Panamericana

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Contre le « terrorisme médiatique », les lois liberticides de Chavez

Michel Faure
Journaliste
Publié le 12/08/2009 à 11h31

La constitution « bolivarienne » du Venezuela va célébrer en décembre de cette année ses dix ans d’existence et son inspirateur, le président Hugo Chavez, promet sous son égide l’avènement du « socialisme du XXIe siècle ».

Il s’agit d’une proposition intellectuellement excitante quand on se souvient des tristes résultats obtenus par celui du XXe. Voyons voir, pensent les esprits curieux, si ce nouvel avatar du socialisme saura dans ce siècle éviter les erreurs (et les crimes) du siècle dernier.

Hélas, les premiers signes observés au Venezuela rappellent des caractéristiques habituelles des régimes socialistes passés. L’une d’elles est de traiter l’opposition comme une trahison nationale. La Révolution, qui à cet égard ressemble à la religion, a toujours raison. Elle connaît la voie du bonheur.

L’adversaire politique est un terroriste potentiel

Dès lors le désaccord est un crime. Il freine la marche du progrès. Etre en dissidence, c’est entrer en guerre. On l’a vu avec les dissidents soviétiques, on l’a vu avec les journalistes indépendants cubains, on l’a vu en Chine, au Vietnam... On va le voir bientôt, j’en ai peur, au Venezuela où l’opposant n’est plus un simple adversaire politique, mais un terroriste potentiel.

Et dès lors la prison est son destin. Ainsi, dans le quotidien espagnol El Pais du 9 août, un député nommé Manuel Villalba, Président de la Commission Permanente de la Science, de la Technologie et de la Communication sociale de l’Assemblée Nationale de la République Bolivarienne, assimile la presse privée vénézuélienne au groupe terroriste basque ETA.

Ce monsieur est à la tête d’une commission chargée de rédiger les textes d’une série de projets de loi, certains approuvés, d’autres sur le point de l’être, tout aussi inquiétants les uns que les autres :

  • Une loi sur la propriété sociale, qui autorise l’expropriation d’entreprises privées
  • La réforme de la loi de l’éducation, qui devrait renforcer le système éducatif dans un sens socialiste, c’est-à-dire réduire le nombre et l’influence des établissements privés
  • La réforme du code pénal qui permet de légaliser les écoutes de communications privées pour des raisons de sécurité
  • La loi électorale, adoptée le 31 juillet et qui réforme les règles du scrutin proportionnel pour l’Assemblée Nationale (la seule chambre parlementaire fédérale) et permet à un parti ayant obtenu au moins 60 % des voix d’occuper jusqu’à 90 % des sièges
  • La loi dite des « délits médiatiques » qui prévoit des peines de quatre ans de prison pour quiconque divulguerait des nouvelles contre l’Etat.

Pour ce député Villalba, la comparaison se justifie :

« Le terrorisme médiatique est une action violente de nature politique qui a pour finalité de porter atteinte aux institutions légalement constituées. Dans le cas de l’Espagne, le gouvernement qualifie ETA de terroriste, poursuit ses membres et les emprisonne parce qu’ils ont pour but de semer la peur et la terreur a des fins politiques.

Bien sûr, certains utilisent des armes, des balles, des fusils, des mitraillettes, des tanks, mais il est tout aussi certain que le pouvoir de pénétration des médias dans n’importe quelle partie du monde est aujourd’hui infini, avec une capacité de destruction immense et incalculable. »

Des stations de radios ont été fermées

Les journalistes du monde entier seront peut-être flattés de voir qu’on leur attribue encore à Caracas un pouvoir de destruction massive, mais il est extravagant que de tels propos, et de tels projets, ne provoquent aucun émoi -aucun effroi- dans les démocraties européennes.

Le 2 août, 34 stations de radios ont été fermées au Venezuela par la commission nationale des télécommunications (Conatel) sous le prétexte qu’elles n’avaient pas demandé le renouvellement de leur autorisation d’émettre ou, pour certaines, qu’elles avaient perdu cette autorisation en raison de la mort de leur propriétaire.

Heureusement, le président de cette commission, Diosdado Cabello, qui est également ministre des Travaux Publics, a remis les pendules à l’heure. Ces radios n’ont pas été fermées pour des broutilles administratives, mais pour des raisons politiques. Cabello a annoncé :

« Ce sont les 34 premières stations », suggérant ainsi que d’autres allaient suivre. « Quand nous avons pris la décision, au sein du gouvernement national et révolutionnaire, de démocratiser le spectre radioélectrique, d’en finir avec le latifundisme médiatique (sic), nous le faisons vraiment, nous ne sommes pas en train de jouer. »

« Globoterror », l’ennemi politico-médiatique de Chavez

Le 9 juillet, le même Cabello déclarait devant l’assemblée avoir reçu l’ordre du « commandante (Chavez) d’en finir avec le latifundisme radioélectrique et le latifundisme médiatique » (en Amérique latine, le latifundio est une grande propriété rurale).

La chaîne de télévision d’information continue Globovision, elle-même menacée de fermeture et dont les studios ont été attaqués par des militants chavistes le 3 août, a été rebaptisée dans les discours officiels « Globoterror ». Chavez est « un policier de la pensée », déclarait le 2 août un journaliste d’une radio de Caracas, William Echeverria, président de l’association des journalistes vénézuéliens, juste avant de fermer définitivement son micro.

Sa radio, la CNB, transmettait une émission intitulée « Allo, Citoyen », que diffuse Globovision, référence ironique à l’interminable show télévisé hebdomadaire de Chavez, « Allo, Présidente », et fort critique à l’égard du gouvernement. Le socialisme du XXIe siècle est mal parti pour nous étonner.

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  • Gotch
    • Posté à 13h54 le 12/08/2009
    • Internaute 15306

    Monsieur Faure, vous êtes journaliste ? Ah oui, sans doute un « embedded » à la française, un de ceux qui font des pieds et des mains pour frayer avec l’homme-gouvernement.... si c’est cela, il n’y a pas de quoi pavoiser.

    Vous savez très bien (ou vous refusez de savoir) que le gouvernement vénézuélien actuel est beaucoup plus démocratique que le nôtre. Les gens au pouvoir s’y inclinent devant les résultats des urnes. Vous savez pertinemment qu’ici, ce n’est pas le cas.

    Il est dommage que Rue89 laisse passer tant de contre-vérités, dans un forum normal ces types d’affirmations assénées à la suite mériteraient au moins une introduction en forme de mise en garde, sinon une modération salutaire.

  • dulconte
    dulconte
    Mordu par un fachogarou
    • Posté à 14h34 le 12/08/2009
    • Internaute 250
      Mordu par un fachogarou

    Michel Faure, Je dois vous avouer que plutôt qu’un Xième article sur le cas Chavez je trouve qu’il aurait été sain d’aborder le problème très sérieux de l’installation de bases US en Colombie et ce au pretexte de la guerre contre la drogue.

    Je trouve amusant votre phrase :

    La réforme de la loi de l’éducation, qui devrait renforcer le système éducatif dans un sens socialiste, c’est-à-dire réduire le nombre et l’influence des établissements privés

    qui déjà a inventé l’école public gratuite et obligatoire, je ne me souviens plus bien.

    L’éducation et la presse sont à mon avis les deux piliers de la catastrophe sud américaine, il serait tant de les réformer et pas comme Menen en Argentine dans les années 90 non ?

    PS : A tous les fans extatique de Chavez, s’il vousplait ouvrez les yeux, soyez honnête, sinon tout ce grand espoir finira comme l’eau de boudin de la révolution cubaine.

  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 15h02 le 12/08/2009
    • Internaute 16438
      ici et là

    Votre article est biaisé dès le début, « oublier » de mentionner l’attitude de certains medias lors du dernier coup d’état financé par la CIA - les USA ont reconnu le nouveau régime quelques heures à peine après la tentative de putch pour ensuite se retracter vu que le coup avait lamentablement foiré - est une tentative de manipulation de l’information, heureusement un grand nombdre de riverains ont réparé cet « oubli ».

    Sur le fond, la liberté d’expression est sacrée et voir fermer une radio me gêne toujours, sauf si l’on parle de la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) rwandaise bien entendu, mais ce n’est pas encore le cas ici.

    Le problème du Venezuela c’est la possible collusion entre l’opposition et des officines genre la CIA ; ainsi on peut douter de la sincerité de medias financés par le puissant voisin du Nord qui souhaite vous voir dégager pour vous remplacer par un leader plus docile à la Uribe.

    Jusqu’à preuve du contraire, une fois sa première tentative de prise du pouvoir ratée, Chavez est toujours passé les urnes, sa gestion est certeinement emprunte d’irrégularités, la corruption existe forcement mais au moins une partie non negligeable du budget de l’état est investi pour le peuple et les plus démunis. Je doute qu’un libéral ur jus en fasse de même, le Gabon produit beaucoup de pétrole, sa population ne touche rien...

    Libération, Le Monde et l’essemble des journaux français roulent pour l’opposition, c’est connu, ça décribilise une majorité des articles écris sur Chavez dans la presse héxagonale. Vous êtes juste une digne représentation de ce système, merci de nous avoir ouvert les yeux.

    Un des meilleurs exemples, la manière dont a été traitée le dernier referundum qui permettait à un président vénuzuélien de se présenter plus de 2 fois à la présidentielle - en somme comme en France avant la réforme de Sarkozy ! - l’ensemble des journaux français titrait alors : « Chavez, président à vie », ils oubliaient juste de préciser que’il fallait tout de même les gagner toutes ces éléctions....

    Tout ces partis pris ont totalement décridibilisés les jugements de vos semblables. De la part de Fox News je peux comprendre, pour Libé ou Le Monde, c’est une honte. Reste à voir comment cette même presse défend encore la thèse française du génocide rwandais... !

    Chavez n’est certe pas un ange, mais il ne mérite pas non plus tant d’opprobe, un peu de justesse dans vos jugements serait bienvenue, manipuler l’information n’est certainement pas le meilleur moyen d’y parvenir !

  • Michel Faure
    Michel Faure
    Journaliste
    • Posté à 15h28 le 12/08/2009
    • Journaliste 82928
      Journaliste

    Bonjour à tous,

    Je viens de lire vos premiers commentaires, et je vous remercie de les avoir écrits, même si je suis, comme vous vous en doutez, en désaccord avec la plupart d’entre eux.
    Plusieurs remarques :

    1/ J’aimerais qu’on arrête avec les références et les comparaisons avec la France. Mon blog ne porte pas sur la France et si je critique certaines mesures prises au Venezuela, le fait que des mesures semblables aient été prises en France, ou ailleurs en Europe, ne changent rien au coté critiquable de ces mesures. Le relativisme est dangereux. Des lois liberticides sont des lois liberticides, où qu’elles soient.

    2/ Je n’ai aucune sympathie pour l’opposition politique venezuelienne, qui a pris de nombreuses décisions inopportunes, qui est issue d’une vieille droite conservatrice assez déplaisante et qui a laissé souvent laissé le champ libre à Chavez, notamment en boycottant certains scrutins. Je ne suis pas sûr, mais je n’en ai pas la preuve, que tous ces scrutins aient été honnêtes (il y eut des controverses et des révélations assez troublantes sur les urnes électroniques, notamment, il y a quelques années), mais c’est vrai que Chavez n’a jamais contesté le seul résultat électoral négatif qu’il ait eu à subir. Il faut saluer à cette occasion la véritable opposition à Chavez, qui est une opposition inorganisée et assez spontanée de gens qui craignent pour l’avenir de leurs libertés. Ce n’est ni la droite, ni la bourgeoisie, ni le grand capital ou que sais-je encore, cette opposition est celle d’une population qui résiste, qui manifeste, qui fait savoir qu’elle n’est pas d’accord. Il lui faut du courage, parce qu’il existe quand même une violence latente au sein d’une société polarisée comme l’est la venezuelienne, que quelques expéditions punitives sont menées de temps en temps, que tout un chacun dans ce pays, à droite comme à gauche, est armé, et que le zèle de Chavez est de plus en plus marqué par l’autoritarisme.

    3/ J’ajoute enfin que les élections sont un élément nécessaire, mais pas suffisant, pour la démocratie. La concentration de tous les pouvoirs dans un seul camp, la diabolisation de toute opinion critique, le harcèlement des médias qui échappent à la tutelle gouvernementale, et je ne parle pas des liens de plus en plus difficilement démentis entre Caracas et les Farc, tout cela ne fait pas du Venezuela une démocratie qui donne envie d’aller y vivre.
    Qu’on vitupère parce que j’ose défendre les libertés formelles, comme on disait (jadis ?) dans les cellules du PC avec un certain mépris, ne m’affecte pas personnellement mais me désole. Si la gauche n’est pas l’amie des libertés, ce qui est sa tradition historique depuis les Lumières - tradition mise un instant entre parenthèses par le marxisme léninisme - si la gauche ne défend pas les libertés, donc, elle est à mon humble avis sans avenir. Qu’elle s’exaspère, comme certains d’entre vous le font, qu’on puisse critiquer Chavez, qu’on lui trouve toutes les excuses du monde alors qu’il n’a qu’une seule idée en tête, tisser la toile de son pouvoir impérial (bolivarien, dit-il) et très personnel sur l’ensemble de l’Amérique latine, qu’il tente de réchauffer une guerre froide qui n’a laissé à personne de très bons souvenirs en achetant des armes à Poutine, en allant draguer l’Iran ou la Syrie, ça devrait soulever non pas le mépris, mais l’indignation de la gauche. Il a fallu attendre les années 90 pour que le Parti socialiste français commence à avoir des doutes sur Fidel Castro, donc, tout est normal ! Jean-François Revel, dont certains d’entre vous pensent certainement le plus grand mal mais qui était un homme admirable, et j’en sais quelque chose par son attitude face à Jimmy Goldschmidt dans les années 80 à L’Express, a écrit un bouquin dont le titre est, je crois, « le refus de savoir ». Il s’adressait à tous les supporters du camp soviétique du temps de la guerre froide. Ceux qui refusaient de voir l’évidence, celle de la dictature et de ses crimes odieux. Ne faites comme eux avec Chavez. Si un jour il échoue à faire du Venezuela une dictature, ce ne sera pas faute d’avoir essayé.

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