Panamericana

L'actualité des Amériques de Valparaiso à Tijuana.

Au Costa Rica, l'exception démocratique

Michel Faure
Journaliste
Publié le 28/07/2009 à 19h17

Mon dernier article, dans lequel je jugeais inquétants les projets de nationalisation de Hugo Chavez au Venezuela, a suscité de nombreux commentaires critiques. L’un d’entre eux mettait en question le lien que j’établissais entre la démocratie et la propriété privée, comme quoi, vingt ans après la chute du mur de Berlin, l’histoire non seulement n’est pas finie, mais elle bégaye un peu.

Comme Panamericana a pour objet l’Amérique latine, il m’est revenu en tête un vieux souvenir et j’ai promis aux riverains de la Rue89 de leur parler bientôt du Costa Rica.

Au cours de la première moitié des années 1980, alors que j’étais le correspondant à Washington de Libération -c’étaient les années Reagan-, l’actualité m’a conduit dans plusieurs pays d’Amérique centrale. La plupart étaient en guerre. Le Nicaragua était en pleine révolution « sandiniste », le Salvador et le Guatemala en guerre civile, le Honduras servait de bases arrière à l’armée des Etats-Unis et aux « Contras » nicaraguayens.

Une démocratie sans armée ni oligarques

Dans cette zone de turbulences, seul le Costa Rica était en paix et accueillait sur son sol un grand nombre de réfugiés qui avaient fui les conflits voisins. Mieux encore, ce petit pays de 4 millions d’habitants était une démocratie sans armée depuis l’année 1948, et son absence fut définitivement consacrée un an plus tard par la Constitution de 1949, toujours en vigueur.

Le pays, sans être développé, était tout de même à l’époque déjà assez prospère, bien plus que tous ses voisins. Il jouissait d’un service de santé considéré comme le meilleur de toute l’Amérique centrale et était particulièrement reconnu à l’époque en matière de pédiatrie. Sa capitale, San José, était une petite ville calme, dotée d’un théâtre à la façade néo-classique, édifié à la fin du XIXe siècle, El Teatro Nacional, où un orchestre symphonique national donnait régulièrement des concerts.

La première question qui m’est venue à l’esprit dès que j’ai posé le pied à San José, ce fut : pourquoi ? Pourquoi ici cette ville tranquille, ces universités, ces amateurs d’art lyrique, cette absence de militaires, ces services sociaux ?

Et pourquoi la porte à coté, au Nicaragua, au Guatemala et au Salvador notamment, ces combats, ces conflits, ces assassinats, cette ferveur révolutionnaire, ces escadrons de la mort ? Pourquoi à San José allait-on écouter des opéras italiens tandis qu’à San Salvador la presse internationale rassemblée, si ma mémoire ne me trahit pas, au Sheraton, faisait tous les matins le compte macabre des cadavres déposés dans la nuit sur le parking de l’hôtel ?

Pourquoi la démocratie fonctionnait-elle au Costa Rica sans à-coups depuis 1949 alors que dictatures, coups d’Etat militaires et révolutions semblaient être la norme dans les autres pays de la région qui tous, pourtant, partageaient les mêmes conditions climatiques, les mêmes origines historiques, la même date -1821- de déclaration d’indépendance ?

Et pourquoi aujourd’hui encore, alors que couve la menace d’une autre guerre civile au Honduras, c’est vers le Costa Rica que l’on se tourne pour tenter de ramener la paix et le calme ?

Pour trouver une réponse à tous mes « pourquoi », je me souviens d’avoir interrogé un historien qui enseignait à l’université locale, et dont j’ai, hélas, oublié le nom (je ne retrouve plus mes notes des années 80). Il m’avait expliqué que le Costa Rica, au moment de la conquête espagnole, était un coin perdu, loin des centres du pouvoir de la Nouvelle-Espagne et de la Capitainerie générale du Guatemala.

C’était un pays d’un accès difficile et d’une géographie compliquée, assez faiblement peuplé avant la conquête, et moins encore après celle-ci quand les populations indigènes furent décimées par les maladies nouvelles ou vendues en esclavage à d’autres provinces de la Nouvelle-Espagne.

Contrairement aux colons des autres pays de la région, ceux du Costa Rica sont arrivés assez tard (un premier établissement permanent ne s’installe à Cartago qu’en 1563) et ils n’ont jamais disposé d’une main-d’œuvre indigène abondante. Dès lors, les grands domaines agricoles n’y ont pas vu le jour. Chaque colon a fait fructifier son petit lopin de terre, y a fait pousser des fruits et du café. Ce fut dans un premier temps une économie de survie.

Des petits propriétaires terriens autogérés et inventifs

Ce fut aussi, dès les origines, une société égalitariste, tout le monde étant plus ou moins logé à la même enseigne : des petits propriétaires terriens, sans main-d’œuvre indigène, et donc sans forces armées pour contrôler cette main -d’œuvre inexistante. D’où l’absence d’une oligarchie alliée à une caste militaire et ses généraux fantasques amateurs de coups d’Etat. D’où aussi l’idée de coopération, puis de coopératives, entre les colons, qui forment des associations qui vont de la commercialisation du café jusqu’à la défense de l’art lyrique en passant par l’ouverture d’écoles pour leurs enfants et d’hôpitaux pour les malades.

L’histoire, au Costa Rica, a connu, bien sûr, des hauts et des bas. Depuis son indépendance, le pays n’a pas toujours été un paradis petit-bourgeois. Il a fallu, au milieu du XIXe siècle, créer une armée face à la menace que posait le flibustier nord-américain William Walker, qui avait pris le pouvoir au Nicaragua.

La démocratie a connu aussi quelques ratées au début du XXe siècle. Avec le temps l’égalitarisme des origines s’est un peu effrité. Environ 20% de la population sont aujourd’hui considérés comme pauvres, et parmi eux de nombreux immigrés venus du Nicaragua ainsi que des réfugiés du conflit colombien.

Il n’en reste pas moins que le Costa Rica continue à être une exception régionale. Son économie, en forte croissance jusqu’en 2006, reste l’une des plus dynamique et diversifiée de toute l’Amérique latine. L’agriculture occupe moins de 10% de la population active et les services plus de 60 %. L’alphabétisation est quasi universelle et le pays compte de nombreuses universités publiques et privées. Les principales zones d’ombres sont l’augmentation de la consommation de drogues, l’inflation et les déficits publics.

La stabilité politique, économique et sociale du Costa Rica, son environnement et sa biodiversité, son ouverture au monde, son absence d’armée, et jusqu’à son président, Oscar Arias Sanchez, un pacifiste philanthrope, philosophe et prix Nobel de la paix, sont remarquables.

Notons qu’Arias n’est pas un personnage totalement consensuel. Il a été accusé par ses adversaires d’être un « neo-libéral » pour avoir voulu privatiser les téléphones et l’électricité lors de son premier mandat (1986/1990) et pour être aujourd’hui en faveur du traité de libre commerce avec les Etats-Unis. Notons encore qu’il a tout fait pour que la Constitution costaricaine autorise une réélection du président de la République -et une fois parvenu à ses fins il en a profité aussitôt pour briguer un deuxième mandat, avec succès, en 2006- alors que ce sujet est l’élément déclencheur de la crise au Honduras.

Avouez qu’on ne rencontre pas tous les jours un pays pareil. Et j’aime bien l’idée que tout cela trouverait son origine dans la sagesse de petits propriétaires terriens, tous plus ou moins en situation d’égalité, qui, au cours du XIXe siècle, se sont entraidés, associés, ont bâti des écoles, des hôpitaux, un opéra, et ont fait l’économie d’une armée. Ils ont ainsi édifié une démocratie solide, prospère et pacifiste dans une région agitée, paupérisée et souvent belliqueuse.

  • 4978 visites
  • 41 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 19h36 le 28/07/2009
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Le rêve de Jefferson (pour les Etats-Unis), en quelque sorte, avec les esclaves en moins, bien entendu. Et l’Eglise dans tout ça ? Quel rôle a-t-elle bien pu jouer ?

    • Michel Faure
      Michel Faure répond à Jaycib
      Journaliste
      • Posté à 20h28 le 28/07/2009
      • Journaliste 82928
        Journaliste

      Il me faudrait retrouver les chiffres précis que je n’ai pas sous les yeux, mais l’une des caractéristiques de Costa Rica, par rapport à ses voisins, est une assez grande diversité religieuse. L’église catholique rassemble la grande majorité des croyants, mais les églises évangéliques y sont bien représentées. De même que le pays compte parmi ses résidents de nombreux étrangers, de même certaines de ses églises semblent assez exotiques pour l’Amérique centrale, avec une présence boudhiste assez importante, notamment.
      Merci de me lire, et bien cordialement
      Michel

    • Pas lolo
      Pas lolo répond à Jaycib
      fasciné
      • Posté à 20h45 le 28/07/2009
      • Internaute 29635
        fasciné

      Bon, pour ce qui est des esclaves en moins, j’aurais comme un doute. La population de la cote Est est quand même, on va dire, d’ethnie africaine.
      Ce qui caractérise le Costa rica dans la région c’est surtout l’absence de descendance de population précolombienne. Sont tous morts assez rapidement si je ne me trompe. Et n’ai aucune envie de rechercher des sources.
      Donc, ces braves gens sont essentiellement de descendance européenne sauf sur la cote caribéenne. Du point de vue de l’indice de Gini, ça impacte sérieusement.
      pour ce qui est de la relative stabilité du Costa Rica dans les années 80, il faut peut être y voir l’effet du pragmatisme de sa classe politique qui n’a probablement pas cherché à indisposer Washington en expulsant les boy scouts somozistes qui réchauffaient leur shamallows à la chaleur de quelques barbecues sylvestres.
      Pour le reste de l’article on dira oui. Enfin pour ce que j’en sais. Je suis allé au Costa Rica en 93 et 96. J’ai trainé dans toute l’amérique centrale sauf Belize et le Salvador. Il est clair que l’on pouvait se promener à pied à San Jose la nuit (en plus pas trés grosse ville en construction carrée avec des rues numérotées). A Panama ou Guatemala city, c’était moins chaudement recommandé. Bon, quand on voit des mecs avec des shotguns à l’entrée de braderies de chaussures, forcément on s’interroge.

      N’empêche que l’auteur oublie quand même qu’on est dans le relatif. Le social au Costa Rica c’est quand même pas la même chose qu’ici. Et pour ce qui est de la corruption de la police, on aurait tous au moins une anecdote.

      Dernier point, l’auteur aurait il un commentaire sur, avec le recul, les médisances de Chomsky sur son canard, libération, sur son traitement des contras et des sandinistes dans les années 80. Un éventuel commentaire sur la fameuse pétition des « “intellectuels français” au sénat américain sur le financement des contras ?

      EDIT : Son absence d’armée est évidemment remarquable, quoique lorsqu’on voit le sort du panama, on est clairement persuadé que l’armée est de peu d’importance dans ces pays.

      • Michel Faure
        Michel Faure répond à Pas lolo
        Journaliste
        • Posté à 09h58 le 29/07/2009
        • Journaliste 82928
          Journaliste

        Deux remarques à Pas Lolo, si vous le permettez, même si le commentaire ne m’est pas directement adressé.
        Je ne crois pas avoir oublié qu’on est, comme toujours d’ailleurs, dans le relatif. J’écris que le Costa Rica, dans les années 80, n’était pas développé mais était une meilleure situation économique que ses voisins, je ne cesse de comparer le Costa Rica aux pays de la région qui lui sont comparables. Si ce n’est pas relatif, ça, je ne sais pas ce que c’est.
        Deuxième remarque sur la phrase de Chomsky (je crois bien que cette polémique s’est résumée à une phrase) qui disait en gros que durant les deux mandats de Reagan Libération avait été super reaganien, le pire de tous les journaux, je cite de mémoire mais ce n’était pas aimable. Ca m’a toujours semblé une caricature. Je ne sais pas si j’étais plus visé qu’un autre, mais sans doute l’étais-je, mais quand vous êtes le correspondant d’un journal français dans un pays étranger, vous n’êtes pas tous les jours en train de donner des bons ou des mauvais points. Vous racontez, quasiment tous les jours en ce qui concerne les Etats-Unis, ce qui se passe dans le pays où vous êtes, ce que dit le président et ce que répondent ses adversaires, les décisions que prend ou ne prend pas ce président, pourquoi et dans quel contexte, bref, vous faites du journalisme, c’est à dire que vous tentez de façon sincère et honnête de raconter à des gens qui vivent à des milliers de kilomètres de là ce qui se passe, tous les jours, aux Etats-Unis où vous êtes, pour un temps donné, en train de vivre. Et avec Reagan, il se passait tous les jours quelques chose. Par ailleurs il était immensément populaire, en 1984 Reagan a été réélu face à Walter Mondale (pourtant un homme irréprochable) avec quasiment les voix de tous les Etats. ce fut un ras de marée. Il fallait bien raconter cette popularité, et l’expliquer, et pour l’expliquer, il fallait bien comprendre l’Amérique de l’époque. Elle était ce qu’elle était, pas ce qu’elle aurait du être dans la tête de Chonsky, sans doute, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle était, notamment autour de la réélection de 1984, totalement enthousiaste à l’égard de Reagan. Il y eut une vague de patriotisme incroyable, des drapeaux dans tous les jardins, « America is back », etc. Ecrire cela en France sans doute a provoqué de l’agacement, surtout chez ceux qui ont tendance à reprocher au messager les nouvelles qu’il rapporte. Mais raconter une Amérique reaganienne, c’était pourtant raconter la vérité d’un pays à cette époque là. Moi, ce qui me frappait à l’époque (et je crois ce qui frappait un grand nombre de journalistes français et étrangers en poste aux Etats-Unis à l’époque), c’est la caricature de Reagan qui en était faite en France, par les politiques et aussi les éditorialistes qui souvent passaient 48 heures aux Etats-Unis dans les soutes d’un voyage d’un politicien français, et revenaient en évoquant ce cow boy belliqueux et un peu débile, cet acteur médiocre de série B devenu président des Etats-Unis par accident. Il était évident pour tous, je crois, et pour moi absolument, que Reagan ne correspondait pas du tout à cette caricature, que c’était un personnage beaucoup plus complexe, extraordinairement intuitif, calculateur, déterminé. Donc avec la phrase de Chomsky, on reste au fond dans la caricature, et c’est d’autant plus dommage que lui-même, le pauvre, a souvent été caricaturé injustement.

         
        • Compte supprimé le 4 janvier 3
          • Posté à 15h34 le 29/07/2009
          • Internaute 41144

          Oui enfin, Chomsky a lui-même drôlement prété le flan à la « caricature », en tenant des propos caricaturaux - sur les Khmers Rouges, par exemple, dont il ne pouvait croire qu’étant communistes ils étaient entièrement mauvais. Il a été jusqu’à comparer le Cambodge d’alors à la France de la Libération, où on n’a tué qu’une poignée de collabos...

          Vous devez absolument savoir que Chomsky est le gourou de ce site, et que dire la moindre chose négative à son sujet vous disqualifie immédiatement et à tout jamais. J’ai apprécié votre article sur les « végétariens » et les « carnivores » et l’ai trouvé très intéressant. Vous avez reçu des tombereaux de critiques parce que vous vous en êtes pris au 2è gourou du site : le grand-guignolesque Chavez. Sur ce site, on déteste Sarkozy et son omni-présidence, mais on trouve parfaitement CHARMANT que Chavez monopolise la télé publique tous les dimanches pendant des heures pour prêcher son catéchisme bolivarien !

          J’ai tendance à voir dans la différence entre l’Amérique du Nord et l’Amérique latine une opposition entre tradition protestante et tradition catholique. Qu’en pensez-vous ? Ce que vous décrivez des petits propriétaires égalitaires, qui se rassemblent pour créer des écoles et des centres de soin ressemble beaucoup à ce qu’on fait les Quakers et autres Puritains en arrivant en Amérique du Nord.

          • Michel Faure
            • Posté à 17h44 le 29/07/2009
            • Journaliste 82928
              Journaliste

            Béatrice1, merci pour votre message, et merci de me lire.
            Je dois dire que rue 89 est une très belle aventure, créée par des journalistes que j’aime beaucoup et que je connais, pour certains, depuis très longtemps. Ils ont attiré des lecteurs passionnés, lesquels ont parfois des gourous, comme vous dites, problématiques. Mais franchement, autant il est essentiel de savoir qu’il y a parmi vos lecteurs des gens qui sont en accord avec vous la plupart du temps, qui vous le font savoir et qui vous soutiennent en cas de gros temps (genre les commentaires de « carnivores et végétariens »), autant il serait un peu ennuyeux d’écrire pour des lecteurs toujours d’accord avec vous. L’Amérique latine soulève des passions, et je voudrais que la mienne canalise un peu les leurs, ou leur fasse voir parfois les choses différemment qu’ils les imaginaient. Certains seront sans doute irréductibles. J’en ai deviné quelques uns même haineux, mais la majorité veut discuter, exprimer ses désaccords, de façon vivante et directe, et ça me plait beaucoup. Je trouve ça passionnant, quoique plus contraignant que je l’avais imaginé au départ. Donc, si vous me voyez attaqué de toutes parts, venez à mon secours, s’il vous plaît, vous serez la bienvenue, mais, pour l’instant, tout va bien, je me sens très bien sur ce site et je ne déteste pas la polémique.
            Bien cordialement
            Michel
            PS, pardonnez moi, je ne répondais pas à votre question. Il y a de moins en moins de catholiques en Amérique latine, même si ces derniers sont largement majoritaires, et de plus en plus d’évangélistes. Le Brésil est à cet égard très intéressant. Alors je ne sais pas si le puritanisme et l’austérité protestante affecteront l’avenir, nous sommes loin de Calvin et de Luther et plus près des prêcheurs télés dans cette affaire. Donc en l’occurrence, j’ai tendance à penser que la différence religieuse que vous évoquez entre Nord et Sud s’estompe avec le temps.

          • -Géo-
            • Posté à 20h07 le 29/07/2009
            • Internaute 51248
              Tb

            Je ne suis pas Michel Faure mais moi aussi je vais répondre à votre question. ^^

            Alors non, je ne pense pas que ce soit la religion qui différencie les deux Amériques mais l’environnement socio-économique.

            Les deux types de société étaient* organisées sous l’égalité (économique, de fait et de droit) à l’intérieur de chaque classe raciale et économique. Dans chaque classe raciale, l’échelle économique était de rigueur (pour caricaturer, les riches dominaient les pauvres) mais chaque individu avait la possibilité de monter ou descendre dans cette échelle (un blanc/métisse pauvre pouvait devenir un blanc/métisse riche, un noir/indien pauvre pouvait... bon là c’était plus difficile de devenir réellement riche ^^). L’échelle raciale prenait ensuite le relais pour définir qu’un blanc riche était supérieur à un métisse riche (et ainsi de suite).
            L’échelle raciale était donc très rigide alors que l’échelle économique était plus souple (tout est relatif évidement).

            La différence entre l’Amérique anglo-saxonne et l’Amérique latine est que la première était une « société blanche », c’est-à-dire que la majorité de la population avait à chaque échelon de l’échelle économique la puissance économique -et donc sociale (le plus important étant que les blancs de la classe moyenne et pauvre -la majorité de la population- étaient « supérieurs » aux noirs de la classe moyenne et pauvre). La lutte de ces deux classes pour l’amélioration de leur situation économique au XIXème siècle a donc permis à la majorité de la population nord-américaine de se développer, et donc que les USA se développent. On peut d’ailleurs noter qu’au début du XX siècle l’Argentine (elle aussi une « société blanche ») était un des dix pays les plus développés du monde.
            Les pays latino-américains étant des « sociétés métisses » (la majorité de la population se disant métisse), la lutte de la majorité de la population (les classes moyennes et pauvres métisses) pour l’amélioration de sa situation était bloquée par l’échelle raciale (les blancs de classe moyenne et même pauvre préférant s’allier avec la classe riche et blanche pour garder leur domination sur les métisses). Le développement économique de la majorité de la population étant bloqué, celui du pays l’était aussi.

            La domination des Etats-Unis au niveau mondial à partir de 1918 (et donc la main mise des américains sur tout le continent) puis l’ingérence dans les affaires nationales des deux blocs lors de la guerre froide n’a ensuite que freiné de façon plus évidente le développement latino-américain.

            Cette différence entre les Etats-Unis et l’Amérique latine est en réalité très semblable à celle qui existait entre les Etats du sud des Etats-Unis et le reste des Etats-Unis. Nous avions dans les Etats esclavagistes exactement la même situation sociale que dans les pays latin-américain ; la minorité blanche puissante dans cette « société noire » a d’ailleurs voulu défendre ses intérêts (libre-échangisme, économie nécessitant beaucoup de main-d’oeuvre mais peu de capital) face aux Etats du nord lors de la guerre de sécession. Sans les transferts de richesse venant des Etats du nord, qui sait si les Etats sudistes ne seraient pas au même niveau économique qu’un pays latino-américain.

            *Toute mon argumentation est au passé mais la très grande majorité pourrait être écrit au présent.

          • fidesien
            • Posté à 07h23 le 30/07/2009
            • Internaute 61414
              ouvrier

            Le CAMBODGE ! ! ! on oublie trop la période LON NOL 1970 1975,trois fois plus de bombes déversés sur ce pays par les USA que sur le JAPON ,ce qui en conséquence renforça les Khmers ROUGES
            750 000 cambodgiens moururent durant cette période,les pogroms sur les KHMERS d’origine Viet furent aussi très meurtrier
            Quand aux Khmers Rouges chassés du pouvoir par les VIETNAMIENS , ils garderent leur siège à l’ONU avec le soutien de la CHINE,de la FRANCE et surtout ...des USA

          • dulconte
            dulconte répond à Compte supprimé le 4 janvier 3
            Mordu par un fachogarou
            • Posté à 00h21 le 31/07/2009
            • Internaute 250
              Mordu par un fachogarou

            Le Mexique est catholique et en Amérique du nord comme une bonne partie du Canada, en tout cas le Québec, sans oublier les catholiques des USA qui sont loin d’être une petite minorité...

            Le problème de l’Amérique latine c’est qu’elle n’a jamais pu prendre en main son avenir sauf depuis une petite dizaines d’années, la différence est avant tout là pas dans la religion.

            • Ben85
              Ben85 répond à dulconte
              ramoneur
              • Posté à 00h24 le 31/07/2009
              • Internaute 75415
                ramoneur

              Dulconte, arrête-moi si je me trompe, mais aux Etats-Unis, la plupart des ouailles sont protestantes, non ? Et en général, la guéguerre qu’ils mènent face aux catholiques est tout sauf empreinte de sainteté...

              • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
                • Posté à 00h35 le 31/07/2009
                • Internaute 71957
                  nc

                La principale religion aux USA est le catholicisme, avec 25% de la population. Les protestants et assimilés sont plus nombreux, mais très dispersés en tendances diverses.

                • Ben85
                  • Posté à 00h41 le 31/07/2009
                  • Internaute 75415
                    ramoneur

                  Oui, donc la principale religion est bien le protestantisme.

                  Crois-moi, j’ai constaté qu’un pentecôtiste et un baptiste réussiront toujours à s’entendre sur le dos d’un catholique aux Etats-Unis. Les différentes églises réformées se tirent dans les pattes, mais rien à voir avec la compétition qui règnent entre ces courants protestants et le catholicisme.

                  • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
                    • Posté à 00h49 le 31/07/2009
                    • Internaute 71957
                      nc

                    Vu comme ça, la principale religion dans le monde, c’est le pognonisme. Et quelles que soient les différences de chapelles, ils s’entendront toujours pour bastonner tout communiste qui se présentera !

                    • Ben85
                      • Posté à 00h51 le 31/07/2009
                      • Internaute 75415
                        ramoneur

                      La religion en France, ça pue, mais pas aux Etats-Unis. Sais-tu pourquoi ?

                      Parce que l’argent n’a pas d’odeur...

                      • Ben85
                        Ben85 répond à Ben85
                        ramoneur
                        • Posté à 00h54 le 31/07/2009
                        • Internaute 75415
                          ramoneur

                        Allez, bonne nuit la compagnie !

                      • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
                        • Posté à 00h55 le 31/07/2009
                        • Internaute 71957
                          nc

                        Mouais... Je ne crois pas que les français soient moins attachés à l’argent que les américains, mais simplement :

                        1) Ils sont plus hypocrites

                        2) Ils ont tendance à considérer que ça doit leur tomber dans le bec sans rien faire, genre en piquant celui du voisin qui a forcément volé celui qu’il a...

          • Utilisateur désinscrit à sa demande 2
            • Posté à 00h25 le 31/07/2009
            • Internaute 71957
              nc

            Je fais un test pour voir si vous êtes dans le vrai : J’affirme que Chomsky est un con, et que sa pensée c’est de la bouillie pour les chats, les chiens et les débiles.

            Voyons la suite...

        16 autres commentaires
      • -Géo-
        -Géo- répond à Pas lolo
        Tb
        • Posté à 17h38 le 29/07/2009
        • Internaute 51248
          Tb

        Pour information, les noirs du Costa Rica sont arrivés depuis les Antilles comme main-d’œuvre « à bas cout » pour les bananeraies de la United Fruit Company.
        De manière générale, il n’y a eu que très peu d’esclave africain en Amérique Centrale. Les noirs habitant sur la côte caraïbe sont en très grande majorité descendants de nègres marrons ou d’esclaves « peu dociles » des antilles anglaises (Sainte Lucie principalement) et que les anglais ont rejetés sur la côte du continent- on les appelle les garifunas, leur créole est d’ailleurs beaucoup plus influencé par l’anglais que par l’espagnol. Leur particularité est d’être métissé avec les communautés amérindiennes, ce qui les différencie des noirs antillais que l’on a fait venir à la fin du XIXè / début du XXè siècle pour les plantations de banane et pour le Canal de Panama.

  • TonyMo
    TonyMo
    hummm
    • Posté à 20h18 le 28/07/2009
    • Internaute 22269
      hummm

    On peut rajouter ’’Écosystème’’ exceptionnelle. Si vous êtes là-bas faites nous des photos ! ! !

    • Michel Faure
      Michel Faure répond à TonyMo
      Journaliste
      • Posté à 20h24 le 28/07/2009
      • Journaliste 82928
        Journaliste

      Oui, vous avez raison. J’évoque d’un seul mot, c’est vrai, sa biodiversité. L’éco-tourisme est une source de revenus touristiques importante pour le pays. Mais je n’ai pas été, hélas, un « éco-touriste » et n’ai pas fait de photos lors de mes séjours dans ce pays.

      • Pas lolo
        Pas lolo répond à Michel Faure
        fasciné
        • Posté à 20h32 le 28/07/2009
        • Internaute 29635
          fasciné

        La pêche au thons marins et plus terrestres également. C’était pas Pattaya mais on s’en rapprochait dans les mid-90’s.

  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 20h59 le 28/07/2009
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    Beaucoup de plaisir à vous lire.
    J’attends goulûment l’histoire d’Ipanema ; un peu comme des pastèques qui auraient été oubliées sur une table d’Orfeu Negro.

    • Michel Faure
      Michel Faure répond à Jonas2
      Journaliste
      • Posté à 10h02 le 29/07/2009
      • Journaliste 82928
        Journaliste

      Merci,
      Le plus dur reste à faire : trouver le bon éditeur.

  • vol19
    • Posté à 21h32 le 28/07/2009
    • Internaute 13492

    Intéressant. Le Costa Rica émerge dans de nombreux classements d’indicateurs internationaux, et devient donc à la mode dans les médias, toutefois, peu de monographies, de recherches semblent dans un premier coup d’oeil disponible pour comprendre les spécificités de cette culture coopérative.
    Cet article vient nous proposer judicieusement quelques pistes, mais avis aux jourrnalistes, des reportages, monographies seraient tout à fait judicieuses en ce moment sur ce cas...

  • fdrebin
    fdrebin
    Dilettante doué
    • Posté à 21h43 le 28/07/2009
    • Internaute 78377
      Dilettante doué

    Comme vous l’avez indiqué, à l’exception d’une force civile de moins de 10.000 hommes, le Costa Rica ne possède pas de forces armées.

    L’absence de budget militaire permet d’orienter différemment les dépenses de l’Etat vers des postes plus utiles à la population comme la santé, l’éducation ou la culture.

    • fidesien
      fidesien répond à fdrebin
      ouvrier
      • Posté à 10h01 le 29/07/2009
      • Internaute 61414
        ouvrier

      Lien
      Indice de develloppement humain ,un bon mode de calcul sur la santé,l’éducation et le niveau de vie réel de la population ou le COSTA RICA est plutot bien placé
      La vitine des USA est quand même derriere.....L’ENFER CUBAIN

  • Léo01
    Léo01
    étudiant
    • Posté à 22h05 le 28/07/2009
    • Internaute 76182
      étudiant

    Article très intéressant et instructif. Merci !

  • Unknown
    Unknown
    boiseux
    • Posté à 22h49 le 28/07/2009
    • Internaute 78653
      boiseux

    Monsieur Faure, le ton léger mais néanmoins instructif de votre article me mène à vous toper sans hésitation, merci !
    Et continuez à nous parler des Amériques, c’est un bonheur !

  • Crr
    Crr
    • Posté à 00h51 le 29/07/2009
    • Internaute 13934

    Merci pour cet article, je me demandais depuis longtemps la raison de cette « anomalie » costaricaine. Vous apportez quelques éléments de réponse.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 01h13 le 29/07/2009
    • Internaute 82025
      non connue

    Le fait que ce pays ne se soit jamais opposé aux États-Unis, notamment pendant la guerre froide, y est pour beaucoup dans sa stabilité.
    Une paix romaine, en quelque sorte.
    Et cette absence de rébellion est largement liée à son histoire, et comme vous dites, sans grands domaines agricoles, moins d’inégalités.

    • fidesien
      • Posté à 08h13 le 29/07/2009
      • Internaute 61414
        ouvrier

      Article de propagande sur un pays ou la chasse aux syndicalistes est ouverte,notamment dans les plantations de banane de Chiquita...ou autres,compagnie US qui pollue les sols...
      Le Costa Rica le pays vitrine des USA depuis les années 50,mieux vaut ne pas soulever le couvercle

  • ron-ron
    • Posté à 10h10 le 29/07/2009
    • Internaute 37198

    Intéressant, mais je ne vois pas en quoi cela contredit les critiques initiales.

    Si on résume :
    - Vous soutenez que si le Costa Rica est un pays florissant, c’est grâce à ses petits propriétaires et la politique visant à les entretenir (contrairement à d’autres pays d’amérique latine ?). Au vu des commentaires, on peut raisonnablement supposer que la cause est plutôt l’acceptation de l’interventionnisme étasunien. Grandes entreprises privées ? Force de dissuasion assurée par l’US army ? En tout cas et surtout : pas de tentatives de déstabilisation/coups d’état, qui auront eu sur beaucoup d’économies et de démocraties locales des conséquences assez dramatiques.

    - Ces petits propriétaires s’opposent plus aux grands propriétaires agricoles qu’aux terres nationalisées. L’amérique latine n’est pas à dominante communiste. L’agriculture ne représente que 10% de la quantité de travail et elle concerne en majorité des petits propriétaires (pas d’agriculture industrielle). La conclusion immédiate est que c’est le manque de ressources qui a interdit ces grands propriétaires et pas une volonté étatique ni un mouvement de population.

    - La privatisation de l’électricité/téléphone et le libre commerce avec les EU profiteraient aux petits propriétaires ?

    Bref, à vous lire, on a l’impression que le Costa Rica n’est rien de plus qu’une enclave libérale en amérique latine. Des mauvaises langues sous-entendraient que certains soutiens aident à la stabilité.

    Mais je ne connais pas du tout la situation réelle et ne fais qu’avec ce que je peux lire ici. Il est donc très probable que je me trompe.

  • inuit
    inuit
    grand nord
    • Posté à 11h16 le 29/07/2009
    • Internaute 82484
      grand nord

    C’est un havre de paix avant de libre-commercer avec les Etats-Unis si je comprends bien...
    Il a voulu privatiser le téléphone et l’électricité : il l’a fait ou pas ?
    Je ne connais pas de chef d’Etat consensuel ; de ce point de vue, ça n’en fait pas un dirigeant à part. Et il est normal qu’un extrème gauchiste l’accuse de néo-libéralisme à la moindre évocation tendancieuse
    Je retiens les petits propriétaires terriens autogérés et inventifs, la quasi absence d’armée : pas de multinationales gloutonnes et pas de gaspillage de budget
    un exemple à suivre... et non l’inverse

    • inuit
      inuit répond à inuit
      grand nord
      • Posté à 11h18 le 29/07/2009
      • Internaute 82484
        grand nord

      ... et non l’inverse : ne pas suivre notre exemple occidental

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 12h26 le 29/07/2009
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Si je comprends bien, une répartition pas trop inéquitable des richesses permettrait un exercice convenable de la démocratie ?
    Ce serait le cas au Costa-Rica qui, à travers son histoire, n’a jamais fait l’objet de la convoitise des rapaces habituels et où la propriété privée reste de taille humaine, le développement économique et social s’appuyant sur une gestion relativement conviviale ? ..
    Les rares conflits qu’il y ait eu lieu de déplorer seraient liés à des tentatives malencontreuses visant à s’approprier le bien « consensuel » de la collectivité ?
    Que doit-on en conclure ?

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 12h31 le 29/07/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Très instructif, je savais pas qu’il n’avait pas d’armée.
    Ce qui est courageux dans un endroit où la dictature militaire était un standard...
    Remarquez, sans armée, pas de coup d’état.

    D’un autre côté, c’est peut être ça qui les a sauvé. Sans armée pour opprimer et personne contre qui se soulever, les paramilitaires communistes n’ont pas lieu d’être, il n’y a donc pas d’ingérence soviétique, donc les USA n’ont pas besoin d’intervenir et d’installer un dictateur.

    • dulconte
      dulconte répond à Keldan
      Mordu par un fachogarou
      • Posté à 00h23 le 31/07/2009
      • Internaute 250
        Mordu par un fachogarou

      Je me dis souvent qu’un pays comme l’Argentine devrait faire de même. Parce que en dehors des coups d’états et des guerres mals préparées et inutiles elle ne sert pas à grand chose cette armée...

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.