’est aussi oublier tout le travail de post-production (couleur, recadrage, etc.) sous un logiciel de retouches utilisé non par le photographe qui en général n’y touche pas, mais par un spécialiste, tout comme « avant » chaque photographe avait son tireur.
    Ensuite vous définissez ce type de photo uniquement par rapport au sujet (le lapin, la voiture, les enfants, etc... ) ce qui est là encore une vision complètement biaisée. Le sujet ne fait rien à l’affaire : comment qualifieriez-vous dans ce cas les « productions excrémentielles » de Gilbert et George ?
    Enfin, vous ne pouvez ignorer que la composition, le cadrage, l’éclairage, la profondeur, sont au moins aussi essentiels que le sujet.
    J’aurais également apprécié un plus long développement sur le but de la photo, ce que l’objet papier représente, le besoin de fixer un « instant d’éternité », la pratique.
    Plutôt que « photo à la con » j’aime mieux « photo souvenir » et là je comprends mieux la démarche de Erik Kessels : sourire de nous mêmes, mais avec tendresse.

    • Anonyme

      juste pour dire que j’adhère à cette manière de penser et j’aime cette dernière phrase :

      « sourire de nous même, mais avec tendresse »

      • pikasso02
        • Posté à 10h24 le 06/07/2007
        • Internaute 10134

        Moi aussi j’adhère à cette manière de penser ! Mais que Diable, viennent faire ces photos dans cette galère ! Les photographies, toutes les photographies font partie et illustrent l’histoire de notre Humanité. Mais quel rapport avec les oeuvres d’art ? Vous ne voulez plus d’art ? C’est ça ?
        La quête de l’art, serait donc terminée ! A la limite, ces photos peuvent être comparées aux peintures dites « Pompier » du 19ème siècle. Si elles entrent au musée, c’est ce qu’elles deviendront ! Et se retrouveront reléguées aux oubliettes dans quelques années. Simplement, parce que ces photos que nous faisons tous, n’ont pas leur place ici. Si photographier tout ce qui nous entoure, c’est participer à l’aventure artistique de notre temps, alors salut ! C’est que je n’ai rien compris aux peintres du passé que nous ensençons, ou alors ce sont eux qui nous ont trompés ! Avec la technologie actuelle, il est impossible de rater une photo. Est-ce une raison pour se prendre pour un artiste avec un grand A ? Je serais partisan, comme le pensait Cézanne, que l’art est affaire d’initiés. Sinon, tout devient art, et l’art disparait. Où est l’initiation, dans l’action d’appuyer sur un bouton ?

         
        • Anonyme répond à pikasso02

          Pikasso02.
          A mon tour d’être d’accord : n’est pas artiste qui veut. Ce n’est pas parce qu’on possède un appareil photo que l’on fait de l’art.
          En revanche, ce n’est pas à l’auteur de se déclarer artiste : « l’art est dans l’oeil du spectateur ».
          Nos braves ancêtres qui dessinaient/peignaient sur les murs de Lascaux réalisaient des « photos » de leur époque, de leur environement.

          Les photos « souvenir » sont une branche de l’arbre-photo : beaucoup de feuilles, rarement un fruit. Elles peuvent être exposées à titre anecdotique, documentaire (constat d’une époque, des modes, du progrès...) mais ne constituent pas une oeuvre, une étude, une recherche, au sens artistique.

        1 autres commentaires
  • Anonyme

    Ne serait-ce pas Christine Boutin à la plage sur la photo ? ;)

  • pikasso02
    • Posté à 10h33 le 06/07/2007
    • Internaute 10134

    Petit complément si vous me permettez !
    Des peintres qui repartiraient de ces photos de tous les jours, pourraient en faire des oeuvres d’art. Pourquoi et quelle différence me direz-vous ? La réponse est dans l’histoire de l’art. La différence entre nature et peinture. Je crois toujours à la participation du corps dans la création. La « cosa mentale » de Vinci qui arrange pas mal d’artistes aujourd’hui, finira bien par s’épuiser un jour, même si sa participation dans la création est nécessaire, mais pas à 100 pour 100 !

  • Anonyme

    Oh la la… Il y a pas mal de réactions de certains qui s’autoproclament théoriciens de l’art… c’est drole !
    Pour ceux qui s’intéressent à la photographie anonyme, je conseille le livre de Michel Frizot « Photos trouvées » ou la boutique de Fabien Breuvart « a chacun son image » rue Charlot à Paris.

    • Anonyme

      je n’ai rien vu qui ressemble à de l’autoproclamation de quoi que ce soit.

      à part peut-être un anonyme de 19h06 qui s’autoproclame juge.

  • Anonyme

    photo a la con , quelle mepris pour la populace ! pour qui vous prenez vous ,ça fait assez jugement de connard elitiste .dans ces photos il y a peut étre autre chose que votre marche de lard

  • compte supprimé 13
    • Posté à 15h06 le 07/07/2007
    • Internaute 10266

    « Les photos à la con » n’existent pas.
    La seule distinction qui éventuellement peut êre recevable est celle qui sépare les photographes amateurs des professionnels.
    Et encore n’est-ce pas un jugement de valeur ou de qualité des images, mais une séparation faite entre celui qui pratique parce qu’il aime (sens d’amateur) et celui qui vend son travail.
    Qui sont les « prescripteurs de pensée » qui arbitrairement définissent ce qu’est l’art ou ce qu’il n’est pas ?

    • pikasso02
      • Posté à 18h27 le 07/07/2007
      • Internaute 10134

      Bonjour ira
      Il y a parfois dans l’histoire, des amateurs qui deviennent avec le temps plus que des amateurs. Je pense aux marchands, Vollard et Kahnweiler.
      Aujourd’hui nous manquons de ces amateurs de génie que vous appelez des « prescripteurs de pensée ». Ou bien peut-être que les peintres ou photographes de génie sont absents aujourd’hui. Mais ne pensez-vous pas, que tout ne peut pas être mis au même niveau ? Si oui, l’art n’est plus !

      • compte supprimé 13
        • Posté à 19h18 le 07/07/2007
        • Internaute 10266

        Bonjour Pikasso02.

        Bien entendu tout n’est pas au même niveau (heureusement !).
        Il est vrai également que le ’génie’ se fait rare et que nous sommes loin du foisonnement de la première moitié du XXe siècle.
        Tout n’est devenu que spectacle, immédiateté, sans beaucoup de recul et de réflexion. Certains crient au génie justement en voyant un tag minable sur un mur : on baptise ’art’ le moindre étron conceptuel.
        Pour être honnêtes souvenons-nous du temps qu’il a fallu pour que la photo soit acceptée dans le giron des arts, quand les premièes expos se faisaient au ’salon des peintres’...

         
        • pikasso02
          • Posté à 11h17 le 08/07/2007
          • Internaute 10134

          Bonjour ira
          Soyons honnêtes jusqu’au bout. L’histoire nous rappelle que les peintres imitèrent les photographies, pensant que la « clé » de l’art était enfin trouvée. Je vais sans doute vous choquer, mais pour moi, la photographie n’est pas un art. Elle rend parfaitement compte de notre histoire, mais son réalisme, son académisme ne peuvent pas lui servir. Citez moi des photographes qui ne pas soient réalistes ! Ceux qui ne le furent pas sont ceux qui imitèrent les peintres. La peinture , la grande peinture, comme nous parlons de grande musique, n’est jamais réaliste. Le cinéma qui ne serait pas né, sans la photographie, est lui aussi trop souvent réaliste. Lui s’apparenterait plutôt à la littérature, ou la musique. Les grands méritent leur place dans le « rayon » art. Mais combien de cinéastes auraient préféré être peintres ? Ecoutez Orson Wells. Le cinéma, la photo sont trop mécaniques pour être humains. Donc pour selon moi, rejoindre le lieu d’expression de l’esprit humain, qui passe par le corps, par la gestuelle corporelle. La robotique tuera l’esprit. Les nombres ont commencé à nous grignoter le cerveau. « Où allons nous » se demandait Gauguin ? Nous le savons un peu plus que lui. Bonne journée.

        1 autres commentaires
  • lesondujour
    • Posté à 21h27 le 08/07/2007
    • Internaute 12230

    Certains commentaires donne un sens péjoratif à la qualification « à la con »... parlant de « jugement sévère », de « mépris » etc...
    Au contraire, pas de mépris, pas de jugement... Comme les « idée à la con », les photos « à la con » font plutôt penser à quelque chose de léger, de futile... A quelque chose qui n’appartient qu’à son auteur sans aucune intention ou prétention de la montrer au grand jour. juste pour soit ou son espace intime. Ca existe... c’est tout. Et l’art dans tout cela ? Peut-être... mais il ne va pas se nicher au niveau unitaire de chaque photos « à la con », il à peut-être sa place uniquement dans les choix et dans l« editing » d’Erik Kessels... D’ailleurs, est-ce une exposition qualifiée d’artistique ? N’est-il pas possible juste de donner à voir et d’exposer sans intention « artistique » ? De faire juste une exposition à la con ?

  • Anonyme

    Tous ces commentaires pour le « petit vocable.... » (qui malheureusement a des connotations méprisantes).
    Les mots sont lourds de leur sens et celui là est particulièrement servi à ce niveau.
    Mesdames, messieurs restons calmes et « sourions avec tendresse » de nos erreurs et de celles des autres.

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