On va pas en faire un sondage

Sondages sur Internet : donneur d'avis, un métier d'avenir ?

Docteur Panel
Sondologue
Publié le 23/04/2010 à 14h15


Capture d’écran des participants à Koh-Lanta

Les sondages sur Internet se sont multipliés. Voilà qui inquiète notre docteur Panel qui y voit une koh-lantisation de la représentativité dans les sondages.

Le Web semble un terrain idéal pour poser des questions aux gens, mais c’est aussi un terrain complètement miné quand il s’agit d’essayer de constituer des échantillons valables, pour deux grandes raisons :

  • Il n’y a pas d’annuaire des mails et le spam est beaucoup plus mal reçu que les appels téléphoniques non sollicités, parce que ceux-ci restaient somme toute assez rares. Dès lors, comment solliciter les gens au hasard ?
  • Répondre demande de la part des internautes une motivation. Quand une personne sympathique vous appelle par téléphone pour vous demander quelques minutes pour répondre à ses questions, vous ne refusez que si vous êtes mal luné. Mais un simple mail d’un inconnu sur Internet, qui y répondrait ?

Vers la rémunération des sondés

En l’absence d’enquêteur, la solution trouvée pour motiver les internautes à répondre a été de les rémunérer. Les sondeurs (plus exactement leurs prestataires) lancent de la pub de recrutement sur Internet et constituent des panels de volontaires pour répondre aux sondages.

Leurs fiches sont qualifiées au regard d’une multitude de critères, notamment, bien sûr, ceux qui serviront de quotas « de représentativité », pour retrouver nos boules noires et blanches.

Mais les internautes ne sont pas, loin s’en faut, représentatifs des Français. Encore moins les internautes qui passent beaucoup de temps sur le Web qui, par définition, ont une probabilité d’autant plus élevée d’être exposés aux bannières de recrutement de sondages sur Internet.

C’est là où l’équation fausse quotas=représentativité, inscrite dans la tête des sondeurs et même du public, devient source d’une véritable tricherie.

Les biais de l’échantillon Internet

Assortis de leur épithète « représentatifs », ces fameux quotas agissent comme une sorte d’assurance-représentativité permettant aux sondeurs de ne pas parler des autres caractéristiques de leur échantillon, qui n’ont rien à voir avec celles du commun des mortels.

Pour n’en citer que quelques-uns : hyper-fréquentation d’Internet, goût surprononcé pour les promotions, les bons de réductions, « miles » et autres monnaies parallèles de ce type, ainsi que le fait de donner son avis… Au risque, comme en ont témoigné quelques riverains dans ce blog, de prendre un malin plaisir à mentir pour « entrer dans les quotas ».

Ainsi, les individus qui répondent aux sondages par Internet sont une poignée (quelques milliers tout de même) de petits malins, sans autre qualité que de tenir pile-poil dans les cases des quotas, qui ont trouvé dans la représentation autoproclamée de leurs semblables un moyen de se faire des sous et sont devenus des donneurs d’avis professionnels.

Et voilà comment les panels « représentatifs » de répondants sur Internet sont devenus de véritables castings de TF1 -quelque part entre Koh-Lanta et l’émission Paroles de Français avec Sarkozy : le jeune chômeur, la petite vieille, l’ouvrier râleur, la mère de famille…

Tout ça avec la bénédiction de la commission des sondages.

J’appelle donc les instituts à initier des travaux de recherche de grande envergure, pour trouver les moyens de définir la notion et les moyens de la représentativité sur Internet. Ohé ? Pour l’instant je ne vois rien venir.

L’opinion dans les mains du pouvoir

Parallèlement à cette koh-lantisation de la représentativité dans les sondages, il n’aura fallu qu’une génération pour que les sondages passent d’adjuvants de la démocratie à adjuvants du pouvoir : entre l’Ifop (qui détient le glorieux record du premier sondage publié en France) propriété de Laurence Parisot présidente du Medef, Vincent Bolloré qui s’est acheté tout l’institut CSA, Pierre Giacometti ancien directeur général d’Ipsos qui est dans les petits papiers du Président Sarkozy, et Opinionway qui est dans ceux de Patrick Buisson le Monsieur sondages de l’Elysée, l’opinion publique est entre de bonnes mains !

Au point qu’Opinionway d’ailleurs, susceptible comme un Besson, s’est cru suffisamment protégé pour traîner Marianne en justice, laquelle vient tout récemment de donner raison au journal, au nom du débat démocratique.

Un Président « génération sondage »

C’est qu’elle est peut-être là, la « rupture » sarkozienne. Non, pas une rupture politique (Thomas Legrand nous a bien dit que Sarkozy, c’était « Chirac en sueur ») mais une rupture de la conception de la représentativité en démocratie.

Avec ce pur produit de la génération « Salut c’est pour un sondage ! » qu’est le Président, on serait ainsi passé d’une représentativité « élitaire » -c’est « le meilleur d’entre nous » qui nous représente- à une représentativité « sondagière » : où nous représente celui qui nous ressemble le plus, au regard des caractéristiques les plus apparentes.

Voilà une hypothèse qui expliquerait l’avalanche de minorités visibles au gouvernement (avec au premier plan sur la photo, celles qui cumulent les quotas : noirs ou beurs, femmes, jeunes).

Voilà qui expliquerait « l’ouverture » à gauche, incompréhensible pour la droite élitaire, qui croyait avoir été élue parce qu’elle était perçue comme la meilleure solution pour la France, pas comme une marionnette du musée Grévin visant à représenter l’électeur moyen.

Voilà qui expliquerait aussi la boulimie de sondages (voir le rapport de la cour des comptes sur l’explosion des achats de sondages) ainsi que le girouettisme forcené, les incessants retournements de veste.

Changeant son fusil d’épaule aussi souvent que les sondages virent de bord (or ils sont toujours limités, ils attrapent au mieux des miettes d’opinion sans nuance à travers quelques questions caricaturales), le Président reste, dans l’idée qu’il se fait de sa représentativité, fidèle à sa mission de « premier représentant » des Français.

Fin d’un cycle

Voilà une profession qui, au sommet de sa présence médiatique, arrive à la fin d’un cycle. Ironie de l’Histoire, c’est donc au moment même où ils sont massivement passés sous le contrôle des gens de pouvoir que les sondages ont, comme on vient de le montrer, perdu leur valeur représentative.

Les pessimistes diront que c’est l’avènement de la dictature de l’opinion qui, à l’expression de la volonté du peuple par les urnes (voir l’abstention aux régionales), a substitué celle des panélistes, représentants autoproclamés de l’opinion des Français.

Les optimistes trouveront au contraire que c’est au moment où l’opinion allait se laisser capturer que, insaisissable telle Fantômette, elle se dérobe aux filets des sondages pour aller s’exprimer ailleurs : dans les salles de spectacle, à la radio, dans la rue, sur le Web.

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  • shillom
    • Posté à 14h38 le 23/04/2010
    • Internaute 22134

    Bon article traitant non seulement de la pertinence des sondages internet, mais évoquant aussi les causes et les effets de ces sondages.

    Pour ma part, je suis membre du panel MyTNS dirigé par TNS/Sofres, et j’ai souvent le plaisir de me faire jeter des études après la série de questions visant à définir le profil du sondé : âge, lieu de résidence, situation familiale, revenu. Ca me rassure sur leurs méthodes.

    Qu’est-ce que j’y gagne ? Pas grand chose en fait. Le sentiment de pouvoir communiquer mon opinion sur quelques petites choses. La possibilité de tenter de comprendre où ils veulent en venir. Des points donnant droit à des bons d’achats... enfin j’ai du toucher l’équivalent de 100€ en 4 ou 5 ans, je suis pas prêt de vivre de ça.

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 15h27 le 23/04/2010
    • Internaute 65892
      espère malgré tout

    Perso je suis membre du panel d’O’Pignon Marketing, et ce depuis déjà quelques années.
    La différence avec d’autres instituts, c’est qu’on ne peut entrer que sur invitation.
    Autre différence, et de taille : la forme de rémunération. On gagne systématiquement un chaque cadeau de 5 euro à chaque étude remplie. J’avoue ne fait ça que pour l’argent, d’autant que si on est assez fidèle on a de plus en plus d’études à remplir. J’ai pu m’offrir pas mal de choses avec ça (en ce moment j’en suis à à peu près 1 à 2 études par mois).
    Il est vrai qu’il est aisé de biaiser, parce que lorsqu’on nous pose des questions sur les habitudes du ménage, il suffit de répondre qu’on utilise à peu près tous les types de produits qu’ils évoquent, comme ça on nous sonde sur ces produits.
    J’ai déjà essayé de participer à d’autres panels en ligne, mais en général le mode de rémunération est plus intrusif, j’ai du mal à faire confiance (notamment quand on demande de communiquer les coordonnées banqua ires pour être rémunéré directement). C’est pour ça que j’apprécie le système que j’utilise, la rémunération me semble très honnête par rapport à d’autres instituts que j’ai pu « inspecter ».

    En revanche, je participe à l’étude nutrinet santé, et alors là, pour le coup, c’est tout simplement pour avoir l’impression que je participe à quelque chose de bien. Ce n’est pas rémunéré, c’est donc désintéressé. Pour moi, c’est aussi ça la citoyenneté.

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