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L'actualité turque commentée, depuis Paris, par Marie Antide, ex-Stanbouliote.

Ballet diplomatique autour d'un match de foot Turquie-Arménie

Marie Antide
www.turquieeuropeenne.com
Publié le 11/09/2008 à 13h06


Abdullah Gül et Serge Sarkisian à Erevan le 6 septembre (Ho New/Reuters).

Le déplacement d’un président turc pour la première fois à Erevan le 6 septembre pour assister à un match de foot Turquie-Armenie est le résultat d’un étonnant mélange de hasard et d’opportunités politiques. Le hasard est celui d’un tirage au sort pour un match de qualification de la coupe du monde 2010 qui a réuni les équipes de Turquie et d’Arménie.

Suite au conflit du Nagorny-Karabakh et à la fermeture des frontières en 1993, Turquie et Arménie n’entretiennent plus de relations diplomatiques. Les deux voisins partagent un douloureux contentieux historique sur les massacres d’Arméniens en 1915, progressivement qualifiés de génocide depuis les années 80, terme et responsabilité que récuse la Turquie.

De discrètes tentatives de rapprochement

Depuis plusieurs mois, on assiste toutefois à de discrètes tentatives de rapprochement. Ainsi ont eu lieu à Berne des entretiens informels au cours du premier semestre 2008 entre diplomates. Puis, le 23 Juillet dernier, le président Gül s’est rendu à Ani, capitale rayonnante de la Grande Arménie du Xe siècle dont les ruines toujours impressionnantes se dressent aux confins de la Turquie au dessus de l’Araxe, fleuve frontière entre les deux pays. C’est dans cette logique de rapprochement que s’inscrit l’invitation, publiée en Juillet dans le Wall Street Journal, du Président arménien Serge Sarkissyan à son homologue turc Abdullah Gül pour venir assister à la rencontre des deux équipes de football.

Puis coup de tonnerre le 8 août : la Géorgie intervient en Ossétie du Sud. La Russie riposte immédiatement, menaçant le fragile équilibre du Caucase. Le 12 Aout, le Premier ministre turc lance l’idée d’une plateforme de paix et de stabilité dans le Caucase regroupant l’Arménie, la Russie, la Turquie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie. La Russie voit dans cette initiative un moyen de contrer l’influence des Etats-Unis dans la région et soutient très vite le projet. Seule l’Arménie ne donne pas son consentement définitif, demandant au préalable le retrait des forces russes de Géorgie. Le 4 septembre, le président turc annonce son déplacement à Erevan : il y passe huit heures dont les premières en discussion avec son homologue arménien. Nul doute qu’une partie aura été consacrée à convaincre l’Arménie de rejoindre la plateforme.

« Nous allons à un match de foot, pas à la guerre ! »

Compte tenu du contexte, une très forte tension précédait le match, à tel point que l’entraineur turc Fatih Terim avait cru bon de rappeler à ses joueurs le cadre sportif de la rencontre : « nous allons à un match de foot, pas à la guerre ! » Les dix milles spectateurs présents de le stade avaient été identifiés et la tribune officielle était protégée par une vitre blindée. L’écoute de l’hymne national turc fut perturbée par des sifflets et quelques banderoles demandant reconnaissance et réparations pour le génocide furent déployées dans les tribunes. Sur la plan sportif, le résultat a été de 2-0 en faveur de la Turquie dont un but de Semih Senturk, le tombeur des Tchèques en quart de finale de l’Euro 2008. Sur le plan politique, cette rencontre, qualifiée d’« action historique et courageuse » par le président Sarkozy, saluée par la presse internationale et soutenue par 70% de l’opinion publique turque, a indéniablement fait sauter un verrou psychologique.

Le président turc a annoncé ne pas vouloir laisser les contentieux entre les deux pays aux générations futures : une Commission pour renforcer les liens économiques sera mise en place et une nouvelle impulsion sera donnée à la Commission d’historiens chargée d’examiner les heures les plus sombres de l’Empire Ottoman. Quelques jours apres cette rencontre, la presse turque titre toujours sur les intentions de rapprochement entre les deux pays : du projet de diffusion d’émissions en arménien sur une chaine publique jusqu’aux gros titres du quotidien Hurriyet sur un diplomate turc envoyé à Jérusalem pour apprendre l’armenien, tout est bon pour illustrer la politique d’ouverture menée par la Turquie !

Plus concrètement, une réunion est prévue dans le cadre du prochain sommet de l’ONU à New York entre ministres des Affaires étrangères turc, arménien et azéri. Et puis le match de retour aura lieu le 14 Septembre 2009 à Istanbul : le président Gül a invité son homologue arménien, Serge Sarkissian, à y assister.

Photo : les présidents turc et arménien Abdullah Gül et Serge Sarkisian à Erevan le 6 septembre 2008 (Ho New/Reuters).

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  • Eska
    Eska
    Profession libérale
    • Posté à 14h22 le 11/09/2008
    • Internaute 52834
      Profession libérale

    Une petite précision de taille : le fait de qualifier le massacre des Arméniens de « génocide » ne remonte pas aux années 80 comme semble le laisser entendre l’auteur de cet article.
    C’est au contraire ce même massacre qui a inspiré à Raphael Lemkin le terme de « génocide » en... 1944.
    Par ailleurs, si l’on veut remonter encore plus loin, dès mai 1915, les Alliés créèrent, pour désigner les crimes commis à l’encontre des populations arméniennes de l’Empire Ottoman, le terme de « crime contre l’Humanité ».
    Voilà les faits. Libre aux historiens, et aux politiques, d’en tirer effectivement leur analyse.

  • Pélévine
    Pélévine
    philologue
    • Posté à 14h23 le 11/09/2008
    • Internaute 39176
      philologue

    Belle opportunité de réconciliation... mais le sujet est encore sensible, et la question du Karabakh risque de mettre en péril cette « mi-temps » !

    • pablico
      pablico répond à Pélévine
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 14h31 le 11/09/2008
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      Pas sur, si ils se retrouvent en finale d’une coupe du monde, on risque même d’être surpris par la reconnaissance d’un génocide inavoué.
      un trophée pour cacher une faute.

  • Houvaton nouveau compte
    • Posté à 14h52 le 11/09/2008
    • Internaute 39856

    Ptain ça c’est de l’info ...
    Certainement le style d’infos dont rêve Haski pour aider les africains en recherche de « JOuralisme citoyen ».
    Faites du foot, pas la guerre.
    Pire que sur TF1, Frace24 (Kouchner Ockrent), France 23456789 ... Rue89.

    Au fait, nous sommes le 11 (11 comme les joueurs de foot hahaha) septembre today.
    Cela ne vous rappelle rien ?
    J’imagine la rédac de r89 : bon qu’est-ce qu’on peut leur sortir aujourd’hui pour les occuper sans reparler des attentats sur les Twins Towers, de la commission d’enquête US truffée d’erreurs, d’omissions et de mensonges ?

    • Network 23
      Network 23 répond à Houvaton nouveau compte
      identité perdue dans mes papiers (...)
      • Posté à 16h32 le 11/09/2008
      • Internaute 23367
        identité perdue dans mes papiers (...)

      Tant qu’à jouer la théorie du complot, adapte-toi au moins au sujet, et interroges-toi sur le relatif silence de la presse française sur l’affaire Ergenekon, qui fait pourtant les gros titres de la presse turque depuis des mois et des mois.

      Le procès pour ce complot de nationalistes en vue de déstabiliser l’Etat est prévu pour octobre ; Marie-Antide ou Rue 89 ont-ils prévus de publier quelque chose (dites-le, il est encore temps de trouver des petites mains pleine de bonne volonté !) ?

      • Houvaton nouveau compte
        • Posté à 17h36 le 11/09/2008
        • Internaute 39856

        Bon récapitulons,

        1 - aucun article sur la commémoration aujourd’hui dans R89 du 11 septembre 2001. Complot ou pas complot de l’administration Bush on pourrait quand même en débattre ne serait-ce que par respect pour les victimes et les familles des victimes qui se sont constituées aux USA en société civile sous le nom de Reopen911 qualifié par Riché et Haski de « secte » (sic)

        2 - Aujourd’hui 11 septembre deux articles sur le pape et une avalanche d’articles dignes de TF1

        3 - Pour pouvoir (nous) m’exprimer sur la question du 11 09 il faudrait un article là-dessus : il n’y en a pas.

        4 - Le blog de l’auteuse de cet article est créé à partir du Journal Le Monde (c’est elle qui a choisit) journal qui, surtout depuis la nomination d’E. Plenel aux commandes, brille par des faux scoops et par sa connivence, comme Libé, avec les pouvoirs en place. Voir Le Siècle pour une vue d’ensemble.

        5 - Je commence à lire l’article et je tombe sur mundial 2010. Je vomis sur le foot et sur le Tour de France (Lance Amstrong encore un article r89). Je fais du sport mais je ne supporte pas ces jeux soit-disant collectifs qui sont autant de portes grandes ouvertes à tous les fascismes déguisés en « c’est l’occasion pour les peuples de se rassembler et d’ouvrir un dialogue ». Mon cul

      • Marie Antide
        Marie Antide répond à Network 23
        www.turquieeuropeenne.com
        • Posté à 08h41 le 12/09/2008
        • Internaute 12080
          www.turquieeuropeenne.com

        Network,

        Apres une longue treve estivale, je reviens sur la Rue. Ergenekon fera en effet l’objet d’un article a l’approche du proces. Il a ete toutefois cite dans les articles precedents.

         

        Houvaton,

        C’est l’inverse. Depuis que j’ecris sur rue89, c’est mon blog sur le Monde qui est le reflet de celui de Rue89. Les journees n’ont malheureusement que 24 h !

        A bientot, Marie

    • mamouth
      mamouth répond à Houvaton nouveau compte
      incognito
      • Posté à 17h10 le 11/09/2008
      • Internaute 51090
        incognito

      Quand on connaît le sujet, comme l’auteur de ce papier, oui, c’est de l’info. Que la Turquie (re)prenne enfin conscience du rôle qu’elle a à jouer dans le Sud Caucase, ce n’est pas rien. Que cela fasse suite à l’intervention brutale de la Russie en Géorgie, ce n’est pas rien non plus. Et si cela peut vraiment conduire à un rapprochement arméno-turc et à un progrès sur les dossiers qui divisent les deux pays, ce sera beaucoup. Surtout si cela peut desserrer l’étau qui pèse sur l’Arménie du fait du double blocus de la Turquie et de l’Azerbaïdjan, et qui l’étouffe à chaque crise russo-géorgienne (la Géorgie étant pratiquement sa seule ouverture sur le monde, avec une petite portion de frontière avec l’Iran). Et encore plus si cela peut aider à progresser dans le règlement du conflit du Karabagh, comme tendrait à le faire penser le projet de rencontre arméno-azéro-turque à New York. Le match de foot peut paraître anecdotique, sauf si on le prend pour ce qu’il est : un prétexte. Et ce ne serait pas la première fois que le sport sert de prétexte à des choses vraiment importantes.

  • le soudanais
    le soudanais
    ici et là
    • Posté à 14h59 le 11/09/2008
    • Internaute 16438
      ici et là

    après la politique du deprem (tremblement de terre), voila la politique du football ;)

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h24 le 11/09/2008
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Ha... l’Arménie, que de bons souvenirs... Enfin souvenir d’Alfortville : D (Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une ville de la banlieue parisienne qui comporte une forte proportion d’Arméniens).
    Et s’il y a un truc que j’aime, c’est le soudjouk ! Et aussi les pizzerias halals qui vendent bière et jambon : D

    Enfin si leur conflit avec les Turcs pouvait se calmer, ça serait cool. Et puis ça doit être facile de se dédouaner de ce génocide, il suffit de dire « c’était pas nous, c’était les Ottomans, donc d’accord c’est un génocide mais on s’en fous ».

    En plus, peut être que les Turcs ont compris que mieux vaut régner en Enfer que servir au Paradis.
    Les Européens, fidèle à leur tradition de sales racistes, ne veulent pas d’eux, où ils seraient la bonne poire de service avec sa pauvreté et leur situation excentrée.
    Du coup, il serait peut être plus avantageux pour eux de développer un regroupement régional, où ils pourraient être les boss (quoi qu’avec les Russes, c’est pas gagné…).

    • Network 23
      Network 23 répond à Keldan
      identité perdue dans mes papiers (...)
      • Posté à 16h18 le 11/09/2008
      • Internaute 23367
        identité perdue dans mes papiers (...)

      il suffit de dire « c’était pas nous, c’était les Ottomans, donc d’accord c’est un génocide mais on s’en fous ».

      J’ai cru comprendre que c’était précisément l’argumentation d’un certain nombre de nationalistes turcs. Pas très différente, en soi, de celle adoptée par les chefs d’Etat français qui affirmaient, jusqu’à la reconnaissance officielle de 1995, que Vichy ne participait pas à la continuité de l’Etat français.

      Remarque, que Vichy soit ou non partie prenante de la « grande histoire » de France, il reste que la collaboration a été menée par des français. Pour les « Ottomans », c’est un peu la même chose...

  • Keloglan
    • Posté à 18h18 le 11/09/2008
    • Internaute 11536

    Les contacts entre la Turquie et l’Arménie sont plus nombreux qu’il n’y paraît et la presse française en parle fort peu. Pour rappel, un article sur l’importance de la mer Noire, paru dans Le Monde il y a quelques mois à peine, ne mentionnait pas même la Coopération Économique du Bassin de la mer Noire. C’est dire...
    Or, cette institution créée à l’initiative de la Turquie avait dès l’origine pour membre...l’Arménie et l’Azerbaidjan ( mais aussi la Russie, la Grèce, l’Ukraine, l’Albanie, la Bulgarie, la Roumanie, la Géorgie, la Moldavie...).
    Dans cette enceinte, il y a un Secrétariat général tournant basé à Istanbul, un Conseil des ministres, une assemblée parlementaire et diverses commissions où experts et fonctionnaires discutent d’harmonisation des outils statistiques, de coordination du tourisme, de modernisation des installations portuaires, de protection de l’environnement, d’échanges culturels, etc. Bien sûr, on peut constater que cette institution n’a pas empêché le clash entre la Russie et la Géorgie ni le saccage du port géorgien de Soti. Mais d’autre part il faut bien constater qu’à la Coopération Économique du Bassin de la mer Noire, Arméniens et Azéris siègent côté à côte par le hasard du protocole alphabétique et y travaillent sans frictions majeures. Très souvent (et j’ai été témoin de deux cas au moins), les Turcs organisent des tête-à-tête au plus haut niveau entre Arméniens et Azéris.
    Notez au passage que le fait religieux n’est pris en compte par personne quand on discute de choses concrètes et utiles. Notez aussi qu’en de tels lieux, les revendications des agitateurs de la diaspora sont inaudibles. C’est par ce travail discret et efficace de préparation qu’un match de foot (ou un tremblement de terre) peut être utilisé à bon escient.

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