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Brésil : trois candidates pour l'après-Lula

Michel Faure
Journaliste
Publié le 17/09/2009 à 17h05

Trois femmes extraordinaires se disputent actuellement la succession de Lula, président brésilien dont le mandat expire à la fin de l’année 2010. Marina Silva, qui fut sa ministre de l’Environnement, Dilma Rousseff, sa ministre en chef de la « Maison civile » et Heloisa Helena, dissidente du PT. Toutes trois ont un passé hors du commun.

La première est Marina Silva, une femme née dans l’Etat d’Acre, en Amazonie où, enfant, elle récolta avec son père le caoutchouc des hévéas. Agée de 51 ans, elle fut ministre de l’Environnement de Lula.

La seconde est Heloisa Helena, 47 ans, née dans l’Etat d’Alagoas, dans le Nord Est du pays, entre Bahia et le Pernambouc.

La troisième, enfin, est la candidate désignée par Lula, Dilma Rousseff, ministre en chef de la « Maison civile », une sorte de secrétariat général de la présidence. Elle a 62 ans, est originaire de Belo Horizonte, dans le Minas Gerais, mais a refait sa vie dans l’Etat du Rio Grande do Sul où elle a suivi des études d’économie et a commencé sa carrière politique.

Elles ont, toutes les trois, un destin hors du commun.


Dilma Roussef (Wikipedia).

Le plus tragique, sans aucun doute, est celui de Dilma Rousseff, une jeune femme de la classe moyenne qui se dresse contre la dictature après le coup d’état militaire de 1964. Militante de groupes clandestins prônant la lutte armée, elle est arrêtée en 1970. Elle restera en captivité pendant trois ans et sera torturée durant sa détention.

Elle est aujourd’hui une grande figure de la politique brésilienne, connue -et aussi admirée- pour ses qualités de gestionnaire et son caractère autoritaire, mais souffre d’un cancer des lymphes récemment diagnostiqué. Sa maladie, pour l’instant sous contrôle, semble à certains analystes un handicap majeur. Les Brésiliens se souviennent en effet des espoirs qu’ils avaient nourris après l’élection par le Congrès de Tancredo Neves, premier président élu à la fin de la dictature militaire, en janvier 1985. Il tomba subitement malade un jour avant de prêter serment et mourut en avril sans avoir exercé ses fonctions.


Heloisa Helena (Wikipedia).

Le passé d’Heloisa Helena est lui aussi admirable. Cette infirmière devenue professeur d’épidémiologie, se lance très jeune dans les actions sociales en faveur des plus défavorisés. Elle entre au Sénat sous l’étiquette du PT en 1998 et refuse la discipline de vote quand elle conteste, après la première élection de Lula, l’orientation qu’elle juge « néolibérale » de sa politique économique. Elle est expulsée du Parti en 2003 et déclare alors qu’elle « ne va pas s’accrocher au drapeau du PT en pleurant ».

Elle fonde le Parti Socialisme et Liberté (PSOL) et entend rester « fidèle au socialisme » trahi, selon elle, par Lula. De nombreux militants de l’aile gauche du PT la suivent. Elle se présente contre le président quand celui-ci brigue son deuxième mandat, en octobre 2006. Elle obtient une troisième place au premier tour, avec un score assez inespéré, près de 7% des voix.


Marina Silva (Wikipedia).

L’histoire la plus émouvante, sans doute, est celle de Marina Silva, celle qui a le plus de chance d’être la principale protagoniste des prochaines élections. Comme Lula, qu’elle vénère mais dont elle a néanmoins « divorcé » politiquement, en mai 2008, en claquant la porte de son ministère, Marina Silva est née très pauvre.

Son père était ce que l’on appelle en Amazonie un « seringueiro », un récolteur de caoutchouc. Enfant, elle travaille avec lui jusqu’à l’âge de 15 ans, puis part se faire soigner d’une hépatite dans la capitale de son Etat, Rio Branco. Analphabète, de santé fragile, elle est recueillie et éduquée par la Congrégation des esclaves de Marie. La jeune fille veut elle aussi devenir bonne sœur, puis change d’avis et étudie l’histoire à l’université d’Acre. Elle se passionne alors pour les luttes syndicales et rejoint Chico Mendes, activiste qui organise les seringueiros et milite pour la protection de l’Amazonie. Il est assassiné en décembre 1989 par des tueurs à gage.

En 1986, Marina Silva rejoint le Parti des travailleurs et devient, en 1988, la conseillère municipale la mieux élue de Rio Branco. Elle est l’unique élue de gauche et dénonce les privilèges dont jouissent ses collègues et elle-même. Elle se forge ainsi, dès ses débuts en politique, une réputation de femme intègre et sans crainte. Deux ans plus tard, elle est élue députée de l’Etat puis en 1994, elle entre au Sénat. Au sein du PT, elle travaille sur les questions d’environnement et devient vite une personnalité connue dans l’ensemble du Brésil pour son action en faveur de la préservation de l’Amazonie.

Quand Lula la nomme à la tête du ministère de l’environnement, en 2002, sa réputation a dépassé les frontières. Elle apparaît à l’étranger comme la garante de l’intégrité de l’Amazonie, la « caution verte » du gouvernement brésilien. Marina conçoit un plan national de lutte contre la déforestation et crée des zones immenses sanctuarisées pour les populations indigènes.

Le développement et l’écologie comme enjeux

L’une de ses principales adversaires sera Dilma Rousseff qui suit, avec le soutien de Lula, un autre agenda. Dilma veut lutter contre la pauvreté, accélérer la croissance du Brésil et son développement pour que le pays puisse enfin sortir la majorité de ses habitants de la misère. L’extension de cultures exportatrices comme le soja, les projets d’infrastructure, des routes et des centrales hydroélectriques, menacent alors directement la forêt.

Marina Silva est soudain considérée par ses propres amis comme un frein au développement. Elle répond à ses accusations :

« Ceux qui ne comprennent pas que l’on doit mener de front la lutte pour l’environnement et celle pour le développement n’ont pas compris l’équation de ce siècle. Ils ne voient que le court terme, moi, je dois regarder le long terme. »

Elle qui jurait, en quittant le gouvernement, qu’elle n’abandonnerait jamais le PT, vient pourtant de le faire. Elle pose sa candidature à la présidence sous la bannière du Parti Vert.

Si l’une d’entre elles l’emportait en 2010, le Brésil élirait pour la première fois de son histoire une femme à la présidence du pays.

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  • Lugi
    • Posté à 17h28 le 17/09/2009
    • Internaute 28945

    « Elle fonde le Parti Socialisme et Liberté (PSOL) et entend rester “ fidèle au socialisme ” trahi, selon elle, par Lula. »
    Sans vouloir vous vexer, je pense qu’on approche du consensus mondial quand on dit que Lula a été élu avec des voix de gauche pour mener une politique de gauche, et qu’une fois élu il a fait une politique de droite.

    Après, le « selon elle » cela signifie peut être que vous ne considérez pas cela comme une trahison. Moi j’appelle ça un hold up doublé d’une trahison. Mais ça c’est une question de jugement et/ou de flexibilité morale.

    • Michel Faure
      Michel Faure répond à Lugi
      Journaliste
      • Posté à 20h02 le 17/09/2009
      • Journaliste 82928
        Journaliste

      Merci de lire et de réagir à mon papier, Lugi. Vous ne me vexez pas du tout. Ecrire « selon elle » n’est qu’une précision journalistique. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est elle. Il n’empêche que je suis en désaccord avec vous quand vous évoquez un « consensus » sur Lula qui ferait une politique de droite. Je pense que la droite brésilienne n’a pas le même avis que vous.

      • Lugi
        Lugi répond à Michel Faure
        • Posté à 10h15 le 18/09/2009
        • Internaute 28945

        Le problème c’est que je sais pas quel espace il lui reste à la droite à partir du moment où il a dépassé les recommandations du FMI, et je ne savais pas qu’on pouvait faire ça et être qualifié d’autre chose que « de droite ».

        Bon aller, je lui jette pas la pierre à ce bon Lulla, il a fait un effort pour rénover et assainir les favelas.
        Mais bon, je sais pas où sont passé ses promesses électorales.

        Sacrifiées sur l’autel du réalisme néolibéral sans doute...

        Pour finir, je me méfie donc de ces candidates, à mes yeux, seule la seconde est une valeur sûre. Je n’ai absolument pas confiance dans la première dont le discours est superposable à celui de nos socialiste. En gros, elle va faire du libéralisme, si possible du socialisme, et ensuite éventuellement de l’écologie. Au final, on sait très bien que ça s’arrêtera au libéralisme.

        Sur la troisième je suis plus mitigé. 2008 c’est tardif pour se désolidariser de Lula. Cela fait que j’ai un gros doute, non pas sur son intégrité, mais sur sa volonté politique de porter un projet ambitieux. Un peu comme nos verts à nous, qui sont plutôt inodore, incolore, voir invisible quand ils sont dans un gouvernement.

  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 17h47 le 17/09/2009
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    Le Brésil a bien de la chance, il va disposer de 3 candidates crédibles !

    Si l’une d’elles est élue, qu’ils nous envoient les 2 autres, en échange on leur enverra 2 à nous qui commencent à nous sortir par les urnes...

    • Lugi
      Lugi répond à Waldeck
      • Posté à 17h59 le 17/09/2009
      • Internaute 28945

      « Echange Ségolène Royal contre candidate à la présidentielle brésillienne. Envoyez mail avec proposition à Martine.Aubry@parti-socialiste.fr »

      Ils accepteront jamais.

  • A déménagé le 13-9 2
    A déménagé le 13-9 2
    Poète disparu..
    • Posté à 18h23 le 17/09/2009
    • Internaute 81138
      Poète disparu..

    Même pas un homme ne fait partie des favoris ?
    =) Bravo à ses femmes qui semblent très respectables !

    Personnellement, j’aurai une préférence pour Marina Silva.
    Mais c’est au peuple Brésilien de choisir. Que la plus méritante soit élue !

  • FanFan2722
    FanFan2722
    http://reactionashow.blogspot. (...)
    • Posté à 20h37 le 17/09/2009
    • Internaute 12992
      http://reactionashow.blogspot. (...)

    pourquoi angler le papier sur l’emocionante histoire de ces trois femmes ? ce sont des individus au fort caractere qui ont défendu avec force leurs idées dans leur passé. Elles ont toutes trois des programme politiques et des projets pour le bresil, pourquoi ne pas se concentrer la dessus ce serait plus interessant.
    mais avant de pronostiquer une victoire du PT, du PSOL ou des verts il faut que la gauche bresilienne s’unisse ce qui est loin d’être gagné et il faut demander aux bresiliens s’ils souhaitent poursuivre la politique de lula apres 8 ans au pouvoir ? aux dernieres nouvelles le PMDB et le PSDB avaient aussi de grandes chances de passer en tete

    de toute maniere c’est un pronostique hypotetique sur une election qui aura lieu ds plus de un an... le chemin est long

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