Panamericana

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« L'Argentine est une nation de couillons », et ça se fête

Michel Faure
Journaliste
Publié le 27/06/2010 à 11h25

On peut dire beaucoup de choses des Argentins : qu’ils ont une Histoire violente, que non seulement ils élisent des crapules, mais qu’ils les réélisent souvent avec enthousiasme, que les péronistes existent toujours, de droite et même d’extrême gauche, un peu comme si nous avions encore en France un parti pétainiste, social et national, et qu’il soit au pouvoir !

Les Argentins se prennent tellement la tête avec leur grande Histoire et leurs petites histoires que Buenos Aires a le plus grand nombre de psychanalystes par habitant au monde. Et ils sont naïfs, en plus. La plupart ont cru longtemps que le peso valait vraiment un dollar.

Mais il faut leur reconnaître une immense qualité : ils ont un humour féroce, surtout à l’égard d’eux-mêmes. « Comment se suicident les Argentins ? », demande une blague locale. « En tombant de leur ego. »

Ils sont les rois du second degré et ils le prouvent encore une fois en organisant, ce dimanche 27 juin, le « Jour national des couillons ».

Ils seront nombreux à y participer, à ce « Dia nacional del boludo ». Le site Web de cet événement, DiaDelBoludo.com, rassemblait déjà près de 30 000 adhésions il y a quelques jours.

On peut y lire de nombreux témoignages de ces citoyens qui racontent qu’ils sont des « boludos » parce qu’ils ont payé leurs impôts à l’heure juste avant un moratoire, qu’ils ont déposé des dollars à la banque et qu’on leur a rendu des pesos, ou encore qu’ils ont crié lors d’une manifestation vers l’an 2000 « Que se vayan todos » (qu’ils s’en aillent tous) et les politiciens sont toujours là, et toujours au pouvoir.

« Respecter les autres est une stupidité »

Le mot « boludo » n’est pas dans mon vieux dictionnaire de « la Real academia española », et l’auteur d’un blog sur l’Argentine (« Che, Boludo ! ») traduit cet intitulé par « connard ». Je préfère le traduire par « couillon » parce que ce terme a une tonalité plus affectueuse et un peu d’auto-dérision, et que dans cette affaire du Dia nacional del boludo, c’est de cela qu’il s’agit. L’appel de leur site Internet dit :

« Nous sommes une nation de couillons. Des millions de rêveurs qui aspirent à vivre en paix, à édifier un avenir prospère et une société équitable. Cependant, les “petits malins” nous démontrent chaque jour que croire aux promesses, respecter les autres, agir dans le cadre des lois, est une stupidité. Quelque chose que ne font que les imbéciles, les ringards… “los boludos”. » (Voir la vidéo en espagnol)

« La flamme sacrée du couillon argentin brûle en nous »

Derrière l’humour de cette manifestation, il y a bien sûr l’expression d’un ras-le-bol à l’égard du système politique et de la société argentine où la roublardise, la combine et les petits arrangements entre amis sont la norme, où la corruption est un sport national, et l’honnêteté l’objet d’étonnement et d’un certain mépris.

Aujourd’hui, les couillons disent « basta », ça suffit. L’appel lance :

« Soyons fiers de faire les choses comme il se doit. Défendons les gens honnêtes, les braves types, les bons citoyens, l’idée d’un pays solidaire et fraternel… Soyons fiers qu’en chacun de nous brûle la flamme sacrée du couillon argentin. »

Le seul risque, pour des Argentins, c’est qu’ils prennent un jour cette plaisanterie au sérieux. Ce mouvement citoyen pourrait alors être le germe d’un parti politique honnête. Un parti politique honnête en Argentine ? Che boludo, c’est une blague ? Peut-être pas.

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  • Heyoan
    • Posté à 11h45 le 27/06/2010
    • Internaute 23071

    On pourrait même remplacer Argentine par n’importe quel pays adepte du néolibéralisme non ?

  • kawouede
    • Posté à 11h55 le 27/06/2010
    • Internaute 27995

    Bref toutes les nations du monde ont à apprendre des Argentins... mais ne serait-il pas un peu couillu de renoncer aussi, au passage, à la référence à la nation ?

  • Saperlipopat
    Saperlipopat
     ? ? ?
    • Posté à 14h01 le 27/06/2010
    • Internaute 118543
       ? ? ?

    Quasi pays continent, le peuple argentin est aussi varié que son environnement peut l’ être.
    Connaissant un peu le pays et sa population, j’ ai l’impression de faire face dans cet article à du Porteñisme...
    Comme les Parisiens ( sympas ou insupportables) ne représentent pas les Français, les habitants de Buenos Aires (porteños) ne font pas l’ Argentine.
    Raccourci un peu osé, surtout de ce côté- ci de l’ Atlantique...

  • Ouallonsnous
    • Posté à 17h50 le 27/06/2010
    • Internaute 8204

    Rien d’autre à ajouter, sinon l’universalisation de cette citation nous venant d’Argentine, aujourdhui....

    « Soyons fiers de faire les choses comme il se doit. Défendons les gens honnêtes, les braves types, les bons citoyens, l’idée d’un pays solidaire et fraternel… Soyons fiers qu’en chacun de nous brûle la flamme sacrée de tous les “couillons de bonne volonté” de par le monde ! »

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