Panamericana

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Honduras : le nombre de mandats, prétexte du coup d'Etat

Michel Faure
Journaliste
Publié le 28/06/2009 à 20h04


L’armée hondrienne bloque les accès à la résidence présidentielle de Zélaya (Oswaldo Rivas/Reuters).

Le président de la République Manuel Zélaya a été victime dimanche d’un coup d’Etat militaire comme on en avait pas vu en Amérique centrale depuis la fin de la Guerre froide. Il a été enlevé au palais présidentiel de Tegucigalpa, la capitale du Honduras, et emmené en avion militaire au Costa Rica voisin, où il aurait demandé asile.


Des partisans de Zelaya empêchent un véhicule militaire d’approcher la résidence présidentielle à Tegucigalpa (Reuters

Zelaya, un riche propriétaire terrien plutôt conservateur a été élu en 2006 et une fois au pouvoir a viré, de façon assez inattendue, à gauche.

Au Honduras, comme dans beaucoup d’autres pays d’Amérique latine, les élus ne peuvent accomplir qu’un seul mandat (au Honduras, il est de quatre ans) et Zelaya a voulu organiser ce dimanche un référendum non pour modifier la constitution, mais pour demander au peuple s’il veut convoquer dans un prochain scrutin une assemblée constituante afin qu’elle permette aux élus de briguer un second mandat.


Le président du Honduras, Manuel Zelaya, la veille du coup d’Etat militaire du 28 juin 2009 (Edgard Garrido/Reuters).

Il s’est heurté à l’armée, à laquelle il avait demandé, comme la loi du pays le prévoit, d’assurer la logistique du scrutin, à la cour suprême, qui a jugé son initiative contraire à la constitution, et enfin au congrès, dont la majorité (dont Zelaya est issu) est également contre un tel projet.

Zelaya évoque « un coup d’Etat technique » et a décidé de faire front, demandant à ses partisans d’ouvrir des bureaux de vote pour que ce référendum ait lieu. Il affirme que lui-même a pour seule intention de terminer son mandat en 2010 et de laisser à son successeur une constitution modernisée.

Le bon combat pour deux mandats

Zelaya a-t-il outrepassé ses droits ? Ce qui est sûr, c’est que le combat en faveur d’un deuxième mandat est, en Amérique latine, un bon combat.


Une femme vote symboliquement en soutien au président Zélaya (Oswaldo Rivas/Reuters).

Les constitutions démocratiques latino-américaines élaborées aux lendemains des dictatures ont cherché à limiter les risques de pouvoirs personnels et de caudillos indéboulonnables, dont la liste est longue dans l’histoire de la région et à laquelle Zelaya, peut-être, aimerait ajouter son nom. Tout ça me semblait donc fort raisonnable jusqu’à ce que j’interviewe un jour, pour L’Express en janvier 2001, le président de Colombie de l’époque, Andres Pastrana.

Cet homme de bonne volonté, élu en 1998, a sans douté été le président qui a été le plus loin dans la recherche d’un accord de paix avec les Farc et l’ELN, deux guérillas marxistes dont la plus importante, les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) s’était au fil du temps davantage consacrée au négoce de la coca et à celui des enlèvements qu’à la dialectique des lendemains qui chantent.

Pour tenter de mettre un terme à un conflit qui durait depuis quatre décennies, Pastrana avait entamé des discussions avec les Farc alors même qu’elles continuaient leurs actions et qu’aucun cessez-le-feu n’avait été conclu. Le président avait démilitarisé une zone - « grande comme la Suisse » était alors l’expression consacrée pour évoquer sa dimension - dont le centre était la ville de San Vicente del Caguan, au sud de Bogota, afin de mener ces pourparlers.

Quand j’avais rencontré Pastrana, il m’avait raconté les frustrations et l’impatience des Colombiens alors que les Farc avaient opté pour l’inertie, et je me souviens avoir pensé : ce type n’a plus qu’une seule année au pouvoir. Pourquoi les Farc lui donneraient-elles le cadeau de la paix alors que dans un an il n’est plus leur interlocuteur ? En Colombie, avais-je pensé, un seul mandat de quatre ans, c’est trop court. Une année pour se mettre en route, deux pour agir, et la quatrième est perdue car le président n’a plus d’avenir et les aspirants à sa succession sont déjà en campagne.


Copie du bulletin de vote pour une assemblée constituante (Edgard Garrido/Reuters

Sans surprise, à la veille du scrutin présidentiel de 2002, les Farc ont repris les attentats et Pastrana a repris le Caguan (c’est à cette occasion qu’Ingrid Bétancourt, se croyant protégée par je ne sais quelle immunité divine ou politique, est allée se jeter dans la gueule du loup en voulant rejoindre San Vicente par la route, et qu’elle a été enlevée avec Clara Rojas).

Les Colombiens, qui avaient cru en la paix, furent exaspérés et élirent Alvaro Uribe qui promettait la manière forte avec les guérillas. Lors de son premier mandat, Uribe a tenu ses promesses. Il a combattu -et affaibli- les groupes armés, y compris les paramilitaires. Sa popularité était telle qu’il a semblé opportun de lui permettre de poursuivre -sinon de terminer- au cours d’un deuxième mandat le travail entrepris au cours du premier. La constitution a été amendée et Uribe a été réelu en 2006 à la majorité absolue dès le premier tour de scrutin. Il est toujours difficile de dire aujourd’hui qu’il n’a pas rempli son contrat -mano dura ! - contracté en 2002 et en 2006 avec ses électeurs.

Résitance des élites contre ce frein à la corruption

L’utilité d’un deuxième mandat, en Colombie comme ailleurs, a d’autres vertus que le seul don du temps pour l’action politique. Elle offre l’expression d’un choix aux électeurs : garder ou sanctionner un élu. En ce sens, elle renforce la démocratie. Il est probable qu’elle constitue également un frein à la corruption, plus séduisante pour l’élu sans espoir de réélection que pour celui qui devra rendre des comptes pour conquérir un second mandat.
Pourquoi pas trois, quatre cinq mandats ?

Mais alors, si ce raisonnement vaut pour deux mandats, pourquoi pas pour trois ? Ou quatre ? Ou cinq ? Heureusement Hugo Chavez est là, et avec lui son rêve de réélection perpétuelle, pour nous rappeler que la démocratie est encore assez fragile en Amérique latine pour être un instrument facilement manipulable. Une presse de plus en plus docile, des amendes et des menaces pour les plus réfractaires, des juges prompts à chercher querelle aux opposants, du clientélisme parmi les plus pauvres et la lassitude ou l’exil des plus dérangeants... il est au fond assez facile -avec ou sans pétrole- d’être élu, puis réélu, encore et encore, déguisé en grand démocrate.


Des affiches à l’effigie de Chavez sont déployées en soutien à Zélaya devant l’ambassade du Honduras à Caracas (Montilva/Reuters

Autant quatre ans sont courts pour mener des réformes, autant huit ans me semblent être une limite raisonnable au-delà de laquelle les amoureux de l’état de droit devraient éprouver un léger vertige. C’est pour ça qu’Uribe serait bien inspiré de laisser à d’autres le soin de consolider ce qu’il a construit. Et c’est aussi pour ça que Zelaya a tenté -visiblement sans succès- de résister aux élites locales et de tenter de mener à bien son référendum.

Photo : le 28 juin 2009, à Tegucigalpa, l’armée hondrienne bloque les accès à la résidence présidentielle de Zelaya (Oswaldo Rivas/Reuters). Des partisans de Zelaya tentent d’empêchent un véhicule militaire d’en approcher (Oswaldo Rivas/Reuters). Le président Manuel Zelaya s’adresse à la nation le 27 juin, à la veille du coup d’Etat militaire (Edgard Garrido/Reuters). Une femme vote symboliquement en soutien à Zelaya (Oswaldo Rivas/Reuters). Copie du bulletin de vote pour une assemblée constituante (Edgard Garrido/Reuters). Des affiches à l’effigie de Chavez sont déployées en soutien à Zelaya devant l’ambassade du Honduras à Caracas (Edvin Montilva/Reuters).

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  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 20h23 le 28/06/2009
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    « ......Cet homme de bonne volonté, élu en 1998, a sans douté été le président qui a été le plus loin dans la recherche d’un accord de paix avec les Farc et l’ELN..... »

    ► Comme les choses sont bien dites, afin de justifier la collaboration avec des Farcs marxistes, et pratiquant d’odieux chantages à la vie humaine plongeant des milliers de familles dans le désespoir...

  • Simplicius Simplicissimus
    • Posté à 20h46 le 28/06/2009
    • Internaute 84029

    On peut admettre votre raisonnement sur le mandat unique de 4 ans, qui semble bien en effet être l’organisation méthodique de l’impuissance du pouvoir. On peut aussi admettre que les perspectives du président Zelaya étaient légitimes et bénéfiques sur le plan politique. Mais en persistant à organiser une consultation référendaire contre les avis de la majorité parlementaire et de la cour suprême, on dirait bien que le président Zelaya s’est mis dans le mauvais pas de se voir reprocher ce qu’il reproche à ses opposants, à savoir organiser une sorte de coup d’état institutionnel. (D’autant plus qu’il semble, à lire votre article, que le président hondurien soit élu par les parlementaires et non par le suffrage universel : est-ce exact ?)
    On dirait donc bien que le président Zelaya a donné les verges pour se faire battre, ce qui est au moins l’indice d’un sens politique peu évident. Même si les intentions de Manuel Zelaya étaient parfaitement pures, même si les intentions des opposants à Manuel Zelaya sont parfaitement impures, le résultat apparent est que l’armée a fait respecter la légalité démocratique que Manuel Zelaya se proposait de violer. Au minimum, il s’agit d’une erreur politique de première importance.

  • thierry reboud
    • Posté à 21h00 le 28/06/2009
    • Internaute 20923

    Ce que vous dites ne tient la route que sisi elle a, en destituant Zelaya, obéi à un ordre de l’une quelconque des institutions démocratiques que vous citez.

    J’ajoute que ça ne tient la route que si l’armée n’en profite pas pour exercer le pouvoir, mais ne fait que le rétablir aux acteurs civils.

    Là-dessus, l’article me semble un peu léger. A ces réserves près (mais elles ne sont pas minces ! ), je suis assez d’accord avec vous.

  • Network 23
    Network 23 répond à thierry reboud
    identité perdue dans mes papiers (...)
    • Posté à 21h09 le 28/06/2009
    • Internaute 23367
      identité perdue dans mes papiers (...)

    Drôle de manière de protéger la « démocratie » en faisant un coup d’Etat...

    Que ce soit pour redonner le pouvoir aux « acteurs civils » - lesquels ? ceux de droite ? ou pour le garder, c’est jamais très démocratique les bruits de botte - ou ruidos de sabres comme on dit au Chili depuis les années 1920...

    Le président hondurien est élu au suffrage universel direct,à en croire wikipédia (pas envie de vérifier sur le site hondurien du ministère des affaires étrangères ou le CIA world book un dimanche !)...

    Et je ne vois pas trop ce qui est anti-démocratique dans le fait de vouloir faire voter l’ensemble des citoyens sur la constitution, ou non, d’une Assemblée constituante...

    Ne confondons pas « démocratie » et « gouvernement représentatif », J.S. Mill & la plupart des libéraux du 19e (et certains du 21e...) s’accommodaient très bien d’un régime libéral où seuls les propriétaires terriens (voire seul les Blancs, mâles bien sûr) étaient « citoyens actifs »...

    Les institutions représentatives qui caractérisent la démocratie libérale contemporaine sont nées, ne l’oublions pas, de l’aversion des élites envers les masses. Méfiance peut-être saine, mais sûrement pas très « démocratique »... que dire quand ce sont les juges qui font la loi, comme aux Etats-Unis et même en France...

  • leconcombrevert
    leconcombrevert répond à Network 23
    La vraie vérité > : -))
    • Posté à 00h24 le 29/06/2009
    • Internaute 8843
      La vraie vérité > : -))

    Il ne s’agit pas pour moi de défendre le coup de l’armée ( ce serait bien la première fois de ma vie - sauf, ah oui, pour le Portugal), mais :

    Le fait d’organiser un référendum peut être parfaitement démocratique et constitutionellement « en règle », à condition, toutefois, d’être prévu et compatible par la constitution ...
    Or, d’après l’article, la Cour Suprême avait décidé que ce n’était pas le cas du référendum prévu.

    Donc, que le Président de la Republique du Honduras se mette à organiser un référendum hors du cadre légal de la constitution et à contrario d’un arrêt de la Cour Suprême, c’est quoi sinon un coup d’état, même si les intentions sont les meilleures du monde ?
    (Et je précise que je suis parfaitement d’accord : pour les raisons expliquées dans l’article, limiter l’excercice d’office à un seul mandat de quatre ans n’est pas un bon choix.)

    Maintenant, il faudrait savoir quelles sont les procédures prévues par la constitution en cas de ce type de conflit entre un arrêt de la Cour Suprême et le Président : La constitution prévoit-elle l’intervention de l’armée sur ordre de la Cour et dans quelle perspective ....
    Dommage que l’article ne repond pas à ces questions.

    Mais, bon, rien que le fait que l’armée s’en soit prise à des ambassades et qu’elle ait déporté le Président ne présage rien de bon. C’est donc effectivement très « préoccupant ».

  • -Géo-
    -Géo- répond à Network 23
    Tb
    • Posté à 01h24 le 29/06/2009
    • Internaute 51248
      Tb

    Non, non, non, non, non... La Cour Suprême n’a rien entériné du tout et ne « donne » pas son appuie à l’armée. C’est la Cour Suprême - gardienne de la Constitution de la République au même titre et au même niveau que le Président de la République et que le Congrès - qui a demandé à l’armée de destituer le Président Zelaya après avoir constaté que ne respectait pas les décisions prises par elle et le Congrès de l’illégalité de cette consultation. L’armée hondurienne agit donc sur les ordres de la Cour et non l’inverse.

    Petit récapitulatif de la situation...
    - Zelaya est élu Président en 2006 sous la bannière du parti Libérale (centre-droit dirons-nous) face au candidat du Parti National (droite dure / ultra-libérale).

    - Face aux problèmes économiques que le Honduras subit à cause de la conjoncture internationale (si, si, rappelez-vous, la hausse des matières premières et surtout du pétrole), Zelaya décide de se rapprocher du Venezuela pour obtenir du pétrole pas chère (via Petrocaribe puis l’Alba). Il commence donc à suivre une « politique de gauche », fait totalement nouveau dans un pays n’ayant jamais été inquiété par le « péril marxiste » durant la guerre froide et n’ayant jamais connu de parti politique de gauche (même pas social-démocrate).

    - Zelaya décide d’organiser un référendum pour qu’aux prochaines élections présidentielles et législatives (et de magistrats il me semble) il y ait une « quatrième urne » pour que le peuple puisse décider ou non de la mise en place d’une assemblée constituante au vue d’une réforme de la constitution (dont la possibilité de renouvellement du mandat présidentiel).
    Donc pour récapituler il veut la mise en place d’une assemblée constituante une fois les élections présidentielles passées (il y aurait donc un nouveau président lorsque cette assemblée aurait fini ses traveaux... Zelaya n’aurait dont pas pu poursuivre son mandat).

    - Suite à l’opposition au référendum du Parti National et d’une partie de son propre camp, Zelaya décide d’organiser une consultation (et non pas un référendum donc) avec des moyens venus du Venezuela (urnes etc) et a demandé à l’armée d’organiser cette consultation - comme elle le fait pour les autres élections.

    - La Cour Suprême et le Congrès définissent cette consultation comme inconstitutionnelle et le chef d’Etat Major refuse d’organiser la consultation. Le tribunal suprême électoral - garant du bon fonctionnement des élections - se dit lui aussi contre l’organisation de cette consultation.

    - Zelaya vire le chef d’Etat Major et le ministre de la défense, que le Congrès et la Cour Suprême remettent immédiatement dans leurs fonctions. Dans le même temps, le matériel pour la consultation est retenu dans une base aérienne militaire, Zelaya parle alors d’un coup d’état technique et part lui-même chercher les urnes à l’aéroport.

    - La suite, vous la connaissez... l’armée capture Zelaya et l’expulse au Costa Rica (qui n’a jamais demandé l’asile politique). Une lettre de démission est communiquée au Congrès, alors que Zelaya dément l’avoir écrit, qui destitue le Président et élit Micheletti comme « président de transition » avant les élections de novembre prochain.

    A noter que demain lundi à lieu une réunion -prévue de longue date- de la SICA (Système d’Intégration Centraméricaine) au Nicaragua, où se trouve déjà Zelaya (il devrait y avoir une réunion de l’Alba cette nuit dans ce pays).

  • a déménagé le 30 août 2010
    a déménagé le 30 août 2010
    commentjecomprendspas
    • Posté à 05h05 le 29/06/2009
    • Internaute 65511
      commentjecomprendspas

    je ne vois vraiment pas en quoi un deuxième mandat peut aider lutter contre la corruption. Je trouve même plutôt naif de penser ça.

  • sarkophage_xyz-
    • Posté à 07h10 le 29/06/2009
    • Internaute 24987

    Trop cool le Honduras, le président veut modifier la constitution à son profit, hop : coup d’état !
    Chez nous, malgrés tous ses bidouillages, il devrait partir (*),
    mais juste on parle d’autre choses et on fait comme si de rien n’était.
    (*) voir mon commentaire :
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