Paristanbul

L'actualité turque commentée, depuis Paris, par Marie Antide, ex-Stanbouliote.

La langue turque, otage des luttes de pouvoirs

Marie Antide
www.turquieeuropeenne.com
Publié le 30/10/2008 à 12h25



Abdallah Gül à l’ouverture de la Foire du livre de Francfort le 14 octobre 2008 (Arne Dedert/Reuters).


Cette année, la Foire internationale du livre organisée à Francfort du 15 au 19 octobre a accueilli la Turquie comme invitée d’honneur de sa soixantième édition sous le thème « La Turquie sous toutes ses couleurs ».

Les couleurs de la Turquie sont d’abord celles de sa langue : souple, drôle, poétique, elle puise son inspiration dans la musique du quotidien.

Annoncez que vous êtes « tiklim tiklim gittik » et votre interlocuteur entend déjà les bruits des encombrements qui ont bloqué votre taxi, « zil çaldi » et la sonnette a retenti, « laklak konusmak » évoque à l’oreille le caquetage de deux commères en train d’échanger les derniers ragots, un « yiamyiam“ désigne bien... un cannibale.

Du mot, elle extrait son propre superlatif : ‘ taze ’ (frais) devient ‘ taptaze ’ (très frais), ‘ kirmizi ’ (rouge) devient ‘ kipkirmizi ’ (écarlate). Beaucoup plus poétique, le ‘ yakamoz ’ évoque le reflet de la lune sur l’eau, le ‘ mehtap ’, le clair de lune, ‘ yumusak (youmouchak) ’ la douceur et ‘ ask (achk) ’ l’amour.

Elle a aussi ses très grands classiques, incontournables et irremplaçables : le ‘ çok (tchok) ’ qui signifie ‘ beaucoup ’ et son alter ego le ‘ yok ’ (il n’y a pas). Enoncés avec légèreté (yoooo…), fermeté (yok !), conviction (yok yok yok) en modulant la voix sur chacun d’eux, ces petits mots peuvent renverser une situation d’un seul arrondi de bouche !

Suffixes agglutinés et règles phoniques

L’autre charme de cette langue est son caractère nomade. Apprendre à parler turc, c’est partir en voyage dans les mondes arabe et perse et percevoir (à défaut de mieux les appréhender) la finesse et la richesse de ces civilisations. C’est aussi retrouver nos mots puisque la langue turque emprunte sans complexe des mots au français et à l’anglais : perruque, radiateur, chance, pantalon... deviennent perük, radiatör, sans, pantalon...

La contrepartie de ce voyage est une réelle difficulté à se raccrocher aux sons familiers des langues latines ou anglo-saxonnes qui nous entourent : originaire des contreforts des monts Altaï, la langue turque n’a pas renié ses origines asiatiques ! Vous connaissez le ‘ yak-itori ’ japonais ? En turc, ‘ cuire, brûler ’ se dit yak-mak...

Articulée comme une phrase latine, avec suffixes agglutinés et verbe en fin de phrase, construite sur des règles phoniques qui identifient clairement les voyelles dures et douces, parfois allongées de ‘ g ’ aspiré qui prolonge la syllabe et l’adoucit d’autant, la langue turque est une musique nouvelle à laquelle l’oreille néophyte doit se familiariser avant de commencer à déchiffrer sa partition.

Au bout de six mois d’efforts et de frustrations naît le plaisir de pouvoir énoncer sans trébucher une phrase contenant adjectif, compléments et relative… et de voir se dessiner un immense sourire de reconnaissance sur le visage de votre interlocuteur !

Une manifestation qui a divisé les intellectuels turcs

Avec un outil aussi vivant, on ne s’étonnera pas que la littérature turque soit florissante et trouve de nombreux hérauts dans la génération actuelle : Asli Erdogan, Ahmet Altan, Muratan Mongan, Elif Safak, Enis Batur, Metin Kacan, Orhan Pamuk, Nedim Gürsel… et les 200 autres auteurs invités à la foire de Francfort témoignent de son dynamisme et de sa créativité dans tous les genres littéraires. Ils prennent avec fierté le relais de leurs aînés, Ahmet Hamdi Tanpinar, Nazim Hikmet ou Yasar Kemal.

Que dire alors de cette lourde querelle qui a déchiré le milieu intellectuel turc avant et pendant la foire de Francfort ?

Dès juillet, un groupe de vingt auteurs, certains très connus, annoncent leur refus de participer à cette manifestation pour ne pas associer leur nom à un événement que le gouvernement AKP instrumentalise pour consolider, à l’étranger, son image de parti d’ouverture.

Ils espèrent aussi attirer l’attention sur les pressions dont sont victimes certains (Latife Tekin, interdite de micro et menacée lors d’une prise de parole en public car trop critique de l’action gouvernementale) et s’insurger contre la montée du conservatisme en Turquie, dont la remise en cause de l’interdiction du voile à l’université fut le symbole.

Des changements liés à l’histoire politique du pays

L’évolution de la langue ces dernières années n’échappe pas à cette lutte de pouvoir entre deux visions d’une même société.

Petit rappel historique en 1928, Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la république de Turquie sur les ruines de l’Empire ottoman, ordonne l’adoption de l’alphabet latin, expurge le vocabulaire des termes d’origine arabe et perse caractéristiques de l’ottoman pour ne garder que les mots d’origine turque (özturkce) parlés en Anatolie.

L’Histoire commente cette décision comme une volonté de ce visionnaire d’ancrer son pays à l’Occident. Certes mais surtout, il met une langue simple à la disposition d’une population largement illettrée et permet ainsi son alphabétisation rapide. Là est sa vision.

L’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002 s’est accompagnée par l’irruption du style de discours politiques de ce parti, fortement influencé par le vocabulaire, le ton, le style utilisés dans les écoles religieuses (imam hatip). C’est ainsi que l’on note le retour de nombreux mots arabes, ottomans ou d’expressions tirées du Coran jusqu’alors évincés au profit de leurs synonymes turcs.

Prendre de la hauteur

Alors faut-il s’opposer et dénoncer au risque de s’isoler ? Ou bien prendre un peu de recul, dégager la langue et la littérature des luttes de pouvoir et considérer cette foire aux livres à sa juste mesure ? Telle est la position d’Ahmet Ümit, auteur très populaire de romans policiers :

‘ Le turc et la littérature turque méritent une bien plus large reconnaissance à l’étranger et il y a encore un long chemin pour y parvenir. […] La littérature turque n’a pas commencé avec l’AKP et ne cessera pas avec lui. ’

Et ainsi ira la langue turque qui continuera d’enchanter ceux qui veulent bien l’écouter.

Photo : Abdallah Gül à l’ouverture de la Foire du livre de Francfort le 14 octobre 2008 (Arne Dedert/Reuters).

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  • sayfam
    • Posté à 13h59 le 30/10/2008
    • Internaute 37718

    Enfin un article comme je les aime, parlant de la Turquie, de ses délices, de sont histoire, et aussi de sa politique, il ne manque plus que le coté islamophobe mais bon je vais faire avec et prendre un malin plaisir à écrire ce commentaire.

    Faut-il préciser que Abdullah Gül est le président de la république Turc qui à sa place dans ce contexte ? Je ne vois pas qui qu’autre pourrait représenter la Turquie vu que c’est son premier role.
    Quand à la représentations du parti AKP à l’étranger, je trouve que c’est totalement faux. Je ne vois pas en quoi l’AKP pourrait faire sa reklam ( :) ) à travers ces manifestations. Je pense que, de ma vue, vous et ces 20 auteurs ont confondu la fierté, d’être au tableau d’honneur dans une telle manifestation où se confronte les crayons, d’un pays qui est vue comme une menace en Europe.

    Faut-il préciser que l’Allemagne est le premier pays européen où il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de turc, souvent de nationalité turque ou double nationalité.

    N’oublions pas que la Turquie subit actuellement un contexte très dur. A défaut d’avoir des preuves de torture du terroriste Abdullah Öcalan, les manifestations récentes prouve bien que tout devient un prétexte pour remettre en cause le parti AKP.
    Je me demande même si dans ces 20 auteurs il n’y a pas des personne d’origine kurde qui revendique le don d’une parcelle pour un éventuel kurdistant ( qui n’existe pas à l’heure actuelle en tant que pays ).

    Vous oubliez aussi que la Turquie contient actuellement des mouvance qui ne rêve d’une chose, prendre le pouvoir. C’est le but d’un parti perdu CHP mais plus particulièrement celui du parti MHP, DTP qui à eux seul représente les kurdes de la Turquie et perçu comme une menace multipoint par le gouvernement et tous les turques du monde.
    Exit tous les progrès, à chaque fois c’est la même chose ; ce que j’entends par là c’est que l’on râle dès qu’un feux rouge se présente mais vous oubliez les 36 feux verts précédents.

    Oui c’est vrai qu’il existe des censures révoltante en Turquie, oui c’est vrai que certain sont soupçonné de semer la pagaille, mais je suis désolé de dire que c’est le prix à payer pour une stabilité. Les évènements récents ne font que me donner raisons.

  • Czar.
    Czar.
    réac
    • Posté à 14h31 le 30/10/2008
    • Internaute 54172
      réac

    Marie, peut-on vraiment faire entrer dans l’Europe des gens capables d’écrire Taksi pour Taxi ?

    Franchement ? Hein ?

    • Tophee
      Tophee répond à Czar.
      en haut a gauche
      • Posté à 15h09 le 30/10/2008
      • Internaute 2159
        en haut a gauche

      les Irlandais l’ecrivent bien Tacsai, avec un accent sur le i, alors ? Hein ?

    • Marie Antide
      Marie Antide répond à Czar.
      www.turquieeuropeenne.com
      • Posté à 17h08 le 30/10/2008
      • Internaute 12080
        www.turquieeuropeenne.com

      Czar, franchement ?

      Comme ce sont les mêmes qui ont créé ce « yakamoz » pour désigner le reflet-de-la-lune-sur-l’eau ... oui ... on peut les faire entrer dans l’Europe ... : -) !

      Bonne soirée, Marie

    • Soma Sema
      Soma Sema répond à Czar.
      En perdition
      • Posté à 18h21 le 30/10/2008
      • Internaute 29901
        En perdition

      Franchement, si on devait exclure quelqu’un parce qu’il n’écrit pas les mots de la même manière que chacun le fait, on se sentirait bien seuls sur Terre !
      J’hésite à qualifier le commentaire auquel je réponds entre une blague mal tournée ou une ignorance crasse.

      • Chocho
        Chocho répond à Soma Sema
        salarié
        • Posté à 00h23 le 31/10/2008
        • Internaute 57430
          salarié

        Merci Babylone, en effet.

        L’ignorance crasse n’existerait qu’à partir du moment où l’ignorance aurait une conscience. La crasse elle, n’a besoin de pas grand chose si ce n’est ... hum hum ... d’un bon coup de Karsher...

  • yoruk
    yoruk
    au fil de l'eau
    • Posté à 15h50 le 30/10/2008
    • Internaute 57383
      au fil de l'eau

    Et les grecs qui l’écrivent en cyrillique… Merci et bravo pour l’article. Il faut venir en Turquie, il faut s’immerger dans la gentillesse et le talent des turcs, pour comprendre que c’est ici que l’Europe s’est forgée. C’est ici qu’elle est née… Et les turcs ne se prétendent pas plus que les avant derniers envahisseurs… Les derniers, ce sont nous les touristes… Et quand vous arriverez la première chose qu’ils vous diront, c’est « wellcome »… Si vous leur répondez « hos bulduk’ signifiant en turc que vous êtes très heureux et très honoré d’être la… Et vous verrez la reconnaissance illuminer leur regard ! ! ! Nous vivons en Turquie à l’année, sur notre petit voilier depuis plus de 7 ans… Nous ne nous lassons pas de la Turquie et des turcs… Venez voir, venez

    • posto
      posto répond à yoruk
      • Posté à 17h31 le 30/10/2008
      • Internaute 40046

      « il faut s’immerger dans la gentillesse et le talent des turcs, pour comprendre que c’est ici que l’Europe s’est forgée » et ben voyons....

    • Succédané
      Succédané répond à yoruk
      Qui n'est pas mais pourrait l' (...)
      • Posté à 17h32 le 30/10/2008
      • Internaute 13938
        Qui n'est pas mais pourrait l' (...)

      Cyril était un moine orthodoxe, mais l’écriture des Grecs, tout en n’étant pas « catholique », n’en est pas pour autant cyrillique, et cela même si les Grecs sont orthodoxes et même si Cyril a puisé dans leur alphabet...

  • yoruk
    yoruk
    au fil de l'eau
    • Posté à 17h39 le 30/10/2008
    • Internaute 57383
      au fil de l'eau

    Mais non, Cyrille masquait les incohérences de son frères Methode, avec un alphabet abscon... C’est logique .. Non ? ? ?
    concernant le lieu ou s’est forgé l’europe, c’est simple,venez voir, venez... Faites vous votre idée, mais pour cela, venez ! ! ! !

  • Chris du Fier
    Chris du Fier
    Chroniqueur
    • Posté à 22h51 le 30/10/2008
    • Internaute 51129
      Chroniqueur

    Y a encore des grecs en Turquie ? ..

    J’ adore l’ histoire mais je n’ y connais pas grand chose. Peut-être quelqu’un pourrait me donner quelques chiffres en ce qui concerne la population grecque orthodoxe au temps des sultans (Ottomans) et celle d’ aprés l’ arrivée du grand socialiste libertaire Ataturk ? ..

  • Francisg
    Francisg
    Consultant
    • Posté à 01h06 le 31/10/2008
    • Internaute 56150
      Consultant

    Lien(1919-1922)

    Avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, 2,5 millions de Grecs vivent en Turquie.

    Après la guerre gréco-turque de 1919 à 1922, perdue par la Grèce, d’importantes populations grecques sont forcées de quitter leurs terres ancestrales. Par la suite, le traité de Lausanne (1923) interdit à ces communautés, ainsi qu’aux Gréco-américains originaires d’Asie mineure, de rentrer en Turquie. Selon l’historien Norman Naimark, « Les Turcs ont profité de leur avancée vers l’Égée pour vider l’Anatolie occidentale de ses habitants grecs »

    Lien

    Les Grecs de Turquie par Samim Akgönül
    Harmattan (L’)2005, 256 p., 22 euros

    Le Traité de Lausanne a octroyé aux Grecs d’Istanbul le droit de rester en Turquie alors que les autres Grecs ont été échangés avec les musulmans de Grèce.

    Alors qu’ils représentaient une communauté de plus de 100 000 individus au lendemain du Traité de Lausanne, les Grecs de Turquie ne sont plus aujourd’hui que quelques milliers.

    • Marie Antide
      Marie Antide répond à Francisg
      www.turquieeuropeenne.com
      • Posté à 14h50 le 31/10/2008
      • Internaute 12080
        www.turquieeuropeenne.com

      Francisg,

      La lecture du Traité de Lausanne qui est faite par Samim Akgönul me semble plus juste que celle de Norman Naimark ...

  • Erdelan
    Erdelan
    maçon
    • Posté à 01h44 le 31/10/2008
    • Internaute 49091
      maçon

    Marie,
    entre votre article sur la censure le 19 octobre et aujourd’hui, un manifestant kurde à été tué lors d’une manifestation pour la libération d’abdullah öcalan,
    la police à tiré sur des familles de prisonniers politiques rassemblés devant le siège de l’AKP,
    un ancien membre des « équipes spéciales » a avoué à la télévision avoir assassiné au moins 1000 personnes pour le compte de l’état(militants de gauche et kurdes),
    un enfant de 13 ans a été arreté et mis en détention provisoire pour appartenance à une organisation terroriste.
    Et je ne parles même pas des frappes régulières de l’armée turque sur le kurdistan irakien,ni du journaliste mort récemment sous la torture.
    La langue turque est belle c’est vrai, mais ce qui fait l’actualité en Turquie en ce moment, je ne le trouve sur ce blog.
    Parce que c’est censé être un blog sur l’actualité turque, non ?
    mes sources : Lien

    • Chris du Fier
      Chris du Fier répond à Erdelan
      Chroniqueur
      • Posté à 09h09 le 31/10/2008
      • Internaute 51129
        Chroniqueur

      C’ est vraiment une tragédie, cette guerre d’ indépendance que mènent les kurdes contre l’ état turque.

      Elle perdure.... elle s’ étend même puisque nous voyons se développer le même mouvement en Kurdie d’ Irak ... Il en sera de même avec les kurdes d’ Iran un jour.

      Je suppose que, malgré une opposition réelle des peuples européens, si lex bruxellistes réussissaient à faire rentrer la Turquie en U.E., nous serions alors confronté à ce problème, et directement concerné.

      Je me suis laissé dire également qu’ au siècle dernier, les kurdes étaient connus et dénommés dans tout le M.O. comme les ’tueurs de chrétiens’. Peut on trouver des copies de P.V. ou autres papiers historiques confirmant cette terrible accusation.

    • Marie Antide
      Marie Antide répond à Erdelan
      www.turquieeuropeenne.com
      • Posté à 14h28 le 31/10/2008
      • Internaute 12080
        www.turquieeuropeenne.com

      Erdelan,

      ... et le proces Ergenekon qui s’est ouvert et un cas de torture avérée et un « suicide » d’honneur et ... ouf ! ... la liste est lourde de tout ce qui s’est passé en Turquie et qui n’apparait pas dans « Paristanbul » que j’ai délaissé ces 3 derniers mois.

      Alors avant de replonger dans cette très lourde actualité, j’ai pris un grand bol d’air avec cet article. Vous permettez ? : -)

      Au plaisir de vous lire, Marie

       

       

      • Network 23
        Network 23 répond à Marie Antide
        identité perdue dans mes papiers (...)
        • Posté à 19h30 le 31/10/2008
        • Internaute 23367
          identité perdue dans mes papiers (...)

        Je lis toujours avec plaisir vos articles, et celui-ci est en effet rafraîchissant.

        N’empêche que j’attends avec impatience, cet article que vous nous aviez promis, justement, sur Ergenekon.

        Cependant, vu la complexité du dossier, je comprends tout à fait une possible hésitation de votre part avant de vous engager dedans, en accord avec le dicton : « un journaliste ne doit écrire qu’un dixième de ce qu’il sait. »

        J’aurais aimé que l’équipe professionnelle de Rue 89 , qui contrairement à vous ou nous, est payée pour s’informer et informer, prenne le temps de consacrer un article à cette affaire passionnante.

        J’ose croire qu’il n’est pas difficile, en décrochant son téléphone, de faire mieux que l’article lapidaire du Monde *, ou même que, un peu plus élaboré, l’article du New York Times **, qui rappelle qu’Ergenekon est issu des réseaux atlantistes Gladio :

        Outre l’importance de ce procès et de l’Etat profond en Turquie, cette affaire conduit à remettre sérieusement en cause la vulgate « camp laïque turc=démocratie » et « AKP=autoritarisme » .

        Il se trouve que la gauche démocrate et laïque, en Turquie, doit absolument se démarquer des ultra-nationalistes d’un côté, des militaires de l’autre (parfois du même côté), si elle veut devenir une opposition crédible au parti islamo-conservateur.

        Et qu’il est important, pour la gauche française, de savoir qu’en Turquie, « laïc » ne rime pas nécessairement avec « démocrate », mais parfois aussi avec « dictature », « militaire », « censure » et « réseaux paramilitaires ».

        Les déclarations du leader du CHP (Parti républicain du peuple, kémaliste, social-démocrate et membre de l’Internationale socialiste), qui soutient certains membres d’Ergenekon , n’ont rien pour nous rassurer. On attend, à ce sujet, l’opinion du PS là-dessus...

        ( voir :

        Lien )

        Pour revenir à la littérature, rappelons qu’Ergenekon aurait été derrière la tentative d’ assassinat d’Orhan Pamuk  :

        Lien

        PS : faute d’information véritable et approfondie sur le sujet, en français ou en anglais, la seule source, pour un non-turcophone, demeure :

        Lien

        *
        Lien

        **
        Lien

         
        • sayfam
          sayfam répond à Network 23
          • Posté à 23h35 le 31/10/2008
          • Internaute 37718

          Je préfère que Marie Antide s’y colle que plutôt une personne de rue 89 qui ne connais rien à la politique en Turquie. Marie Antide je compte sur toi même si je connais l’affaire, je te laisse cette lourde tache.

          Allez Marie, Allez Marie, Allez Marie, Allez Marie...

        1 autres commentaires
  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 07h02 le 31/10/2008
    • Internaute 16438
      ici et là

    Je crois que Marie a oublié une des caractéristiques principales de la langue turque ; l’harmonie vocalique.

    La langue est donc agglutinante (suffixes qui s’ajoutent les uns aux autres au fur et à mesure de la déclinaison verbale, spatiale, etc...).

    Ainsi « ami » par exemple est « arkadas », « amis » au pluriel sera « arkadaslar », « mon ami » est « arkadasim », et mes amis est « arkadaslarim ».

    Désolé pour les turcophones le i sans point n’existe pas sur mon clavier.

    La voyelle centrale des suffixes dépend quand à elle de la dernière voyelle du mot utilisé, une règle simple existe et pour chaque voyelle pour un mot correspond une autre pour le suffixe qui va s’y ajouter, ainsi pas de cassure, pas de rupture dans la prononciation.

    La langue est devenu chant, c’est tout simplement harmonieux, pensé ainsi. Une des langues les plus mélodieuses que je connaisse en tout état de cause.

    L’actualité turque est sans doute riche en évènements (et pas seulement politiques), toutefois il est bon d’entendre parler d’autres aspects de cette culture riche et souvent méconnue.

    Il me semble que d’autres sites évoquent l’actualité brulante, laissons donc le soin à d’autres de se pencher souvent sur ce pays d’une manière différente. Le blog de Guillaume sur le site du Monde est plutôt bien fait.

    Il est relativement difficile de trouver des sites/articles non partisans (c’est à dire ni pro-Kurde ou pro-Atatürk/République ou pro AKP) alors profitons de la prose de Marie Antide.

    çok sagol isin için canim (tu permets ?).

    • Marie Antide
      Marie Antide répond à le soudanais
      www.turquieeuropeenne.com
      • Posté à 15h22 le 31/10/2008
      • Internaute 12080
        www.turquieeuropeenne.com

      Rica ederim Effendim !

  • Nouveau_Moijesais
    Nouveau_Moijesais
    Indécise
    • Posté à 08h38 le 31/10/2008
    • Internaute 57437
      Indécise

    Un article plutôt creux...
    Oui la langue turque est sympa et pleine d’expressions imagées, mais elle est aussi très pauvre privée du vocabulaire de l’Ottoman et des 500 ans de littérature turque exprimé en cette langue (si mehtap était de l’ « öztürkçe », ça se saurait).
    Car pour tous ceux qui l’ignorent il y a en Turquie une querelle entre les tenants d’une langue « pure » rebâtie (à grand coup de dirigisme nationaliste) sur la langue ancienne : l’ « öztürkçe », et les tenants (conservateurs et religieux) d’une continuité historique d’une langue fortement imprégnée de persan et d’arabe, continuité rompue au XXème siècle.
    On n’est pas obligé de choisir son camp
    Pour le reste on nous apprend qu’il y a des écrivains turcs engagés contre le gouvernement... Ca prouve que la littérature en Turquie est bien vivante. On attend les auteurs français qui boycotteraient le salon du livre pour protester contre la politique de Sarko.
    Pour finir comment dire en turc : « je n’ai rien compris, je suis un peu blond » ?
    Fransiz kaldim : littéralement : « je suis resté français »

  • Pariluys
    Pariluys
    Hop
    • Posté à 11h52 le 31/10/2008
    • Internaute 57451
      Hop

    Un article qui se prétend non engagé, juste informatif… Le survolement de l’actualité (la foire aux livres) au profit d’une éloge de la langue turque (oui, une très belle langue, souple, drôle et poétique, comme d’autres), et d’Atatürk au passage, n’informe finalement sur rien : c’est simplement une forme de publicité, une manière de dire aux turcophobes que les Turcs et la Turquie sont beaux, drôles, poètes… Quelle en est l’utilité ? Le fait d’accumuler des adjectifs pour valoriser le turc donne l’impression que sans ces adjectifs, on ne saurait l’apprécier. C’est une très mauvaise manière de faire aimer la Turquie, si c’est cela votre but. C’est du niveau d’un vulgaire guide touristique.
    D’ailleurs s’il s’agissait de faire un cours de langue, le titre de l’article devrait être différent. « Otage des luttes de pouvoirs » : aucune analyse pertinente sur les pouvoirs en question ! Le mot « otage » est par ailleurs déplacé. La dernière fois que la langue turque a été l’otage d’un pouvoir, c’est lors des réformes kémalistes qui ont « simplifié » et « laïcisé » la langue.
    Dernière remarque, mais il pourrait y en avoir beaucoup plus. « Les couleurs de la Turquie sont d’abord celles de sa langue ». Dans toute leur histoire, l’Anatolie, Constantinople, Smyrne, étaient colorées de multiples langues, comme le grec, l’arabe, le syriaque, l’arménien, le kurde, le turc… Alors mettre en avant une seule langue comme unique langue de ce pays, et en plus valoriser la langue épurée des influences perse et arabe, ce n’est pas vraiment parler des couleurs de la Turquie. C’est parler d’UNE couleur de la Turquie.

    • Marie Antide
      Marie Antide répond à Pariluys
      www.turquieeuropeenne.com
      • Posté à 14h49 le 31/10/2008
      • Internaute 12080
        www.turquieeuropeenne.com

      Pariluys,

      Un article qui ne prétend rien sauf une chose : être un « article - coup de coeur » complètement subjectif, partial et enthousiaste sur une langue que j’ai un profond plaisir à parler !

      Ne vous trompez pas de lunettes en lisant les articles de Paristanbul : je ne suis pas journaliste et la Turquie n’est pas mon bureau de travail !

      J’aime parler de ce pays en l’expliquant (et si vous lisez les articles précédents peut-être comprendrez vous mieux « quels pouvoirs » sont mentionnés ici), mais en racontant spontanément des aspects que j’aime.

      Sous couvert d’actualités, j’ai eu envie d’évoquer le grand plaisir que j’ai à parler turc. Partant de là, vous comprendrez peut-être mieux que je n’évoque pas l’arménien ou kurde ou syriaque car je ne les pratique malheureusement pas.

      Au plaisir de vous lire,

      Marie

       

       

       

       

  • emmanuel elgerlani
    • Posté à 12h11 le 31/10/2008
    • Internaute 40726

    Personne ne semble se rendre bien compte des problemes provoqués par le changement d’alphabet en Turquie.Imaginez, en tout cas pour ceux qui y arrivent, que du jour au lendemain l’état français décide de supprimer l’alphabet latin et de le remplacer par l’alphabat arabe ! Du jour au lendemain, nous sommes tous des illétrés ! Impossible de lire un livre, d’écrire une lettre.Mais ce n’est pas tout, les autorités ont commencé et continuent encore aujourd’hui d’expurger tous les mots d’origine arabe et persane et de les remplacer par des mots français ou anglais.Ainsi les turcs sont devenus et deviennent encore étrangers à leur propre langue, à leur propre culture ; c’est comme si par exemple il était impossible à un français de lire Zola, Victor Hugo, Baudelaire, Proust mais meme des auteurs comme Camus, Sartre, Céline !

    • Keldan
      Keldan répond à emmanuel elgerlani
      Now future & karpe diem
      • Posté à 14h35 le 31/10/2008
      • Internaute 5164
        Now future & karpe diem

      Ne plus pouvoir lire Céline, porte parole de l’antisémite et du racisme, grand adorateur de Hitler, je n’appelle pas ça un inconvénient...

      Et sinon, si j’ai bien compris ce qui a été dit précédemment, au moment de cette purge littéraire, la grande partie des turcs étaient déjà illettrés.
      Enfin, c’est sur que ça pas du arrangé la situation si le taux d’alphabétisation est passé de 10% à 1%...

      • le soudanais
        le soudanais répond à Keldan
        ici et là
        • Posté à 15h08 le 31/10/2008
        • Internaute 16438
          ici et là

        Céline n’était pas adorateur d’Hitler, et en aucun porte parole de l’antisémitisme ou du racisme, même s’il était lui même antisémite et raciste. Il est aussi un des plus grands écrivains de langue française du siècle dernier, n’en déplaise à ses détracteurs, en dépit de ses nombreuses dérives et idées nauséabondes.

        Et oui vous avez raison, il est bien plus facile de changer d’alphabet quand une immense majorité de la population est de toute manière illettrée et quand l’autre partie de la population qui sait donc lire et écrire a de grande chance de maitriser déjà le nouvel alphabet pour déjà très probablement parler une langue européenne.

        Pourtant tout un pan de la littérature ottomane a été perdue pour des générations de turcs qui ne savaient plus lire l’Ottoman, tous les textes n’ayant pas été traduits, peu avaient accès à cette culture. Mais c’était là un choix de Mustafa, qui voulait tourner son peuple vers l’ouest et l’obliger à oublier son passé trop orienté vers l’Asie.

         
        • Keldan
          Keldan répond à le soudanais
          Now future & karpe diem
          • Posté à 16h55 le 31/10/2008
          • Internaute 5164
            Now future & karpe diem

          Permettez moi de toussoter d’indignation (sur Céline, pas sur la perte d’un nombre important de textes ottomans, là je suis bien d’accord).

          « Je le dis tout franc, comme je le pense, je préférerais douze Hitler plutôt qu’un Blum omnipotent. »

          « Les juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides, des loupés tiraillés qui doivent disparaître. [...] Dans l’élevage humain, ce ne sont, tout bluff à part, que bâtards gangréneux, ravageurs, pourrisseurs. Le juif n’a jamais été persécuté par les aryens. Il s’est persécuté lui-même. Il est le damné des tiraillements de sa viande d’hybride. » (L’École des cadavres, Paris, Denoël, 1938, p. 108).

          « Si demain Hitler me faisait des approches avec ses petites moustaches, je râlerais comme aujourd’hui sous les juifs. Mais si Hitler me disait : “Ferdinand ! c’est le grand partage ! On partage tout !”, il serait mon pote ! »
          (Bagatelles pour un massacre, Denoël, 1937, p. 83)

          Et des trucs nauséabonds du genre, on en trouve à la pelle.
          A moins qu’il s’agisse d’un monstrueux délire au 10e degré digne de « Rêve de fer » de Spinrad (livre délirant et effrayant écrit comme si l’auteur était Hitler) sans avertissement préalable comme ce dernier a eu la prudence de mettre ?
          Ou alors le Net est rempli de vils diffamateurs qui inventent ces citations (je n’ai jamais lu ses livres, donc je ne peux pas confirmer à 300% que c’est bien de lui).

          Enfin si ces deux circonstances atténuantes n’ont pas cours, je maintiens sans problème mes propos à son égard.
          Et pour être honnête, il était aussi le porte-parole d’une grande partie de la société française de l’époque.

          • le soudanais
            le soudanais répond à Keldan
            ici et là
            • Posté à 15h45 le 01/11/2008
            • Internaute 16438
              ici et là

            Céline était raciste et antisémite, oui sans aucun doute. Ses pamphlets (Bagatelles pour un massacre, L’école des cadavres, Les Beaux Draps et Mea Culpa, tus écris entre 1936 et 1941) sont une longue succession de pages d’une logorrhée indigeste et odieuse, comme le montrent les extraits que vous citez, oui c’est certain.

            Il y avait de la provocation sans ses propos, aussi. Ça faisait partie du personnage, il a toujours été excessif, en tout.

            Ce qui - malheureusement diront certains - n’enlève rien à son génie et la beauté de ses romans (Voyage au bout de la nuit, Nord, Mort à Crédit, D’un château, l’autre, Guignol’s Band, Féerie pour une autre fois, Rigodon, etc...). Je vous conseille d’y jeter un œil. Céline a dynamité la langue française comme rarement. Il a un don, son écriture est difficile, dure et belle à la fois. Longtemps il a été comparé à Joyce, qui avait mené une entreprise comparable avec la langue anglaise.

            Céline est tout ce que vous voulez, mais n’a jamais été porte parole de qui ou quoi que se soit, à part lui même. Rarement autre chose que sa petite personne l’a jamais intéressé, sauf peut être son or au Danemark et Bebert, le chat le plus célèbre de la littérature française ! Il a pu être utilisé par la propagande allemande, mis en avant, oui, mais n’a jamais milité au sein d’aucun parti ni fait de la politique et méprisait profondément les allemands, comme les français d’ailleurs !

            Il énonçait sans doute un antisémitisme qui existait en France à l’époque, mais il est allé bien au delà, il a toujours été individualiste et égocentrique, et reste un des meilleurs auteurs de langue française, passer à coté de son œuvre est dommage, franchement.

            • Keldan
              Keldan répond à le soudanais
              Now future & karpe diem
              • Posté à 16h43 le 03/11/2008
              • Internaute 5164
                Now future & karpe diem

              Ok, je suis convaincu, j’irais l’emprunter à la bibliothèque sous un faux nom pour pas qu’on sache que j’ai osé le lire : D

        3 autres commentaires
    • Gerry
      • Posté à 17h45 le 31/10/2008
      • Internaute 25958

      Je ne suis pas spécialiste, mais je pense que l’alphabet arabe (également importé, puisque l’arabe et le turc ne sont pas du tout de la même famille linguistique) était moins adapté à la langue turque que l’alphabet latin adapté qui a été créé, avec ajout de nouvelles lettres.

      • leconcombrevert
        leconcombrevert répond à Gerry
        La vraie vérité > : -))
        • Posté à 20h22 le 31/10/2008
        • Internaute 8843
          La vraie vérité > : -))

        Je suis bien d’accord. Notamment, l’alphabet arabe ne permet pas de rendre le « chant » des voyelles accordées, si caractèristique pour la beauté du turc, tenez, un exemple, juste pour vous faire découvrir la beauté de cette langue :

        Cok kırgınım bütün Dostlarıma,
        Sevgilim seni Düsman ettiler bana...

        Bir Hata’ydi, beni secmedin,
        Inandın onlara.
        Sihirli Sözlere aldandın,
        Büyü yaptılar sana...

        Yalnızlık alır götürür,
        vay beni, yazık bana.
        Eller böyledir, hep ayırır, karısıp Sevdalara...
        Eller böyledir, hep ayırır, karısıp Sevdalara...

        Lien

        Ou, pour aller plus loin dans le plaisir, Nazim Hikmet

        Lien

         
        • sayfam
          sayfam répond à leconcombrevert
          • Posté à 23h45 le 31/10/2008
          • Internaute 37718

          Rien ne vaut du bon Kemal Sunal où les films ont quasiment traité tous les sujets d’actualités de cet époque.
          Mais de lien en lien j’ai déniché cette histoire qui est très belle :
          Lien

          • leconcombrevert
            leconcombrevert répond à sayfam
            La vraie vérité > : -))
            • Posté à 00h31 le 01/11/2008
            • Internaute 8843
              La vraie vérité > : -))

            Cok guzel ! : -)

            • le soudanais
              le soudanais répond à leconcombrevert
              ici et là
              • Posté à 15h49 le 01/11/2008
              • Internaute 16438
                ici et là

              Un de mes poèmes préféré reste ce magnifique texte de Orhan Veli :

              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı
              Önce hafiften bir rüzgar esiyor ;
              Yavaş yavaş sallanıyor
              Yapraklar, ağaçlarda ;
              Uzaklarda, çok uzaklarda,
              Sucuların hiç durmayan çıngırakları
              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı.

              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı ;
              Kuşlar geçiyor, derken ;
              Yükseklerden, sürü sürü, çığlık çığlık.
              Ağlar çekiliyor dalyanlarda ;
              Bir kadının suya değiyor ayakları ;
              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı.

              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı ;
              Serin serin Kapalıçarşı
              Cıvıl cıvıl Mahmutpaşa
              Güvercin dolu avlular
              Çekiç sesleri geliyor doklardan
              Güzelim bahar rüzgarında ter kokuları ;
              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı.

              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı ;
              Başımda eski alemlerin sarhoşluğu
              Loş kayıkhaneleriyle bir yalı ;
              Dinmiş lodosların uğultusu içinde
              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı.

              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı ;
              Bir yosma geçiyor kaldırımdan ;
              Küfürler, şarkılar, türküler, laf atmalar.
              Birşey düşüyor elinden yere ;
              Bir gül olmalı ;
              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı.

              İstanbul’u dinliyorum, gözlerim kapalı ;
              Bir kuş çırpınıyor eteklerinde ;
              Alnın sıcak mı, değil mi, biliyorum ;
              Dudakların ıslak mı, değil mi, biliyorum ;
              Beyaz bir ay doğuyor fıstıkların arkasından
              Kalbinin vuruşundan anlıyorum ;
              İstanbul’u dinliyorum.

              Qui traduit donne :

              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              D’abord une brise légère doucement ;
              Tout doucement se balancent
              Les feuilles sur les arbres dans le lointain,
              Tout au loin
              Les cloches obstinées des porteurs d’eau
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              Tandis que passent les oiseaux
              Tout là-haut, par longues bandes criardes
              Dans les pêcheries on tire les filets
              Les pieds d’une femme baignent dans l’eau
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              Les voûtes du bazar sont fraîches, si fraîches
              Mahmut Pacha est tout grouillant de monde
              Les cours sont pleines de pigeons.
              Des bruits de marteaux montent des docks
              Dans le vent doux du printemps flottent des odeurs de sueur
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              Une yali aux sombres embarcadères
              Dans sa tête, l’ivresse des plaisirs d’autrefois
              Dans les ronflements des vents du sud apaisés
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              Une beauté marche sur le trottoir
              Quolibets, chansons, ballades, moqueries
              Quelque chose tombe de sa main
              Ce doit être une rose
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés.
              J’écoute Istanbul, les yeux fermés
              Un oiseau bat des ailes autour de ta robe
              Je sais si ton front est tiède ou frais
              Si tes lèvres sont humides ou sèches, je sais
              Une lune blanche se lève derrière les pins
              Je perçois tout du battement de ton cœur
              J’écoute Istanbul.

               ;)

              • Marie Antide
                Marie Antide répond à le soudanais
                www.turquieeuropeenne.com
                • Posté à 19h09 le 01/11/2008
                • Internaute 12080
                  www.turquieeuropeenne.com

                Merci pour vos commentaires et poèmes : -)

              • leconcombrevert
                leconcombrevert répond à le soudanais
                La vraie vérité > : -))
                • Posté à 14h42 le 03/11/2008
                • Internaute 8843
                  La vraie vérité > : -))

                Merci le Soudanais, très beau !

        5 autres commentaires
  • yoruk
    yoruk
    au fil de l'eau
    • Posté à 14h13 le 31/10/2008
    • Internaute 57383
      au fil de l'eau

    On ne peut pas dire : « les autorités ont commencé et continuent encore aujourd’hui d’expurger tous les mots d’origine arabe et persane’…
    C’est le contraire qui s’est produit. Atatürk s’est trouvé confronté, dans un pays en faillite à reconstruire un langage qui soit un outil de communication accessible à tout un peule tenu à l’écart de toute possibilité d’enrichissement culturel. Le langage des élites ottomanes, à base de locutions perses ou arabes, était devenu totalement inaccessible à un peuple peu alphabétisé. Ce fut un des premiers challenges de Atatürk : alphabétiser, et créer les outils qui le permettent.
    Par ailleurs, il ne faut pas interpréter l’arrivée de mots anglais ou français, comme un recul culturel. Mais bien garder en tête que les turcs sont des nomades, leur sédentarisation est toute récente. Pour un nomade, l’accueil d’un mot nouveau est un enrichissement. Enrichissement n“appauvrissant jamais leur langue. C’est un plus c’est ‘yeni’ (nouveau) et çà ils en raffolent. Cest un peule jeune savez vous…
    Venez voir… Venez, faites vous votre propre idée.. Je vous garantie des surprises…

    • le soudanais
      le soudanais répond à yoruk
      ici et là
      • Posté à 15h14 le 31/10/2008
      • Internaute 16438
        ici et là

      Un peuple jeune à tout point de vue, une République d’à peine 85 ans, et une langue que n’importe qui peut triturer. Il est possible pour quelqu’un d’inventer un mot un soir avec des amis, il l’oublie, puis le ré entend quelques semaines plus tard de la bouche d’un inconnu pour ensuite disparaitre, les mots ont leur mode !

  • Gerry
    • Posté à 17h49 le 31/10/2008
    • Internaute 25958

    Avec une assiduité insuffisante de ma part, et un professeur turc sympathique mais peu efficace, j’ai suivi des cours de turc pendant 9 mois. Il ne m’en reste pas grand chose, mais j’ai trouvé que c’était une très belle langue à entendre, grâce à l’harmonie vocalique notamment. C’est aussi une langue très logique (il n’y a pas autant d’exceptions aux règles comme en français) assez simple finalement, une fois qu’on a assimilé sa logique, très différente du français. C’est aussi une langue où il est impossible de faire des fautes d’orthographe ! ; o)

    • sayfam
      sayfam répond à Gerry
      • Posté à 23h09 le 31/10/2008
      • Internaute 37718

      Quand j’étais petit, dans les dictées, j’avais entre 19/20 et 20/20, le seul mot qui m’a causé des problèmes est : « daha ».
      inutile de dire que mon français était affreux. Depuis je me rattrape :)

      • le soudanais
        le soudanais répond à sayfam
        ici et là
        • Posté à 16h07 le 02/11/2008
        • Internaute 16438
          ici et là

        pourtant bir tane bira daha c’est simple ;)

  • estelleidil
    • Posté à 00h08 le 01/11/2008
    • Internaute 57502
      vi

    Merci Marie-Antide pour cet article poétique, que j’ai lu d’un trait avec délice, presque déçue qu’il ne soit pas plus long ! Ca m’a fait plaisir de murmurer ces doux mots turcs, que je n’utilise plus assez malheureusement, de ce côté ci de l’Atlantique !
    Très bonne continuation, et à bientôt !

  • Keloglan
    • Posté à 20h07 le 01/11/2008
    • Internaute 11536

    Un fait à ne pas perdre de vue : l’imprimerie ne s’est développée en Turquie qu’au tout début du 19ème siècle ! Un retard dramatique pour toute une société. Les calligraphes ont fait un barrage puissant (comme aujourd’hui les journalistes des médias traditionnels contre Internet, en somme. Val, pourquoi tu tousses ?). Les Sultans avaient bien compris, eux aussi, que l’imprimerie serait le commencement de la fin.
    Pas d’imprimerie donc pas de Théophraste Renaudot, pas de gazettes, pas de discussions sur « L’Esprit des Lois », pas de Voltaire, pas d’Encyclopédistes ni d’Encyclopédie, pas de livres d’école, peu de livres scientifiques et techniques, le savoir réservé à une minuscule élite...
    Si Mustapha Kémal ne doit rester dans l’histoire que pour une seule chose, que ce soit celle-la : avoir adopté les caractères latins qui ont permis à toute la population d’avoir accès aux textes imprimés mais aussi aux principales langues étrangères du temps.
    Et là, la décision de Mustapha Kémal a rencontré une formidable soif d’apprendre de la population, une formidable envie d’évoluer, enfin rendue possible.

    Une photo célèbre montre Kémal, craie en main devant un tableau noir sur une place de village, expliquant les nouveaux caractères à la population. Il y a quelques semaine, un dessin en couverture d’un magazine satirique montrait Erdogan, l’actuel Premier ministre, craie en main devant un tableau noir, expliquant les caractères arabes à des gosses catastrophés.

  • yoruk
    yoruk
    au fil de l'eau
    • Posté à 21h15 le 01/11/2008
    • Internaute 57383
      au fil de l'eau

    Keloglan, merci et je témoigne de l’enthousiasme et de la soif d’apprendre de la population. Nous vivons a bord d’un petit voilier, passant nos hiver à Finike (gros bourg rural, vivant d’agriculture, sans pollution de tourisme de masse).
    Les enfants sont fiers de leur école, les professeurs respectés et les parents incroyablement heureux d’annoncer que leur fille aînée entre à l’université.
    Cet enthousiasme témoigne de leur attachement à la tradition laïque. Ils savent que c« est à Kemal Atatürk qu’il le doive. Ce n’est pas si vieux, ils n’ont pas oublié. Ils n’ont pas oublié les excès de l’immobilisme religieux ottoman et la décadence qu’ils ont eu à subir.

    Kemal Atatürk, en revigorant la langue de leur ancêtres, leur a rendu leur dignité. Alors, vu d’ici, on n’a pas l’impression qu’un danger islamiste menace gravement leur mode de vie.
    De toute façon, à bien observer nos amis turcs, j’ai le très net sentiment que l’islamisation n’est qu’une mince couche de vernis. Ils sont fondamentalement et viscéralement chamanistes. Ils l’ont toujours été.

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