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L'actualité turque commentée, depuis Paris, par Marie Antide, ex-Stanbouliote.

Istanbul, fin d'Empire : à la rencontre de photographes et de sultans ottomans

Marie Antide
www.turquieeuropeenne.com
Publié le 10/12/2011 à 12h58

Le couvent des derviches tourneurs de Galata, Pascal Sebah, 1870 (Collection Pierre de Gigord / CNRS Éditions)

Dans son dernier ouvrage, « Istanbul, Photographes et Sultans, 1840 – 1900 », Catherine Pinguet vous emmène à la rencontre de personnages surprenants :

  • voyageurs européens qui se rendent à Constantinople munis des premiers procédés photographiques (Gérard de Nerval, Girauld de Prangey),
  • résidents étrangers qui s’initient à ce nouveau médium (Ernest de Caranza, James Robertson),
  • premiers opérateurs locaux à la tête des grands studios de la capitale ottomane (Vassilaki Kargopoulo, Pascal Sebah, les frères Abdullah),
  • mais également sultans ottomans (Abdülmecid 1er, Abdülaziz, Murad V et Abdülhamid II) qui entretiennent un rapport singulier à leur image et à celle de leur Empire.

Dans ce livre, une place de choix revient à Abdullah Frères (Viguen, Kevork et Hovsep), premiers photographes officiels à la cour ottomane dont la carrière s’est trouvée liée à une série d’événements : défaite des Ottomans face à la Russie, question arménienne, politique inédite de l’image mise en œuvre par le sultan Abdülhamid II.

Catherine Pinguet fait revivre la carrière de ces pionniers de la photographie et raconte le rapport entre ces « faiseurs d’image » et le pouvoir de la Sublime Porte.

Avec les frères Abdullah, Arméniens et photographes officiels du sultan

En 1863, les frères Abdullah furent nommés photographes officiels du sultan. Ils excellèrent dans les portraits de la famille impériale et de dignitaires de l’Empire, dans les panoramas de Constantinople et les reconstitutions de la vie


Religieux arménien et enfant, Garabed Krikorian, Jérusalem (Collection Pierre de Gigord / CNRS Éditions)

quotidienne, en studio ou en extérieur : mélange des communautés ethniques et religieuses (Circassiens en arme, groupe de Juifs, étudiant kurde), scène de rues (chiffonnier entouré de chiens des rues, vendeurs ambulants, pompiers volontaires) et lieux incontournables, qui figuraient dans tous les guides touristiques (bazars, palais de Topkapı, tour et pont de Galata, Bosphore avec ses villages et ses guérites de pêcheurs, couvent de derviches tourneurs).

Fins commerçants, ils surent produire des clichés qui répondaient aux attentes des voyageurs occidentaux en quête d’un Orient fantasmé. Dans leur studio, ils mirent en scène des jeunes femmes à la magnifique chevelure dégustant un café turc, des femmes musulmanes au visage dissimulé sous un voile de mousseline blanche, des européens déguisés en Ottoman …


Européens déguisés en Ottomans, Abdullah Frères (Collection Pierre de Gigord / CNRS Éditions)

Les frères Abdullah surent enfin mettre leurs talents au service du pouvoir. Ainsi, le sultan Abdülaziz leur commanda une série de clichés pour l’Exposition universelle de Paris, en 1867. Ils y acquirent une renommée internationale et le prince de Galles leur proposa même d’ouvrir un studio à Londres. Cette offre resta sans suite car selon eux, « une lumière abondante est primordiale pour obtenir une bonne photographie » !

À propos des auteurs

Catherine Pinguet a vécu 12 ans à Istanbul où elle a enseigné la littérature comparée dans différentes universités. De cette ville, elle puise un style vif et coloré, des phrases rythmées et musicales. De son esprit visionnaire et rigoureux, elle tire un goût du détail historique et de l’anecdote pittoresque qui enchantent l’imagination. De son intérêt pour l’histoire, elle emprunte un cadre et des jalons précieux pour expliquer un Empire ottoman en pleine déliquescence.

Les 150 photographies, qui illustrent Istanbul, Photographes et Sultans, 1840-


Cimetière et tour de Galata, Robertson et Beato, 1857 (Collection Pierre de Gigord / CNRS Éditions)

1900 proviennent de la collection Pierre de Gigord. Voyageur passionné d’Orient, il n’a cessé, ces cinquante dernières années, de rechercher d’anciennes photographies d’Istanbul et de ses environs. Sa collection regroupe 11 000 photographies sur papier, 5 à 6 000 plaques de verre, et plus de 12 000 cartes postales. Les photographies, sélectionnées par Catherine Pinguet pour illustrer son propos, sont pour la plupart inédites.

De leur rencontre est né ce livre, histoire culturelle et sociale de Constantinople à la fin de l’Empire, riche de rencontres avec des témoins d’une époque complexe dans une capitale ottomane enfin loin du mythe !

Infos pratiques
Istanbul, Photographes et sultans, 1840-1900

CNRS Editions, 238 pp, 39€

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  • jacques42
    jacques42
    technicien
    • Posté à 20h07 le 10/12/2011
    • Internaute 158762
      technicien

    L’empire Ottoman était extraordinaire.
    Istambul s’est occidentalisé et c’est bien dommage.

    • Man_attends
      Man_attends répond à jacques42
      A fini de courir
      • Posté à 12h30 le 13/12/2011
      • Internaute 169676
        A fini de courir

      Chaque médaille à son revers :
      l’occidentalisation va de pair avec la démocratisation.
      Il est certain que si l’on devait payer prix coutant d’aujourd’hui (à 100 Euros/heure-technicien ! ! !) le château de Versailles resterait dans les cartons bien au chaud.

  • ham burglar
    ham burglar
    Jusqu'à l'os
    • Posté à 21h42 le 10/12/2011
    • Internaute 15613
      Jusqu'à l'os

    C’était Byzance !
    I suffit de lire ou de relire le « voyage en orient de Gérard de Nerval, pour se perdre dans les ruelles de Stamboul par la pensée, de savourer “aziyadé” , “les désenchantées” ou “fantomes d’orient” du fantasque et nostalgique Pierre loti, pour s’imaginer cheminant entre les tombes du cimetière d’eyup surplombant la corne d’or, ou encore de déguster “ l’homme qui assassina” de Claude Farrère et humer les effluves du grand bazar, et de la sublime porte... la tour et le pont de Galata, le Pera Palace, les iles du prince, les yalis..... L’orient qui nait.

  • compte cloturé
    • Posté à 11h38 le 11/12/2011
    • Internaute 168639

    Je trouve que les individus debout et habillés en blanc du premier cliché ont des allures de travestis homosexuels plus ou moins gênés.
    Ou alors la mise en scène provient du photographe qui leur a demandé de se mettre dans des poses aussi ridicules.
    Ce qui poserait un sérieux problème en terme d’éthique intellectuelle et n’augurerait rien de bon de la véracité du livre.
    Un avis là-dessus Marie Antide ? (Beau patronyme au demeurant)

    • greenworld
      • Posté à 14h14 le 11/12/2011
      • Internaute 29214

      Lol, rien à voir avec des travestis. Ce sont des mystiques qui entrent en transe en tournant sur eux même. Ils ont une main levée vers le ciel et une autre vers la terre car en dansant (oui ce sont des derviches tourneurs^^), ils transmettent l’énergie divine du haut vers le bas !

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  • Man_attends
    Man_attends
    A fini de courir
    • Posté à 12h24 le 13/12/2011
    • Internaute 169676
      A fini de courir

    L’orient des photographes Arméniens :

    Lien
    (aussi pour feuilleter 2 pages du catalogue de photos)
    « Les Arméniens ont contribué d’une façon essentielle au développement de toutes les branches des arts et métiers dans l’Empire ottoman. Ce phénomène a ses racines, pour une grande part, dans la situation politique et sociale qui était celle des Arméniens - et aussi des autres communautés “ minoritaires ” - pendant la seconde moitié du XIXe siècle et la première décennie du XXe siècle.... »

    PS : un peu de pub ne nuit pas.

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