Tonte de figurantes : ça ce n'est pas du jeu !

Percy Kemp
Ecrivain et consultant
Publié le 08/11/2007 à 16h29

Du fait d’une singulière offre d’emploi de l’ANPE (« Urgent - le théâtre du Rond-Point recherche pour figurer dans un spectacle des jeunes femmes aux cheveux longs acceptant de se faire raser la tête sur scène »), la nouvelle pièce de Rodrigo Garcia, « Et balancez mes cendres sur Mickey », se trouva être au centre d’une polémique avant même d’avoir ouvert ses portes au public.

Ce fut la comédienne et romancière Fanny Carel qui ouvrit les hostilités, s’insurgeant contre le spectacle à ses yeux dégradant d’une mutilation live qui relèverait, à son sens, plus du gore, que du théâtre. Tout en reconnaissant que sa pièce n’était pas exempte de brutalité, Garcia, quant à lui, estima que se faire volontairement raser la tête sur scène n’avait rien de violent et qu’une tête rasée pouvait même être très belle.

Ce débat aux relents de querelle des Anciens et des Modernes met aux prises deux conceptions diamétralement opposées du théâtre. Pour les Anciens, le théâtre ne saurait être qu’une représentation de la vie. Le comédien tiendrait donc sur scène un rôle de pure composition qui ne devrait en aucune façon affecter son intégrité physique ou sa cohérence psychique. Pour les Modernes, par contre, le théâtre serait la vie. Afin de faire coïncider la réalité avec son idée, le metteur en scène n’hésitera donc pas à instrumentaliser ses comédiens, quitte, pour cela, à en faire une partie du décor ou de la bande sonore.

Peut-on « jouer » et « être » son personnage ?

Prenant exception de tels procédés, les Anciens demandent à savoir s’il peut y avoir de vrai théâtre sans une vraie composition d’acteur, ou de véritable art sur scène sans véritable artifice de sa part. Du moment que le comédien ne joue pas, objectent-ils, du moment qu’il ne prétend pas et ne fait pas semblant, peut-il encore se targuer d’être un comédien ? Et de rappeler à ce propos l’échange entre Sir Lawrence Olivier et Dustin Hoffman, lors du tournage de Marathon Man. Olivier avait alors demandé à Dustin Hoffman pour quelle raison il s’épuisait à courir tous les matins dans Central Park. « Pour me mettre dans la peau de mon personnage, bien sûr », avait répondu ce dernier. Et Olivier de lui rétorquer : « Pourquoi ne vous contentez-vous pas de le jouer ? “

Pire encore, les Anciens estiment que, du moment où il ne ferait plus qu’un avec le personnage qu’il incarnerait sur scène, le comédien ne peut espérer s’en sortir indemne. Et certains de rappeler à ce propos ce sketch des Monty Python, où l’on peut voir un asile d’aliénés peuplé uniquement de comédiens ayant ‘surjoué’ Hamlet.

A cela les Modernes répondent en minimisant l’apport du comédien et en conférant au metteur en scène un pouvoir surnaturel qui fut longtemps l’apanage des seuls romanciers, véritables démiurges modelant leurs personnages à leur guise.

Si les Anciens disent vrai, les Modernes sont dans le vrai

Qu’une telle omnipotence olympienne s’étende aujourd’hui à la scène, où les personnages, contrairement à ce qui est le cas dans les livres, sont faits de chair et de sang, devrait nous inciter à nous interroger sur le sort que notre société numérique et la pensée systémique qui lui fait pendant réservent aux individus à l’ego surdimensionné, que nous sommes demeurés.

L’objectivisation de l’individu est en effet loin d’être le propre du théâtre. Du clonage aux sondages en passant par la greffe d’organes, la biométrie, les statistiques, les fichiers informatiques, le loterie, les outils de marketing, les modèles mathématiques de lutte contre le terrorisme et les caméras de télésurveillance, notre sacro-sainte spécificité s’efface devant nos seuls corps dédifférenciés s’inscrivant, comme autant d’éléments plus ou moins pertinents, dans un champ systémique donné, qu’il soit d’ordre policier, financier, politique, économique, scientifique ou artistique.

C’est dire que, même si, dans la polémique dont il est question ici, les Anciens ont moralement raison, historiquement, ils ne peuvent qu’avoir tort. Pour reprendre une distinction chère à Michel Foucault, on dira que si les Anciens disent vrai, les Modernes, eux, sont dans le vrai. Contrairement aux Anciens, eux sont pertinents et, l’étant, ils l’emporteront assurément.

Du moins jusqu’au jour où une nouvelle configuration, post-numérique et post-systémique, surgira à l’horizon.

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  • Anonyme

    Une « nouvelle configuration, post-numérique et post-systémique » ? Kezaco ?
    Merci de me l’expliquer !

    • Anonyme

      à CA 16h25 : relisez le texte attentivement, c’est tout expliqué !

      à l’auteur : Merci pour ce texte qui m’a bien fait marrer, alors qu’il y aurait de quoi pleurer. Je vais lire vos contributions désormais plus fidèlement
      Fran

      • Camelia
        • Posté à 17h14 le 09/11/2007
        • Internaute 12237

        D’accord avec vous Fran,
        Et n’hésitez pas à lire ses romans, un pur délice...
        Percy Kemp manie la langue française (qui n’est pourtant pas sa langue maternelle)
        avec une virtuosité qui me sidère...

        Camelia

      • Pascal Riché
        Pascal Riché
        Redchef Rue89
        • Posté à 18h23 le 09/11/2007
          éditeur
        • Journaliste 7
          Redchef

        Retrouvez ses autres articles ici :

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    • gensdeparoles
      • Posté à 20h02 le 09/11/2007
      • Internaute 21646

      ce qui me semble certain c’est qu’on cherche des excitants de plus en plus fort pour le public .On a peur qu’il soit frigide , insensible au rapport symbolique que propose un evenement théatral. C’est probablement un souci commercial. Le fait est, qu’en remplacant la force symbolique du théatre qui nous permet de réinterpreter le reel,par la crudité , le sang le trash etc... On se retrouve dans un monde réel de plus en plus « mis en scene » a coup de Com et de personnel breiffé dont il est difficile de se tenir à distance. la question de « representation réaliste » est a mon avis dépassée. Au cinéma on voit emmerger de plus en plus de fables et d’irreel, au théatre on mélange de+ en + les arts : theatre danse mime . Il y a, a mon avis, une soif du public de se réapproprier le monde et de comprendre par l’imaginaire et le symbole. Ca , ça me semble contemporain. Tondre des gens en live pour moi c’est nombriliste vide et pauvre.. Ca n’a rien de moderne, c’etait une transgression dans les années 70. Maintenant, c’est ridicule.

      • Anonyme répond à gensdeparoles

        Il m’arrive de jouer et d’écrire des pièces de théâtre.
        Il est bien évident que le plus difficile est et sera toujours de suggérer les choses tout en restant dans la simplicité, faire surgir une autre dimension d’un évènement totalement ordinaire.
        Là et seulement là se trouve la magie des mots.
        Tondre quelqu’un sur scène, une nouvelle volontaire tous les soirs : ’’ on achève bien les chevaux ’’...
        Moderne ?
        Tristement oui. ( Combien d’Euros pour devenir chauve ? ?)
        Facile ? Tristement aussi.
        Plus besoin d’écriture et plus besoin de mots, du spectacle, plus rien que du spectacle. Comme si cela suffisait pour brasser les mémoires et dire ce qui est.
        Ridicule et très fermè sous une apparence de grande libertè.
        Du vent.

      • Anonyme répond à gensdeparoles

        Il m’arrive de jouer et d’écrire des pièces de théâtre.
        Il est bien évident que le plus difficile est et sera toujours de suggérer les choses tout en restant dans la simplicité, faire surgir une autre dimension d’un évènement totalement ordinaire.
        Là et seulement là se trouve la magie des mots.
        Tondre quelqu’un sur scène, une nouvelle volontaire tous les soirs : ’’ on achève bien les chevaux ’’...
        Moderne ?
        Tristement oui. ( Combien d’Euros pour devenir chauve ? ?)
        Facile ? Tristement aussi.
        Plus besoin d’écriture et plus besoin de mots, du spectacle, plus rien que du spectacle. Comme si cela suffisait pour brasser les mémoires et dire ce qui est.
        Ridicule et très fermè sous une apparence de grande libertè.
        Du vent.

      • pikasso02
        • Posté à 18h31 le 11/11/2007
        • Internaute 10134

        Chère ARTISTE PARISIENNE, je ne peux qu’être d’accord avec vous. Aujourd’hui c’est le chaos. Le public non initié, ignore le théâtre. Oui, je pense qu’il faut un minimum d’initiation pour savoir ce qu’est le théâtre. C’est tout, sauf la vie. Nous baignons dans la vie. Heureusement que des créateurs, pas des copiés-colleurs de la vie, existent encore. Mais pour combien de temps ? Je ne suis pas optimiste. Il est grand temps que nos enfants découvrent les mots et quittent le réalisme truqué des téléphones portables. Merci de ne pas tout mettre dans le même sac !

    • Anonyme

      A 16h25 le vendredi 9 novembre, Courageux Anonyme a demandé ce que j’entendais exactement par « numérique » et « systémique ». Je vais tenter de m’expliquer.
      A la société industrielle dans laquelle j’ai grandi et qui était fondée sur la machine d’usine et le capital industriel, correspondait une pensée scientifique : était alors vrai ce qui pouvait être logiquement prouvé par A + B. Cela se comprenait, dans la mesure où, sans cela, les machines ne pouvaient pas bien fonctionner et le capital s’effondrait.
      A la société numérique dans laquelle nous sommes et qui est fondée sur l’informatique, la culture et le capital financier, correspond la pensée systémique : est désormais vrai, non ce qui peut être scientifiquement prouvé, mais ce qui fonctionne et qui est de ce fait pertinent.
      Si c’est le cas, cela pourrait expliquer bien des choses.
      Dans le monde économique, cela pourrait expliquer pourquoi le capital financier a pu s’imposer au capital industriel et pourquoi les junk bonds existent.
      Dans le monde politique, cela pourrait expliquer pourquoi la démocratie libérale a cédé la place à la démocratie populiste, nos gouvernants en appelant, non plus à notre raison (qui fonctionne selon le mode du vrai et du faux), mais à nos seules croyances (qui fonctionnent sur le pur mode de la pertinence).
      Dans l’art contemporain, cela pourrait expliquer pourquoi une petite poignée de riches collectionneurs trustent aujourd’hui les œuvres d’une centaine de peintres dont les œuvres atteignent des prix faramineux alors qu’ils sont totalement inconnus du public. De richissimes hommes d’affaires font et défont les peintres et les cotes à leur guise dans le cadre d’un marché d’art purement privé sans rapport aucun avec la société, le Beau et le Vrai.
      Au cinéma, cela pourrait expliquer, par exemple, pourquoi, alors que dans le livre de Patrick O’Brian, « De l’Autre Côté du Monde », on voit une escadre anglaise voguant dans l’Atlantique Sud du temps des guerres napoléoniennes se battre à mort contre une puissante frégate américaine, lorsque le livre fut porté à l’écran en 2003, avec Russell Crowe dans le rôle du commodore anglais, la frégate américaine se mua en une frégate française. Pourquoi ? Parce qu’en 2003 Anglais et Américains se battaient côte à côte en Irak alors que les Français, eux, faisaient bande à part. Il était donc inconcevable qu’on montrât au public des Anglais et des Américains s’étripant. C’eût été vrai, mais ce n’eût pas été pertinent.
      Voilà, j’espère avoir quelque peu contribué à expliquer ce que j’entendais par ces notions-là de « numérique » et de « systémique ».
      Bien à vous,
      Percy Kemp

  • le-vilain-petit-canard
    • Posté à 17h46 le 09/11/2007
    • Internaute 19295

    Comparer ça à la querelle des anciens et des modernes (zut oublié les Maj) c’est leur faire beaucoup d’honneur, moi je dirais une belle querelle d’Allemands (je prends des risques en employant cette expression ?)(rires enregistrés)
    c’est relativement simple comme problèmatique il ya un mot dans votre article qui le dit très bien : incarner un personnage
    faire nouveau a tout prix c’est un peu ça que je ressens.
    Mais si le théatre c’ est la vie : plus de théatre puisqu’il est par essence représentation
    Ou alors on promène un grand cadre en bois dans le paysage et on dit c’est du cinéma
    Vachement économique en plus ce sera aussi de la photo, de la peinture, de la gravure etc...
    (Passage pittoresque) en cas de représentations multiples on embauche de multiples figurants ah ! je comprends mieux c’est pour diminuer le taux de chômage des intermittents, une mise en scène ANPE Fort !
    Et tondre des perruques ?
    mais je me gausse je me gausse et pendant ce temps la l’armée de Mickey (tiens encore lui)est en Géorgie et en Inde on bastonne les peintres
    Alors les pseudos avant-gardistes.......

  • k_reno
    k_reno
    Voyageur
    • Posté à 18h13 le 09/11/2007
    • Internaute 15813
      Voyageur

    Tentative d’explication

    Configuration post-numérique :

    zéro + zéro...

    Les anciens étaient poilus et chevelus. Les modernes sont toujours poilus mais chauves.

    Configuration post-systémique :

    Daans un système devant garantir l’égalité des chances, il est inacceptable de recruter des comédiens sur le seul critère du développement capillaire. A moins qu’il ne suffise désormais de se laisser pousser les cheveux pour trouver un emploi ? La barbe...

    Merci de vous dédifférencier.

    • gensdeparoles
      gensdeparoles répond à k_reno
      • Posté à 20h05 le 09/11/2007
      • Internaute 21646

      « l’employé, tondu, ne travaille qu’une journée »
      proverbe chinois...

      • le-vilain-petit-canard
        • Posté à 06h34 le 10/11/2007
        • Internaute 19295

        Très drôle
        et plein de bon sens. Votre intervention précédente, sur la valeur symbolique et la demande du public est aussi bien intéressante.
        Il me semble qu’il y ait deux problématiques différentes abordées dans cet article et qui sont un peu mélangées, une réflexion sur le théatre, et une sur le comédien.Il n’y a pas d’ opposition fondamentale par exemple, entre Dustin Hoffman et Lauwrence Oliver, mais deux façons différentes de faire son métier, une plus intérieure et intellectuelle ,et une plus physique, mais il s’agit toujours d’incarner un personnage, de rentrer dans la peau du personnage et non pas d’être .
        Il y a un exemple assez célèbre d’ un nageur champion olympique Johnny Weissmüller,reconverti en Tarzan, et qui lui, a réellement fini en hôpital psychiatrique car il a fini par être Tarzan dans la vie réelle. Comédien il y a des riques,il faut un mental solide.
        Certes théatre et cinéma sont différents, mais tellement voisins.Un peu comme les légumes frais et ceux en conserve, si j’osais cette comparaison triviale.
        Au cinéma on peut dire que le figurant est totalement objectivé, il bouge dans le décor. J’ai eu le plaisir d’essayer ce métier aléatoire,par le biais de l’ANPE de Carcassonne et, vous allez rire, je me suis rasé le tête pour « faire » le moine.
        Conclusion cette fausse querelle ressemble plus à un coup de pub gratuite en instrumentalisant les médias(syndrôme du scoop-sensass-coco-c’est-vendeur-ça)la tonte comme à la Libération ! !
        Et ça marche à donf Salvador Dali le faisait déjà avec une maggnifisssenssse
        exxxtraordiairrre (un pur génie en peinture on l’oublie un peu)
        et à part ça quid de l’objectivation des acteurs dans le théatre de marionnettes ? ? ?

         
        • pikasso02
          • Posté à 18h39 le 11/11/2007
          • Internaute 10134

          Une bonne chose que le public commence à oublier Dali. Mais j’en doute ! Car s’il est un artiste qui ne soit pas un peintre, c’est bien Dali. Attention ! Artiste, oui ! Peintre pompier, oui ! Peintre, non !

        1 autres commentaires
  • Anonyme

    Comédien et metteur en scène de profession, je trouve que ça fait beaucoup de bruit pour rien.

    Là ce n’est plus une querelle entre ancien et moderne, mais entre antique et contemporain. Le théâtre est une représentation vivante, les acteurs y font ce qu’ils veulent. Si certains sont d’accord pour exécuter certains actes extrêmes et acceptent de jouer sous la direction de Garcia, je vois mal ce que viennent faire des geignards qui s’interposent lorsqu’on ne leur demande rien.

    On est plus au XIXème ! les comédiens et comédiennes sont des hommes et des femmes libres. Et l’art n’est pas un objet, ou un groupe d’objets (« ça c’est de l’art, ça c’est pas de l’art... », mais une façon de regarder la vie. Que les réactionnaires s’en émeuvent est une chose, mais qu’ils nous laissent vivre et créer en paix !

    • le-vilain-petit-canard
      • Posté à 04h49 le 10/11/2007
      • Internaute 19295

      j’ avais portant juré de ne plus m’adresser au CA mais là,cher 18H30, votre discours est tellement convenu ce n’ est n’est plus du cliché c’ est un album photo.
      Comédien et metteur en scène ça fait beaucoup de boulot pour un seul homme
      « de profession » est superflu mais a
      peut-être une signifaction ;
      Vous ne connaissez manifestement pas le sens du mot s’interposer ! ! Allez donc voir sur Rue89, l’article,sur l’école de Bandora ou un peintre a été roué de coups et mis en prison ça c’est une interposition
      Nous,on discute d’un sujet,on réagit à une situation (sans geindre) on échange des idées ; marre de voir le mot réactionnaire employé dès qu’on émet le moindre avis ;
      l’AAARRRt c’est une façon de regarder la vie, encore une superbe phrase creuse et la gastronomie une façon de regarder les légumes ? ? vous semblez être vous même un grand donneur de leçons.
      alors continuez de vivre(personne n’a cherché à vous en empêcher d’ailleurs pauvre martyre de l’intolèrance)
      quant à « céer » Bonne chance ! !

      • Anonyme répond à le-vilain-petit-canard

        MDR

        Visiblement vous n’avez rien compris à ce que j’ai écrit. Alors premier point, non ms et comédien ce n’est pas beaucoup pour un seul homme (c’est le cas d’un très grand nombre de metteurs en scène), et il faut vraiment ne pas connaître le métier pour répondre de telles choses. Je précise « de profession » car la population amateure est nombreuse et tout à fait respectacle. Simplement elle n’approfondit peut-être pas autant que les professionels la théorie de l’art.

        Ensuite j’emploie le terme d’interposition parce qu’une comédienne s’est exprimée violemment contre l’initiative de Garcia. Je ne pensais pas que le terme allait vous choquer, je dis simplement que c’est faire beaucoup de bruit et que ça excite surtout ceux qui finalement n’y connaissent pas grand chose (votre commentaire en est la preuve).

        Enfin, OUI cette réaction est violememnt REACTIONNAIRE et, navré de le dire, mais l’art est bel et bien une façon de regarder le monde (tel objet à la faveur du couchant, telle phrase dans tel contexte etc.). Si vous trouvez que c’est une « grande phrase », c’est votre problème, sauf que c’est la vérité. On ne peut pas cataloguer telle ou telle chose comme étant de l’art ou n’en étant pas en fonction de jugements esthétiques et péremptoires, toute l’histoire du XXIème siècle nous l’a démontré.

        Reste comme conclusion logique qu’un objet est considéré « oeuvre d’art » lorsque quelqu’un le regarde comme tel.

        Un tel degré de bêtise et d’ignorance m’effare. Réfléchissez un minimum avant de répondre, hm ?

  • Anonyme

    Peu importe les intentions du théâtre du Rond-Point, qu’on imaginera pas mauvaises, quel trouble quand même que de voir l’ANPE fournir des « tondues » pour servir las desseins d’un curieux ego créatif, et que dire d’assister à ce spectacle — puisque le spectateur « informé » par la critique sait où il va… A quand des circoncisions sur scène (et bonjour l’affiche !) ? Et, avec un tout petit peu d’imagination, au prochain spectacle la boucle sera bouclée, et nous aussi !
    P.-S. : je peux faire le mirador, s’il vous plaît ? , même si dénonciation n’est pas raison

  • Anonyme

    Trop rares, les interventions de M. Kemp. Trop rares…

    Encore ! Encore !

  • Philippe Leroyer
    Philippe Leroyer
    auteur & photographe
    • Posté à 02h54 le 10/11/2007
    • Internaute 3582
      auteur & photographe

    Wow... ok, je viens d’apprendre plus de choses en 5 minutes que sur le reste de ma journée... et en plus c’est magnifiquement et intelligemment écrit.
    Merci.

  • Anonyme

    Il y a, en art contemporain, une instrumentalisation de plus en plus poussée du corps humain. Transgression est devenu un maître mot, mais jusqu’où peut-on pousser cette transgression, telle est effectivement la question. Certaines performances, à la limite du masochisme, peuvent être extrêmement dérangeantes : c’est le but, et je n’ai rien contre -tant qu’elles sont efficaces- tant qu’elles ne concernent que l’artiste lui-même. Maintenant, combien de temps nous faudra-t-il pour assister à de dangereuses dérives ? On peut lire à ce sujet « Clara et la pénombre » de José Carlos Somoza. Soit, ce n’est qu’un roman, mais ce qu’il annonce fait partie des possibles.

  • René B.
    • Posté à 14h14 le 10/11/2007
    • Internaute 8952

    J’ai vu ce spectacle de Rodrigo Garcia à Bayonne lors des « Translatines » et je l’ai beaucoup apprécié. La scène de la tonte des cheveux me parait tout le contraire d’une instrumentalisation. En rasant les cheveux, on découvre un visage, un être humain. C’est d’ailleurs tout le propos de « Arrojad mis cenizas » : la recherche de l’être humain sous les couches de pollution dont nos sociétés de consommation nous recouvrent, tels des oiseaux mazoutés. Parfois pour les sauver on les déplume.
    Ce que ce spectacle éxalte et exhausse c’est l’homme. Rarement, sur scène, l’humanité est aussi hautement valorisée.

    • pikasso02
      pikasso02 répond à René B.
      • Posté à 18h42 le 11/11/2007
      • Internaute 10134

      Cher René B. vous mélangez Happening et Théâtre.

  • Anonyme

    Juste quelques mots pour vous dire combien ça me fait plaisir de vous lire ! Je suis cette histoire de cheveux de sites en sites et de blogs en blogs depuis hier soir, et vous êtes la première personne à écrire quelque chose de lisible et de censé, ça fait beaucoup de bien.
    Je passerai sur le fait qu’on aime ou n’aime pas ce spectacle (le plus étonnant restant quand même tous ces gens qui le critiquent sans même l’avoir vu, sans l’avoir « expérimenté »), cette question de jugement ne m’intéresse plus aujourd’hui. J’en ai marre des querelles « c’est de la merde/c’est du génie ».
    Ce qui m’intéresse ici c’est cette histoire de représentation, de simulacre ou de réalité. Et en fait je remarque que les gens choqués par cette histoire ne parlent que de l’image, bien plus que de cette histoire de réalité. Ce qui les choque c’est l’image, pas la façon dont elle leur est donnée. Dans ce cas, pas la peine d’aller plus loin, il s’agit tout simplement d’appréciations subjectives sur la signification de cette image.
    Quant aux autres, comme ce chroniqueur de France Culture et du Figaro, Alain Gérard Slama, ils se disent vraiment choqués par le fait que tout ça est VRAI. Ce sont des gens qui ne connaissent pas encore ce qu’est la performance, et alors il leur faudra apprendre, voir, réfléchir. Ce spectacle de Garcia donne à penser, et c’est déjà beaucoup. C’est déjà trop, pour certains.

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