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Mexique : Casasola parmi les luttes, et Grobet parmi les lutteurs

Publié le 05/03/2008 à 15h40

Le Pavillon populaire de Montpellier, lieu bien nommé (entrée libre, programmation pédagogique, internationale, aux tirages, thèmes et signatures de grandes qualité), héberge cinq expositions de photographes mexicains de plusieurs générations. Soit près de 300 documents sur le Mexique, dans la seule galerie municipale, hors Paris, de grande ampleur (800 m²) consacré en permanence à la photographie.


Agustin Casasola, un photographe dans la « Révoluçion »


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Arpenter à chaque fois qu’elle se présente une exposition itinérante des archives Casasola, c’est comme revoir « Viva Zapata » de Kazan. C’est parcourir trois décennies d’un Mexique de collisions épiques et meurtrières entre les légendes, deux siècles, les classes sociales, leurs troupes et leurs chefs. Là, au milieu de ce volcan, se tenait, entre les balles, avec son appareil à plaques de verres, Augustin Casasola.

Né en 1874, il débute reporter journaliste d’un journal catholique de Mexico, El Tiempo. Il est embauché par « El Imparcial », le plus grand quotidien de la ville. « Une photographie doit donner l’exacte empreinte de vos mots », met en exergue le journal en tête de ses pages illustrées. Les faits, juste les faits, complète Casasola, dans ses relations des heures musclées du « Porfiriat », le régime du général Porfirio Diaz, de 1900 à 1910.

Ce dernier n’apprécie pas du tout l’opposition légale de Francisco Madero, et ne reconnaît pas sa victoire aux élections présidentielles de 1910. Sur fond de luttes sociales, notamment agraires, de rébellions, la Révolution mexicaine démarre.

Pancho Villa et Zapata, femmes combattantes et pelotons d’exécution

Passe en trombe sur la vitre dépolie de la chambre photographique de Casasola les cavaleries de Villa, celles, paysannes, de Zapata, les trains hérissés d’armes de Huerta, les femmes combattantes, les pelotons d’exécutions sommaires et massives...

Plus posés et extrêmement précis sont les portraits des groupes et des dirigeants politiques et militaires. En enregistrant comme il lui venait les évènements bruts de la guerre civile, Casasola (comme plus tard Weegee) n’a pas eu besoin d’en surligner les formes, les effets étant contenus dans ces actions exceptionnelles.

Il a pu ainsi fournir une iconographie complète et sans fioritures de la Révolution mexicaine. Les icônes sont venues par la suite, les chansons, les écrits, les films. Inspirées et puisées dans ces documents.

Fondateur de la Société des photographes de presse (vers 1912), il y associe sa famille et d’autres photographes. Son slogan : « J’ai ou je prends la photo qu’il vous faut », élargit le champ de l’objectif. Il n’y a pas que la révolution dans la vie.

L’activité de ce groupe s’arrêtera en 1940 (Casalo disparaît en 1938). Les archives Casasola sont entreposées depuis 1976 à la Photothèque nationale de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (Inah), à Pachuca, Hidalgo, (Mexique). Elles comptent 483 993 négatifs et positifs.


Lourdes Grobet, une photographe dans la « Lucha libre »


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La « lucha libre » est un sport, un carnaval, un art, une manifestation de la culture populaire mexicaine. Importée des Etats-Unis dans les années 30, adoptée illico dans les quartiers modestes, ce combat, variante du catch et du pancrace est aujourd’hui en voie de récupération par le show-biz nord américain.

De 1972 à récemment, Lourdes Grobet a suivi ce monde avec « la passion rigoureuse que l’on appelle métier » (Carlos Monsivais, journaliste/écrivain). Près de 11 000 photos en résultent.

Deux directions dans ce travail. Le reportage (noir et blanc) adapté aux côtés sociologiques et spectaculaires du sport. La « lucha libre » dépasse les limites des salles de ring (arenas). Les champions (et championnes) représentent leurs lieux d’habitat, de travail, paroissiaux...

Dans l’action du pugilat, la photographe se déplace de la dévotion excessive des supporters aux chorégraphies lourdaudes des gladiateurs. Ils se surnomment Santo, Blue Demon, El Solitario, ou La Briosa. Ils rentrent, l’empoignade terminée, vainqueurs ou vaincus, chez eux. Le mécanicien, dentiste, boucher, ou chanteur de boléro peut alors tomber son masque.

Le masque, fétiche mexicain, de Zorro au sous-commandant Marcos

Le masque, il est au centre de l’histoire. Des bas-reliefs aztèques, préhispaniques, au passe-montagne du sous commandant Marcos, les fêtes des morts, et... Zorro, le masque colle à la peau de la société mexicaine.

Le catcheur le plus adulé reste Santo, El Santo Enmascarado de Plata (le saint au masque d’argent). Plutôt kitsch, ces cagoules éblouissantes entrent naturellement dans un jeu de codification du sport et de l’affrontement du Bon ou du Mauvais (quoique nuancé).

Mais le kitsch a aussi cette imperméabilité au temps. Le kitsch n’est ni ancien, ni moderne. Il dynamite perpétuellement « le bon goût » -d’où des réunions dans des lieux éloignées des beaux quartiers. Pour un photographe, c’est une aubaine. Pour Lourdes Grobet, c’est une fascination. Elle la conduit (en couleur) à la seconde dimension photographique de son métier : plastique et ethnographique.

Mexique Multiple, au Pavillon populaire - esplanade Charles-de-Gaulle, Montpellier - jusqu’au 20 avril - du mar. au dim. de 11h à 18h45 - entrée libre - Rens. : 04-67-66-13-46 - plan.

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  • Axior
    Axior
    Citoyen
    • Posté à 16h52 le 05/03/2008
    • Internaute 26085
      Citoyen

    Excellent article qui donne envie d’en savoir plus sur ces expos. Dommage qu’il n’ait pas plus de succès à cette heure ...
    Juste une petite chose : Zorro n’est-il pas plutôt originaire de Californie ?

    • romi45
      romi45 répond à Axior
      découvre l'information
      • Posté à 11h04 le 06/03/2008
      • Internaute 20205
        découvre l'information

      Don diego de la vegas (Zorro) vient d’espagne.

  • A déménagé le 6-2
    • Posté à 17h00 le 05/03/2008
    • Internaute 24833

    « Révoluçion »

    non : Revolución

  • TH.
    TH.
    multicontractuel flexisécurisé
    • Posté à 18h14 le 05/03/2008
    • Internaute 34927
      multicontractuel flexisécurisé

    Petit détail :
    « Le reportage (noir et blanc) adapté aux côtés sociologiques et spectaculaires du sport. » Qu’entendez-vous par « sociologique » ? Le sport aurait une dimension sociologique ? Ne serait-ce pas identitaire ou communautaire, ou autre chose encore ?
    Bien le bonjour par ailleurs...

  • Nicolas Quirion
    • Posté à 18h36 le 05/03/2008
    • 29913

    Pour l’histoire de Zorro :

    Effectivement le personnage de Zorro sévissait en Californie.

    Mais il faut savoir que jusqu’en 1848 la Californie (ainsi que l’Arizona, le Nevada, l’Utah, la majeure partie du Colorado et le sud-ouest du Wyoming) faisaient partie du Mexique ! ! ! ! (Le texas ayant proclamé son indépendance du Mexique en 1836 sera annexé par les states un peu plus tard).

    A l’issue de la guerre Americano Mexicaine (1846-1848) le Mexique a donc cédé plus de 40% de son territoire national !

    Cette guerre fut pour le président américain James Knox Polk une expression concrète de « la destinée manifeste », c’est-à-dire de l’hégémonie des gringos sur l’amérique latine...

    Du côté mexicain les causes de la défaites sont attribuables au perfide Santa anna qui a mené des négociations secretes avec l’autorité americaine pour vendre le territoire national... territoire très peu peuplé à ce moment par ailleurs.

  • Nicolas Quirion
    • Posté à 18h42 le 05/03/2008
    • 29913

    Et vive le kitch mexicain ¡¡Cabrón ! !

  • compte supprimé 23.01.09
    • Posté à 18h52 le 05/03/2008
    • Internaute 31991

    Drôlement intéressant votre article . Ces photos en disent plus que n’importe quel discours intellectuel et/ou politique . L’histoire d’une nation .

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