Panamericana

L'actualité des Amériques de Valparaiso à Tijuana.

Décès de Tomas Eloy Martinez, romancier de la réalité

Michel Faure
Journaliste
Publié le 03/02/2010 à 12h06

L’écrivain et journaliste argentin Tomas Eloy Martinez est mort le 31 janvier d’un cancer. Il était un journaliste extraordinaire, travaillant à la télévision et créant, depuis Buenos Aires jusqu’à Guadalajara au Mexique et à Caracas au Venezuela, des journaux, des revues et des suppléments littéraires.

Il a écrit de nombreux livres, notamment « La Novela de Peron » (Le Roman de Peron), en 1985 et « Santa Evita », dix ans plus tard. Des ouvrages à mon avis absolument remarquables pour qui veut tenter de comprendre l’incompréhensible, c’est à dire l’âme et l’histoire de l’Argentine. Seul un journaliste, dans un pays aussi irréaliste et fantasque que le sien, pouvait à mon sens faire avec tant de talent de la réalité une fiction.

La dictature de Juan Peron, les pérégrinations de la dépouille d’Eva Peron, furent pour lui un matériau romanesque, terrible et baroque, qui racontait une réalité à la fois probable et totalement incongrue. Avec lui, la réalité ne dépassait pas la fiction, contrairement à l’habitude, mais la nourrissait de ses extravagances et de ses excès.

Tomas Eloy Martinez a également eu une longue carrière académique et a été pendant longtemps le chroniqueur du quotidien conservateur La Nacion. Passionné de cinéma, il a écrit une dizaine de scénarios et de nombreuses critiques. C’était l’un des auteurs les plus importants d’Amérique latine. Il a eu une belle vie d’écrivain et de journaliste, productive, polymorphe, créative et mondialement reconnue.

Son collègue mexicain Carlos Fuentes, dans La Nacion, lui rendait mardi un vibrant hommage :

« Tomas Eloy Martinez rechercha, et trouva, dans le roman la réalité qu’a oubliée l’histoire. Et comme l’histoire a été ce qu’elle a été, la littérature nous offre ce que l’histoire n’a pas toujours été ou, parfois, ce qu’elle ne nous a pas dit.

Dans l’œuvre de Tomas Eloy, le langage, qui met en doute l’idéologie, la certitude religieuse, le conformisme moral et la mascarade politique, ne peut cependant laisser de coté ni l’idéologie ni la religion, ni la morale, ni la politique. Le roman ne peut être dominé par aucune des quatre.

Il peut au contraire représenter l’idéologie, la religion, la morale et la politique comme autant de problèmes, ouvrant ainsi la porte au questionnement, levant le toit de l’imagination, explorant les sous-sols de la mémoire, et sourtout laissant la fenêtre ouverte pour écouter Pascal qui nous dit : “Je viens vous proposer le doute”.

  • 2399 visites
  • 2 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • leo s
    leo s
    (...)
    • Posté à 21h43 le 03/02/2010
    • Internaute 73621
      (...)

    « Dans l’œuvre de Tomas Eloy, le langage, qui met en doute l’idéologie, la certitude religieuse, le conformisme moral et la mascarade politique, ne peut cependant laisser de coté ni l’idéologie ni la religion, ni la morale, ni la politique. Le roman ne peut être dominé par aucune des quatre.

    Il peut au contraire représenter l’idéologie, la religion, la morale et la politique comme autant de problèmes, ouvrant ainsi la porte au questionnement, levant le toit de l’imagination, explorant les sous-sols de la mémoire, et sourtout laissant la fenêtre ouverte pour écouter Pascal qui nous dit : “Je viens vous proposer le doute”.

    Carlos Fuentes parle vraiment très bien de Tomas Eloy.

  • lancetre
    • Posté à 00h23 le 04/02/2010
    • Internaute 18658

    Je recommande la lecture du Chanteur de Tango.

    Magnifique !

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.